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Réguler les photos de chasseurs : protéger la dignité animale au-delà de la mort

Les photos de chasseurs – photographies sur lesquelles des chasseurs de loisir sont représentés souriants, posant ou en pose de victoire à côté d'animaux sauvages abattus – entrent en collision avec le principe de la dignité animale ancré dans la Constitution fédérale et dans la loi sur la protection des animaux. Elles dégradent l'animal sauvage en accessoire d'un loisir, blessent le sentiment éthique d'une large majorité de la population et sont incompatibles avec la mission étatique de protection de la dignité des créatures. Alors que les policiers et soldats qui posent avec des victimes sont poursuivis pénalement et sanctionnés disciplinairement, il manque toute conséquence comparable pour les chasseurs de loisir. Cette motion comble le vide réglementaire.

1. Motion

Le Conseil d'État est chargé de soumettre au Grand Conseil un projet de modification de la loi sur la chasse et la protection des animaux sauvages (………) ainsi que de l'ordonnance sur la chasse (………) et éventuellement d'autres actes normatifs, par lequel la production, la diffusion et la mise à disposition publique de photos de chasseurs sont régulées de manière contemporaine dans le canton (………). La révision législative doit notamment garantir

  • que la protection cantonale de la dignité animale déploie expressément ses effets au-delà de la mort de l'animal. Le Conseil d'État examine si et comment la législation cantonale peut ancrer une protection post-mortem de la dignité des animaux sauvages au sens de l'art. 120 al. 2 Cst. (dignité de la créature) et de l'art. 1 resp. art. 3 lit. a LPAn (valeur intrinsèque de l'animal). Il convient notamment de qualifier comme atteinte à la dignité animale la mise en scène dégradante, l'exposition ou l'exploitation médiatique d'animaux sauvages morts, dans la mesure où elle sert à l'autopromotion, au divertissement ou au recrutement de la relève.
  • qu'une interdiction de publication d'images de trophées de chasse soit créée pour les détentrices et détenteurs d'un permis de chasse. Sont considérées comme images de trophées de chasse les photographies, vidéos et autres prises de vue sur lesquelles des personnes sont représentées souriantes, posant, en posture de vainqueur ou dans toute autre attitude de mise en scène à côté d'animaux sauvages tués, éventrés ou ensanglantés. L'octroi, la prolongation ou le renouvellement d'un permis de chasse cantonal est subordonné au respect d'une directive contraignante qui interdit la publication de telles représentations sur les réseaux sociaux, sur des sites web, dans les médias imprimés et sous toute autre forme accessible au public.
  • que les infractions soient efficacement sanctionnées. En cas de publication avérée d'images de trophées de chasse au sens de cette motion, des mesures administratives graduées doivent être prévues, notamment l'avertissement, la suspension temporaire du permis de chasse et, en cas de récidive ou dans des cas particulièrement graves, le retrait du permis de chasse. Le Conseil d'État règle la procédure et veille à ce qu'une instance indépendante, et non les associations de chasseurs elles-mêmes, surveille le respect des dispositions.
  • que le principe d'égalité de traitement soit appliqué dans la gestion des corps sans vie. Le Conseil d'État expose dans son message pourquoi, au sein de la police, de l'armée et des services de secours, le fait de poser avec des victimes est sanctionné par le droit disciplinaire et le droit pénal, tandis que dans la chasse de loisir, un comportement identique envers des animaux sauvages tués reste jusqu'ici sans conséquence. Il montre comment peut s'articuler une réglementation cohérente qui qualifie le fait de poser avec des corps sans vie comme incompatible avec la mission étatique, indépendamment de l'espèce de la victime.
  • que les images de trophées de chasse soient intégrées dans le champ d'application de la protection de la jeunesse. Le canton (………) examine si les images de trophées de chasse consultables sur des plateformes accessibles au public sans restriction d'âge relèvent du champ de protection de la Loi fédérale sur la protection de la jeunesse dans les secteurs du film et du jeu vidéo (LPJFV) ou de dispositions cantonales de protection de la jeunesse. Les mineurs ne doivent en outre pas être représentés comme participants, décor ou accompagnateurs sur des images de trophées de chasse.
  • que les autorités cantonales et les organisations qui leur sont proches montrent l'exemple. Les administrations cynégétiques, les offices cantonaux, les collectivités de droit public et les organisations qui reçoivent des fonds cantonaux ne doivent pas utiliser d'images de trophées de chasse au sens de cette motion dans leur communication, dans leurs rapports, leurs supports pédagogiques et sur leurs canaux de réseaux sociaux.
  • que le Conseil d'État tienne compte de l'évolution internationale. Le Conseil d'État expose dans son message comment d'autres États régulent les images de trophées de chasse, notamment l'interdiction des photos de trophées sur les réseaux sociaux en Namibie, la suppression des représentations de violence cynégétique par les grandes entreprises aux États-Unis ainsi que les interdictions d'importation croissantes de trophées de chasse dans l'UE (Belgique, Finlande, Pays-Bas, France). Il montre quels enseignements peuvent être tirés pour la réglementation cantonale.
  • que la formation des chasseurs soit adaptée en conséquence. Dans la formation obligatoire initiale et continue des chasseuses et chasseurs, des modules contraignants seront intégrés concernant le cadre juridique de la dignité animale au-delà de la mort, les effets psychologiques des images de violence en particulier sur les enfants et les adolescents, l'état de la recherche sur la perception sociale des photos de trophées ainsi que la responsabilité du milieu de la chasse pour l'image publique de la chasse.

Le Conseil d'État prend en compte dans son projet les dispositions transitoires nécessaires, en particulier pour les permis de chasse existants, les moyens de communication en cours et l'adaptation des programmes de formation.

2. Justification succincte

Dignité animale : Ce que le droit promet et ce qu'il tient

La Suisse a inscrit la protection de la dignité animale dans son ordre juridique plus loin qu'aucun autre pays. L'art. 120 al. 2 de la Constitution fédérale ancre la « dignité de la créature » comme principe constitutionnel. L'art. 1 de la loi sur la protection des animaux formule comme but légal de « protéger la dignité et le bien-être de l'animal ». L'art. 3 lit. a LPA concrétise : La valeur intrinsèque de l'animal doit être respectée. Les atteintes qui l'avilissent, l'instrumentalisent excessivement ou portent atteinte à son apparence constituent une méconnaissance de la dignité animale.

Dans la littérature spécialisée, il est débattu si la dignité animale peut aussi déployer un effet juridique après la mort – par analogie à l'effet post-mortem de la dignité humaine selon l'art. 7 Cst. Bolliger et Rüttimann établissent que la notion de dignité pour les animaux ne peut pas avoir une signification fondamentalement différente que pour les humains et qu'un effet juridique au-delà de la mort ne peut donc pas non plus être exclu catégoriquement pour la dignité animale. Malgré cette haute densité normative, l'exposition d'animaux sauvages morts sur internet reste largement non réglementée. Une société qui reconnaît dans ses textes de loi la dignité de l'animal doit aussi problématiser de manière conséquente l'exposition avilissante d'animaux morts.

Art. 135 CP : La zone grise de la représentation de violence

L'art. 135 CP interdit les représentations qui « montrent de manière saisissante des actes de cruauté envers des personnes ou des animaux et portent ainsi gravement atteinte à la dignité élémentaire de l'être humain ». La norme couvre expressément aussi la violence envers les animaux. Est punissable celui qui produit, diffuse ou rend accessibles de telles prises de vue (jusqu'à 3 ans de privation de liberté). La Fondation Droit Animal confirme que se rend punissable celui qui publie sur internet des prises de vue avec représentation explicite de violence envers des animaux.

Le Tribunal fédéral applique cependant l'art. 135 CP de manière restrictive et le limite aux « cas vraiment flagrants et évidents » de violence excessive. Les photos de trophées typiques ne tombent pas sous ce délit selon la doctrine dominante, car la représentation de la mise à mort « légale » n'est pas considérée comme suffisamment excessive. Juridiquement, une lacune se crée : La dignité de l'animal s'arrête là où commence l'appareil photo. Un cas actuel des Grisons illustre l'absurdité : Le ministère public a refusé d'ouvrir une procédure pénale contre un chasseur de loisir pour des photos de trophées publiées – mais a poursuivi pénalement celui qui a utilisé une de ces images dans un contexte critique. Celui qui expose des animaux morts s'en sort sans sanction. Celui qui critique les mêmes images risque une procédure.

Police et armée : Le double standard

Dans la police et l'armée s'appliquent des règles strictes pour le traitement des victimes et des images de violence. Les infractions sont durement sanctionnées. À Londres, deux policiers ont été condamnés en 2021 à deux ans et neuf mois de prison chacun pour avoir pris des selfies avec des victimes de meurtre et les avoir partagés via WhatsApp. En Rhénanie-du-Nord-Westphalie, un candidat commissaire a été licencié de la fonction publique pour des selfies en service. Le signal est clair : Celui qui abuse de sa position à l'interface entre violence et ordre pour une mise en scène narcissique perd son emploi.

Chez les chasseurs de loisir, de telles conséquences font totalement défaut. Aucun permis de chasse n'est retiré parce que quelqu'un pose fièrement avec un chevreuil mort. Aucune fédération de chasse ne sanctionne ses membres qui publient des scènes sanglantes sur leur feed. Le comportement – poser avec un corps tué – est structurellement identique. L'évaluation suit un double standard : pour les victimes humaines, cela vaut comme mépris de la dignité. Pour les animaux sauvages, comme «honneur du chasseur». Le législateur cantonal a la compétence et le devoir de résoudre cette contradiction.

État de la recherche : 96 pour cent réagissent négativement

Une étude représentative de l'institut d'études de marché Bilendi et Respondi (2024) a examiné pour la première fois de manière systématique comment la génération Z réagit aux photos de trophées sur les réseaux sociaux. Les résultats : 96 à 99 pour cent des réactions affectives aux photos de trophées étaient négatives. 73 pour cent souhaitaient des avertissements. 69 pour cent ne voulaient pas voir de photos de trophées sur les réseaux sociaux. 67 pour cent ressentaient de la compassion pour les animaux représentés. 57 pour cent étaient d'avis que les photos de trophées influençaient négativement l'image de la chasse.

La critique vient depuis longtemps aussi du milieu de la chasse lui-même : 70 pour cent des jeunes chasseurs de loisir se prononçaient déjà en 2019 contre les photos de trophées sur internet (Fischer 2019). L'expert en communication de chasse Christoph Fischer qualifie les photos de trophées sur la plateforme Hirsch&Co de «mines antipersonnelles communicatives» et avertit que chaque photo irréfléchie peut détruire en quelques secondes le récit de la «gestion responsable». Aux États-Unis, l'organisation Mountain Pursuit a documenté une baisse de 25 pour cent des photos de trophées dans l'industrie de la chasse entre 2019 et 2021, parce que même le secteur a reconnu que de telles images mettent en danger l'acceptation de la chasse.

Psychologie : ce que révèle la mise en scène

Celui qui pose en souriant à côté d'un animal mort signale que la souffrance et la mort de cet individu passent au second plan derrière la fierté, le succès et l'appartenance au groupe. En psychologie sociale, il est prouvé que l'exposition répétée à des images de violence sans contexte empathique déplace la limite intérieure de ce qui est acceptable. Dans le contexte policier, cette tendance est évaluée comme un signal d'alarme. Dans la chasse de loisir, cette même jouissance de la mise en scène avec le corps mort est transfigurée en «passion pour la nature».

Le langage visuel révèle plus que mille mots : agenouillé près de la tête de l'animal, une main sur les bois, l'autre sur l'arme, large sourire, pouce levé. L'animal ne sert pas comme sujet, mais comme pièce à conviction pour l'art du tir, la masculinité ou le succès de chasse. La pose dégrade l'animal au rang d'accessoire d'un moment d'ego. D'un point de vue éthique, la mort est le moment de vulnérabilité maximale d'un être vivant. L'utiliser comme décor pour des selfies réduit l'individu à un objet et favorise une culture où l'empathie passe au second rang face à l'ego et au divertissement.

Développement international

La Suisse accuse un retard sur l'évolution internationale. En Namibie, le ministre de l'Environnement Pohamba Shifeta a promulgué une interdiction des photos de trophées sur les réseaux sociaux – avec menace de sanctions pour tous les détenteurs de permis de chasse. Aux États-Unis, Walmart a retiré toutes les représentations de violence de chasse. Dans l'UE, de plus en plus de pays débattent et adoptent des interdictions d'importation de trophées de chasse : la Belgique, la Finlande, les Pays-Bas et la France ont déjà agi, la Grande-Bretagne a fait passer un projet de loi correspondant à la Chambre des communes. Les plateformes sociales comme Instagram classent de plus en plus les contenus de chasse comme problématiques et réduisent leur portée. Les hashtags comme #trophyhunting sont bannis.

Marge de manœuvre cantonale

Selon le droit fédéral, aucun canton en Suisse n'est tenu de prévoir la chasse de loisir. Il appartient aux cantons de décider si et comment la chasse est autorisée. Le canton de Genève a opté pour une interdiction de la chasse de loisir et pratique à la place une gestion professionnelle de la faune. Les cantons disposent d'une marge de manœuvre considérable pour fixer les standards éthiques minimaux concernant l'exercice et la représentation de la chasse. Déjà aujourd'hui, les activités cynégétiques qui nuisent à la réputation de la chasse sont sanctionnées. Il est donc logique de qualifier également la mise en scène dégradante d'animaux sauvages tués comme violation du fair-play cynégétique et de la responsabilité sociale, et de l'assortir de conséquences juridiques concrètes.

Avec la présente motion, le canton (………) doit tracer une ligne claire et contemporaine : la chasse de loisir demeure une forme légalement tolérée et fortement réglementée de violence exercée contre les animaux. Mais la mise en scène publique de cette violence comme prétexte à sourire, poser et se vanter ne fait pas partie du mandat légitimé par l'État. Les réglementations proposées protègent la dignité animale au-delà de la mort, comblent une lacune juridique documentée, mettent fin au double standard envers d'autres professions de la violence mandatées par l'État et renforcent la protection animale, la protection de la jeunesse et le sentiment éthique de la population.

Remarque : Ce texte modèle est conçu comme base pour une motion cantonale. Les passages marqués (………) doivent être complétés avant le dépôt avec les désignations et numéros de lois spécifiques au canton. Le texte doit être vérifié juridiquement et formellement avant la soumission.

Dossier de contexte :

Initiative modèle apparentée : « Limiter la propagande de chasse avec des animaux morts » (n° 9 des textes modèles)

Contact pour un soutien dans l'adaptation cantonale spécifique : wildbeimwild.com/kontakt/