25 juin 2026, 12:21

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Chasse

Les Grisons envoient des chasseurs de loisir à l'approche nocturne du sanglier

Les Grisons envoient 22 chasseurs de loisir de nuit dans les prairies de la Mesolcina — sans salaire, mais avec le droit à la viande. Le problème : dans le Tessin voisin, la chasse intensive toute l'année a doublé les tirs de sangliers en dix ans, sans faire baisser la population. Et la viande est peut-être contaminée par la radioactivité.

Rédaction Wild beim Wild — 25 juin 2026

Parce que les sangliers labourent de plus en plus de surfaces agricoles dans la Mesolcina, le canton des Grisons teste depuis 2025 un concept aussi simple que révélateur : des chasseuses et chasseurs de loisir spécialement autorisés chassent les sangliers la nuit et en dehors de la haute chasse régulière – sans indemnisation, mais avec le droit de garder la viande des animaux abattus.

L'Office grison de la chasse et de la pêche élargit ce projet pilote à l'été 2026. Sur onze prairies sélectionnées dans la Mesolcina, les titulaires d'une autorisation peuvent se mettre à l'affût des sangliers du 1er juillet au 10 août, entre 21 heures et 6 heures du matin. Condition : une patente de haute chasse valable ainsi qu'au moins dix nuits d'affût sur la surface attribuée. 39 personnes ont postulé en 2026, 22 ont été tirées au sort – cette année exclusivement des hommes.

Un projet pilote sans critère de réussite

Selon Lukas Walser, planificateur de la chasse à l'Office grison de la chasse et de la pêche, l'objectif n'est expressément pas la réduction maximale du sanglier. Il s'agit d'étudier si une chasse nocturne ciblée sur des prairies particulièrement menacées permet de prévenir les dégâts agricoles. Lors de la première année du projet, en 2025, 14 sangliers ont été abattus.

Ce qui frappe : le projet ne définit aucun critère de réussite concret. Comment mesurer s'il fonctionne – baisse des dégâts en francs, évolution de la population, comportement de retour des compagnies – reste ouvert. Sans grandeur de mesure définie, on ne pourra que constater, après plusieurs années, que des « expériences ont été récoltées ». En parallèle, le canton teste des mesures non létales comme des dispositifs acoustiques d'effarouchement (épouvantails à sangliers) qui diffusent des bruits menaçants à intervalles irréguliers. Ces mesures sont toutefois traitées comme une note marginale dans le rapport.

La preuve tessinoise : plus de tirs, aucune diminution

Le fait qu'une chasse intensive ne contrôle pas les populations de sangliers peut être démontré dans le contexte géographique immédiat. La Mesolcina jouxte directement le Tessin et appartient, sur le plan climatique et écologique, au même habitat. Au Tessin, le sanglier est chassé toute l'année.

La statistique cantonale des tirs de l'Office fédéral de la statistique (OFS) montre l'évolution sans aucune marge d'interprétation : en 2015, 1’437 sangliers ont été abattus au Tessin. En 2024, ils étaient 2904 – un doublement en dix ans (+102 pour cent). Rien qu'entre 2022 et 2024, les tirs ont augmenté de 73 pour cent. Au cours d'aucune année de cette décennie, le nombre d'animaux abattus n'a durablement diminué, malgré une intensité de chasse accrue.

Il est important de bien situer ces chiffres : ils démontrent toutefois clairement qu'aucun contrôle efficace des populations n'a eu lieu – et ce, malgré une chasse pratiquée toute l'année et sur l'ensemble du territoire par environ 880 chasseuses et chasseurs de loisir, qui ont abattu plus de 1’100 animaux rien que durant la première saison de chasse estivale 2023. Des chiffres de tirs en hausse reflètent avant tout une population croissante, et non une régulation réussie.

Le mécanisme sous-jacent est décrit en détail par la science : les sangliers présentent une dynamique de reproduction compensatoire. Les pertes dues aux tirs sont compensées par des taux de reproduction accrus, car les individus produisent davantage de descendance et les jeunes atteignent plus tôt la maturité sexuelle. L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a calculé en 2014 qu'un taux de prélèvement annuel de plus de 67 pour cent de la population serait nécessaire pour obtenir une réduction durable – une valeur pratiquement inatteignable dans des populations ouvertes avec immigration depuis les territoires voisins. En réalité, le taux de tir en Suisse se situe autour de 40 pour cent. À cela s'ajoute le fait aggravant que la chasse de loisir intensive détruit la structure sociale des compagnies : sans laies meneuses expérimentées, les jeunes animaux étendent leurs zones de déplacement et causent des dégâts dans des zones plus larges.

Contaminée par la radioactivité, et la viande comme appât

Le problème tessinois comporte une seconde dimension, qui reste remarquablement passée sous silence dans le projet pilote grison. Les sangliers de la Mesolcina et du Tessin voisin sont, à la suite des retombées de Tchernobyl de 1986, manifestement contaminés au césium 137. Le Tessin fut, de tous les cantons suisses, le plus touché – de fortes pluies après l'accident du réacteur ont transporté les particules radioactives directement dans le sol forestier de la région. Selon le vétérinaire cantonal grison, la frontière entre les Grisons et le Tessin se situe dans la zone d'un point chaud géographique et saisonnier présentant une contamination du sol particulièrement élevée.

L'OFSP examine systématiquement depuis 2013 les sangliers tirés au Tessin. Environ deux à cinq pour cent des animaux dépassent la valeur limite de commercialisation de 600 Bq/kg; certains animaux ont été mesurés à des valeurs allant jusqu'à 4’721 Bq/kg. Le canton des Grisons a effectué pour la première fois en 2020 des contrôles couvrant tout le territoire, après que des résultats positifs aient été étonnamment nombreux dans le sud des Grisons. Depuis, des contrôles y sont également menés.

Venons-en maintenant à la situation juridique décisive, problématique dans le contexte du projet pilote: celui qui ne vend pas le sanglier qu'il a lui-même tiré, mais le consomme à titre privé, est exempté de l'obligation de mesure dans les Grisons. Selon une déclaration du conseiller d'État Marcus Caduff au parlement cantonal (octobre 2021), le canton renonce délibérément à réglementer l'usage privé et mise sur la responsabilité personnelle des chasseuses et chasseurs de loisir. L'OFSP recommande certes de ne pas servir une telle viande à la famille. Mais il n'existe aucune obligation.

Le projet pilote propose aux 22 chasseurs de loisir tirés au sort la viande des animaux abattus comme seule incitation. Dans une région à la contamination au césium connue, sans contrôle obligatoire de chaque animal dans le cadre du projet, il s'agit là d'une lacune sanitaire significative – d'autant qu'une étude de l'Université technique de Vienne et de l'Université Leibniz de Hanovre (2023, «Environmental Science & Technology») montre que le césium proprement issu de Tchernobyl n'a pas encore atteint son maximum dans le sol forestier et que les valeurs élevées persisteront encore quelques années.

Qu'est-ce qui fonctionne réellement et pourquoi cela manque-t-il dans le concept?

Quiconque consulte la littérature scientifique sur la prévention des sangliers trouve des preuves claires en faveur de mesures non létales, qui n'apparaissent au mieux qu'en marge dans le projet pilote grison. Les clôtures électriques à fils autour des prairies menacées sont considérées comme la mesure individuelle la plus efficace pour prévenir les dommages – pas bon marché, mais d'une efficacité démontrée. S'y ajoutent des adaptations dans la gestion des surfaces : dates de récolte, distances de culture du maïs par rapport à la forêt, évitement des structures attractives. Les interdictions de nourrissage réduisent de manière démontrée la concentration de compagnies dans les zones agricoles. Et une coordination intercantonale – les sangliers ne connaissent pas les frontières cantonales – fait totalement défaut dans le concept grison.

Un modèle de garde-faune inspiré de l'exemple genevois regrouperait toutes ces mesures sous responsabilité étatique : sans conflit d'intérêts, avec un accompagnement scientifique et un mandat clair. Dans le canton de Genève, où la chasse de loisir est interdite depuis 1974, les dégâts causés par le gibier sont gérés de manière ciblée et documentée par les gardes-faune de l'État. Ce modèle ne se limite pas au canton de Genève – il est transposable à tout canton qui serait prêt à comprendre la gestion des dégâts du gibier comme une tâche étatique.

Chasse de nuit : des risques pour le bien-être animal que personne ne nomme

Les animaux sauvages se sont adaptés, au fil de l'évolution, à un rythme qui sépare le repos et l'activité. Pour de nombreuses espèces, la nuit est traditionnellement la période de moindre pression de chasse – une phase de récupération écologiquement nécessaire. La chasse de nuit techniquement suréquipée, avec dispositifs de vision nocturne, optique à imagerie thermique et dispositifs silencieux, supprime structurellement cette protection.

La recherche documente précisément les conséquences. Une méta-analyse de grande envergure menée par Gaynor et al. (2018, Science) a étudié 76 espèces de mammifères sur tous les continents et est parvenue à un constat sans équivoque : les animaux augmentaient leur activité nocturne d'un facteur 1,36 en réaction directe aux perturbations humaines – de manière constante à travers les espèces, les habitats et les formes de perturbation. La science parle d'un « Landscape of Fear » : un paysage de risque dans lequel les animaux sauvages sont en permanence sous tension, même en l'absence d'attaque immédiate. Le Dr Konstantin Börner, de l'Institut Leibniz pour la recherche sur les zoos et la faune sauvage, résume le mécanisme ainsi : les animaux sauvages préfèrent souffrir de la faim plutôt que de s'exposer à un danger perçu. Cela signifie qu'ils restent à couvert au lieu de chercher de la nourriture dans les prairies et les champs.

Pour le projet pilote grison, cela représente un paradoxe pertinent du point de vue de la protection animale. L'objectif est de traquer les sangliers sur onze prairies sélectionnées. Or, il est scientifiquement prévisible que les animaux éviteront de plus en plus les surfaces concernées durant leur période d'activité et fréquenteront à la place les zones voisines non chassées. Les dégâts se déplacent, ils ne disparaissent pas. Dans le même temps, les animaux n'ont désormais ni répit le jour face à la présence humaine, ni la nuit face aux chasseurs et chasseuses de loisir armés et équipés de dispositifs de vision nocturne.

Cela comporte aussi une dimension concrète relevant de la protection animale : les dispositifs de vision nocturne ne remplacent pas l'identification des animaux sauvages dans des conditions de visibilité appropriées. Ils encouragent les tirs dans des conditions où l'âge, le sexe et le statut de meneur – déterminants chez les sangliers pour la structure sociale de la compagnie – ne peuvent guère être évalués avec certitude. Si un tir blesse un animal sans le tuer sur le coup, une recherche au sang de nuit est de facto impossible ; l'animal subit le cas échéant une mort lente. Ces animaux n'apparaissent dans aucune statistique de tirs ni dans aucun bilan de projet du canton.

Conflit d'intérêts systématique

Le modèle grison illustre une logique structurelle répandue dans la politique de chasse suisse : les missions de protection relevant de l'État sont déléguées aux chasseuses et chasseurs de loisir – sans rémunération, mais avec des compétences élargies en dehors des périodes de chasse régulières. Les intérêts en jeu ne sont pas neutres : celui qui, en tant que détenteur d'une licence de chasse de loisir, profite de pouvoir chasser des sangliers, n'a aucun intérêt à constater l'inefficacité de cette mesure. Un contrôle indépendant des résultats par un organe non lié à la chasse n'est pas prévu dans le projet pilote.

Que les sangliers puissent causer d'importants dégâts agricoles est incontesté. Que le tir soit le moyen le plus efficace pour y remédier – c'est ce que démontre la statistique tessinoise des tirs des dix dernières années, avec une clarté que peu d'autres données égalent.

En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse nous regroupons des vérifications de faits, des analyses et des rapports de fond.

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