19 août 2026, 12:17

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Animaux sauvages

Quand le sauvetage devient un piège: ce qui menace les grizzlys orphelins après leur réintroduction

Dans la cohorte étudiée en Colombie-Britannique, les grizzlys orphelins élevés à la main avaient de très faibles chances de survie après leur réintroduction. Ce n'est pas la nature seule qui devient un danger, mais aussi la manière dont s'est déroulé le sauvetage.

Rédaction Wild beim Wild — 19 août 2026

Un ourson orphelin, sauvé et élevé avec amour, retourne fortifié dans la nature: cette histoire se raconte bien. Une nouvelle étude sur cinq ans menée en Colombie-Britannique montre toutefois qu'elle s'est le plus souvent terminée autrement dans la cohorte étudiée.

Entre 2019 et 2023, la biologiste de la faune sauvage Dr Lana M. Ciarniello a suivi, dans le cadre du «Project Rewild», 14 grizzlys orphelins ayant grandi sous la garde de l'homme dès leur plus jeune âge. Une ourse est morte avant même sa libération effective, durant le transport en hélicoptère. Les 13 autres ont été réintroduits au printemps suivant, à l'âge d'un an, et surveillés par émetteur satellite; pour 12 d'entre eux, le sort a pu être clairement établi. Le résultat de l'étude, publiée le 3 août 2026 dans Frontiers in Conservation Science, est le suivant: Deux ours ont survécu, dix sont morts – dont neuf avant même leur premier hivernage autonome, le dixième peu après avoir quitté la tanière.

L'échantillon est petit, mais il comprend, selon l'autrice, l'ensemble complet des orphelins adaptés recueillis en Colombie-Britannique durant cette période, et fait partie des rares programmes assortis d'un suivi systématique jusqu'à un sort confirmé.

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L'étude ne prouve pas que la réhabilitation des grizzlys orphelins doive échouer par principe. Elle montre toutefois que les conditions d'élevage étudiées ont manifestement placé les animaux dans une double situation de risque: ils sont devenus physiquement bien plus grands que des animaux d'un an ayant grandi à l'état sauvage, et continuaient d'associer l'homme à la nourriture.

Les causes de mortalité chez les dix animaux décédés : cinq abattages liés à des conflits ou à la gestion à la suite de conflits entre l'homme et l'ours (50 pour cent), deux tirs illégaux (20 pour cent), trois morts causées par d'autres ours (30 pour cent).

Le «piège métabolique»

Le véritable constat de l'étude est plus dérangeant que le simple taux de mortalité. Ciarniello identifie un mécanisme qu'elle nomme le «piège métabolique» : les jeunes élevés en captivité pesaient en moyenne 127,4 kilogrammes, contre 36,1 kilogrammes chez les jeunes d'un an ayant grandi à l'état sauvage – soit environ 3,5 fois plus. La longueur du corps, le tour de poitrine et le tour de cou étaient également nettement supérieurs aux valeurs de référence des jeunes d'un an ayant grandi à l'état sauvage. «Ce ne sont pas simplement de petites boules de graisse rondes», dit Ciarniello. «C'est du squelette. Et une fois que tu as cette grande ossature, tu dois aussi l'entretenir.»

Or c'est précisément ce que les animaux réintroduits ne parviennent souvent pas à faire. Deux femelles, relâchées dans des zones sans accès au saumon, ont perdu en moyenne 0,48 kilogramme par jour. Même dans des régions offrant une nourriture abondante, certains ours n'arrivaient pas à couvrir les besoins caloriques de leur corps surdimensionné – privés de l'expérience de recherche de nourriture apprise auprès de la mère, dont disposent les jeunes d'un an ayant grandi à l'état sauvage.

S'y ajoute une seconde cause : l'accoutumance. L'hypothèse selon laquelle une interruption de contact de deux semaines avant la remise en liberté annulerait l'accoutumance aux humains ne s'est pas vérifiée dans la pratique. La moitié de tous les décès étaient liés à des conflits entre l'homme et l'ours. Plusieurs animaux continuaient d'associer les humains, les infrastructures ou les zones habitées à la nourriture et à la sécurité, plutôt qu'au danger.

Une question que l'on peut poser, mais que l'on pose rarement

Ciarniello le formule ouvertement dans sa publication : la réhabilitation des grizzlis orphelins fonctionne-t-elle comme un instrument éthique de protection de la nature – ou avant tout comme du «sympathetic management», une mesure qui répond surtout à la compassion humaine ? Les chiffres suggèrent qu'un sauvetage dépourvu de protocoles scientifiquement fondés et spécifiques à l'espèce peut facilement se transformer en prolongation d'un risque, plutôt qu'en un retour viable à la vie sauvage. Selon la Grizzly Bear Foundation, qui finance «Project Rewild», l'étude doit alimenter un rapport de bonnes pratiques destiné à orienter les futurs programmes de rewilding en Colombie-Britannique et dans d'autres régions.

Le même enseignement chez les renards

Ce schéma n'est pas un cas isolé du sauvetage des ours nord-américains. Il touche à la même question fondamentale qui était aussi au centre du cas de Mikayla Raines et de son refuge pour renards SaveAFox : Mikayla Raines et SaveAFox : la courte vie d'une sauveteuse de renards et ce qu'elle révèle sur la fourrure. Les renards qui y ont trouvé un foyer provenaient d'élevages de fourrure ou de détentions domestiques ayant échoué. Ils étaient captive-born, nés en captivité, et c'est précisément pour cette raison qu'ils ne pouvaient être relâchés dans la nature, ni sur le plan juridique ni sur le plan éthique. SaveAFox a accepté cette conséquence dès le départ : le sauvetage ne consistait pas à les réintroduire dans la nature, mais à leur offrir une existence durable et encadrée.

La comparaison ne porte pas sur la biologie, le degré de menace ou le cadre juridique, qui sont fondamentalement différents entre les renards d'élevage nés en captivité et les orphelins de grizzlys nés dans la nature. Elle porte sur la question éthique fondamentale : quand un sauvetage sert-il réellement un retour à une vie sauvage autonome, et quand exige-t-il une responsabilité durable sous garde humaine ? L'étude sur les grizzlys montre que même des animaux nés dans la nature peuvent, à travers une phase passée sous garde humaine, se retrouver dans un état qui complique un retour réussi à la vie sauvage. Chez les renards, la proximité avec l'homme était irréversible dès la naissance. Chez les grizzlys, elle ne naît qu'à travers l'élevage lui-même, mesurable par le surpoids et les schémas comportementaux – et pourrait, selon l'évaluation de l'autrice de l'étude, être au moins réduite par un élevage rigoureusement limitant les contacts, un nourrissage à distance et des objectifs de croissance plus proches de la nature. L'étude elle-même n'a toutefois pas vérifié si de tels protocoles permettaient réellement d'atteindre de meilleurs taux de survie.

Ce que cela signifie pour le débat sur les prédateurs

Pour le débat suisse sur les prédateurs et en particulier sur l'ours brun l'étude reste pertinente, même s'il n'existe actuellement dans notre pays aucun programme de sauvetage ou de réintroduction des ours. La Suisse connaît le problème inverse : des ours habitués par le nourrissage ou par la proximité des zones habitées, et donc abattus comme « ours à problèmes », tels que JJ3 (2008) et M13 (2013). L'étude canadienne traite d'une situation initiale différente, mais éclaire un mécanisme apparenté : là où les ours associent les humains, les infrastructures ou les zones habitées à la nourriture et à la sécurité plutôt qu'au danger, le risque de conflit augmente considérablement – indépendamment du fait que cette accoutumance résulte d'un nourrissage en milieu naturel ou d'un élevage en captivité humaine. L'habituation accroît ainsi surtout le risque qu'un ours se rende dans les zones habitées et soit par la suite classé comme ours à problèmes et tué.

La conséquence est la même que dans la politique suisse en matière d'ours : ce n'est pas l'ours qui devient un problème, mais la proximité humaine qui lui promet nourriture, sécurité ou normalité et qui en fait ensuite un animal à conflit. Quiconque veut sauver des animaux sauvages doit réduire ce contact au minimum, même lorsque le sauvetage lui-même part d'une bonne intention.

En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse nous regroupons vérifications des faits, analyses et articles de fond.

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