La justice et la politique grisonnes sous pression : des schémas de dissimulation et de népotisme
Plusieurs cas indépendants révèlent des problèmes structurels au sein du ministère public et des tribunaux des Grisons.
«Le copinage vert»
Plusieurs cas indépendants les uns des autres survenus ces dernières années ont suscité des critiques aux Grisons envers le ministère public, les tribunaux et le gouvernement. On critique la longueur des procédures, une proximité entre les autorités et les prévenus ainsi qu'un manque de transparence perçu. La couverture médiatique critique de la chasse de loisir de wildbeimwild.com est elle aussi directement concernée par de telles procédures.
Cet article replace les différents cas dans leur contexte. Nous distinguons délibérément les faits établis de notre appréciation en tant que rédaction critique de la chasse. Une caractéristique récurrente se dégage : dans plusieurs de ces cas, c'est une instance supérieure, notamment le Tribunal fédéral, qui a corrigé des décisions cantonales.
Ordonnance pénale contre wildbeimwild.com
Les faits. En février 2024, un chasseur de loisir grison a déposé plainte pénale contre wildbeimwild.com pour prétendue atteinte à l'honneur. La cause en était une image symbolique qu'il avait lui-même publiée publiquement 9 ans auparavant. Après une première audition en mai 2024 à Roveredo, la procédure est restée suspendue pendant plus d'un an. La personne concernée n'a pas pu se rendre à une seconde audition fixée au printemps 2025 pour des raisons de santé et l'a attesté par un certificat médical établissant une fracture de type Weber B. Le 3 juillet 2025, le procureur Ursin Brunett a néanmoins émis une ordonnance pénale. Après l'opposition, la personne a de nouveau été convoquée à une audition à Coire, bien qu'elle ait démontré à plusieurs reprises, par des certificats médicaux, son incapacité de voyager due à l'accident. Comme elle ne s'est pas présentée au rendez-vous du 18 septembre 2025, l'autorité a considéré cela, en se fondant sur l'article 355 du code de procédure pénale, comme un retrait de l'opposition et a déclaré l'ordonnance pénale exécutoire. La personne a été condamnée à payer les frais de procédure de 1’245 francs.
La mise en perspective. Du point de vue de wildbeimwild.com, il est choquant que l'incapacité de voyager attestée médicalement n'ait joué aucun rôle dans la suite de la procédure et ne soit pas mentionnée dans la décision de classement. Ainsi, une condamnation a été prononcée sans que la personne concernée ait jamais pu faire valoir son empêchement devant un tribunal, alors même que la publication à l'origine de l'affaire était, selon sa présentation, prescrite depuis longtemps. La légalité de ce procédé est plus que douteuse.
Une critique comparable a été soulevée dans une affaire connexe documentée par le portail d'enquête Inside Justiz. Selon ce dernier, Ursin Brunett a condamné un présumé auteur de courrier de lecteur à plus de 10’000 francs. Selon le rapport, le numéro de téléphone portable invoqué par la cyberenquête saint-galloise ne pouvait, d'après les renseignements de Swisscom, être associé à l'adresse IP du commentaire; le prévenu aurait néanmoins été condamné. Cette présentation provient d'Inside Justiz; le jugement lui-même n'est pas en possession de wildbeimwild.com.
Une procédure contre un ancien juge administratif
Les faits. Un ancien juge administratif de Coire a été condamné en première instance pour viol, harcèlement sexuel et menaces à 23 mois de peine privative de liberté avec sursis, nettement en dessous des réquisitions du ministère public. Selon les médias, l'enquête préliminaire a été dirigée par la procureure Corina Collenberg, qui aurait tutoyé le prévenu; l'ex-partenaire de ce dernier travaillait par ailleurs dans la même autorité. Il a également été rapporté que des examens médico-légaux n'ont pas été effectués et que des personnes appelées à donner des renseignements n'ont été interrogées qu'environ deux ans après les faits. À la Cour suprême, la formation de jugement pour l'audience d'appel était en partie composée d'anciens collègues du prévenu, et le public a été exclu de l'audience.
L'analyse. Selon le code de procédure pénale, l'exclusion du public doit être justifiée de manière proportionnée et au cas par cas. Du point de vue de wildbeimwild.com, la combinaison d'une proximité personnelle lors de l'enquête préliminaire, d'interrogatoires tardifs et d'une formation de jugement composée en partie d'anciens collègues soulève des questions quant à la distance institutionnelle. Nous jugeons également critique le fait que le ministère public ait ultérieurement transformé son propre appel en appel joint, se rendant ainsi dépendant du comportement du prévenu. Il s'agit là de notre appréciation du déroulement de la procédure tel qu'il a été rapporté publiquement, et non d'une accusation d'acte punissable à l'encontre des fonctionnaires impliqués.
Responsabilité au sommet
Les faits. Pour les deux procédures susmentionnées, la responsabilité suprême incombe à Claudio Riedi, premier procureur du canton des Grisons depuis 2016. Ursin Brunett comme Corina Collenberg lui sont subordonnés. En tant que premier procureur, Riedi définit les lignes directrices de la poursuite pénale. Dans la procédure pour atteinte à l'honneur contre wildbeimwild.com, trois procureurs ont signé: le premier procureur Claudio Riedi, le procureur en chef Maurus Eckert ainsi qu'Ursin Brunett, en charge du dossier.
L'analyse. Indépendamment de la personne qui traite un cas particulier, la direction de l'autorité porte la responsabilité structurelle de la manière dont les procédures délicates sont gérées. Que trois procureurs aient signé une procédure qui, du point de vue de la rédaction, aurait pu être classée tôt en raison de la prescription, nous l'estimons comme un investissement en personnel remarquable. Que l'autorité agisse avec retenue sur les thèmes de la chasse de loisir n'est pas une impression nouvelle pour wildbeimwild.com : déjà en 2018, le ministère public avait indiqué à l'IG Wild beim Wild qu'il ne voyait pas de nécessité d'agir, bien que, du point de vue des plaignants, de graves manquements de l'Office de la chasse et de la pêche aient été en cause. Nous avons documenté cette retenue dans l'article «Le ministère public des Grisons file doux».
Une autorité qui informe rarement de sa propre initiative
Les faits. Selon les expériences de wildbeimwild.com, le ministère public des Grisons n'informe guère les plaignants de sa propre initiative, ni de la réception d'une plainte pénale ni de son issue. Dans la procédure pour atteinte à l'honneur dirigée contre notre propre personne, un courrier immédiat signalant l'incapacité de voyager pour des raisons de santé est resté sans accusé de réception ; le jour de la convocation, le secrétariat n'a pas pu confirmer par téléphone si le courrier était bien parvenu, et ce n'est qu'après un appel personnel du procureur que la confirmation écrite est arrivée un jour plus tard. Dans un autre cas, le ministère public a indiqué à l'IG Wild beim Wild le 27 août 2025 qu'il ne donnerait pas suite à sa plainte contre un chasseur de loisir grison, sans notifier l'ordonnance motivée de non-entrée en matière. wildbeimwild.com y a dénoncé une violation du droit d'être entendu selon l'article 29 alinéa 2 de la Constitution fédérale. Ce grief est resté sans succès : la simple communication au plaignant, sans notification de l'ordonnance motivée, est considérée comme conforme à la loi. Lorsque le Tribunal cantonal des Grisons a été saisi le 20 novembre 2025, il n'est pas entré en matière sur le recours, au motif qu'un simple plaignant n'a pas qualité pour recourir.
La mise en perspective. Sur le plan juridique, cette communication succincte adressée aux plaignants peut être admissible. Du point de vue de wildbeimwild.com, elle a toutefois pour conséquence qu'une organisation plaignante n'apprend en réalité pas les motifs d'un classement sans suite et ne peut guère le contester efficacement. Ce que d'autres cantons pratiquent comme partie évidente de leur communication procédurale devient ainsi une obligation à la charge des plaignants. Un épisode que wildbeimwild.com a lui-même vécu est révélateur : à la demande de transmission d'une décision, le premier procureur Claudio Riedi a répondu au téléphone, en substance, qu'on ne mettait pas les décisions sur le fax de n'importe qui comme cela, et ce à l'égard de la partie qui avait précisément déclenché la procédure par sa plainte. Le deux poids, deux mesures est frappant : la même photo de tableau, dont la publication par le chasseur de loisir n'a pas été jugée digne d'une enquête par l'autorité, a conduit, dans un contexte critique et utilisée par wildbeimwild.com, à une procédure pénale contre la personne plaignante. La constance avec laquelle on poursuit ailleurs est illustrée par une série de cas hors des Grisons, que nous avons documentés dans l'article «Des chasseurs de loisir suisses occupent la justice ; nous exposons les détails du classement sans suite dans l'article «Quand les images de chasse deviennent l'angle mort de la justice aux Grisons».
Le cartel de la construction : politique, artisanat et chasse de loisir
Les faits. Dans le plus grand scandale d'entente sur les prix de l'histoire récente de la construction suisse, la Commission de la concurrence a infligé des amendes à sept entreprises pour environ 7,5 millions de francs, après que des entreprises de construction en Basse-Engadine avaient truqué pendant des années de nombreux appels d'offres dans le bâtiment et le génie civil. Deux politiciens PBD de l'époque et chasseurs de loisir ont également été impliqués dans cette affaire : Andreas Felix, directeur de l'association grisonne des maîtres d'ouvrage, a démissionné de ses fonctions de président de parti et de candidat au Conseil d'État après les accusations ; Jon Domenic Parolini, ancien président de commune de Scuol, aurait selon des articles de presse eu connaissance des ententes. Le lanceur d'alerte Adam Quadroni n'a, selon ses propres dires, d'abord pas été entendu par les services cantonaux ; l'affaire a été traitée de manière déterminante par la Commission de la concurrence à Berne.
La mise en perspective. Pour wildbeimwild.com, l'affaire montre à quel point les autorités, le secteur de la construction, la politique et la chasse de loisir peuvent être étroitement imbriqués au sein du même département de la construction, des transports et des forêts, dont relève également la chasse. Nous avons exposé les parallèles dans l'article «Grisons : chasseurs de loisir dans le marécage du cartel de la construction» exposé.
Le dossier Cavigelli : la politique comme élément du schéma
Les faits. Lorsqu'en 2013 l'initiative populaire visant à abolir la chasse spéciale fut déposée avec plus de 10’000 signatures, le conseiller d'État et directeur des travaux publics de l'époque, Mario Cavigelli (Le Centre), ne présenta d'abord pas au Grand Conseil un courrier de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV), dans lequel l'office avait jugé l'initiative conforme au droit fédéral. Ce n'est qu'au cours du débat parlementaire qu'il admit que le courrier aurait dû être présenté. L'IG Wild beim Wild déposa une plainte pénale ; les initiants durent porter l'affaire à leurs propres frais jusque devant le Tribunal fédéral avant que le vote ne puisse avoir lieu. Cavigelli dirigeait ce même Département des travaux publics, des transports et des forêts, dont relevaient également la chasse et la pêche.
La mise en perspective. Du point de vue de wildbeimwild.com, ce procédé illustre de manière exemplaire une façon de traiter le parlement que nous jugeons non transparente. Nous exposons le contexte dans l'article «Mario Cavigelli doit répondre de ses mensonges» et dans le «Dossier Mario Cavigelli : politicien et bénéficiaire».
À quel point la voie judiciaire contre les autorités grisonnes peut être semée d'embûches, la deuxième initiative populaire cantonale de l'association Wildtierschutz Schweiz, «Pour une chasse respectueuse de la nature et éthique», le montre. Devant le Tribunal administratif des Grisons, l'association remporta en 2018 une victoire partielle : le tribunal jugea recevables la protection des mères et le repos hivernal général pour le cerf, mais rejeta la revendication d'une composition paritaire de l'Office de la chasse et de la pêche. L'association porta ce point plus loin, comme nous l'avons documenté dans l'article «L'association Wildtierschutz Schweiz remporte une victoire partielle devant le tribunal». Devant le Tribunal fédéral, l'association obtint alors gain de cause : la revendication d'une représentation paritaire de défenseurs des animaux, de chasseurs de loisir et de non-chasseurs ne contrevient pas au droit supérieur. Ce fut, comme nous le relevions alors, «la deuxième instance qui corrige la politique grisonne dans le contexte de l'initiative sur la chasse».
Une affaire judiciaire autour d'une villa à Samedan
Les faits. Le «Blick» a récemment rapporté un autre cas: un médecin a perdu 1,3 million de francs lors de l'achat d'une maison à Samedan, parce qu'une commune n'avait pas inscrit pendant des années une obligation de résidence principale au registre foncier. Un notaire, qui était en même temps président de commune, aurait été au courant. Selon le rapport, deux professeurs de droit pénal ont confirmé dans des expertises privées l'existence d'une escroquerie. D'après cet exposé, l'autorité compétente a laissé traîner l'affaire jusqu'à la prescription; une expertise juridique de l'Université de Zurich a conclu plus tard qu'un procureur chargé de l'enquête s'était rendu coupable de favoritisme par son inaction. Selon le rapport, seul le Tribunal fédéral a contraint à plusieurs reprises les autorités à agir.
La mise en contexte. Les évaluations mentionnées proviennent des expertises citées et de la couverture médiatique du «Blick»; wildbeimwild.com ne dispose pas des dossiers de procédure. Pour nous, le cas s'inscrit néanmoins dans un schéma où les instances cantonales n'agissent que sous la pression d'une instance supérieure.
La surveillance par la commission de justice
Les faits. La surveillance des juges et procureurs grisons relève de la commission de justice cantonale. Ses décisions sont rarement communiquées publiquement.
La mise en contexte. Dans les milieux politiques, la commission est donc qualifiée de manière critique de «chambre obscure». Du point de vue de wildbeimwild.com, ce manque de publicité contribue à rendre difficilement vérifiables les critiques adressées à certaines procédures. Nous rapportons cette appréciation comme un jugement de valeur; elle repose sur le débat public et non sur la preuve de manquements concrets de la commission.
Un schéma récurrent
Les cas décrits diffèrent fortement quant à leur contenu: une procédure pour atteinte à l'honneur contre un média de protection animale, une procédure pénale contre un ancien juge administratif, un dommage de plusieurs millions en lien avec un notariat, un cartel de la construction et une évaluation de l'OFEV d'abord soustraite au parlement. Ce qui les relie du point de vue de wildbeimwild.com, c'est la critique des mêmes structures: des procédures longues, une transparence perçue comme faible et une proximité personnelle entre les autorités et les personnes concernées.
Un deuxième élément est en outre frappant: dans plusieurs cas, c'est une instance supérieure qui a corrigé les décisions cantonales, que ce soit le Tribunal fédéral pour l'initiative sur la chasse et l'affaire des villas, la Commission de la concurrence pour le cartel de la construction, ou l'OFEV pour la chasse spéciale. Ce schéma récurrent révèle une arrogance des fonctionnaires cantonaux, qui n'est freinée que par les instances supérieures.
wildbeimwild.com continuera de suivre d'un œil critique les développements dans les Grisons, en particulier là où ils concernent la manière dont la justice et la politique traitent la chasse de loisir.
En savoir plus sur le sujet dans le dossier «La justice grisonne dans l'ombre» ainsi que dans le dossier «Critiques et faits sur la chasse de loisir».
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