Les vieux contes de chasse sous un habit neuf
Nau.ch raconte une histoire connue : plus de chevreuils et de cerfs, plus de dégâts, plus de chasse. Elle sonne familier, car elle est répétée depuis des décennies.
Mais elle reste incomplète, tant que les prédateurs sont exclus des chiffres de réussite et que les causes imputables aux chasseurs de loisir n'ont pas assez de conséquences.
Les chasseurs de loisir restent trop souvent à l'écart, bien que précisément cette perspective soit nécessaire pour un débat honnête.
Le conte 1 : « Plus d'animaux » devient automatiquement « problème »
Nau.ch donne le ton tôt : « rencontres magiques », mais ensuite « ennuis dans la forêt ». Suit alors le scénario connu : augmentation des effectifs égale dégâts égale pression cynégétique. Ce qui manque : la différence entre effectif (estimation), densité (locale) et dégâts (très locaux). L'article dit certes lui-même que les effectifs ne peuvent être « qu'estimés » et que les cantons comptent différemment, mais construit néanmoins l'histoire sur les grands chiffres.
Le conte 2 : « Ils grignotent nos forêts »
La formulation «grignotent... à travers nos forêts» est émotionnelle, mais pas analytique. Elle suggère que les animaux sauvages ruinent un «travail forestier coûteux» et l'adaptation climatique. Le mythe sous-jacent : les animaux sauvages seraient le facteur perturbateur, la sylviculture et l'exploitation seraient neutres. Or, la forêt en Suisse est un paysage culturel, façonné par le choix des essences, la gestion, les objectifs de forêts protectrices, les perturbations, le désenclavement et le régime de chasse. Précisément cette coresponsabilité reste en arrière-plan.
Le mythe 3 : «La cause, c'est la nature, pas nous»
Nau cite comme raison des augmentations «la grande offre alimentaire due à l'agriculture plus intensive» et des forêts plus proches de la nature. C'est le point central, mais qui n'est pas pensé jusqu'au bout de manière conséquente : si l'agriculture et l'exploitation soutiennent les populations, alors la réponse standard ne peut pas consister à simplement réguler plus durement. Alors la chasse de loisir, l'agriculture, la sylviculture, l'aménagement du territoire, la gestion des visiteurs et le trafic doivent être mis en cause.
Le mythe 4 : «La chasse spéciale résout le problème»
L'article se dirige vers la «solution» : les chasses spéciales à Berne et aux Grisons. Puis vient la phrase : aux Grisons, on aurait «réduit la population de 17 pour cent» depuis 2020. Ici se produit le mythe typique : on célèbre la réduction, sans poser la question décisive : par quoi ?
Car Nau ne mentionne les prédateurs que plus tard comme «lueur d'espoir» et dit que le loup pourrait limiter les dégâts, selon la région c'est déjà le cas. Mais : dans le succès des «17 pour cent», l'influence des prédateurs n'est pas prise en compte. De même, les prédateurs sont rayés du bilan, bien qu'ils participent au système.
Le mythe 5 : «Tirs record, mais insuffisant, donc encore plus»
Nau écrit : à Saint-Gall, on aurait tiré en 2024 autant de cerfs que jamais auparavant, mais pas assez malgré tout pour faire baisser la population. C'est un signal d'alarme contre le mythe de la chasse du simple bouton de réglage. Au lieu de cela, il est utilisé dans l'article comme justification de pourquoi «le problème» serait difficile, y compris l'indication que des forêts plus proches de la nature compliqueraient la chasse de loisir. Traduit : un conflit d'objectifs est raconté de manière à ce qu'à la fin, la chasse de loisir doive à nouveau obtenir plus de marge de manœuvre.
Le mythe 6 : «La société du divertissement est coupable»
Puis le bouc émissaire est livré : «société du divertissement 24 heures». Les humains perturbent, les cerfs se retirent dans des zones difficilement accessibles. Les perturbations peuvent être pertinentes, oui. Mais comme mot-clé, elles remplacent des mesures différenciées. Et cela détourne l'attention : de l'offre alimentaire, de la sylviculture, de la pression de chasse, des zones de tranquillité hivernale et du trafic, qui agissent souvent beaucoup plus fortement que l'indignation morale sur les loisirs.
Le mythe 7 : «Dialogue de toutes les parties concernées», mais les voix critiques de la chasse restent marginales
Nau cite : il faut un «dialogue de toutes les parties concernées». En pratique, cependant, précisément dans cet article domine la vision de l'autorité de chasse, d'«experts» proches de la chasse ou des chasseurs de loisir et de l'union paysanne, tandis que les perspectives critiques de la chasse n'obtiennent structurellement guère de place. La Protection Suisse des Animaux PSA est également mentionnée, mais plutôt comme voix secondaire, bien qu'elle dise un point central : les prédateurs contribuent à la régulation naturelle et remettent en question la nécessité d'une chasse intensive.
Ce qui manque vraiment à cette histoire
- Chaîne de responsabilité au lieu de bouc émissaire animal sauvage
L'offre alimentaire agricole, la sylviculture, la gestion des visiteurs, le trafic et le régime de chasse appartiennent ensemble dans l'analyse. - Les prédateurs dans le bilan, pas seulement comme «lueur d'espoir»
Quand on cite des réductions, il faut penser aux prédateurs comme les loups et lynx comme facteur, sinon cela reste du cadrage. - Honnêteté sur l'effet de la chasse
Si des tirs record n'apportent pas de baisse claire, ce n'est pas un argument pour encore plus de pression, mais un argument pour de meilleures définitions d'objectifs, de meilleurs indicateurs et moins de mythes.
Un autre point reste presque toujours invisible : la chasse de loisir peut elle-même déclencher une compensation. Lorsqu'une population est fortement chassée, cela peut dans certaines situations partiellement s'équilibrer, par exemple par des taux de survie plus élevés des animaux restants ou de meilleurs taux de reproduction, car il y a moins de concurrence pour la nourriture, en plus d'une immigration accrue. Ce n'est pas une idée exotique, mais des connaissances de base en écologie des populations.
Quand il s'agit de dommages forestiers, il faut des critères mesurables, pas seulement des effectifs. Une présentation sérieuse doit inclure par exemple les indicateurs de régénération forestière et d'abroutissement, l'état des surfaces de forêts protectrices, les périmètres de dommages délimités localement, les chiffres d'accidents de la circulation, la mortalité hivernale, ainsi que les données spatiales sur l'utilisation, les zones de tranquillité et la pression de chasse.
Qui justifie des dommages devrait montrer où ils se produisent, comment ils ont été mesurés et quelles mesures sont efficaces de manière avérée.
Néanmoins, depuis des décennies, on fait comme si la chasse de loisir était un simple bouton de réglage : tirer plus égale moins d'animaux égale moins de dommages. Dans la réalité, c'est souvent un système de rétroaction qui ne se laisse pas contrôler si commodément. Et lorsque malgré des abattages élevés aucune diminution claire ne se produit, ce n'est pas la stratégie qui est remise en question, mais la demande d'encore plus d'interventions est répétée.
Ce sont depuis des décennies toujours les mêmes contes de chasse des chasseurs de loisir avec leurs demi-vérités.
Dossier Administration de la chasse de Saint-Gall :
- Dominik Thiel : Chasseur de loups aux frais de l'État – un chef de service comme risque sécuritaire pour la protection de la faune
- Psychologie de la chasse dans le canton de Saint-Gall
- Saison de chasse jusqu'au Nouvel An : pression d'abattage au lieu de gestion de la faune
- Chasse au permis comme solution contre les conflits avec le cerf élaphe ?
- Administration de la chasse de Saint-Gall : gestion du loup sans science et sans crédibilité
- L'autorisation d'abattre un loup dans le canton de Saint-Gall était illégale
- Abrutissement du peuple dans le canton de Saint-Gall
- Office pour la chasse et la bêtise à Saint-Gall modernise la formation cynégétique
- Saint-Gall veut réguler la meute de loups du Gamserrugg
- Controverse autour des fonctionnairessuisses à la chasse au loup en Russie
- Les « experts » de Saint-Gall terminent la régulation du loup pour cet hiver
- La pomme pourrie dans l'administration de la chasse saint-galloise
- Un chasseur menteur est devenu chef de section dans le canton de Saint-Gall
- Saint-Gall : Arrêtez le massacre des renards et des blaireaux
- L'OFEV et les administrations de la chasse travaillent-ils encore sérieusement ?
- Comment le chasseur de loisir Simon Meier mène sur une fausse piste
Soutenez notre travail
Avec votre don, vous aidez à protéger les animaux et à faire entendre leur voix.
Faire un don maintenant →