Un chasseur de loisir à la tête de la chasse de Zoug : l'UDC flaire un abus de pouvoir
L'homme chargé de surveiller la chasse de loisir dans le canton de Zoug pratique lui-même la chasse, et c'est précisément ce double rôle qui lui vaut aujourd'hui d'être accusé d'abus de pouvoir.
L'interpellation a été déposée par Philip C. Brunner, président du groupe UDC au Grand Conseil de Zoug.
Au centre de l'affaire se trouve Beda Schlumpf, chef de la division Pêche et Chasse au sein de l'Office cantonal des forêts et de la faune. Ce n'est pas la première fois que ce poste fait l'objet d'une intervention. Déjà en 2024, le même groupe reprochait que Schlumpf avait été nommé sans mise au concours publique, et cela par son collègue de parti et supérieur hiérarchique, le directeur de l'Intérieur Andreas Hostettler (PLR).
L'accusation : surveiller sa propre chasse de loisir
Brunner s'offusque du fait que Schlumpf soit chargé de la surveillance de la chasse tout en participant lui-même à la chasse de loisir. Cette « auto-surveillance », selon le politicien de l'UDC, conduirait à des comportements abusifs. Concrètement, il affirme disposer de preuves écrites montrant que lors des chasses de Schlumpf, des rabatteurs sans permis de chasse valable auraient également participé. Or, à Zoug, canton exclusivement soumis à la chasse à patente, non seulement les tireuses et tireurs, mais aussi les rabatteurs non armés doivent détenir un permis valable.
Pour Brunner, le chef de division s'octroie ainsi des privilèges unilatéraux, qui vaudraient des amendes à d'autres chasseuses et chasseurs de loisir. Il parle d'« abus de pouvoir ». Il critique en outre que Schlumpf amène régulièrement son chien au bureau sans autorisation.
La Direction de l'Intérieur conteste
Le canton rejette cette présentation de manière inhabituellement nette, bien que les interpellations pendantes ne soient normalement traitées que dans le cadre de la réponse formelle du gouvernement. Selon un porte-parole de la Direction de l'Intérieur, la compétence de contrôle et de sanction n'appartient pas au chef de service, mais aux gardes-faune, à qui il est expressément interdit de chasser. Les autres collaborateurs de l'office pourraient participer sous des conditions clairement définies. Une directive interne datant d'août 2025 règle les rôles et la gestion des conflits d'intérêts.
Le porte-parole qualifie le principal reproche d'erroné, selon l'état actuel des connaissances. Schlumpf aurait participé à la haute chasse durant deux après-midi non travaillés, muni d'un permis de haute chasse valable. Une apprentie chasseuse aurait été présente comme accompagnatrice sans permis, mais il ne l'aurait pas encadrée. De tels accompagnements serviraient à la «transmission d'expériences de chasse» et seraient courants et autorisés. Quant au chien, il s'agirait d'un chien de sang formé pour la recherche d'animaux blessés, disposant d'une autorisation de l'Office des constructions datant de juillet 2024.
Le véritable conflit est plus profond
Les vérifications devront montrer si les différents reproches se confirment. Mais un constat mérite d'être relevé, indépendamment de l'issue de l'affaire : à la tête de la surveillance de la chasse du canton de Zoug se trouve un homme qui représente depuis des années, sur le plan institutionnel, les intérêts des chasseurs de loisir. Déjà avant son engagement, Schlumpf siégeait comme «représentant des chasseurs» au sein de la commission cantonale de la chasse. Quiconque gère les populations sauvages, planifie des interventions et doit en même temps contrôler sa propre activité incarne un conflit d'intérêts classique.
Même la version disculpatoire du canton illustre ce problème. L'autorité compétente pour la chasse de loisir transmet son savoir cynégétique à la relève et présente cela comme allant de soi. Ce schéma précis, l'étroit enchevêtrement personnel et culturel entre la surveillance et la chasse de loisir, ne se limite pas à Zoug. Un cas comparable est documenté notamment pour l'administration de la chasse de Saint-Gall, où un service proche du monde de la chasse influence la gestion du loup, ainsi que de manière plus générale dans le dossier consacré au lobby des chasseurs en Suisse. Le fait que la politique protège la chasse de loisir n'est donc pas un hasard, mais fait partie du même système.
Ce qu'exigerait une surveillance crédible
Une politique de la faune sauvage qui s'oriente sur la science et la protection animale séparerait strictement la défense des intérêts et l'exécution. La surveillance, le recensement des populations et les sanctions devraient être confiés à des organes qui ne sont pas liés en termes de personnel à la chasse de loisir, comme le montre le dossier Les chasseurs de loisir régulent, pas les prédateurs. Le canton de Genève montre qu'il est possible de faire autrement : il a interdit la chasse depuis 1974 et confie la gestion de la faune sauvage à des gardes-faune professionnels employés. Le modèle genevois n'est pas un cas particulier folklorique, mais un système éprouvé depuis plus de cinquante ans, avec une grande biodiversité.
La question de la neutralité de l'autorité de chasse zougoise se pose actuellement avec une urgence particulière. Le canton a lancé une clarification scientifique sur la chasse au renard, après qu'une pétition eut mis en doute son fondement biologique. La question de savoir si une autorité aussi étroitement liée à la chasse de loisir peut mener un tel examen en toute impartialité devrait compter parmi les questions ouvertes les plus importantes, bien au-delà du cas personnel isolé.
Chanson : Le feutre vert
Plus sur le thème de la chasse de loisir : Les preuves scientifiques se trouvent dans l'aperçu Études sur les effets de la chasse de loisir.
La position de l'IG Wild beim Wild : L'IG Wild beim Wild rejette la chasse de loisir. Notre modèle est le canton de Genève, qui se passe de la chasse de loisir depuis 1974 : sans périodes de chasse, sans chiens de chasse, sans battues, sans miradors, sans la maltraitance animale et la criminalité qui font partie, ailleurs, de la saison de chasse. Ce qui fonctionne là-bas depuis plus de cinquante ans réfute tout prise de position de ChasseSuisse. Une association qui fonde sa politique sur des affirmations qu'elle réfute elle-même dans ses propres documents n'est pas un organisme spécialisé, mais une fabrique de désinformation.
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