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Criminalité & chasse

Quand les photos de chasse deviennent l'angle mort de la justice en Grisons

Un cerf mort, un chasseur amateur souriant, un clic sur «Publier». Ce que beaucoup considèrent déjà comme une indécence flagrante devient l'angle mort de la justice en Grisons. Celui qui publie ses photos de chasse sur internet reste tranquille. Celui qui critique cette pratique et utilise précisément une telle photo comme preuve fait l'objet de poursuites pénales. Dans ce champ de tension entre chasse de loisir, protection des animaux et droits des enfants, c'est désormais au Tribunal fédéral de trancher : l'État de droit s'applique-t-il aussi là où les trophées de chasse sont mis en scène?

Rédaction Wild beim Wild — 1er décembre 2025

Le présent cas illustre, du point de vue de l'IG Wild beim Wild, comment la chasse de loisir en Suisse est encore traitée de facto comme un espace sans droit.

En Grisons, le ministère public a refusé d'ouvrir une procédure pénale concernant des photos de chasseurs mises en scène publiquement. Dans le même temps, celui qui critique cette pratique et a utilisé l'une de ces photos comme preuve dans une publication critique envers la chasse fait l'objet de poursuites pénales.

L'affaire est désormais devant le Tribunal fédéral à Lausanne. La question centrale est de savoir si la protection des animaux, la protection de la jeunesse et les droits procéduraux élémentaires sont restreints là où les intérêts des chasseurs de loisir sont en jeu.

Deux procédures pénales, une seule et même photo

Le point de départ est une plainte pénale déposée le 8 août 2025 par le directeur de l'IG Wild beim Wild auprès du ministère public des Grisons. Elle vise un chasseur amateur grison de Scuol.

Selon la plainte, le chasseur amateur a publié sur le site web de l'association «chatscha.ch» et sur sa page Facebook privée plusieurs photos de chasseurs ainsi que des photos d'enfants. Les clichés le montrent en tant que tireur aux côtés d'animaux sauvages abattus. Parallèlement, il appelle publiquement à envoyer d'autres photos de chasse par e-mail.

C'est précisément dans le contexte de campagnes d'information telles que «Les photos d'enfants n'ont pas leur place sur internet», lancées par la police et des services spécialisés et largement diffusées dans le grand public, que le profil Facebook du président de la chasse apparaît, aux yeux de l'IG, comme nettement en dehors des normes acceptables.

De l'avis de l'auteur de la plainte, ces mises en scène portent atteinte à la dignité des animaux au sens de la loi sur la protection des animaux et pourraient en outre remplir les conditions de l'infraction de représentation de la violence au sens de l'article 135 du Code pénal. Il ne s'agit pas, dans cette perspective, d'un simple malaise abstrait vis-à-vis de la chasse de loisir, mais de normes concrètes destinées à encadrer la violence envers les animaux et leur exposition publique.

Point particulièrement sensible: l'une de ces photos de chasseur avec son gibier constitue également le cœur d'une procédure pénale distincte dirigée contre le responsable de l'IG Wild beim Wild lui-même. Celui-ci avait utilisé la photo, sans en connaître l'auteur, dans le cadre d'une publication sur wildbeimwild.com. Le chasseur amateur avait alors déposé à son tour une plainte pénale. Un recours au Tribunal fédéral est d'ores et déjà en cours à ce sujet.

Il s'agit donc d'un seul et même état de fait, traité par les autorités de poursuite pénale dans deux directions opposées:

L'utilisation de cette même image dans un contexte critique par un opposant à la chasse a en revanche conduit à une procédure pénale.

La publication de la photo de chasseur avec son gibier par le chasseur amateur lui-même doit rester impunie et n'a jusqu'à présent pas même fait l'objet d'un examen approfondi.

Le Ministère public bloque, le Tribunal cantonal détourne le regard

La réaction des autorités pénales des Grisons à la plainte déposée contre le chasseur amateur est, aux yeux de l'IG, décevante. Dès le 27 août 2025, le Ministère public a annoncé avoir prononcé un classement sans suite, signifiant qu'aucune procédure pénale ne serait ouverte.

Ce qui frappe l'auteur de la plainte: la communication ne contient aucune motivation. Il n'est expliqué ni en droit ni en fait pourquoi la plainte est écartée dès le départ. Dans le contexte d'un ensemble thématique délicat mêlant protection des animaux, représentation de la violence et protection de la jeunesse, cela soulève des questions quant au droit d'être entendu.

Une plainte a dès lors été déposée auprès du Tribunal cantonal des Grisons, avec pour objectif de contraindre le Ministère public à ouvrir au moins une procédure pénale ordinaire et à examiner l'affaire sur le fond.

La Cour supérieure, présidée par M. Bergamin, a rendu une ordonnance le 20 novembre 2025 déclarant le recours irrecevable. Le directeur de l'IG Wild beim Wild n'est que dénonciateur et ne dispose pas de la qualité pour recourir, ni en tant que personne lésée, ni en tant qu'«autre participant à la procédure». Point final. Aucun examen de la constellation particulière de la procédure parallèle n'a été effectué, ni aucune discussion approfondie des questions relatives à la protection des animaux et à la protection de la jeunesse.

C'est contre cette décision que l'IG forme désormais un recours auprès du Tribunal fédéral à Lausanne.

Deux poids, deux mesures : quand le critique devient le problème

Au cœur du recours devant le Tribunal fédéral se trouve la question de savoir si une personne dans la position du directeur de l'IG Wild beim Wild peut réellement être réduite au rôle de «simple dénonciateur».

Le directeur se trouve simultanément dans deux rôles :

  • en tant que directeur d'une organisation de défense des droits des animaux, qui se consacre depuis des années à la problématique des photos de tableau de chasse, du chasse-trophée et des droits des enfants
  • et en tant que personne prévenue dans une procédure pénale fondée sur l'une des photos de tableau de chasse du chasseur amateur

Les autorités cantonales poursuivent ainsi, de l'avis de l'IG, un même état de fait sous deux angles radicalement opposés. À l'encontre du critique de la chasse, une infraction pénale est construite à partir de l'image. À l'encontre du chasseur amateur qui a produit et diffusé les photos de tableau de chasse en premier lieu, on ne voit en revanche aucune raison d'ouvrir une enquête.

Cette asymétrie n'est pas simplement une question de goût, elle touche à des droits fondamentaux :

  • le droit à l'égalité de traitement
  • le droit à un procès équitable
  • l'accès à un tribunal

Selon l'IG Wild beim Wild, une personne prévenue dans une procédure parallèle reposant directement sur la même publication d'image a un intérêt concret et digne de protection à ce que l'impunité de la publication de chasse originale soit examinée par un tribunal. C'est précisément cet intérêt que les autorités judiciaires grisonnes contestent. La question de savoir si cela est compatible avec les garanties constitutionnelles appartiendra désormais au Tribunal fédéral de trancher.

Droits des enfants, représentation de la violence et photos de tableau de chasse

L'affaire comporte une dimension que la routine juridique tend à occulter facilement : la protection des enfants et des jeunes.

L'article 135 du Code pénal relatif aux représentations de violence n'est pas un aspect technique secondaire. Par sa finalité, il vise notamment à protéger les mineurs contre des scènes de violence cruelles ou perçues comme cruelles. Il s'agit d'empêcher que des enfants soient confrontés à des images susceptibles de les insensibiliser, de les déstabiliser ou de leur causer un préjudice psychologique.

La protection constitutionnelle des mineurs est ancrée à l'article 11 de la Constitution fédérale. La Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant oblige en outre la Suisse à protéger les enfants contre la violence physique et psychologique ainsi que contre les expériences de violence préjudiciables. Des recommandations et des prises de position rappellent régulièrement que cela inclut également la manière dont la violence envers les animaux est traitée et le fait d'y être confronté.

Dans ce contexte, les photos de tableau de chasse sur Internet sont, du point de vue de l'IG, tout sauf un folklore cynégétique anodin. Les sites web d'associations et les réseaux sociaux sont utilisés quotidiennement par des enfants et des adolescents. Les contrôles d'âge ou les avertissements font en règle générale totalement défaut. Quiconque met en scène, dans cet environnement, des images sanglantes d'animaux tués comme un triomphe personnel et sollicite activement de nouveaux envois crée, selon l'IG, un espace dans lequel les risques suivants sont systématiquement acceptés :

  • Désensibilisation à la violence envers les animaux
  • Atteinte à la capacité d'empathie des enfants
  • Normalisation d'un rapport aux animaux sauvages qui les rabaisse au rang d'objets de divertissement, de pouvoir et de prestige

L'IG Wild beim Wild a lancé dans ce contexte une pétition réclamant la sanction des chasseurs de loisir qui permettent à des mineurs de participer à la chasse de loisir. Elle souligne les traumatismes psychologiques que les enfants peuvent subir en étant témoins de la souffrance animale, ainsi que le lien bien documenté entre la violence envers les animaux et les comportements antisociaux ultérieurs.

Lorsque les autorités de poursuite pénale classent sans suite des plaintes relatives à de telles représentations sans aucun examen matériel, le but protecteur de la jeunesse de l'article 135 CP est, selon l'IG, affaibli précisément là où la violence envers les animaux est mise en scène publiquement dans le cadre de la chasse de loisir.

Comment les photos de tableau de chasse discréditent la chasse de loisir

La tendance sociale est difficilement contestable. Des sondages représentatifs sur la perception des photos de tableau de chasse dans les réseaux sociaux par les jeunes adultes dressent un tableau sans équivoque : les personnes qui ne pratiquent pas elles-mêmes la chasse réagissent majoritairement de manière négative aux photos de trophées.

La grande majorité des personnes ne souhaitent pas voir de telles images sur les réseaux sociaux. Beaucoup seraient au moins favorables à des avertissements explicites. Les associations spontanées suscitées par les photos de trophées sont « mépris », « absence d'empathie », « violence ». L'exposition publique d'animaux morts nuit massivement et durablement à l'image de la chasse de loisir.

La recherche existante confirme ainsi ce que les voix critiques à l'égard de la chasse affirment depuis des années : les photos de trophées ne constituent pas un travail de relations publiques réussi, mais une catastrophe communicationnelle. Elles montrent la chasse de loisir sous son aspect le plus brutal et offensent précisément la majorité de la population dont l'acceptation constitue le fondement politique du système de chasse.

Lorsque l'IG Wild beim Wild affirme publiquement qu'un policier ou un soldat qui poserait en souriant avec ses victimes serait probablement renvoyé avec déshonneur et envoyé en expertise psychiatrique, il ne s'agit pas d'une analyse juridique technique, mais d'un jugement de valeur certes incisif, mais légitime du point de vue de l'IG.

Le recours à la notion juridique des « bonnes mœurs » montre en outre que cette critique s'appuie sur des principes juridiques reconnus. La loi sur la protection des animaux consacre elle aussi la dignité de l'animal comme valeur intrinsèque et contient des interdictions de traitements dégradants ou purement instrumentalisants. Les photos de trophées qui mettent en scène des animaux sauvages tués comme de simples jouets de chasse sont difficilement compatibles avec cette perspective.

Il est également remarquable que même dans les milieux cynégétiques, des restrictions concernant la publication de photos de trophées existent désormais, notamment pour le loup. Le législateur a créé, avec l'article 135 CP, une infraction pénale qui réprime expressément les représentations excessives de violence, y compris à l'égard des animaux. La sensibilité au problème existe donc. Du point de vue de l'IG, cette sensibilité se reflète toutefois fort peu, jusqu'à présent, dans les poursuites pénales engagées dans les Grisons.

Plus qu'un cas isolé

Les décisions attaquées devant le Tribunal fédéral sont bien plus qu'une formalité interne à la justice grisonne. Elles soulèvent des questions de principe :

  • Des personnes qui s'engagent de manière qualifiée en faveur des droits des animaux et des enfants, et qui sont simultanément personnellement concernées par un état de fait identique, ont-elles droit à un contrôle judiciaire d'un classement sans suite ?
  • L'État peut-il tolérer de facto des représentations de violence envers des animaux dans l'espace public, tandis que des personnes qui documentent cette pratique de manière critique font l'objet de poursuites ?
  • Quel rôle jouent les droits de l'enfant lorsqu'il s'agit de la diffusion publique de scènes de mise à mort d'animaux sauvages ?

La plainte du responsable de l'IG Wild beim Wild vise ce qu'il considère comme le simple refus de la justice grisonne de se pencher sur ces questions. La combinaison d'un non-lieu non motivé, d'un refus d'entrée en matière de la Cour supérieure et, dans le même temps, de poursuites pénales contre le critique produit un effet de signal qui dépasse le cas individuel.

De l'avis de l'IG, cela crée l'impression que les photos de chasse sont sacrosaintes, tandis que les critiquer est risqué.

Pourquoi le recours à Lausanne est nécessaire

Devant le Tribunal fédéral, il n'est pas seulement question d'une carcasse d'animal sauvage sur une photo. Il s'agit du rôle de la protection des animaux et des droits de l'enfant dans une société qui aime se considérer comme progressiste et attachée à l'État de droit. Il s'agit de la question de savoir quel accès aux tribunaux ont ceux qui prennent précisément ces droits au sérieux.

L'IG Wild beim Wild et son responsable posent avec ce recours une question de principe fondamentale. Soit les photos de tableau de chasse seront à l'avenir sérieusement examinées sous l'angle de la protection des animaux, de la représentation de la violence et de la protection de la jeunesse. Soit la justice envoie le signal que d'autres règles s'appliquent là où les chasseurs de loisir mettent en scène leurs trophées sanglants.

Jusqu'à la décision de Lausanne, la présomption d'innocence s'applique à toutes les parties concernées. De l'avis de l'IG, une chose est déjà claire aujourd'hui : l'affaire montre à quel point le débat sur la chasse de loisir, les photos de trophées et les droits de l'enfant doit être mené de toute urgence, non seulement dans les Grisons, mais dans toute la Suisse.

La suite au prochain épisode…

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