4 avril 2026, 13:58

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La perdrix grise en Suisse : Éteinte, parce que les pesticides étaient plus importants que la biodiversité

Encore au milieu du 20e siècle, environ 10’000 perdrix grises vivaient dans les zones agricoles suisses. Dans les Grisons, des couples reproducteurs ont été trouvés jusqu'à 1’300 mètres d'altitude. Puis vint l'intensification de l'agriculture : pesticides, herbicides, remembrement, monocultures. Les insectes ont disparu, les plantes sauvages ont disparu, les jachères ont disparu. Et avec eux la perdrix grise. Depuis 2020, l'espèce est considérée comme éteinte (RE) en Suisse. La Station ornithologique de Sempach l'appelle un «témoignage affligeant de l'appauvrissement des terres cultivées». En Allemagne, l'effectif s'est effondré de 94 pour cent depuis 1980. La perdrix grise a été élue oiseau de l'année 2026, un dernier cri de détresse. Ce dossier documente ce qui s'est passé, pourquoi les tentatives de réintroduction ont échoué et ce que la perdrix grise révèle sur l'état de notre agriculture.

Fiche descriptive et biologie

Caractéristiques

La perdrix grise (Perdix perdix) appartient à l'ordre des Galliformes et à la famille des Phasianidae. Elle mesure environ 30 centimètres et pèse de 290 à 470 grammes. Son plumage majoritairement brun-gris en fait un maître du camouflage. Les adultes portent un dessin cranien orange-brun et une tache ventrale noire-brune en forme de fer à cheval. La perdrix grise est répandue de l'Europe occidentale jusqu'à la Sibérie centrale occidentale, principalement dans les plaines en dessous de 600 mètres. Son habitat d'origine sont les steppes et les steppes boisées, seule l'agriculture en a fait un suiveur de culture.

Mode de vie et alimentation

Les perdrix grises vivent en couples ou en «chaînes» (groupes familiaux avec les jeunes). Ce sont des animaux terrestres et craintifs qui volent rarement. Les adultes se nourrissent de brins d'herbe, de plantes sauvages et de graines. Les poussins dépendent entièrement des insectes et des araignées durant leurs premières semaines de vie. C'est précisément là que réside le problème : là où les pesticides tuent les insectes et où les herbicides éliminent les plantes sauvages, les poussins meurent de faim. La mortalité des poussins est passée d'environ 50 pour cent dans les années 1930 à plus de 70 pour cent, constituant le mécanisme central de l'effondrement des effectifs.

Statut Liste rouge

En Suisse : RE (éteinte en Suisse) depuis la Liste rouge 2021. En Allemagne : fortement menacée (catégorie 2), moins de 50’000 couples nicheurs, déclin des effectifs de plus de 90 pour cent depuis 1980. Au niveau européen : 94 pour cent de déclin des effectifs depuis 1980. Oiseau de l'année 2026 en Allemagne (NABU/LBV).

Pourquoi la perdrix grise a disparu de Suisse

L'agriculture intensive comme cause principale

L'effondrement de la population de perdrix grises en Suisse a commencé dans la seconde moitié du 20e siècle, parallèlement à l'intensification de l'agriculture. Les pesticides ont anéanti les insectes dont vivent les poussins. Les herbicides ont éliminé les plantes sauvages qui offraient nourriture et couverture aux animaux adultes. Les remembrements ont supprimé les haies, les bordures de champs et les jachères qui servaient de sites de reproduction. La fauche précoce a transformé les prairies en pièges écologiques pour les espèces terrestres. La taille des champs a augmenté, la diversité des cultures a diminué. Le résultat : un habitat dans lequel la perdrix grise ne pouvait plus survivre.

Échec de la réintroduction

En 1991, l'OFEV a confié à la Station ornithologique de Sempach un projet de promotion. Dans le Klettgau (SH) et dans la Champagne genevoise, les habitats ont été améliorés en étroite collaboration avec les agriculteurs : jachères fleuries, haies basses, prairies extensives. À partir de 1998, les premières perdrix grises ont été réintroduites dans le Klettgau. Entre 2002 et 2004, l'effectif a atteint 15 à 20 couples. Puis la population s'est effondrée, en raison des conditions météorologiques et d'une mortalité persistante élevée des poussins. Les lâchers ont été interrompus en 2008. Dans la Champagne genevoise, dans le canton de Genève avec interdiction de chasse mais sans régulation des prédateurs, le projet a également échoué. La cause n'était pas l'absence de chasse aux renards, mais l'absence d'habitat : trop peu d'insectes, trop peu de structure, trop de pesticides.

La perdrix grise comme symptôme

La Station ornithologique de Sempach classe la disparition de la perdrix grise dans une série d'espèces du paysage cultivé qui ne trouvent plus leur place en Suisse : pie-grièche à poitrine rose, cochevis huppé, pie-grièche grise, pie-grièche à tête rousse, bruant ortolan et maintenant perdrix grise. La Liste rouge des oiseaux nicheurs 2021 met en garde : après la disparition de la perdrix grise et du bruant ortolan, la tourterelle des bois et le bruant proyer sont également de plus en plus menacés. Leur survie en Suisse est remise en question. La perdrix grise n'est pas un cas isolé, mais un indicateur de l'effondrement systématique de la biodiversité dans les terres cultivées.

En savoir plus : Dossier : Chasse et biodiversité

La situation en Europe : 94 pour cent de perte

Allemagne : Oiseau de l'année 2026

En Allemagne vivent environ moins de 50’000 couples nicheurs. Depuis 1980, la population a diminué de plus de 90 pour cent. La perdrix grise ne se trouve plus que dans environ 16 pour cent des territoires de chasse. NABU et LBV l'ont élue oiseau de l'année 2026. NABU a en outre déposé plainte auprès de la Commission européenne contre l'Allemagne, car la Fédération et les Länder violent depuis des décennies la directive européenne sur la protection des oiseaux. En Allemagne, la perdrix grise continue d'être chassée dans de nombreux Länder malgré son déclin dramatique.

Europe : Un continent qui perd ses oiseaux des champs

Une étude publiée en 2023 dans «Proceedings of the National Academy of Sciences» a analysé les données d'observation de 170 espèces d'oiseaux dans plus de 20’000 sites de 28 pays européens. Le résultat : la cause principale de l'extinction des espèces d'oiseaux est l'agriculture intensive utilisant des pesticides de synthèse. Le lien entre l'usage de pesticides et le déclin des insectes d'une part, et l'effondrement des populations d'oiseaux insectivores d'autre part, est scientifiquement établi. Trois quarts des insectes volants ont disparu dans les zones protégées. Parmi les quelque 600 espèces d'abeilles sauvages en Allemagne, environ la moitié est considérée comme menacée ou éteinte.

Le rôle de la chasse de loisir

Chasse malgré l'effondrement

En Suisse, la perdrix grise était chassable jusqu'à sa disparition. En Allemagne aussi, elle continue d'être chassée dans plusieurs Länder, bien que sa population ait chuté de plus de 90 pour cent. Le NABU exige expressément l'arrêt de la chasse. Les chasseurs de loisir ne portent pas l'entière responsabilité de la disparition de la perdrix grise, mais ils ont manqué de retirer l'espèce de la liste des espèces chassables à temps. En Suisse, la bécasse des bois, le lagopède alpin et le lièvre brun figurent encore sur la Liste rouge tout en continuant d'être chassés.

L'alibi de la chasse : «Les prédateurs sont responsables»

Le lobby de la chasse argumente que la perdrix grise a disparu à cause de l'absence de «chasse au gibier nuisible». L'échec du projet de réintroduction dans la Champagne genevoise sans chasse aux prédateurs est invoqué comme preuve. Mais les faits contredisent : dans le Klettgau aussi, où les prédateurs étaient chassés, le projet a échoué. La mortalité des poussins est principalement due au manque d'insectes causé par les pesticides, non à la prédation. Le renard n'a jamais été la raison principale de la disparition de la perdrix grise en Suisse. C'était l'agriculture industrielle.

En savoir plus : Dossier : Mythes de la chasse

Ce qui devrait changer

  • Réduction des pesticides comme priorité : La directive européenne de réduction des pesticides doit être mise en œuvre de manière conséquente. En Suisse, il faut des objectifs de réduction contraignants pour les pesticides et herbicides de synthèse dans les zones agricoles, non comme recommandation, mais comme loi.
  • 10 pour cent de surfaces écologiques prioritaires : Sur chaque exploitation, au moins 10 pour cent de la surface doivent être retirés de la production et rendus à la nature sous forme de jachères, bandes fleuries, haies basses ou bordures de champs. Les jachères constituent l'habitat le plus important pour les perdrix grises et des centaines d'autres espèces.
  • Retirer toutes les espèces menacées de la liste de chasse : En Suisse, la bécasse des bois, le lagopède alpin, le lièvre brun et d'autres espèces de la Liste rouge continuent d'être chassés. Cela est incompatible avec la protection des espèces. Les espèces menacées appartiennent à la liste de protection, non à la liste d'abattage.
  • Mesurer la politique agricole à l'aune de la biodiversité : La politique agricole suisse (PA) doit ancrer de manière contraignante les objectifs de biodiversité. Les paiements directs doivent être davantage liés aux prestations écologiques, non au volume de production.
  • Monitoring à long terme et projets de réintroduction : De nouveaux tentatives de réintroduction n'ont de sens que si les habitats sont d'abord restaurés. Sans insectes, sans jachères, sans plantes sauvages, il n'y a pas de perdrix grise.

Argumentaire

«La perdrix grise a disparu à cause de l'absence de chasse au renard.» Même dans le Klettgau, où les renards étaient chassés, la réintroduction a échoué. La cause principale du déclin de la perdrix grise est le manque d'insectes dû aux pesticides, non la prédation. Dans toute l'Europe, les populations ont chuté de 94 pour cent, dans les pays avec et sans chasse au renard de manière égale. Faire du renard le bouc émissaire détourne l'attention de la véritable cause : l'agriculture industrielle.

«On peut réintroduire la perdrix grise par lâcher.» Deux décennies de tentatives de réintroduction en Suisse (Klettgau SH, Champagne genevoise) ont échoué. Les lâchers ne fonctionnent pas lorsque l'habitat ne convient pas. Sans insectes, les poussins meurent de faim. Sans jachères, les sites de nidification font défaut. L'habitat doit d'abord être restauré, puis on peut envisager la réintroduction.

«La perdrix grise a toujours été rare en Suisse.» Faux. Au milieu du 20e siècle, on estimait la population à environ 10 000 individus. Dans les siècles précédents, la perdrix grise était encore plus largement répandue. C'est seulement l'intensification de l'agriculture après 1950 qui a détruit systématiquement son habitat.

«La disparition de la perdrix grise est un problème local.» La population s'est effondrée de 94 pour cent en Europe. Éteinte en Suisse, fortement menacée en Allemagne. La perdrix grise est une espèce indicatrice : là où elle disparaît, disparaissent aussi l'alouette des champs, le tarier des prés, le vanneau huppé et le bruant proyer. Le problème est systémique et directement lié à la politique agricole de l'UE et à la politique agricole suisse.

«L'agriculture ne peut pas se permettre les mesures exigées.» L'UE consacre 35 pour cent de son budget aux subventions agricoles. La Suisse verse des milliards en paiements directs. Ce n'est pas l'argent qui manque, mais la volonté politique de prendre au sérieux les objectifs de biodiversité. 10 pour cent de surfaces de priorité écologique et la réduction des pesticides ne sont pas des exigences de luxe, mais des conditions de survie pour des centaines d'espèces.

Liens rapides

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Dossiers connexes :

Références

  • Station ornithologique suisse de Sempach (2020) : Perdrix grise – une autre espèce du paysage agricole disparue. Rapport d'état
  • OFEV / Station ornithologique suisse (2021) : Liste rouge des oiseaux nicheurs de Suisse
  • NABU (2025) : Se mobiliser pour la perdrix grise ! Campagne pour l'oiseau de l'année 2026
  • NABU : Plainte de l'UE contre l'Allemagne concernant la directive sur la protection des oiseaux (perdrix grise)
  • Rigal, S., Devictor, V. et al. (2023) : Farmland practices are driving bird population decline across Europe. Proceedings of the National Academy of Sciences
  • Deutsche Wildtier Stiftung : Comment sauver la perdrix grise ? Projet PARTRIDGE
  • Umweltinstitut München (2025) : Oiseau de l'année 2026. Pourquoi la perdrix grise est un symbole de l'extinction des espèces
  • Station ornithologique suisse : Indice de population nicheuse perdrix grise depuis 1990, projets de réintroduction Klettgau SH et Champagne genevoise
  • Loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages (LChP, RS 922.0)

Notre exigence

La perdrix grise n'est pas morte de vieillesse. Elle a été exterminée par une politique agricole qui a privilégié le volume de production sur la biodiversité. 10 000 perdrix grises ont disparu parce que les pesticides coûtaient moins cher que la biodiversité. Ce qui s'est déjà produit en Suisse menace l'Allemagne et toute l'Europe : la perte systématique des oiseaux des champs. La perdrix grise représente l'alouette des champs, le tarier des prés, le vanneau huppé et le bruant proyer. Sa disparition est un signal d'alarme que personne ne doit ignorer. Le fait que des espèces menacées comme la bécasse des bois, le lagopède alpin et le lièvre brun puissent encore être chassées en Suisse montre que la politique n'a rien appris du désastre de la perdrix grise. Ce dossier est mis à jour en permanence.

Plus sur le thème de la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse nous rassemblons vérifications de faits, analyses et reportages de fond.