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Chasse

Semaine du goût : quand Bâle-Campagne vend de la charogne comme une délicatesse

La Semaine du goût de Bâle-Campagne 2026 place la chasse de loisir sous le slogan « Forêt & gibier » et la présente comme une expérience culinaire. Un regard sur la provenance de la viande le montre : l'image ne correspond pas à la réalité.

Rédaction Wild beim Wild — 27 août 2026

La 14e Semaine du goût de Bâle-Campagne se déroulera du 10 au 20 septembre sous le slogan « Forêt & gibier ».

Plus de 50 manifestations réparties dans les cinq districts entendent mettre le « plaisir » au premier plan, avec des plats de gibier dans les restaurants, des cours et un véhicule d'animation de Jagd Baselland. Son président, Martin Thommen, y voit une plateforme bienvenue pour faire découvrir au public la chasse de loisir dans toutes ses « multiples facettes ».

Mais depuis quand la charogne est-elle un plaisir gustatif ? Ce qui est servi comme une délicatesse durant la Semaine du goût n'est pas de la viande issue d'un abattoir stérile encadré par du personnel qualifié, mais le résultat du travail de chasseurs de loisir opérant en forêt, sans réfrigération, sans normes d'hygiène et sans abattage effectué dans les règles de l'art. Comme le rappelle « La viande de gibier issue de la chasse de loisir, c'est de la charogne », lors des battues, les animaux abattus restent souvent des heures sur place avant d'être récupérés, pendant que l'on célèbre des rituels tels que la sonnerie du tableau de chasse ou le « Schüsseltreiben », le banquet de fin de chasse. Ce n'est pas de la production alimentaire, c'est de la charogne dans l'assiette.

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De la pure communication de la chasse au lieu de journalisme

L'article de Simon Tschopp paru dans la bz Basel reprend pratiquement sans aucune vérification l'autoportrait de Jagd Baselland : « multiples facettes », protection de la nature, entretien du paysage rural, à l'œuvre « quand les autres dorment ». On ne trouve dans le texte aucune question critique sur la protection animale, sur les preuves scientifiques ou sur les nombreux incidents documentés dans ce même canton. Le dossier « Médias et thèmes cynégétiques : comment le langage, les images et les ‹ experts › façonnent le débat »: des termes comme «entretien du gibier», «régulation» ou «aux multiples facettes» sonnent bienveillants et techniques, mais véhiculent sans le dire la vision du monde du lobby de la chasse, dès lors que les médias les reprennent sans commentaire. Celui qui transforme telle quelle une conférence de presse de Jagd Baselland en article ne fait pas du journalisme, mais du communiqué.

L'image même de la conférence de presse est révélatrice : aux côtés de Martin Thommen posent devant l'objectif le président de la ville de Liestal Daniel Spinnler, la présidente de Gastro Baselland Fabienne Ballmer, la responsable de projet de Baselland Tourismus Romona Walter, le président de l'Association des boulangers-confiseurs Reto Ziegler et le directeur de Baselland Tourismus Michael Kumli. Une autorité communale, l'office du tourisme et la branche de la restauration se sont ainsi laissé atteler à la charrette du lobby de la chasse et lui ont offert une tribune officielle et apolitique qu'il n'aurait guère pu s'organiser lui-même.

Il ne s'agit pas d'une apparition isolée, mais d'un ancrage structurel : sur le site officiel de Baselland Tourismus, Jagd Baselland figure parmi les «partenaires» de la Semaine du goût, au même titre que la ville de Laufen, l'Association fruitière de Bâle-Campagne et le fournisseur d'énergie ebl. Une organisation d'intérêts qui vit de la mise à mort d'animaux sauvages est ainsi officiellement intégrée à la promotion touristique du canton, avec placement de logo et légitimation par des institutions porteuses publiques et semi-publiques. Qui se laisse ainsi intégrer ne devrait pas s'étonner que sa propre communication atterrisse sans vérification dans le journal.

La profondeur de cette intégration apparaît dans le programme lui-même : la soirée d'ouverture du 10 septembre se déroule sous le titre «Weidmannsheil!» avec sonneurs de trompes de chasse et «informations sur la chasse». Deux «cours forêt et faune», organisés directement par les sociétés de chasse de Sissach et de Therwil, affichaient complet des semaines à l'avance. Au marché aux truffes de Liestal, la société de chasse Chutzenkopf tient en outre son propre stand. La Semaine du goût n'offre donc pas seulement une tribune au lobby de la chasse : elle lui livre un accès direct et sans esprit critique à un public qui voulait au départ découvrir des boulangeries, l'arboriculture fruitière et des produits régionaux.

La battue signifie une peur mortelle, pas de la qualité

Une grande partie de la viande de gibier promue durant la Semaine du goût provient de battues, au cours desquelles les animaux sont poursuivis pendant des heures avant d'être abattus. Dans leur agonie, les animaux libèrent des hormones de stress comme l'adrénaline et le cortisol, qui inondent l'ensemble de l'organisme et restent décelables dans le tissu musculaire. «Battue dans la forêt de Willbrig – peur, sang et coupables» décrit ce processus de manière saisissante. Sur le plan scientifique, cela est documenté depuis longtemps: «Viande de gibier: risques, plomb et mythes de la chasse» relève que ce sont précisément les battues et les poussées qui produisent la viande de la plus mauvaise qualité qui soit, souvent en outre contaminée par des particules de munition.

La contamination au plomb n'est pas non plus un détail marginal. L'Office fédéral de la sécurité alimentaire déconseille expressément aux femmes enceintes, aux enfants et aux femmes en âge de procréer la consommation de gibier abattu avec du plomb, comme le résume le dossier «Introduction à la critique de la chasse». Celui qui vend la charogne d'un animal poursuivi jusqu'à la mort et truffé d'éclats de plomb ne vend pas un produit de qualité, mais le résultat d'une maltraitance animale, assorti d'un risque sanitaire, voir également «Attention: mise en garde contre la viande de gibier des chasseurs de loisir». Un cas survenu à Muttenz montre à quel point le contrôle fait défaut lors de telles battues: «Chasse de loisir à Bâle-Campagne: des chiens de chasse pourchassent un sanglier» documente comment un jeune sanglier a été poursuivi et mordu pendant plus de huit minutes par des chiens de chasse, tandis que les chasseurs de loisir présents regardaient sans rien faire.

700 renards par an: une régulation sans fondement

Chaque année, environ 1200 chevreuils, 1000 sangliers et quelque 600 renards sont abattus dans le canton de Bâle-Campagne. La justification officielle est pratiquement toujours la même: la régulation des populations. Pour le renard roux, cette justification est scientifiquement réfutée. Plus de 30 ans de recherche en biologie de la faune sauvage montrent de manière concordante qu'il n'existe aucun effet régulateur durable de la chasse au renard, car des effets compensatoires tels que des taux de natalité plus élevés et l'immigration compensent rapidement les tirs. Le canton de Lucerne, le seul à recenser systématiquement l'état de santé des renards abattus, arrive à plus de 98 pour cent d'animaux sains parmi ceux qui ont été tués, un indice que l'argument de la lutte contre les épizooties ne tient pas non plus.

C'est précisément Bâle-Campagne qui a déjà mis en évidence cette contradiction : les autorités ont fait marche arrière dans une seconde prise de position relative à la pétition cantonale sur la chasse au renard, après qu'une réponse antérieure s'était passée du moindre élément scientifique, «Bâle-Campagne fait marche arrière : d'abord la régulation, maintenant ‹aucun objectif›». Qui n'est plus capable de formuler soi-même un objectif clair ne devrait pas célébrer une pratique lors d'une semaine de dégustation.

La mise en danger dépasse le cadre de la forêt

La population est déjà exposée à des risques supplémentaires en forêt pendant la chasse de loisir, et la semaine de dégustation aggrave ce problème au lieu de le thématiser. Régulièrement, des personnes non impliquées sont blessées par des chasseurs de loisir. De tels cas ne sont pas des accidents isolés, mais un schéma documenté : «Le grand mensonge de la chasse : comment les chasseurs de loisir maquillent les chiffres des accidents en Europe et passent leurs morts sous silence» montre à quel point les blessures et les décès survenant dans le cadre de la chasse de loisir sont systématiquement minimisés dans toute l'Europe.

Les personnes en danger ne sont pas seulement celles qui se trouvent là par hasard, mais aussi celles qui observent la chasse de loisir d'un œil critique. À Bâle-Campagne même, une activiste de Hunt Watch a subi des violences physiques de la part d'un rabatteur lors de l'observation d'une battue à Füllinsdorf et Arisdorf, comme le documente «Agression violente contre une activiste lors d'une battue». L'activiste de la protection animale Olivier Bieli a lui aussi déjà été la cible d'intimidations à Bâle-Campagne : «Chasseurs de loisir contre défenseurs des animaux à Bâle-Campagne» raconte comment les pneus de son véhicule ont été crevés lors de l'observation d'une battue. Qui invite, pendant la semaine de dégustation, à une promenade en forêt ou à une sortie à vélo, alors que l'on tire dans la même zone et que les observateurs sont intimidés, accepte une mise en danger réelle de la population au lieu de l'aborder.

Chasseurs de loisir : un groupe au potentiel de violence frappant

Martin Thommen souligne que les chasseurs de loisir sont sur le terrain «quand les autres dorment». Cela sonne comme une singularité, mais n'en est pas une : les services de secours, le personnel soignant et bien d'autres corps de métier sont eux aussi actifs la nuit, et ce sans arme à feu. La véritable particularité est ailleurs. L'accès aux armes à feu et un environnement qui normalise le fait de tuer comme activité de loisir sont à plusieurs reprises corrélés à des violences graves. Des cas récents comme «Nouveau féminicide commis par un chasseur de loisir : un homme de 90 ans tue son épouse» ou «Féminicide à Faido, explosion à Leontica : pas un cas isolé, mais un schéma récurrent chez les chasseurs de loisir» révèlent un schéma qui ne peut pas être expliqué par de simples cas isolés.

Que Bâle-Campagne forme chaque année 20 à 25 nouvelles chasseuses et nouveaux chasseurs de loisir et qu'il n'existe «aucun problème de relève» n'est pas, du point de vue de la protection de la faune, un motif de réjouissance, mais bien un sujet d'inquiétude.

La protection de la nature n'a pas besoin d'armes à feu

Qui veut réellement protéger la nature peut le faire sans fusil. Les bandes de fleurs sauvages, les haies et les jardins proches de l'état naturel apportent davantage à la biodiversité et aux oiseaux nicheurs au sol que n'importe quelle battue, et cela sans qu'un seul animal ne périsse. Qu'une manifestation placée sous le signe du «plaisir» mette précisément en scène la chasse de loisir comme un passe-temps aux multiples facettes et sympathique, et vende sa charogne comme un mets délicat, occulte tout autant la souffrance animale, les données scientifiques qu'un risque de violence avéré.

Le canton de Zoug montre à quoi pourrait ressembler une alternative fondée scientifiquement à la pratique actuelle de la chasse au renard : c'est le seul canton à avoir commandé une étude indépendante (voir l'aperçu «En finir avec la chasse au renard»). Tant que Bâle-Campagne n'aura pas franchi ce pas, la «Semaine du goût» restera une étiquette marketing apposée sur une pratique qui ne résiste pas à un examen critique.

Genève montre qu'une autre voie est possible

Qu'une «Semaine du goût» fasse précisément la promotion de la chasse de loisir est d'autant plus remarquable qu'il existe depuis longtemps en Suisse un contre-modèle qui fonctionne. Le canton de Genève a aboli la chasse de loisir dès 1974 par votation populaire et mise depuis lors sur une gestion de la faune professionnelle et étatique, assurée par des gardes-faune formés plutôt que par des tireurs de loisir. Il n'y a là-bas ni battues, ni miradors qui défigurent le paysage, ni „régulation» d'espèces comme le renard ou le blaireau sous le seul prétexte que la saison de chasse est ouverte. Genève privilégie au contraire l'effarouchement, la prévention ciblée et des mesures individuelles fondées scientifiquement.

Si Bâle-Campagne souhaite consacrer une «Semaine du goût» au thème de la forêt et de la faune, un regard vers Genève aurait été plus judicieux que d'offrir une tribune à Jagd Baselland. On pourrait y montrer à quoi peut ressembler une gestion de la faune sans maltraitance animale, sans mise en danger de tiers et sans transfigurer la charogne en mets délicat.

Dès qu'un animal sauvage est abattu, son corps commence à se transformer : le sang coagule, la réfrigération fait d'abord défaut et, en cas de retard, les risques hygiéniques augmentent. Pour Wild beim Wild, c'est clair : ce qui est commercialisé comme spécialité régionale après avoir longtemps gisé en forêt est une charogne – et non un plaisir gastronomique.

Au lieu que les animaux soient immédiatement récupérés, éviscérés et réfrigérés, les chasses en groupe font souvent d'abord place au rituel du « sonner le tableau » : les animaux abattus sont alignés côte à côte, les sonneurs de trompe de chasse jouent les sonneries de mort propres à chaque espèce, et les chasseurs se rendent à eux-mêmes les « derniers honneurs ». La tradition cynégétique parle de respect envers le gibier. Du point de vue de la protection animale, cela reste toutefois une mise en scène sectaire autour des animaux tués, tandis que le traitement déterminant pour l'hygiène de la viande attend en arrière-plan.

Ce qu'aucune boucherie ou aucun abattoir professionnel ne pourrait se permettre est vendu, dans la chasse de loisir, comme du romantisme naturel. Dans un abattoir, la saignée doit intervenir le plus rapidement possible après l'étourdissement ; suivent ensuite des procédures d'hygiène réglementées, le contrôle des viandes et la réfrigération.

Plus sur le thème de la chasse de loisir : Dans le dossier critique globale de la chasse de loisir nous réunissons vérifications des faits, analyses et reportages de fond.

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