Prime sur les loups : le canton de Schwyz et le lobby de la chasse
Le 14 octobre 2025, le Conseil d'État du canton de Schwyz a décidé de poursuivre la motion M 13/25 relative à la régulation des grands prédateurs non pas en tant que motion, mais en tant que postulat.

À première vue, cela ressemble à une formalité.
En réalité, il s'agit d'une étape lourde de conséquences : Le gouvernement ouvre ainsi la voie pour qu'à l'avenir, non seulement le service de la faune, mais aussi des chasseurs de loisir privés soient impliqués dans la mise à mort des loups.
Sous prétexte d'une «augmentation de l'efficacité», les chasseurs de loisir connaissant le terrain devraient à l'avenir officiellement chasser des animaux sauvages protégés comme le loup. Ce qui est déjà pratiqué en Valais ou à Saint-Gall sera donc désormais introduit à Schwyz, malgré le statut de protection clair inscrit dans la loi fédérale.
L'argumentation est toujours la même : les chasseurs de loisir seraient plus économiques, déchargeraient les autorités et augmenteraient les «chances de succès» lors des tirs. En d'autres termes : plus il y a de fusils dans la forêt, plus grande est la probabilité que les loups disparaissent. Au lieu de prendre au sérieux la protection légale et d'investir dans la prévention – comme la protection des troupeaux ou la sensibilisation – le gouvernement mise sur le tir comme solution apparemment simple.
L'idée d'introduire une prime au tir est particulièrement déconcertante. La mise à mort d'un loup serait ainsi récompensée financièrement, un retour au XIXe siècle, lorsque les chasseurs de loisir touchaient une prime pour les prédateurs abattus. Bien que le loup ait déjà été exterminé en Suisse en 1872, la loi fédérale sur la chasse prévoyait jusqu'en 1902 une prime au tir de 100 francs. De telles incitations ne sont pas seulement contre-productives sur le plan écologique, mais aussi socialement inacceptables : à une époque où la biodiversité est sous pression dans le monde entier, il est complètement anachronique de distribuer de l'argent pour la mise à mort d'animaux protégés. Quiconque veut encore aujourd'hui attiser l'instinct de chasse au moyen de primes montre à quel point la politique de la chasse reste, dans certaines régions de Suisse, rétrograde et dictée par les lobbies.
La justification officielle, selon laquelle on voudrait s'inspirer des «expériences positives» d'autres cantons, occulte la réalité : partout où les loups sont chassés systématiquement, de nouveaux conflits avec les animaux de rente apparaissent, car les structures sociales des meutes sont brisées et les jeunes animaux inexpérimentés se rabattent davantage sur des proies faciles comme les moutons.
Au lieu de développer enfin une gestion moderne et globale des prédateurs, le Conseil d'État cède face au lobby de la chasse. Le fait que ce soit précisément ce groupe d'intérêt, qui influence déjà massivement et négativement les populations d'ongulés, qui soit désormais officiellement associé à la régulation du loup constitue une dangereuse brèche. Pour de nombreuses espèces, la chasse de loisir ne signifie pas moins de gibier, mais davantage de naissances.
La proportion d'espèces menacées n'est aussi élevée dans aucun autre pays du monde qu'en Suisse. Plus d'un tiers des plantes, animaux sauvages et espèces de champignons sont considérés comme menacés. La Suisse est également la lanterne rouge à l'échelle européenne en matière de délimitation de surfaces protégées pour la biodiversité.
La population de loups (tout comme celle des renards) se régule elle-même à partir d'un certain nombre d'individus dans un territoire et ne continue pas à croître, mais s'étend au-delà des frontières. Parmi les mécanismes de régulation figurent l'augmentation des combats territoriaux, une mortalité accrue des jeunes ou une offre alimentaire limitée. Les loups vivent de manière nomade en meutes au sein d'un territoire de déplacement fixe. La taille de la meute varie au cours de l'année et se situe le plus souvent entre quatre et six individus : le couple parental et sa progéniture d'une ou deux années. En Europe centrale, les territoires couvrent, selon la densité de proies, une surface d'environ 200 km².
Si le Conseil cantonal déclare le postulat recevable – ce qui est à prévoir –, Schwyz rejoindra la liste des cantons qui contournent de fait la protection du loup. Au final, il en ressort une impression biaisée : alors que la législation fédérale et les traités internationaux protègent clairement le loup, les cantons exploitent la moindre faille pour offrir aux chasseurs de loisir de nouvelles occasions de chasse.
Le loup n'est pas un nuisible, mais fait partie d'un écosystème sain. Quiconque maintient artificiellement ses populations à un niveau bas ou incite même à le tuer au moyen de primes sabote la nature et cimente un système de chasse non scientifique, depuis longtemps dépassé.
Régulation de la meute du Chöpfenberg
Le Conseil d'État schwyzois a délivré le 02.09.2025 une décision de tir de régulation pour la seule famille de loups vivant dans le canton de Schwyz. D'ici au 31.01.2026, 2/3 des louveteaux doivent être abattus. Contre cette décision du Conseil d'État, CHWOLF a déposé une plainte de surveillance auprès du canton. La décision de tir n'est pas proportionnée et n'est compatible ni avec la loi sur la chasse ni avec l'ordonnance sur la chasse.
Aspects juridiques :
- Loi fédérale et prescriptions internationales
- Le loup est une espèce protégée selon la loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages (JSG) et l'ordonnance sur la chasse (JSV).
- La Suisse est également tenue sur le plan international:
- Convention de Berne (Convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe)
- CITES (Convention de Washington sur le commerce des espèces menacées)
- Celles-ci obligent la Suisse à assurer durablement les populations d'espèces protégées. Les tirs ne sont autorisés que dans des cas exceptionnels limités (p. ex. mise en danger importante des personnes ou dommages importants au bétail).
- Autorisations exceptionnelles
- Selon la loi sur la chasse, un canton ne peut autoriser des tirs que si toutes les autres mesures raisonnables (p. ex. protection des troupeaux) ne suffisent pas.
- L'Office fédéral de l'environnement (OFEV) doit en règle générale donner son accord.
- La décision du Conseil d'État schwyzois de tirer 2/3 des louveteaux de la meute du Chöpfenberg repose donc sur des bases fragiles: elle n'est guère proportionnée et pourrait être contestée en justice.
- Motion vs postulat
- Une motion oblige le gouvernement à la mise en œuvre.
- Un postulat examine seulement si une demande doit être mise en œuvre.
- Le fait que le Conseil d'État transforme la motion M 13/25 en postulat semble formellement anodin – mais permet d'élargir ultérieurement les marges de manœuvre, p. ex. en engageant officiellement des chasseurs de loisir misérablement formés.
- Zone grise juridique: prime / récompenses
- Une prime de tir pour des animaux strictement protégés constituerait une rupture claire avec le droit fédéral et les engagements internationaux.
- Même si le canton l'introduisait formellement, des recours juridiques aboutiraient presque certainement, car l'objectif de la législation de protection – la préservation de l'espèce – serait ainsi contrecarré.
- Sur le plan juridique, on risque des plaintes, des critiques internationales et des conflits avec le droit fédéral.
Conséquences écologiques
- Perturbation des structures de la meute
- Les loups vivent en meutes avec des hiérarchies claires.
- Lorsque des animaux sont tirés (surtout les parents ou les loups dominants), les structures s'effondrent.
- Conséquences: les jeunes loups inexpérimentés chassent des proies plus faciles à atteindre → davantage d'attaques sur les moutons. On obtient ainsi souvent le contraire de ce que l'on voulait, voir les Grisons.
- Autorégulation des populations
- Les loups régulent eux-mêmes leur population:
- Combats territoriaux
- mortalité naturelle (surtout les jeunes)
- Offre alimentaire limitée
- Des études le montrent: à partir d'une certaine densité, la population ne croît pas indéfiniment, mais se stabilise.
- Les loups régulent eux-mêmes leur population:
- Effets en cascade dans l'écosystème
- Les loups sont des prédateurs au sommet de la chaîne alimentaire, ils régulent les ongulés (chevreuils, cerfs), ce qui empêche le surpâturage et renforce la forêt protectrice.
- En l'absence de loups, la pression sur les forêts et les jeunes plants augmente.
- Les tirs perturbent cette régulation et affaiblissent la stabilité de l'écosystème.
- Biodiversité et protection des espèces en Suisse
- Aujourd'hui déjà, plus d'un tiers des espèces sont menacées (plantes, animaux, champignons).
- La Suisse est la lanterne rouge européenne en matière de désignation de surfaces protégées.
- Dans un tel contexte, une politique qui affaiblit des espèces protégées comme le loup est écologiquement absurde. On risque des populations de loups instables, davantage de conflits avec le bétail et un écosystème fragilisé.
Sur le plan juridique, le canton de Schwyz s'aventure aussi à nouveau sur une glace très mince avec la démarche prévue. Tant à l'égard du droit fédéral que des engagements internationaux. Sur le plan écologique, l'approche est contre-productive, car elle perturbe les mécanismes de régulation naturels, déstabilise les meutes et peut même renforcer les conflits avec le bétail.
Il serait bien plus judicieux d'investir dans la protection des troupeaux, les systèmes d'indemnisation et la sensibilisation, plutôt que d'envoyer dans les forêts des chasseurs de loisir militants armés de fusils et appâtés par des primes.
Dossier : Loup en Suisse : faits, politique et limites de la chasse
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