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Victimes de la chasse en Europe : Morts, blessés et aucune statistique

En France, lors de la saison 2024/2025, 100 accidents de chasse par armes à feu ont été officiellement enregistrés : 11 morts, 16 non-chasseurs blessés, dont trois gravement blessés, ainsi que 135 dommages matériels, lors desquels 58 habitations, 27 véhicules et 50 animaux domestiques ont été touchés par des tirs. En Italie, l'Université d'Urbino recense pour la même saison 62 accidents et 14 morts, ces chiffres étant basés sur des analyses médiatiques et laissant supposer des zones d'ombre considérables. En Espagne, entre 2007 et 2022, au moins 125 personnes sont mortes par armes de chasse, plus de 729 ont été blessées. En Suisse, un accident de chasse se produit statistiquement toutes les 29 heures ; depuis l'an 2000, plus de 75 personnes ont été tuées dans le contexte de la chasse de loisir.

Ce qui lie ces chiffres : ils ne résultent pas d'un monitoring européen systématique, mais sont des fragments de rapports d'autorités nationales, d'analyses médiatiques, de dossiers d'ONG et de demandes de transparence. Un registre central et accessible au public des accidents de chasse en Europe n'existe pas. Le lobby de la chasse n'a aucun intérêt à ce qu'il soit créé. Et la plupart des gouvernements ne posent pas la question.

Ce que les chasseurs de loisir présentent comme un « risque résiduel inévitable » d'une « activité de loisir responsable » se révèle, à y regarder de plus près, comme un problème de sécurité structurel : Des dizaines de milliers de chasseurs de loisir armés évoluent annuellement dans des forêts, sur des champs et dans des régions de montagne, qui sont simultanément utilisées par des promeneurs, randonneurs, cueilleurs de champignons, agriculteurs, riverains et animaux domestiques. Quand des personnes y meurent, cela est traité comme un cas isolé. Ce dossier montre pourquoi ce n'en est pas un.

Le dossier AVC d'Italie, les statistiques OFB de France, les données de demande de transparence d'Espagne, les évaluations BPA de Suisse et la chronique PETA de l'espace germanophone le prouvent : les victimes de la chasse ne sont pas un malheur. Elles sont le résultat prévisible d'une activité de loisir de masse armée sans contrôle étatique suffisant, sans coordination européenne et avec un lobby qui empêche avec succès depuis des décennies que le public connaisse la vraie dimension du problème.

Ce qui t'attend ici

  • France : Le seul pays avec un recensement étatique complet – et ce que montrent ses chiffres. Comment l'Office français de la biodiversité (OFB) documente systématiquement les accidents de chasse, pourquoi les chiffres de la saison 2024/2025 sont alarmants et ce que 135 événements de dommages matériels par saison révèlent sur l'ampleur du problème.
  • Italie : Le dossier AVC et une organisation qui combat le lobby. Comment l'Associazione Vittime della Caccia (AVC) documente les victimes de chasse depuis 2007, ce que montre le dossier 2025/2026, et pourquoi le lobby cynégétique a recommandé avec succès à l'État de retirer à l'organisation son statut d'organisation de protection de l'environnement reconnue.
  • Espagne : 125 morts en 15 ans – et aucun registre national: Comment l'Espagne a obtenu des données sur les accidents de chasse via une demande de transparence, ce que montrent les données de la Guardia Civil, et pourquoi des régions comme la Catalogne et le Pays basque n'apparaissent même pas dans les statistiques nationales.
  • Suisse : 300 accidents par an – et un chiffre noir systématiquement sous-estimé: Ce que disent les statistiques BPA et les données LAA sur la chasse de loisir, quels groupes de personnes manquent dans les statistiques et ce que 3,6 millions de francs de coûts annuels révèlent sur la vraie ampleur.
  • Allemagne : Aucune statistique centrale – PETA tient la chronique: Pourquoi l'Allemagne ne connaît toujours pas de recensement officiel global des accidents de chasse, comment PETA comble cette lacune et ce que les rapports de cas individuels ont structurellement en commun.
  • Les non-impliqués comme victimes : promeneurs, animaux domestiques, riverains: Qui devient victime en dehors des chasseurs de loisir, quels modèles montrent les documentations et pourquoi l'espace public n'est pas un lieu sûr tant que la chasse de loisir s'y déroule.
  • Le champ obscur européen : Ce que les données ne montrent pas: Pourquoi tous les chiffres disponibles sont des sous-estimations, quelles distorsions naissent de l'absence de registres, de définitions différentes et de pression politique et ce qu'une vue d'ensemble honnête signifierait.
  • Ce qui devrait changer: Revendications politiques concrètes : registre d'accidents à l'échelle de l'UE, obligation de déclaration nationale, zones d'exclusion publiques, réforme de la responsabilité.
  • Argumentaire: Réponses aux justifications les plus fréquentes des chasseurs de loisir et de leurs associations.
  • Liens rapides: Tous les articles, études et dossiers pertinents en un coup d'œil.

France : Le seul pays avec un recensement étatique complet – et ce que montrent ses chiffres

La France est un cas particulier en Europe : l'Office français de la biodiversité (OFB) recense les accidents de chasse de manière systématique depuis des années et publie des bilans annuels – une pratique qui n'existe pas dans la majorité des pays européens. Cette transparence a son prix : elle rend visible ce qui reste dans l'ombre dans d'autres pays.

Pour la saison 2024/2025, l'OFB signale 100 accidents avec armes à feu, 11 morts – tous chasseurs de loisir – ainsi que 16 non-chasseurs blessés, dont trois très grièvement. S'ajoutent 135 événements de dommages matériels, lors desquels 58 maisons d'habitation, 27 véhicules et 50 animaux domestiques ont été touchés par des tirs. Ce n'est pas le cas exceptionnel d'une mauvaise saison : dans la saison 2024/2025, les accidents mortels sont passés de 6 à 11 – presque un doublement par rapport aux deux années précédentes. L'organisation de protection animale ASPAS parle d'un nombre « nettement augmenté » et rappelle que la tendance à long terme de baisse des chiffres d'accidents ne justifie pas les pics annuels vers le haut.

Ce qui rend les chiffres de l'OFB particulièrement révélateurs : ils montrent non seulement les accidents de chasse avec dommages corporels, mais aussi les maisons, véhicules et animaux domestiques touchés par des tirs – une catégorie qui n'existe tout simplement pas dans d'autres statistiques nationales. Quand en France seule, en une seule saison, 58 maisons d'habitation et 27 véhicules sont touchés par des tirs, ce n'est pas un phénomène marginal, mais un indicateur de l'ampleur réelle du potentiel de danger de la chasse de loisir dans l'espace public, bien plus large que ne le suggèrent les chiffres d'accidents avec dommages corporels.

En savoir plus : Un homme meurt à Harchies et l'Europe détourne le regard et La chasse en Suisse : vérification des faits, types de chasse, critique

Italie : Le dossier AVC et une organisation qui combat le lobby

En Italie, il n'existe pas de recensement étatique complet des accidents de chasse. Ce qui existe à la place, c'est le travail de l'Associazione Vittime della Caccia (AVC), qui depuis 2007 analyse systématiquement les rapports médiatiques, documente les cas individuels et publie un dossier annuel. Parallèlement, l'Université d'Urbino analyse les communiqués de presse à l'échelle nationale. Les deux sources montrent le même tableau pour la saison 2024/2025 : 62 accidents, 14 morts.

Le dossier AVC 2025/2026 va encore plus loin. Il documente 33 décès de chasseurs de loisir dus à leurs propres actions – et 13 décès de personnes qui n'avaient aucun lien avec la chasse : promeneuses, voisins, membres de la famille, personnes présentes par hasard. Les régions de Sardaigne, Piémont et Toscane mènent cette triste statistique. Le dossier établit que la relation entre victimes chasseurs et victimes non-chasseurs « n'est pas un phénomène marginal, mais un signal d'alarme structurel ». Et : moins de chasseuses et chasseurs, mais un nombre de victimes qui reste élevé – l'amélioration de la sécurité prétendue ne se concrétise pas dans la réalité.

Comment le lobby de la chasse réagit-il à cette documentation ? La Federazione Italiana della Caccia a salué en 2023 la décision du ministère italien de l'Environnement de retirer à l'AVC son statut d'organisation de protection de l'environnement reconnue. La justification officielle : les chiffres publiés par l'AVC seraient « indubitablement partisans » et susceptibles de déclencher une « alarme sociale ». En d'autres termes : le lobby de la chasse a réussi à faire discréditer par l'État la plus importante documentation des victimes d'Italie. Ce n'est pas une réponse à un problème de sécurité. C'est son camouflage.

En savoir plus : Victimes de la chasse en Italie : le dossier AVC 2025/2026 et Chasse et protection des animaux : ce que la pratique fait aux animaux sauvages

Espagne : 125 morts en 15 ans – et aucun registre national

En Espagne, il n'existe pas de registre national des accidents de chasse. Ce qui est disponible, c'est le résultat d'une demande de transparence de la plateforme d'investigation Maldita.es adressée à la Guardia Civil : pour la période d'août 2007 à décembre 2020 – soit presque 14 ans – l'analyse a révélé 63 morts et 483 blessés, dont 215 gravement blessés. Et cela sans les données de Catalogne et du Pays basque, qui ont leurs propres structures policières et n'apparaissent pas complètement dans la statistique nationale de la Guardia Civil.

Une question parlementaire de 2022 a donné un chiffre actualisé : entre 2007 et mars 2022, au moins 125 personnes sont mortes en Espagne à cause d'armes de chasse, 729 ont été blessées. Pour l'année 2025 seule, une analyse médiatique documente 9 morts et 27 blessés dans au moins 9 communautés autonomes. L'accident de chasse mortel en Catalogne en novembre 2025 – un chasseur de loisir a tué un autre lors d'une chasse en société dans une réserve privée – illustre un schéma : la province de Tolède mène la liste espagnole des accidents, suivie de régions en Castille-La Manche, une région où la chasse est profondément ancrée dans la culture quotidienne et par conséquent peu remise en question de manière critique.

Ce que les données espagnoles montrent de manière particulièrement claire, c'est l'inégalité géographique de la situation des données : là où les compétences policières sont décentralisées, les accidents de chasse disparaissent des statistiques nationales. Ce n'est pas un problème technique, mais politique : quand les accidents de chasse ne doivent pas être recensés de manière centralisée, aucune pression politique ne se crée pour les réduire.

En savoir plus : Accident de chasse mortel en Espagne : Un coup de feu qui devrait ébranler l'Europe et Un homme meurt à Harchies et l'Europe détourne le regard

Suisse : 300 accidents par an – et un chiffre noir systématiquement sous-estimé

En Suisse, les données du BPA (Bureau de prévention des accidents) et de la SUVA sauvent au moins une partie du tableau. Depuis l'an 2000 jusqu'en 2019, plus de 75 personnes ont été tuées dans des accidents de chasse. Purement mathématiquement, un accident de chasse se produit toutes les 29 heures ; environ tous les trois mois et demi, une personne perd la vie. Pour les années 2016 à 2020, les données LAA confirment : environ 300 accidents reconnus annuellement, environ 1 décès, 2 nouvelles rentes d'invalidité, coûts totaux annuels d'environ 3,6 millions de francs.

Mais ces chiffres doivent être lus avec une réserve décisive : la statistique LAA ne recense que les actifs obligatoirement assurés contre les accidents. Les retraités et retraitées, les indépendants, les enfants, les femmes et hommes au foyer ainsi que les étudiants manquent complètement. Or, précisément les chasseurs de loisir retraités représentent une part considérable et croissante de ceux qui se trouvent dans les territoires de chasse avec leur arme en automne. Ce qu'ils vivent, subissent ou causent n'apparaît dans aucune statistique officielle suisse des accidents de chasse. Une obligation de déclaration pour les blessures et décès liés à la chasse – indépendamment du statut d'assurance – n'existe ni au niveau fédéral ni cantonal. En Suisse, la statistique des accidents de chasse mortels ne compte donc de manière fiable que ce que le système d'assurance reflète, et ignore systématiquement ce qui se passe en dehors.

Le canton des Grisons est particulièrement accidentogène, suivi des accidents de chasse à l'étranger et des cantons du Tessin, d'Argovie, du Valais, de Saint-Gall et de Berne. Toutes les personnes décédées mortellement à la chasse depuis l'an 2000 avec une inscription BPA résidaient en Suisse – le tourisme cynégétique depuis l'étranger n'apparaît donc pas du tout dans cette statistique. L'ampleur réelle du danger se situe donc nettement au-dessus de ce que suggèrent les chiffres officiels.

En savoir plus : Suisse : Statistique des accidents de chasse mortels et Initiative demande « des gardes-chasse au lieu de chasseurs »

Allemagne : Aucune statistique centrale – PETA tient la chronique

L'Allemagne ne connaît à ce jour aucune statistique officielle fédérale sur les accidents de chasse. Ce qui existe au niveau fédéral, ce sont des données fragmentaires du rapport de santé publique sur les décès par armes à feu, qui ne différencient pas selon le contexte et ne permettent aucune conclusion sur les accidents de chasse au sens spécifique. L'organisation de défense des droits des animaux PETA comble cette lacune avec une chronique des accidents de chasse et des actes de violence avec des armes de chasseurs dans l'espace germanophone – une collection continuellement actualisée de cas individuels qui montre ce que les autorités étatiques ne recensent pas systématiquement.

La chronique documente un large spectre : animaux domestiques abattus, promeneurs blessés par balle, accidents de chasse entre chasseurs et chasseuses, confusions entre humains et gibier, cas de chiens de chasse qui ont été abattus. Elle montre aussi que les armes de chasse sont utilisées dans le contexte de disputes et de tueries – un aspect qui n'apparaît systématiquement dans aucune évaluation statistique cynégétique. Une vérification des faits par Correctiv sur l'affirmation qu'en Allemagne environ 130 personnes auraient été tuées par des chasseurs depuis 2015, n'a pu vérifier ce chiffre – non pas parce qu'il serait faux, mais parce que la situation des données ne suffit tout simplement pas pour le prouver ou le réfuter. C'est en soi un constat.

L'exemple allemand illustre un schéma européen : là où il n'existe aucune obligation de déclaration, aucune donnée n'est produite. Là où aucune donnée n'est produite, aucune pression politique ne se développe. Et là où aucune pression politique ne se développe, rien ne change. Le lobby de la chasse a réussi en Allemagne comme dans d'autres pays à empêcher que les accidents de chasse soient recensés avec la même systématique que les accidents de la route ou les accidents du travail par exemple. Le résultat est un déficit d'information structurel qui nuit avant tout aux victimes.

En savoir plus : Chasse et cruauté envers les animaux et Page de catégorie Criminalité et chasse

Les non-impliqués comme victimes : promeneurs, animaux domestiques, riverains

Les accidents de chasse sont fréquemment traités dans la perception publique comme des accidents au sein de la communauté cynégétique : un chasseur de loisir touche accidentellement un autre, un tir part dans la mauvaise direction, une chute sur terrain escarpé. C'est faux – non seulement comme description, mais comme cadrage politique. Une part croissante des victimes n'a rien à voir avec la chasse de loisir.

En France, lors de la saison 2024/2025, officiellement 16 non-chasseuses et non-chasseurs ont été blessés par des tirs, dont trois gravement. Dans les chiffres de dégâts matériels de la même année figurent 58 habitations touchées par des tirs et 27 véhicules – espaces de vie concrets de personnes qui étaient chez elles le dimanche après-midi ou dans la rue et ne savaient pas qu'un chasseur de loisir tirait dans leur voisinage. En Italie, selon le dossier AVC, au moins 13 personnes sans aucun lien avec la chasse sont mortes lors de la saison 2025/2026. En Espagne, une analyse médiatique constate que ce schéma n'est pas géographiquement aléatoire, mais étroitement lié à l'intensité cynégétique de chaque région.

En Suisse et dans l'espace germanophone, la chronique PETA documente de manière répétée des cas où des animaux domestiques ont été abattus, des randonneurs touchés par des tirs ou des personnes mises en danger de mort près de zones de chasse. L'espace public – forêt, champ, prairie de montagne – n'est plus un lieu neutre pendant la saison de chasse. Il devient temporairement une zone d'exclusion armée, sans que les personnes qui l'utilisent soient systématiquement averties ou protégées. Ce n'est pas un effet secondaire de la chasse de loisir. C'est sa caractéristique structurelle.

En savoir plus : Un homme meurt à Harchies et l'Europe détourne le regard et Dossier Chasse et protection animale

La zone d'ombre européenne : ce que les données ne montrent pas

Tous les chiffres disponibles sur les victimes de la chasse en Europe sont des sous-estimations. Ce n'est pas une affirmation, mais un fait méthodologique qui résulte de plusieurs facteurs. Premièrement : seule la France recense les accidents de chasse de manière systématique et complète par un organisme d'État. Tous les autres pays s'appuient sur des analyses médiatiques, des données d'assurance, des demandes de transparence ou des documentations d'ONG – sources qui sont structurellement incomplètes.

Deuxièmement : les définitions varient. Ce qui compte en France comme « accident de chasse » peut être recensé en Espagne, en Allemagne ou en Suisse sous « accident d'arme », « activité cynégétique », « accident de loisir » ou pas du tout. Les chutes et chutes pendant la saison de chasse, déclenchées par la pression temporelle, l'obscurité ou le terrain, n'apparaissent fréquemment pas dans la statistique UVG suisse comme « accidents de chasse », bien qu'ils le soient causalement. Troisièmement : les retraités, enfants, indépendants et autres groupes de personnes non obligatoirement assurés manquent complètement dans presque toutes les statistiques nationales. Précisément dans la chasse de loisir, le groupe des plus de 60 ans est disproportionnellement important.

Ce qu'un registre européen complet révélerait se laisse deviner à partir des fragments disponibles : des centaines de morts par décennie, des milliers de blessés, des dizaines de milliers d'incidents de dommages matériels, une proportion croissante de victimes non impliquées – et un lobby qui réussit à empêcher que ces chiffres soient rassemblés et présentés au public dans leur totalité. L'exigence d'un registre à l'échelle de l'UE n'est donc pas bureaucratique, mais démocratique : qui ne mesure pas les risques ne peut pas en répondre.

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Ce qui devrait changer

Premièrement : registre standardisé à l'échelle de l'UE pour les accidents de chasse. La Commission européenne tient des statistiques d'accidents détaillées pour la circulation routière, le lieu de travail et les biens de consommation. Pour les accidents de chasse, il n'existe pas d'équivalent. Un système de signalement obligatoire et standardisé au niveau de l'UE – avec des définitions uniformes, des schémas de catégories et une obligation de rapport public – est la condition préalable pour que l'ampleur structurelle du problème devienne visible.

Deuxièmement : obligation nationale de signalement pour tous les accidents de chasse avec dommages corporels. En Suisse, en Allemagne, en Espagne, en Italie et dans d'autres pays européens, les accidents de chasse avec dommages corporels doivent être signalés immédiatement et complètement à un organisme central – indépendamment du statut d'assurance des personnes concernées. Cette obligation de signalement doit également s'appliquer aux accidents hors saison de chasse ainsi qu'aux accidents avec armes de chasse dans un contexte de loisir.

Troisièmement : signalisation publique des zones interdites pendant la saison de chasse. Lorsque des battues, des chasses au rabat et des chasses à l'approche ont lieu, les zones concernées doivent être clairement signalisées et accessibles au public pour la durée de la chasse. Le droit à la libre utilisation de l'espace public ne s'arrête pas là où un groupe de chasseurs de loisir s'installe avec des armes. Les sentiers de randonnée, les zones de loisirs et les forêts publiques ne sont pas des réserves de chasse.

Quatrièmement : réforme de la responsabilité. Quiconque, en tant que chasseur de loisir ou organisateur de chasse, blesse ou tue des personnes par négligence doit pouvoir être tenu civilement responsable de manière complète – y compris pour les dommages psychologiques, les coûts consécutifs et les dommages aux animaux domestiques. La situation juridique actuelle dans de nombreux pays privilégie la chasse de loisir par rapport à d'autres activités de loisir armées.

Cinquièmement : assurance obligatoire et preuves de sécurité. L'acquisition d'un permis de chasse doit être liée à l'échelle européenne à une preuve de sécurité actuelle – formations continues régulières, tests de tir et évaluations d'aptitude psychologique. Quiconque se déplace dans l'espace public avec une arme mortelle doit prouver qu'il ou elle en est capable, et pas seulement une fois lors du premier cours de chasse.

Sixièmement : interdiction des battues et chasses de groupe les dimanches et jours fériés. En France et en Italie, les revendications d'une interdiction de chasse les dimanches et jours fériés ont déjà été débattues au parlement. Le contexte est simple : ces jours-là, particulièrement nombreuses sont les personnes qui utilisent l'espace public pour se détendre – et le risque de se retrouver près d'une chasse de loisir est donc le plus grand. Un dimanche en forêt ne devrait pas être un risque sécuritaire.

Argumentaire

« Les accidents de chasse sont rares – les statistiques montrent une tendance positive. » La tendance soi-disant positive se base sur des données qui sont structurellement incomplètes. Les retraités, les indépendants et d'autres groupes non obligatoirement assurés manquent dans presque toutes les statistiques nationales. En France, le seul pays avec un véritable recensement complet, les accidents mortels de la saison 2024/2025 ont presque doublé par rapport aux deux années précédentes. Qui parle d'une tendance positive décrit un extrait de la réalité, pas la réalité elle-même.

«La plupart des victimes sont les chasseurs eux-mêmes – c'est leur risque volontairement assumé.» Premièrement, cela ne correspond plus à une part croissante des victimes : en Italie, selon le dossier AVC 2025/2026, au moins 13 personnes sont mortes sans aucun lien avec la chasse. En France, 16 non-chasseurs ont été blessés par des tirs. Deuxièmement : même si les chasseurs prennent des risques entre eux, ils le font dans l'espace public – un espace que d'autres utilisent également, sans qu'on leur demande leur avis.

«La formation moderne et les règles de sécurité ont drastiquement réduit le nombre d'accidents.» Si c'est vrai, pourquoi n'existe-t-il dans aucun pays européen, hormis la France, de statistique d'accidents complète et accessible au public ? L'affirmation de la baisse des chiffres ne peut être vérifiée là où aucun chiffre n'est collecté. Et là où des chiffres existent – comme en France pour 2024/2025 –, ils contredisent cette affirmation.

«Les accidents de chasse ne sont pas comparables aux accidents de la route – ils sont trop rares pour être politiquement pertinents.» En France, durant la saison 2024/2025, 58 habitations, 27 véhicules et 50 animaux domestiques ont été officiellement touchés par des tirs. Il s'agit d'événements de dommages matériels en zone habitée – indépendamment du fait que des personnes aient été blessées. Si le même nombre de maisons était touché par une autre activité de loisir armée, le sujet deviendrait immédiatement politiquement pertinent. La différence ne réside pas dans l'ampleur, mais dans l'acceptation sociale.

«Nous nous intéressons nous-mêmes à la sécurité – le lobby de la chasse y travaille intensivement.» La Federazione Italiana della Caccia a obtenu avec succès du ministère italien de l'Environnement le retrait du statut de protection de l'AVC – la plus importante documentation des victimes du pays. Ce n'est pas du travail de sécurité. C'est de la suppression d'information.

«En Suisse, la chasse est bien régulée.» La statistique suisse LAA exclut systématiquement de larges groupes de population – notamment les chasseurs de loisir retraités – de l'enregistrement des accidents. Il n'existe aucune obligation de déclaration pour les blessures et décès de chasse en dehors du système d'assurance. Le nombre réel d'accidents et de décès de chasse est donc nettement supérieur aux chiffres officiels – dans un pays qui se comprend comme un État de protection animale.

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Notre exigence

Les victimes de chasse en Europe ne sont pas un risque résiduel inévitable d'un loisir inoffensif. Elles sont le résultat prévisible d'une activité armée de masse sans contrôle étatique suffisant, sans coordination européenne et avec un lobby qui empêche depuis des décennies que le public connaisse la vraie dimension du problème. La France montre ce qui est possible quand un État enregistre complètement les accidents et en fait rapport publiquement. Ce que montrent les chiffres français fait peur. Ce qu'un enregistrement européen complet montrerait est donc prévisible.

La première et plus urgente conséquence est de nature politique : un registre standardisé à l'échelle de l'UE pour les accidents de chasse, associé à des obligations nationales de déclaration, une signalisation publique des zones interdites et une réforme de la responsabilité qui protège efficacement les victimes non impliquées. La seconde conséquence est de nature sociétale : la chasse de loisir est une activité récréative armée dans l'espace public. Ce n'est pas un domaine privilégié et particulier qui échappe au contrôle de l'État parce qu'il a une tradition. Là où des personnes meurent et où des maisons sont criblées de balles, la transparence n'est pas une option, mais une exigence démocratique minimale. Ce dossier sera mis à jour en permanence lorsque de nouveaux chiffres, jugements ou développements politiques l'exigent.

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