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FAQ

Combien d'animaux sauvages sont abattus chaque année en Suisse ?

Chaque année, les chasseuses et chasseurs de loisir abattent en Suisse plus de 130'000 animaux sauvages – s'y ajoutent des dizaines de milliers d'animaux qui succombent au trafic routier, à l'agriculture et à d'autres causes anthropiques.

Rédaction Wild beim Wild — 15 mars 2026

Ce qui sonne comme un chiffre abstrait, ce sont des individus avec des structures sociales, des histoires d'apprentissage et une capacité de souffrance.

Qui ils sont, combien ils sont et ce que ces chiffres signifient écologiquement, c'est ce que montre cette contribution.

Les chiffres : ce que saisit la Statistique cynégétique fédérale

La Statistique cynégétique fédérale est tenue par Wildtier Schweiz sur mandat de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV). Elle saisit les chiffres d'abattage de toutes les espèces chassables, ventilés par canton. Les données nationales complètes les plus récentes proviennent de l'année cynégétique 2023 (avril 2023 à mars 2024), publiées en octobre 2024. Elles sont complétées par la statistique du gibier trouvé mort – animaux qui n'ont pas été tués par la chasse de loisir, mais trouvés morts suite au trafic ou à d'autres causes.

Chiffres d'abattage sélectionnés (année cynégétique 2023 et valeurs de comparaison) :

Espèce animale Abattage par an (env.) Tendance
Ongulés (chasse haute)
Chevreuils 43’000–47’000 stable à légèrement décroissant
Cerfs élaphes 13’000–14’000 en augmentation
Chamois 10’000–11’000 légèrement en déclin
Sangliers 5’000–10’000 fortement fluctuant
Bouquetins 1’000–1’200 stable
Prédateurs
Renards roux 15’000–18’000 en déclin
Blaireaux 2’500–3’500 stable
Martres des pierres 1’500–2’000 stable
Martres des pins 100–200 stable
Autres mammifères
Marmottes 5’000–6’000 stable
Lièvres bruns 1’500–1’700 en déclin
Lièvres variables 600–900 en déclin
Oiseaux
Corvidés (corneille noire, geai des chênes, pie bavarde) 10’000–15’000 stable
Canards (colvert, sarcelle d'hiver, fuligule morillon, etc.) 4’000–5’000 stable
Bécasses des bois 1’000–2’500 fluctuant
Autres oiseaux (tétras-lyre, lagopède des neiges, cormoran, foulque macroule, grèbe huppé, etc.) 2’000–3’000 stable
Régulation d'espèces protégées
Loups jusqu'à 92 (2024/25) massivement en augmentation

Sources : Statistique fédérale de la chasse (jagdstatistik.ch) ; Rapport annuel 2024 de Wildtier Schweiz ; BirdLife Schweiz; Rapports médiatiques sur la régulation du loup 2024/25

Combien d'animaux sauvages sont tués au total ?

Le chiffre fréquemment mentionné dans les médias d'« environ 100'000 animaux sauvages » ne couvre que les deux plus grandes catégories : Durant la saison de chasse 2023, environ 30'000 chasseurs de loisir ont abattu quelque 76'000 ongulés sauvages (chevreuil, cerf élaphe, chamois, sanglier, bouquetin) ainsi que près de 22'000 prédateurs (renard roux, blaireau, martre des pierres, martre des pins). Cela représente environ 98'000 animaux. Ce qui manque régulièrement dans les gros titres : les marmottes (~5'500), les lièvres bruns et variables (~2'300), les corvidés (~12’000), canards (~4’500), bécasses des bois (~1'900) et autres espèces d'oiseaux (~2'500). Ces catégories sont régulièrement occultées dans la communication officielle.

Si l'on additionne toutes les espèces chassables, la statistique fédérale officielle de la chasse recense annuellement environ 125'000 à 140'000 animaux sauvages tués par la chasse de loisir. BirdLife Schweiz a chiffré le total pour la saison de chasse 2019 à plus de 138'000. L'estimation plus élevée vers 150’000+ se justifie si l'on inclut le chiffre noir : animaux blessés qui meurent plus tard (gibier trouvé mort avec blessures par balles), tirs non déclarés et les tirs spéciaux de corvidés non entièrement recensés. Selon la statistique fédérale de la chasse, rien qu'en 2023, 282 animaux ont été trouvés morts à l'échelle nationale avec des blessures par balles – ce qui ne représente que la partie visible de l'iceberg. Le Dossier Chasse en Suisse – Chiffres, systèmes et la fin d'un narratif fournit la base de données complète.

Gibier trouvé mort : les victimes invisibles

Outre les tirs de chasse, il existe le « gibier trouvé mort » – des animaux qui ne meurent pas par la chasse de loisir, mais par d'autres interventions humaines et qui sont enregistrés. Les plus grandes catégories :

  • Circulation routière : Rien que pour le chevreuil, environ 15'000 à 20'000 victimes de la circulation sont enregistrées annuellement en Suisse. Pour les renards, blaireaux et hérissons, les chiffres noirs sont encore plus élevés.
  • Accidents ferroviaires : Particulièrement les chevreuils et lièvres bruns sont victimes de collisions avec les trains.
  • Chiens et chats : Les chiens et chats en liberté tuent annuellement des millions d'oiseaux sauvages et de petits mammifères.
  • Agriculture : Les faucheuses tuent annuellement des dizaines de milliers de faons et de lièvres bruns. Le chiffre noir est élevé.

Si l'on additionne les tirs de chasse et le gibier trouvé mort, la mortalité anthropogène annuelle de la faune sauvage en Suisse dépasse probablement 500'000 individus. Ce chiffre n'est pas officiellement recensé, il résulte de la compilation de diverses sources.

Évolution sur 10 ans : ce que disent les tendances

Un regard sur l'évolution des chiffres de tir sur dix ans révèle des schémas intéressants :

Cerf élaphe : Les chiffres de tir ont nettement augmenté ces dix dernières années – d'environ 10'000 à plus de 13'000 par an. Cela reflète une expansion de la population de cerfs, qui après l'extermination au 19e siècle et la recolonisation au 20e siècle, revient maintenant dans de nombreux cantons. Plus d'informations dans le Dossier Cerf élaphe en Suisse.

Chamois : Les chiffres de tir sont légèrement en déclin – d'environ 12'000 à moins de 11'000. Les populations de chamois sont en déclin dans certaines régions, ce qui reflète le changement climatique, la pression des loisirs et la chasse comme facteurs de stress cumulés. Le Dossier Chamois en Suisse analyse la situation.

Sanglier : Les chiffres d'abattage fluctuent fortement – de moins de 5'000 lors des mauvaises années de glandée à plus de 10'000 lors des années riches en glands. La chasse ne suit pas la dynamique des populations – elle réagit au lieu de diriger. Cela explique pourquoi la population de sangliers ne diminue pas malgré les chiffres d'abattage élevés. Notre Dossier sur le sanglier explique l'effet « Hunting-Paradox ».

Lièvre brun : Le lièvre brun est fortement menacé en Suisse – ses effectifs ont massivement reculé. Malgré cela, il était encore chassé jusqu'à il y a quelques années. Le retrait progressif de la chasse au lièvre brun est un rare exemple où la politique cynégétique a réagi aux résultats alarmants de la science. Le Dossier Lièvre brun décrit combien de temps cette démarche a nécessité.

Champions cantonaux : Où chasse-t-on le plus ?

Tous les cantons ne chassent pas avec la même intensité. Les grands cantons alpins et préalpins dominent les statistiques :

  • Grisons : De loin le canton le plus intensif en matière de chasse. Environ un tiers de tous les abattages de cerfs élaphes de Suisse revient aux Grisons. La chasse d'automne en septembre est le plus grand événement cynégétique de Suisse.
  • Berne : Plus grand canton par sa superficie, d'où des chiffres d'abattage élevés correspondants pour le chevreuil et le sanglier.
  • Valais : Important pour les abattages de chamois et les mesures de régulation du bouquetin.
  • Tessin : Forte chasse au sanglier, y compris des hardes transfrontalières d'Italie.

À l'autre extrémité de l'échelle : Genève, où des gardes-faune professionnels prennent en charge la gestion et où aucune chasse de loisir n'a lieu. Les chiffres d'abattage à Genève sont minimes et sont effectués exclusivement par du personnel employé par l'État.

Espèces protégées qui meurent malgré tout : lynx, aigles, lièvres bruns

L'un des chapitres les plus sombres des statistiques de chasse suisses : chaque année, des animaux sous protection stricte sont également tués. Cela se produit par :

  • Tirs d'erreur : Les lynx sont dans de rares cas pris pour du gibier chassable et abattus par erreur. Chaque cas isolé est juridiquement pertinent – le lynx est strictement protégé, et chaque lynx perdu signifie une lacune dans la régulation naturelle.
  • Braconnage : Le braconnage est un problème sérieux en Suisse. Le Dossier Braconnage et criminalité cynégétique en Suisse documente les cas connus et estime le chiffre noir.
  • Appâts empoisonnés : Particulièrement les rapaces comme l'aigle royal et les milans rouges meurent par des appâts empoisonnés déposés par des personnes qui veulent éliminer les prédateurs.
  • Projectiles de plomb : Continuant d'agir même après la mort – les résidus de munitions au plomb dans les viscères et les carcasses non retrouvées empoisonnent les rapaces comme les aigles et les milans rouges. Le Dossier Munitions au plomb et toxiques environnementaux éclaire ce problème.

Tirs manqués et le chiffre noir du pistage

Tous les coups ne tuent pas immédiatement. Les estimations de critiques de la chasse, appuyées sur les déclarations de chasseurs de loisir expérimentés, partent du principe que pour 10 animaux abattus, 1 à 2 animaux sont blessés, se cachent et ne sont trouvés qu'après des heures ou des jours de pistage – ou pas du tout.

Le chiffre noir est structurel : qui blesse un animal et ne le trouve pas a intérêt à ne pas le signaler. Les statistiques officielles ne contiennent que les carcasses trouvées et déclarées. Les animaux qui quittent blessés le territoire de chasse et meurent ailleurs n'apparaissent dans aucune statistique.

Une estimation : avec 130'000 abattages déclarés et un taux conservateur de tirs manqués de 5 pour cent, cela représenterait environ 6'500 animaux supplémentaires par an qui meurent blessés – en dehors de toute statistique. C'est une limite inférieure. Certaines expertes et experts mentionnent des taux plus élevés, en particulier pour les battues par mauvais temps.

Évaluation écologique : Que disent les chiffres sur l'état de la faune sauvage ?

Wildtier Schweiz, l'organisation qui tient la statistique de chasse sur mandat de l'OFEV, constate dans ses propres rapports : « Les statistiques de chasse ne permettent pas de tirer des conclusions fiables sur l'état des espèces sauvages. »

C'est une déclaration remarquablement autocritique. Elle signifie : le nombre d'animaux abattus une année ne dit rien sur l'évolution d'une population, qu'elle soit en augmentation ou en diminution, qu'elle soit en bonne santé ou menacée. La statistique de chasse mesure ce que les chasseurs de loisir ont voulu et pu tirer – pas ce qui manque ou profite à l'écosystème.

Pour une véritable évaluation écologique, il faudrait :

  • Un monitoring systématique de la faune avec des méthodes de comptage standardisées
  • Des données à long terme sur la densité et la structure des populations par espèce et région
  • Une évaluation scientifique indépendante, non menée par des institutions proches de la chasse
  • Une corrélation avec les données écosystémiques (végétation, prédation, changements climatiques)

Tout cela fait largement défaut en Suisse. La politique cynégétique se base sur des chiffres d'abattage sans base démographique fiable – un problème fondamental de transparence.

Que coûte un animal abattu à la société ?

La chasse est souvent présentée comme un service gratuit ou même générateur de revenus : les chasseurs de loisir paient des baux de chasse, achètent des patentes et soulagent l'État. Ce que ce calcul omet, ce sont les coûts externes :

  • Subventionnement étatique des fonds de dommages causés par le gibier
  • Charge administrative pour la surveillance de la chasse, gardes-chasse, contrôles
  • Coûts consécutifs aux accidents de gibier (dommages d'accidents, récupération, coûts d'assurance)
  • Coûts dus à la pression d'abroutissement induite par la chasse (animaux sauvages stressés broutent davantage la forêt)
  • Coûts de santé publique dus à l'exposition au plomb par consommation de gibier

Le Dossier Ce que la chasse de loisir coûte vraiment à la Suisse calcule ces postes et conclut : d'un point de vue sociétal global, la chasse de loisir n'est pas un gain financier – mais une activité de loisir subventionnée.

Chevreuil, chamois, blaireau : que signifient les abattages pour chaque espèce ?

Chaque espèce réagit différemment à la pression de chasse. Brefs aperçus :

Le chevreuil est l'animal sauvage le plus chassé de Suisse. Avec 43'000 à 47'000 abattages par an, c'est l'objet principal de la chasse au petit gibier. Malgré des chiffres d'abattage élevés, la population reste stable – ce qui indique que la chasse ne contrôle pas la dynamique des populations, mais ne fait que l'accompagner. Davantage dans le Dossier Le chevreuil en Suisse.

Le chamois est un symbole de la chasse en haute montagne en Suisse. Dans les Grisons et en Valais sont abattus la plupart des 10'000 à 11'000 chamois de toute la Suisse. La population est en recul dans certaines régions – malgré ou à cause de la chasse. Le Dossier Chamois en Suisse montre que le mythe de la surpopulation ne résiste pas à la réalité.

Le blaireau est chassé annuellement avec environ 2'500 à 3'500 individus. C'est un ingénieur d'écosystème : ses terriers sont utilisés par de nombreuses autres espèces animales. Le Dossier Blaireau en Suisse montre quelles conséquences écologiques a son abattage.

Les oiseaux d'eau sont chassés en Suisse sur les lacs et zones humides – malgré leur état de conservation souvent mauvais au niveau européen. Le Dossier Oiseaux d'eau en Suisse décrit les contradictions entre les obligations de protection des espèces et la pratique cynégétique.

Conclusion : transparence au lieu d'auto-justice de la statistique de chasse

La statistique de chasse suisse est un instrument de l'administration cynégétique, pas de la recherche indépendante sur la faune. Elle mesure les abattages, pas la santé des populations. Elle saisit le déclaré, pas les chiffres noirs. Et elle est évaluée par des institutions proches de la chasse.

Une évaluation écologique honnête de la chasse de loisir suisse nécessiterait une recherche indépendante sur la faune, des données démographiques transparentes et un débat sociétal sur la question de savoir si plus de 130'000 animaux sauvages tués annuellement sont compatibles avec les valeurs et le droit de protection des animaux de la Suisse. Ce débat fait défaut.

Contenus complémentaires sur wildbeimwild.com :

Tu trouveras plus d'informations sur la politique cynégétique actuelle en Suisse dans notre Dossier sur wildbeimwild.com.

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