Glaris rejette une pétition sur la chasse au renard sans en examiner les données probantes
Trois paragraphes, pas une seule étude : comment le Conseil d'État refuse un examen des données probantes.
Le Conseil d'État glaronnais a rejeté la pétition « Examen de l'état des données scientifiques sur la chasse au renard ».
La motivation tient en trois paragraphes, ne cite aucune étude et confirme ainsi involontairement précisément ce que la pétition critiquait : la chasse au renard se poursuit sans que personne n'en ait jamais vérifié l'efficacité.
Le 4 mars 2026, le juriste lucernois Pascal Wolf a déposé auprès du canton de Glaris la pétition « Examen de l'état des données scientifiques sur la chasse au renard ». Il n'était pas demandé une interdiction de chasse, mais simplement un rapport du Conseil d'État sur la nécessité scientifique et l'opportunité de la chasse au renard. La réponse est arrivée le 9 juin 2026 (réf. 2026-93/SKGEKO.5191), signée par le landamman Dr Markus Heer et le chancelier Arpad Baranyi : la pétition est rejetée. Ni le rapport demandé ni une modification de la pratique en vigueur ne seraient « indiqués ».
Une affirmation factuelle sans preuve
La motivation centrale est remarquable : il n'y aurait « aucun indice montrant que cette chasse contrevient à la durabilité ou met en danger la population de renards. D'autres problèmes qui seraient éventuellement causés par la chasse au renard ne sont pas non plus connus. »
Celui qui ne trouve aucun indice devrait pouvoir dire où il a cherché. La réponse du Conseil d'État ne cite aucun relevé, aucun rapport, aucune étude. Elle se réfère uniquement à la régale de la chasse et à la loi fédérale sur la chasse de 1986, c'est-à-dire au constat que la chasse au renard est légale. Personne ne l'a contesté. La pétition demandait si elle était scientifiquement justifiable. Le gouvernement n'aborde cette question par aucun mot. Le rejet d'un examen des données probantes devient ainsi lui-même une preuve : une base de données probantes sur laquelle la pratique glaronnaise pourrait s'appuyer n'est même pas affirmée.
Que «d'autres problèmes ne soient pas connus» contredit en outre la recherche publiée. La biologie de la faune documente depuis des années des effets de compensation: les prédateurs comme le renard compensent les tirs par une reproduction plus élevée et l'immigration, raison pour laquelle la chasse de loisir ne régule pas durablement la population. Pour l'affirmation selon laquelle la chasse réduirait le taux d'infestation par l'échinococcose, il n'existe aucune preuve scientifique, et concernant la rage, seules les actions d'appâts vaccinaux ont conduit au succès, alors que la chasse au renard s'est révélée contre-productive dans les études. Un aperçu se trouve dans notre article «Celui qui chasse encore le renard aujourd'hui ne chasse pas dans les règles de l'art» ainsi que dans le dossier Mythes de la chasse.
«Pouvoir» n'est pas «devoir»
Pourtant, le point décisif est manifeste, et le Conseil d'État le fournit lui-même involontairement: la loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages, sur laquelle Glaris se fonde, accorde aux cantons la régale de la chasse. Mais elle ne les oblige pas à l'exercer. Les espèces chassables «peuvent» être chassées, c'est ce qui est écrit dans la loi et c'est ainsi que la réponse glaronnaise elle-même le cite. «Pouvoir» n'est pas «devoir». Aucun canton n'est contraint par le droit fédéral de tirer des renards.
Le Conseil d'État répond donc à une question que personne n'a posée: celle de savoir si la chasse au renard est autorisée. La question de la pétition était de savoir si elle est nécessaire et appropriée. C'est précisément sur ce point que le canton serait tenu de se justifier, car celui qui fait usage d'un droit qui signifie chaque année le meurtre de milliers d'animaux sauvages devrait pouvoir dire pourquoi.
Que la réponse puisse aussi être différente, le canton de Genève le montre: il a de fait aboli la chasse de loisir au renard, depuis plus de cinquante ans. L'écosystème ne s'est pas effondré, c'est le contraire qui est vrai. Le Luxembourg renonce lui aussi à la chasse au renard depuis 2015, sans les problèmes prophétisés. À l'échelle de la Suisse, environ 20’000 renards ont néanmoins été abattus durant l'année de chasse 2024, tués par des chasseurs de loisir sans bénéfice écologique démontrable.
Sans utilité, la justification fait défaut
La loi sur la protection des animaux entre ainsi également en jeu. L'art. 4 al. 2 LPA interdit de causer aux animaux, de manière injustifiée, des douleurs, des souffrances ou des dommages, ou de les mettre dans un état d'anxiété. La justification de la chasse au renard repose traditionnellement sur son utilité présumée : régulation des populations, prévention des épidémies, protection du petit gibier. Si la recherche ne confirme pas cette utilité et que le Conseil d'État lui-même ne peut ou ne veut produire aucune preuve, le fait de tuer chaque année quelque 20’000 renards se retrouve sans fondement solide. Un gouvernement qui refuse l'examen des preuves refuse du même coup d'examiner si la souffrance que la chasse de loisir inflige aux prédateurs est seulement justifiée au sens de la loi sur la protection des animaux.
Reste l'argument de la tradition. Mais qui s'en réclame devrait savoir sur quoi il s'appuie. La cruauté envers les animaux n'est pas une tradition, et abattre un animal sans raison encore moins. La chasse, telle que la pratiquent depuis toujours les peuples premiers, servait à la survie et à la nourriture, portée par le respect de l'animal abattu. Le tir de renards en bonne santé, que personne ne mange et dont la mort ne remplit aucun but démontrable, n'a rien à voir avec cela. Ce que l'on défend ici comme une coutume, c'est tuer pour le plaisir de tuer.
Un schéma se répète à travers les cantons
Glaris n'est pas un cas isolé. Pascal Wolf a déposé la pétition dans plus de douze cantons, et les réactions suivent un schéma : le Conseil d'État bernois a rejeté le 6 mai 2026 une motion transpartisane en faveur d'un renoncement à la chasse au renard accompagné scientifiquement ; le Grand Conseil devrait se prononcer lors de la session d'automne 2026. Dans le canton de Lucerne, la commission compétente a rejeté la pétition sans audition. À Bâle, la députée au Grand Conseil Brigitta Gerber demande un examen de l'état des preuves ; la prise de position de l'office des deux Bâle est annoncée pour juin 2026. Nous avons documenté cette évolution dans «Après Berne et Lucerne : Bâle remet en question la chasse au renard» et notre analyse montre comment les administrations et les médias y reprennent les récits du lobby de la chasse «Le faux expert».
La réponse glaronaise s'inscrit dans la même logique : les gouvernements cantonaux défendent la chasse de loisir aux prédateurs en invoquant sa légalité et refusent de se confronter à la recherche. La question que Pascal Wolf a posée dans douze cantons reste donc sans réponse, et elle ne disparaîtra pas : si aucune loi fédérale n'oblige les cantons à chasser le renard, sur quelle base scientifique la Suisse tue-t-elle alors chaque année 20’000 renards ?
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