La Confédération rejette une alimentation sécurisée
Le bilan des interventions étatiques dans notre système alimentaire est accablant. Le Conseil fédéral garde le silence à ce sujet. Tout comme toute publicité pour la viande, les œufs et le lait suisses.
Lors de la conférence de presse consacrée à notre initiative populaire «Pour une alimentation sécurisée», le Conseil fédéral ne dit pas un mot sur le bilan accablant des interventions étatiques dans notre système alimentaire ni sur les conséquences néfastes et considérables pour notre sécurité alimentaire et la sécurité de notre eau potable.
Il rejette l'initiative sans contre-projet.
La politique agricole actuelle est catastrophique pour notre sécurité alimentaire, pour l'environnement, pour la sécurité de production des familles paysannes et pour la gestion de la crise climatique. Elle subventionne la production de denrées alimentaires d'origine animale cinq fois plus avec l'argent des contribuables que les denrées d'origine végétale. Sur 60% de nos surfaces agricoles, l'agriculture cultive donc des aliments pour animaux de rente — rendant ainsi notre approvisionnement alimentaire dépendant à moitié de l'étranger. «Une guerre dans un pays exportateur important ou une année marquée par des conditions météorologiques extrêmes suffisent à ne plus garantir un approvisionnement suffisant pour tous les êtres humains sur cette planète», avertit l'Union suisse des paysans, soulignant ainsi l'importance d'un plus grand degré d'autoapprovisionnement pour la Suisse.
Mais ce n'est pas tout. La production de denrées alimentaires d'origine animale est en outre stimulée par des aliments importés. La Suisse a abattu l'année dernière 83 millions d'animaux de rente, nourris pour moitié avec des aliments provenant de l'étranger.
Les conséquences sont désastreuses : les valeurs maximales pour les engrais fixées depuis 16 ans dans les objectifs environnementaux de l'agriculture sont massivement dépassées. D'immenses quantités de lisier, le gaz azoté toxique qu'est l'ammoniac et des émissions élevées de phosphore surchargent en engrais l'ensemble du territoire suisse et détruisent la fertilité des sols, la biodiversité, les cours d'eau, les lacs, l'eau potable et, par conséquent, les fondements de l'agriculture et de notre société.
Pour garantir notre sécurité alimentaire et la sécurité de notre eau potable, il est donc nécessaire de respecter les valeurs maximales d'engrais et de réorienter l'agriculture et l'industrie alimentaire vers la production et la consommation de davantage d'aliments d'origine végétale.
L'initiative «Pour une alimentation sûre» demande maintenant à la Confédération de viser un taux d'auto-approvisionnement net d'au moins 70%. Pour cela, il faut promouvoir la culture de davantage d'aliments végétaux «de la région pour la région» sur nos terres agricoles, plutôt que des fourrages. La Suisse dispose de suffisamment de terres arables pour assurer sa sécurité alimentaire à 100%. Une autre mesure que la Confédération doit prendre en compte pour augmenter le taux d'auto-approvisionnement net est la réduction du gaspillage alimentaire. Il faut y penser : un tiers de nos aliments finissent aujourd'hui dans le gaspillage alimentaire.
Cultiver et transformer soi-même davantage d'aliments végétaux plutôt que de les importer crée en même temps des emplois et de la valeur ajoutée sur place. En augmentant le taux d'auto-approvisionnement, nous créons pour les familles paysannes et l'industrie alimentaire suisse des conditions-cadres dans lesquelles la production d'aliments végétaux est rentable et les rend compétitifs face aux importations.
La politique agricole l'empêche depuis des décennies en subventionnant avec nos deniers publics la production et la consommation d'aliments d'origine animale 5 fois plus que les aliments végétaux : avec 2,3 milliards contre 0,5 milliard de francs. Cela conduit à ce que 64% des aliments végétaux consommés par la population doivent être importés aujourd'hui. Pour les protéines végétales telles que les légumineuses et les noix, ce chiffre atteint même 98%. Les matières premières végétales destinées au marché en pleine croissance des substituts de viande et de produits laitiers sont également importées presque sans exception.
Notre initiative n'exclut aucun mode d'alimentation, mais exige de la Confédération qu'elle remplisse sa mission d'approvisionnement sûr de la population suisse en denrées alimentaires et en eau potable propre. En promouvant et en établissant un nouvel équilibre entre la production d'aliments d'origine animale et végétale. Pour les adaptations nécessaires de la production agricole — qui sont en retard depuis déjà 16 ans pour atteindre les objectifs environnementaux — l'initiative prévoit une période de transition de 10 ans.
La politique agricole à partir de 2030 (PA30+), avec laquelle le Conseil fédéral prétend vouloir prendre en compte nos préoccupations, ne remplace pas notre initiative. Cela ressort déjà du fait que le Conseil fédéral dissimule à la presse et à la population le bilan accablant des interventions étatiques dans notre système alimentaire — malgré leurs conséquences néfastes considérables pour notre sécurité alimentaire et notre sécurité en eau potable.
Pour garantir un approvisionnement sûr de la population suisse en denrées alimentaires et en eau potable propre, il faut la voix forte de l'initiative populaire «Pour une alimentation sûre», qui informe et couvre le silence de la politique agricole.
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