Féminicide, piège explosif, silencieux : ce qui fait de la chasse de loisir une pratique à haut risque
L'IG Wild beim Wild exige du ministère public du Tessin l'élucidation complète de l'affaire Faido/Leontica concernant la possession d'armes, le silencieux, les explosifs, l'évaluation des risques et la pratique d'autorisation des autorités.
En tant qu'organisation établie dans le val Blenio et directement touchée par l'explosion, l'IG Wild beim Wild ne voit pas ici un événement isolé, mais un problème de sécurité d'intérêt public.
Ce cas soulève des questions fondamentales : comment est-il possible qu'une personne privée, sans examen d'aptitude psychologique systématique, puisse posséder plusieurs armes à feu, vraisemblablement un silencieux et peut-être aussi des explosifs, alors qu'au sein de la police et de l'armée les examens d'aptitude psychologique et des limites d'âge claires sont la norme ?
Lien avec la chasse confirmé
Sur demande écrite de l'IG Wild beim Wild, la rédaction de la RSI a confirmé, en s'appuyant sur les déclarations de la police criminelle tessinoise lors de la conférence de presse du 13 juillet 2026 : l'auteur était chasseur de loisir (« cacciatore »). Selon la RSI, il reste ouvert de savoir si le silencieux utilisé était légal, sur quelle base juridique il aurait éventuellement été autorisé et si les armes saisies faisaient partie d'un arsenal de chasse.
Wild beim Wild a repris cette lacune ouverte et a placé le cas dans le contexte plus large d'une problématique récurrente de violence et de délits chez les chasseurs de loisir.
Questions ouvertes aux autorités
Au centre du catalogue de questions adressé à la procureure Petra Canonica Alexakis figurent notamment :
- Les armes saisies avaient-elles été acquises légalement et correctement enregistrées ?
- Une autorisation cantonale exceptionnelle existait-elle pour le silencieux, alors que les silencieux sont en principe des accessoires d'armes interdits en Suisse ?
- Y avait-il, avant les faits, des indices de menaces, de violence ou de troubles psychiques qui auraient justifié un désarmement antérieur ?
- Comment l'auteur armé a-t-il pu, après le féminicide, être présent pendant des heures aux abords du village, alors qu'une situation de danger aiguë existait ?
Ces questions ne concernent pas seulement le cas isolé, mais la sécurité structurelle dans le maniement des armes de chasse privées.
Les Grisons montrent le schéma
Que ce ne soit pas un événement isolé, les chiffres des Grisons le démontrent. Là-bas, on enregistre depuis des années plus de 1’000 amendes d'ordre et plaintes par an contre des chasseurs de loisir ; Wild beim Wild renvoie par exemple à 1’298 cas en 2015, 1’384 en 2017 et 1’241 en 2020. Avec environ 5'500 chasseurs de loisir actifs, cela signifie : année après année, potentiellement un chasseur de loisir sur cinq est recensé comme délinquant.
La SRF a en outre rapporté que, durant la haute chasse grisonne, environ 9 pour cent des tirs sont effectués illégalement. De tels chiffres constituent une indication claire que les conflits avec le droit de la chasse et des armes ne sont pas un phénomène marginal chez les chasseurs de loisir.
Comment le ministère public du Tessin explique-t-il que, dans le canton des Grisons, plus de 1’000 plaintes et amendes d'ordre soient enregistrées année après année contre des chasseurs de loisir, alors qu'au Tessin aucun chiffre comparable n'est publié? S'agit-il d'un comportement réellement différent des chasseurs de loisir ou de contrôles moins rigoureux et d'une moindre volonté de rendre les délits statistiquement visibles?
Pas un cas isolé: la violence contre les voix critiques
Le cas de Faido/Leontica s'inscrit dans un schéma déjà documenté, dans lequel des chasseurs de loisir recourent à la violence ou à l'intimidation contre des personnes qui suivent d'un œil critique les pratiques de chasse: https://wildbeimwild.com/category/kriminalitaet-jagd/
Que la critique dure et fondée sur les faits de la chasse de loisir soit juridiquement admissible, le tribunal pénal du canton du Tessin l'a également confirmé en 2020: il a acquitté intégralement l'IG Wild beim Wild d'une plainte pour diffamation déposée par l'association JagdSchweiz, avec force de chose jugée.
Critique des médias grand public
Du point de vue de l'IG Wild beim Wild, il est frappant et problématique que de nombreux médias grand public ne nomment pas clairement le lien du criminel avec la chasse, alors que c'est précisément ce lien qui est central pour le débat public sur les privilèges d'armes, les silencieux et l'évaluation des risques.
La RSI a précisé, sur demande, qu'à l'heure actuelle de nombreux points restent encore flous; en même temps, il a toutefois été confirmé que le criminel était un chasseur et que des questions essentielles concernant le silencieux, le type d'arme et le fondement de l'autorisation demeurent ouvertes.
Quiconque rend compte d'un féminicide, d'un piège explosif et d'un arsenal d'armes ne doit pas occulter la dimension liée au droit de la chasse. Sinon, on ne voit pas que l'accès à plusieurs armes létales et à des silencieux en Suisse est justement un privilège pour les chasseurs de loisir.
Nos cas documentés d'étranglements, de crachats, de menaces de mort et d'incitation à la haine contre les défenseurs des animaux nous apprennent que la violence commise par les chasseurs de loisir n'est pas un cas isolé. La violence issue de la forêt s'invite jusque dans les foyers. Dans ce contexte, la question se pose : dans quelle mesure la pratique consistant à imposer de facto le silence public aux victimes de violences de chasseurs de loisir après les condamnations est-elle répandue ? Quelles directives existent à ce sujet, et comment empêche-t-on que, dans l'interaction entre autorités, organisations de chasse et médias, s'installe une culture du silence dans laquelle la violence et les infractions des chasseurs de loisir sont systématiquement banalisées ou rendues invisibles ?
Revendications
L'IG Wild beim Wild exige :
- une transparence totale sur l'origine et l'autorisation de toutes les armes, silencieux et éventuels explosifs saisis
- une clarification visant à déterminer si des signaux d'alerte antérieurs ont été négligés et si un désarmement plus précoce aurait été possible
- des statistiques cantonales sérieuses sur les dénonciations, amendes et condamnations à l'encontre des titulaires de permis de chasse au Tessin
- des examens d'aptitude médico-psychologiques périodiques pour les chasseurs de loisir sur le modèle d'autres pays comme les Pays-Bas, ainsi qu'une limite d'âge contraignante pour l'exercice privé de la chasse.
Le cas de Faido/Leontica montre avec une brutale clarté que la possession privée d'armes létales à des fins de loisir n'est pas un sujet marginal anodin, mais bien une question d'intérêt pour la sécurité publique.
En savoir plus sur le cas et sa mise en perspective : https://wildbeimwild.com/femizid-in-faido-explosion-in-leontica-kein-einzelfall-sondern-muster-bei-hobby-jaegern/
