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Chasse

Lettre ouverte au Landammann glaronnais concernant le rejet de la pétition sur la chasse au renard

Sept questions au Landammann glaronnais, un délai de deux semaines.

Rédaction Wild beim Wild — 18 juin 2026

Après le rejet de la pétition sur la chasse au renard par le Conseil d'État glaronnais, l'IG Wild beim Wild adresse une lettre ouverte au Landammann Dr. Markus Heer.

Sept questions, un délai de deux semaines et l'annonce que la réponse ou le silence sera rendu public. Nous documentons la lettre dans son intégralité.

Le 9 juin 2026, le Conseil d'État du canton de Glaris a rejeté la pétition «Examen de l'état des données scientifiques sur la chasse au renard» du juriste lucernois Pascal Wolf. La justification comprenait trois paragraphes et ne citait aucune étude. Nous avons analysé ce processus dans notre article «Glaris rejette la pétition sur la chasse au renard sans examiner les preuves». Comme une simple mise en contexte ne rend pas justice à l'affaire, nous avons posé des questions, directement au signataire de la réponse.

La lettre ouverte suit la même démarche que notre courrier au président de commission lucernois Michael Kurmann en mai 2026: factuelle, avec des questions concrètes et avec l'attente claire d'une réponse. Voici la lettre dans son intégralité.

Lettre ouverte au Landammann Dr. Markus Heer

Monsieur le Landammann,

C'est avec étonnement que nous avons pris connaissance de la réponse du Conseil d'État à la pétition de Pascal Wolf du 4 mars 2026 concernant la chasse au renard. Le courrier porte votre signature. C'est pourquoi nous nous adressons directement à vous.

La réponse comprend trois paragraphes de fond, ne cite aucune étude, aucun relevé et aucun rapport. De notre point de vue, elle ne satisfait pas aux exigences minimales d'un examen sérieux d'une pétition dont l'unique objet était l'examen de l'état des données scientifiques. Nous vous prions de prendre position sur les points suivants.

1. «Aucun indice», mais aucune source

Le Conseil d'État écrit qu'il n'existe «aucun indice indiquant que cette chasse contrevient à la durabilité ou met en danger la population de renards. D'autres problèmes qui seraient éventuellement causés par la chasse au renard ne sont pas non plus connus.» Sur quelles données, enquêtes ou rapports cette constatation se fonde-t-elle? Le canton de Glaris a-t-il déjà examiné la littérature scientifique relative à la chasse au renard? Si non: comment une pétition qui demande précisément cet examen peut-elle être rejetée au motif qu'il n'existe aucun indice?

2. «Pouvoir» n'est pas «devoir»

Votre réponse renvoie au droit régalien de la chasse et à la loi fédérale sur la chasse. L'un comme l'autre prévoient que les renards peuvent être chassés. La pétition ne demandait pas si la chasse au renard est autorisée, mais si elle est nécessaire et appropriée. Aucune loi fédérale n'oblige le canton de Glaris à tirer des renards. Pourquoi le Conseil d'État répond-il à une question que personne n'a posée et laisse-t-il la question posée sans réponse?

3. L'état des connaissances scientifiques

La recherche publiée documente depuis des années des effets de compensation liés à la chasse au renard: les tirs sont compensés par une reproduction accrue et l'immigration (notamment Lieury et al. 2015, Baker et Harris 2006, Kämmerle et al. 2019, Rushton et al. 2006). Le canton de Lucerne, seul canton à tenir une statistique des maladies chez les renards abattus, indique que plus de 98 pour cent des renards tués étaient sains. Au Luxembourg, le taux d'infestation par le ténia du renard est passé d'environ 40 pour cent (2014) à environ 25 pour cent (2017) depuis l'interdiction de la chasse au renard de 2015. L'étude française de Comte et al. (2017) montre à l'inverse qu'une chasse intensive peut même augmenter le taux d'infestation, de 40 à 55 pour cent. Le Conseil d'État avait-il connaissance de cet état des connaissances? Si oui, pourquoi n'en est-il pas fait mention dans la réponse? Si non, sur quelle base la pétition a-t-elle alors été examinée?

4. Les espaces sans chasse comme test pratique

Le canton de Genève se passe de chasse de loisir sur les animaux sauvages depuis 1974. L'ensemble des dépenses pour la gestion professionnelle de la faune y représente environ un million de francs par an, soit l'équivalent d'environ une tasse de café par habitant. Les problèmes prédits ne se sont pas produits en cinquante ans.

Cela apparaît encore plus clairement dans notre propre pays : le Parc national suisse en Engadine est entièrement exempt de chasse depuis sa fondation le 1er août 1914, y compris pour le renard. En plus de cent ans, aucun des scénarios invoqués pour justifier la chasse au renard ne s'est produit. Les populations s'autorégulent par la concurrence intraspécifique, la disponibilité de nourriture et la mortalité naturelle. Cette expérience ne vient pas de Genève ou du Luxembourg, mais du canton des Grisons, et elle est documentée scientifiquement depuis un siècle. Pour en savoir plus, consultez le dossier Autorégulation des populations sauvages. Le Conseil d'État a-t-il examiné ces expériences avant d'affirmer qu'« aucun problème n'était connu » qui justifierait un réexamen ?

5. Voix issues de la chasse elle-même

Le chasseur de loisir zurichois Franz Balmer reconnaît publiquement : « Nous nuisons ainsi davantage à l'image de la chasse que nous ne lui rendons service. » La biologiste de la faune Sandra Gloor explique que le tir d'un renard issu d'un groupe familial n'a « absolument aucun » effet. Robert Brunold, ancien président de la chasse grisonne, déclare : « La petite chasse n'est pas nécessaire. » Si même des voix internes à la chasse contestent l'utilité de la chasse au renard, sur quoi le Conseil d'État glaronnais fonde-t-il sa certitude contraire ?

6. Loi sur la protection animale et tradition

L'art. 4 al. 2 de la loi sur la protection animale interdit d'infliger sans justification des douleurs, des souffrances ou des dommages aux animaux. La justification de la chasse au renard repose entièrement sur son utilité démontrable. Comment le canton de Glaris justifie-t-il l'abattage annuel de renards alors qu'il refuse expressément d'examiner cette utilité ?

Si le canton devait invoquer la tradition, nous tenons à préciser : la maltraitance animale n'est pas une tradition, et abattre un animal sans raison encore moins. La chasse, telle que les peuples autochtones la pratiquent depuis toujours, servait à la survie et à l'alimentation, portée par le respect de l'animal abattu. Le tir de renards en bonne santé, que personne ne mange et dont la mort ne remplit aucun but démontrable, n'a rien à voir avec cela. Ce qui est défendu comme une coutume, c'est tuer pour le plaisir de tuer.

7. Danger sanitaire pour la population

Le Conseil d'État invoque implicitement le fait que la chasse au renard servirait à protéger la santé publique. La science montre le contraire : la chasse de loisir au renard favorise les maladies, au lieu de les freiner. Les renards sont des combattants naturels des épidémies : ils régulent les populations de souris et de rongeurs, considérées comme les principaux réservoirs des tiques transmettant la borréliose. Une étude de Tim R. Hofmeester publiée dans Proceedings of the Royal Society B montre que dans les zones où l'activité des prédateurs est plus élevée, on trouve 10 à 20 pour cent de tiques nouvellement écloses en moins sur les rongeurs, et que les nymphes de tiques sont infectées 15 pour cent plus fréquemment lorsque le renard et la fouine font défaut. L'Office fédéral de la santé publique estime qu'en Suisse, 6'000 à 12'000 personnes contractent chaque année la borréliose de Lyme et 100 à 250 la méningo-encéphalite verno-estivale (FSME) ; l'OFSP classe donc les maladies transmises par les tiques comme un problème de santé important pour la Suisse. En Allemagne, environ 686 cas de FSME ont été signalés en 2024 ; en Suisse, les chiffres de la FSME ont atteint début 2025 leur niveau le plus élevé depuis 2013. Qui tire sur les renards affaiblit le rempart le plus naturel dont nous disposons contre cette évolution.

À cela s'ajoute : les chasseurs de loisir propagent activement des maladies. C'est précisément ce que démontre l'étude française déjà citée au point 3 (Comte et al. 2017) : une chasse intensifiée du renard a fait passer le taux d'infestation par le ténia du renard (Echinococcus multilocularis) de 40 à 55 pour cent, alors qu'il restait constant dans la zone de comparaison non chassée. Le mécanisme est connu : les tirs déstabilisent les territoires, augmentent les déplacements migratoires des renards juvéniles et propagent ainsi le parasite sur l'ensemble du territoire. Une étude de synthèse publiée en juillet 2025 dans le Lancet Infectious Diseases documente le nombre de cas à l'échelle européenne : la Suisse présente, après la Lituanie, le nombre de cas par habitant le plus élevé. La seule contre-mesure dont l'efficacité est prouvée est le déparasitage au moyen d'appâts au praziquantel, qui a permis de réduire de 97 à 99 pour cent le risque d'infection dans le district de Starnberg. La chasse au renard, en revanche, augmente le risque. Nous demandons au Conseil d'État : a-t-il connaissance de ces constats ? Et si oui : comment justifie-t-il une pratique qui, en l'état actuel des connaissances, ne protège pas la santé de la population mais la met en danger ?

Un exemple historique souligne ce schéma avec toute la clarté nécessaire : la rage n'a pas été vaincue en Suisse ni dans toute l'Europe centrale par la chasse de loisir, mais par des programmes d'appâts vaccinaux à grande échelle. Depuis les années 1970, des millions d'appâts vaccinaux ont été largués depuis des avions et des hélicoptères. Le dernier cas de rage chez le renard en Suisse a été signalé en 1996 ; peu après, l'OMS a déclaré la rage vulpine d'Europe occidentale vaincue. Les chasseurs de loisir n'y ont joué aucun rôle. Quiconque prétend donc que la chasse au renard sert à la protection sanitaire doit expliquer pourquoi cette même chasse n'a pas pu enrayer la rage, alors que les appâts vaccinaux l'ont fait.

Nous vous prions de bien vouloir nous faire parvenir une prise de position dans un délai de deux semaines. Cette lettre ainsi que votre réponse ou votre silence seront publiés sur wildbeimwild.com.

Avec nos salutations distinguées
IG Wild beim Wild

La suite des événements

La lettre est accompagnée d'une liste de références reprenant les principaux travaux de biologie de la faune sur la chasse au renard, depuis les études de compensation menées en France, au pays de Galles et en Forêt-Noire, en passant par les espaces sans chasse dans le Parc national suisse et dans le canton de Genève, jusqu'aux expériences documentées au Luxembourg. Si le Conseil d'État répond dans les délais, nous publierons sa prise de position et la commenterons. Si aucune réponse ne nous parvient, nous le consignerons également. La question que Pascal Wolf a posée dans plus de douze cantons reste la même : si aucune loi fédérale ne contraint les cantons à chasser le renard, sur quelle base scientifique la Suisse tue-t-elle alors chaque année environ 20’000 renards ?

Le contexte du rejet de la pétition se trouve dans notre article «Glaris rejette la pétition sur la chasse au renard sans examiner les données probantes», concernant la classification scientifique de la chasse au renard dans le dossier Mythes de la chasse ainsi que dans l'article «Quiconque chasse encore le renard aujourd'hui ne chasse pas dans le respect des règles».

En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse nous regroupons des vérifications de faits, des analyses et des reportages de fond.

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