Dialogue de Landshut à Utzenstorf : podium sur la chasse à l'arc avec des visages connus de la chasse de loisir
Le 19 juillet 2026, le Musée suisse de la chasse débat à nouveau d'une méthode de chasse controversée avec une chasseuse à l'arc comme conférencière et un chasseur de loisir actif comme modérateur.
Le 19 juillet 2026, de 14h à 15h, l'association de soutien du château de Landshut à Utzenstorf invite au prochain «Dialogue de Landshut sur la faune & la chasse». Le thème : «La chasse à l'arc doit-elle être autorisée en Suisse ?» Melitta Maradi est annoncée comme conférencière – ingénieure forestière EPF, directrice de Wildtier Schweiz et elle-même chasseuse à l'arc active. La modération est assurée par Reinhard Schnidrig, ancien chef de la section Faune sauvage et biodiversité forestière à l'OFEV, lui aussi un chasseur de loisir actif du Valais.
Quiconque connaît l'organisateur sait à quoi s'attendre. L'association de soutien du château de Landshut est membre de JagdSchweiz depuis 1998 et gestionnaire de la Bibliothèque suisse de la chasse, qui héberge entre autres les archives de JagdSchweiz et d'autres associations de chasse. Le Musée de la chasse à Utzenstorf n'est pas un lieu neutre pour un débat sociopolitique, c'est un bras institutionnel du lobby de la chasse de loisir suisse.
Déjà le 14 juin 2026, le même organisateur avait organisé au même endroit une table ronde sur la chasse au renard, où, sur cinq invités, quatre appartenaient publiquement à la chasse de loisir. Les voix critiques n'ont pas été entendues, les bases scientifiques n'ont pas été fournies. L'événement du 19 juillet perpétue cette tradition.
Melitta Maradi : directrice de Wildtier Schweiz et chasseuse à l'arc
Melitta Maradi n'est pas une actrice inconnue dans le milieu de la chasse de loisir suisse. L'ingénieure forestière EPF dirige à titre principal le secrétariat de Wildtier Schweiz, une association qui se considère comme un trait d'union entre la recherche et la pratique de la chasse, et siège au comité de la Société suisse de biologie de la faune. Par ailleurs, elle est chasseuse de loisir active et se rend également à l'étranger pour chasser à l'arc, là où cela est autorisé. Sa désignation comme « biologiste de la faune » dans l'annonce de l'événement est trompeuse : Maradi est ingénieure forestière et ingénieure en économie, et non biologiste de la faune titulaire d'un doctorat. Selon une décision du Conseil d'État du canton de Zurich datant de 2019, Maradi officiait comme présidente du district de chasse de l'Oberland et était ainsi membre de la commission cantonale de la chasse.
Il n'existe aucune planification légale de tirs pour les chasses cruelles et inutiles du renard, du blaireau, des oiseaux chanteurs, du canard et compagnie. En vérité, il existe des dizaines d'études scientifiques sur l'absurdité de la chasse au renard du point de vue de la biologie de la faune. En 2011, à Genève par exemple, aucun cerf élaphe, chevreuil, renard roux, blaireau, martre, lièvre, etc. n'a été abattu. Contrairement à d'autres cantons, Genève bénéficie encore d'excellentes populations de lièvres – une preuve manifeste qu'il n'y a pas besoin de chasseurs de loisir incontrôlés, mais de gardes-faune qui mettent du cœur à l'ouvrage dans la gestion. Maradi se rend d'ailleurs aussi à l'étranger pour chasser à l'arc – comme l'atteste un compte rendu d'expérience d'un cours avec Melitta Maradi. Dans d'autres cours pour Zürioberland Tourismus, elle sert à la population de la nourriture de prédateur.
Par ailleurs, Maradi proposait sous le label bodenhaftung.ch des cours de nature payants pour Zürioberland Tourismus. Dans l'un de ces cours, à CHF 100.– par personne, les participants découpent ensemble un chevreuil abattu au Schauenberg, et les abats de l'animal sont servis en apéritif. Lieu de l'événement : le Schlachthüsli à Hofstetten ZH.

Dans le texte du cours, il est dit qu'à l'exception du sel, du sucre, du vinaigre et de l'huile, les ingrédients seraient « certes pas certifiés biologiques – mais de la nature pure !». Cette idéalisation occulte le fait que le « plat principal » central lui-même, un chevreuil abattu au Schauenberg, n'est pas non plus certifié biologique. Contrairement à la viande issue d'un élevage biologique contrôlé, le gibier provenant de la chasse de loisir provient d'un animal abattu, dont la viande peut être contaminée par des résidus de munition au niveau du canal de tir. Le commercialiser comme « nature pure » est trompeur, voire constitue une tromperie du consommateur.
Ce que rapportent les participants aux cours sur Maradi est révélateur. Dans un commentaire public sur Facebook, une participante décrit comment elle a fait la connaissance de Maradi par l'intermédiaire de Züri Oberland Tourismus pour un cours sur les «plantes sauvages comestibles». Maradi aurait un jour senti un renard – «la réaction était pire que lorsque notre chat sent une souris». La participante décrit Maradi comme une «véritable chasseuse pur-sang», qui sait aussi «faire des courbettes devant les gens». Ce que cette réaction révèle de la psyché des chasseuses et chasseurs de loisir, notre catégorie Psychologie & chasse l'éclaire. C'est pourquoi, aux Pays-Bas, on a introduit ce que l'on appelle l'E-Screener, un test psychologique en ligne que tous les titulaires d'un permis de chasse doivent passer. Le résultat fut éloquent : 20 à 25 pour cent des chasseurs de loisir ont échoué au test et ont dû rendre leur arme et leur permis de chasse. On peut supposer que Melitta Maradi, qui réagit à l'odeur d'un renard «comme un chat face à une souris» et qui régale les participants aux cours avec des abats, réussirait difficilement un tel test d'aptitude.
Reinhard Schnidrig : ancien chef de section de l'OFEV et chasseur de loisir actif
Le choix du modérateur est significatif. Reinhard Schnidrig a été pendant des années chef de la section Faune sauvage et biodiversité en forêt à l'Office fédéral de l'environnement OFEV – et, selon sa nomination officielle de 2005, «chasseur actif dans les cantons de Berne et du Valais». Ce n'est pas là un modérateur qui fait l'intermédiaire entre protection animale et chasse de loisir, mais une figure issue du cœur même de l'appareil politique de la chasse. Qui n'est pas invité à ce dialogue est évident : les organisations indépendantes de protection animale dotées d'un mandat scientifique, qui n'ont aucune affinité avec la chasse de loisir.

La chasse à l'arc : interdite en Suisse pour de bonnes raisons
La chasse à l'arc est interdite en Suisse pour des raisons de protection animale et cette situation juridique repose sur une base scientifique solide. L'analyse d'une vingtaine d'études provenant des États-Unis montre que cette méthode de chasse entraîne souvent des souffrances animales considérables. Dans une étude de l'Université de l'Oklahoma, lors d'une chasse à l'arc visant des cerfs de Virginie, 50 pour cent des animaux ont seulement été blessés et n'ont d'abord pas pu être retrouvés. La Protection suisse des animaux (PSA), dans sa position de refus catégorique, souligne que le tir à la flèche ne pardonne aucune imprécision de visée et conduit fréquemment à des transpercements sans effet létal garanti.
Même en se basant sur les chiffres les plus optimistes des associations de chasse à l'arc, il subsiste un taux de blessure de 16 à 17 pour cent, c'est-à-dire qu'un animal touché sur six ou sept subit une mort atroce sans pouvoir être récupéré par le chasseur de loisir. Ce n'est pas un niveau de protection animale acceptable dans un pays doté de l'une des lois sur la protection animale les plus strictes d'Europe.
Le «Landshuter Dialog zu Wild & Jagd» n'est pas un dialogue. C'est une série de manifestations d'un musée de la chasse appartenant à JagdSchweiz, avec des intervenantes et des modérateurs proches de la chasse de loisir, et sans intégration structurelle de voix indépendantes de la protection animale. La question «La chasse à l'arc est-elle une interdiction de trop?» est posée de manière rhétorique: elle suggère que c'est l'interdiction qui doit être justifiée, et non la revendication de la lever. Une société honnête retourne la question: pourquoi un pays qui a inscrit la protection animale dans sa Constitution fédérale devrait-il légaliser une méthode de chasse où une créature abattue sur six périt dans d'atroces souffrances? La réponse, la loi la donne clairement depuis des décennies. Il n'est pas besoin d'un «dialogue» à ce sujet, il faut son application.
Le modèle genevois: interdiction de la chasse depuis 1974
Or, le canton de Genève fournit depuis plus de 40 ans la preuve flagrante du contraire de l'idéologie de la chasse de loisir. Depuis 1974, la chasse de loisir est interdite à Genève. Environ deux tiers des votants avaient alors dit oui. Le bilan est, selon un rapport du Tages-Anzeiger «entièrement positif». Les gardes-faune assurent le contrôle des populations – la nuit, avec amplificateur de lumière et infrarouge. L'inspecteur cantonal de la faune Gottlieb Dandliker affirme: «99,5 pour cent des animaux abattus sont morts sur le coup.» La souffrance est minimale, il n'y a presque aucun cas où des animaux ont survécu blessés à un tir. Avec un tel taux de mort immédiate, il n'est besoin ni de chiens de chasse élevés de manière anormale ni de recherches au sang laborieuses, deux conséquences inévitables de la chasse de loisir qui prolongent massivement la souffrance animale.
L'anthropologue neuchâteloise Manue Pichaud a calculé le coût de l'ensemble de la gestion de la faune sauvage : un million de francs par an, soit 2.20 francs par habitant. Les Genevois paient cela volontiers, car ils apprécient de rencontrer des animaux sauvages lors de promenades en pleine nature. Cette impression est confirmée scientifiquement : le canton a constaté, dans une étude à long terme, une forte augmentation de la biodiversité. Les chevreuils, les cerfs et les sangliers, qui avaient presque entièrement disparu avant 1974, vivent à nouveau à Genève. Les martres, les castors, les lièvres, les belettes et les rapaces se sont rétablis. Bertrand von Arx, directeur de la biodiversité du canton de Genève, le confirme : «L'interdiction de la chasse peut être un moyen d'augmenter la biodiversité.» Les accidents de chasse ne sont plus un sujet. Si Genève votait à nouveau aujourd'hui, l'approbation serait encore plus grande.
Voilà le modèle qui fonctionne, et non un «dialogue» sur les flèches d'arc au musée de la chasse d'Utzenstorf.
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