Éolien contre faune sauvage : l'Europe freine le développement
De la France à l'Allemagne jusqu'en Suisse, les signaux se multiplient : le soutien politique et juridique au développement effréné de l'éolien s'effrite. Les tribunaux condamnent les exploitants pour violations de la protection des espèces, les gouvernements révisent leurs objectifs de développement à la baisse, et même de gros investisseurs traversent des crises financières existentielles. Sept développements actuels en résumé.
En avril 2025, un tribunal français a ordonné un arrêt de plusieurs mois pendant la période de reproduction et de migration du parc éolien de Bernagues dans le département de l'Hérault, après que la mort d'un aigle royal par collision avec une turbine ait été confirmée.
L'exploitant Energie Renouvelable du Languedoc (ERL) a été condamné à une amende de 200’000 euros. Seulement deux jours auparavant, le parc éolien voisin d'Aumelas avait également été condamné à l'arrêt d'exploitation, assorti d'une amende de 5 millions d'euros contre EDF Renewables.
Ces jugements s'inscrivent dans la lignée de la décision de la Cour d'appel de Nîmes de décembre 2023, qui avait ordonné la démolition complète du parc éolien de Bernagues avec sept turbines, car le permis de construire avait été délivré malgré une étude d'impact environnemental insuffisante. Le parc éolien se trouvait dans un paysage culturel protégé par l'UNESCO. Une étude publiée dans Ecological Applications montre en outre que le taux de mortalité annuel des aigles royaux causé par les éoliennes dépasse déjà le seuil au-delà duquel les populations ne peuvent plus se reconstituer.
En Suisse, le problème est également documenté : dans le Jura bernois, un aigle royal a péri en 2022 à cause d'une turbine éolienne, ce qui menace toute la population du Jura.
Les vrais coûts : un rapport de l'ONU tempère l'euphorie
Un rapport des Nations Unies sur les coûts totaux de l'énergie éolienne place les calculs habituels sous un jour différent. Si l'on ne considère pas seulement les coûts de production à la turbine, mais que l'on inclut les coûts réels du système jusqu'à la prise, notamment l'extension du réseau, l'infrastructure de stockage, le redispatch et les capacités de secours, le bilan s'avère nettement moins favorable. En Allemagne, les coûts de gestion des congestions du réseau se sont élevés à environ 2,7 milliards d'euros en 2025.
En Suisse, environ 40 installations de grande envergure produisent seulement 140 GWh d'électricité éolienne, ce qui correspond à 0,3 pour cent de la demande électrique. Les cartes des vents prouvent que la Suisse fait partie des régions les moins ventées d'Europe. Sans vent, les turbines ne produisent rien, peu importe leur nombre.
BayWa r.e. : Quand la chasse aux profits se termine par la crise
Le cas BayWa r.e. illustre de manière exemplaire les problèmes structurels de l'industrie éolienne. La filiale énergétique du négociant munichois en produits agricoles et matériaux de construction BayWa a enregistré en 2024 une perte opérationnelle de 732 millions d'euros. Le groupe dans son ensemble a bouclé avec un déficit de 1,6 milliard d'euros. Dans le plan de redressement, un trou de 2,7 milliards d'euros béant.
Le modèle économique consistant à développer des parcs solaires et éoliens avec des capitaux empruntés pour les revendre fonctionnait pendant la période de taux bas. La hausse des taux d'intérêt, la baisse des prix de l'électricité et l'arrêt des subventions américaines par l'administration Trump ont fait s'effondrer le château de cartes. En mars 2026, BayWa r.e. a dû revoir à la baisse ses prévisions de résultats de manière significative. Ce cas démontre : la prétendue transition énergétique verte est dans de nombreux cas une chasse aux profits aux dépens de la collectivité et de la nature.
Éolien terrestre : un massacre silencieux de la biodiversité
De plus en plus de connaissances scientifiques attestent des effets dévastateurs de l'éolien sur la biodiversité. Selon une étude dans Nature Reviews Biodiversity, rien que dans les pays à forte densité éolienne, environ un million de chauves-souris sont tuées annuellement par les installations. La Fondation allemande pour la faune sauvage chiffre les pertes annuelles en Allemagne à jusqu'à 250’000 chauves-souris et 12’000 rapaces.
Les chauves-souris ne meurent pas seulement par collision directe, mais aussi par barotraumatisme : la différence de pression au niveau des pales fait exploser leurs poumons. Selon le NABU, ce sont surtout la sérotine commune, la pipistrelle de Nathusius et la pipistrelle commune qui périssent aux éoliennes. Comme les chauves-souris n'ont qu'un à deux petits par an, de telles pertes peuvent localement menacer les populations.
En Suisse, un expert de la station ornithologique a trouvé en seulement deux jours en juin 2022 pas moins de 86 oiseaux tués dans le parc éolien du Gotthard. Une étude polonaise a en outre prouvé qu'un grand parc éolien génère chez les chevreuils un stress plus important que la présence permanente de loups.
La France annonce la fin du développement éolien terrestre
Avec la PPE3 (Programmation Pluriannuelle de l'Électricité) présentée en février 2026, la France a amorcé un changement de cap en matière de politique énergétique. Les objectifs de développement de l'éolien terrestre ont été corrigés à 35-40 GW d'ici 2035. L'accent est désormais mis sur le renouvellement des installations existantes plutôt que sur de nouvelles constructions dans des zones de forte résistance. Les objectifs offshore ont également été réduits de 18 à 15 GW.
Dès mars 2024, le Conseil d'État français avait déclaré illégaux, dans une décision historique, tous les arrêtés d'autorisation pour les parcs éoliens terrestres, faute d'évaluation environnementale préalable. La France mise désormais sur la construction de 14 nouvelles centrales nucléaires d'ici 2050. En 2025, environ 9’000 éoliennes sont installées en France.
Berlin freine sur l'éolien
En Allemagne aussi se dessine un ralentissement, quoique pour d'autres raisons. Malgré un record d'autorisations de plus de 3’300 nouvelles éoliennes en 2025 d'une puissance de 20’765 MW, l'installation effective accuse un retard sur les objectifs légaux. L'objectif EEG de 84 GW d'ici fin 2026 ne sera vraisemblablement pas atteint, avec environ 65 GW de puissance actuellement installée.
Ce revirement a aussi des causes géopolitiques : le président américain Trump a supprimé en juillet 2025 tous les avantages fiscaux pour les énergies renouvelables, frappant durement les développeurs de projets internationaux. La nouvelle constellation politique à Berlin ne devrait plus imposer aussi résolument la priorité absolue de l'éolien sur la protection des espèces que sous le gouvernement précédent.
Flumserberg : trop peu de vent pour les Alpes suisses
En Suisse, le groupe énergétique Axpo a confirmé en février 2026 l'abandon du projet éolien du Flumserberg. Après plus d'une année de mesures intensives, le constat était clair : le potentiel éolien est inférieur au seuil d'exploitation économiquement viable. Les six grandes éoliennes prévues, d'une hauteur allant jusqu'à 210 mètres, auraient entraîné une transformation massive du paysage dans cette région alpine de haute montagne et des impacts négatifs sur l'économie touristique.
L'IG Sardona Gegenwind et Freie Landschaft Schweiz ont salué cette décision et exigé l'abandon immédiat d'un autre projet à St. Margrethenberg. Le cas Flumserberg illustre de manière exemplaire ce que IG Wild beim Wild critique depuis longtemps : les cartes des vents démontrent que la Suisse est une région aux vents les plus faibles de toute l'Europe. La stratégie énergétique de la Confédération mise sur un développement qui, dans de nombreux sites, n'est tout simplement pas réalisable.
Protection de la faune sauvage plutôt qu'idéologie éolienne
Ces sept évolutions dessinent un tableau clair : les fondements politiques et économiques du développement effréné de l'éolien terrestre s'érodent. Les tribunaux reconnaissent de plus en plus que la protection de la biodiversité ne doit pas passer après les intérêts économiques. La Suisse, qui est déjà la lanterne rouge de l'Europe en matière de protection des espèces, ne peut se permettre de sacrifier les derniers refuges de l'aigle royal, des chauves-souris et des rapaces pour des éoliennes qui ne sont économiquement viables dans la plupart des sites.
Les forêts et lisières forestières sont des habitats indispensables pour la faune sauvage dans notre paysage culturel déjà intensément exploité. Pour des raisons de protection des espèces et de la nature, elles doivent être absolument préservées des installations éoliennes. Des alternatives comme l'énergie nucléaire de nouvelle génération et le développement du photovoltaïque sur les toits et surfaces imperméabilisées offrent des solutions qui fournissent l'électricité sans tuer la faune sauvage.
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Sources
- Cour d'appel de Nîmes, arrêt de décembre 2023 concernant la démolition du parc éolien de Bernagues
- Tribunal Correctionnel, jugement d'avril 2025 concernant l'arrêt du parc éolien de Bernagues (collision d'aigle royal)
- EDF Renewables, amende de 5 millions d'euros, parc éolien d'Aumelas, avril 2025
- Katzner et al., « Impacts of onshore wind energy generation on biodiversity », Nature Reviews Biodiversity
- Voigt, C.C., « Wind turbines without curtailment produce large numbers of bat fatalities », Leibniz-IZW Berlin
- Deutsche Wildtier Stiftung : étude zones de protection des oiseaux et éoliennes
- NABU : chauves-souris et éoliennes, risque de collision
- PPE3 (Programmation Pluriannuelle de l’Électricité), France, février 2026
- Conseil d'État France, arrêt du 8 mars 2024 concernant l'annulation des autorisations d'éoliennes
- BayWa AG, rapport annuel 2024 : perte de 1,6 milliard d'euros
- BayWa r.e., réduction des prévisions de résultats, pv magazine, 11 mars 2026
- Axpo, communiqué de presse du 18 février 2026 : parc éolien Flumserberg arrêté
- Office fédéral de l'énergie (OFEN), énergie éolienne Suisse
- Bundesnetzagentur, gestion des goulets d'étranglement du réseau 2025
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