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FAQ

Mythes de la lobby de la chasse : 6 affirmations passées au crible

Six mythes, zéro preuve : la propagande de la lobby de la chasse.

Rédaction Wild beim Wild — 18 avril 2026

La lobby de la chasse communique autour d’un nombre limité d’affirmations clés, qui se sont solidement ancrées dans les médias, le monde politique et les écoles : « la chasse régule les populations d’animaux sauvages », « les chasseurs sont les véritables protecteurs de la nature », « sans chasse, l’écosystème s’effondre ».

Ces récits sont efficaces parce qu’ils sont simples et font appel à des intuitions répandues. La science les réfute systématiquement. Un tour d’horizon des principaux mythes et de ce que la recherche en dit.

Mythe 1 : « La chasse régule les populations d’animaux sauvages »

C’est le mythe le plus répandu et le plus tenace. Il affirme que, sans chasse, les populations d’animaux sauvages augmenteraient de façon incontrôlée et conduiraient à des surpopulations. La recherche brosse un tableau différent.

Les populations d’animaux sauvages sont soumises à des mécanismes de régulation naturels : la disponibilité alimentaire, la qualité de l’habitat, les maladies et les prédateurs naturels contrôlent la taille des effectifs. Dans les écosystèmes intacts, où les prédateurs n’ont pas été exterminés, la régulation humaine est superflue. Le dossier sur les mythes de la chasse montre en outre que la chasse de loisir intensive produit dans certains cas l’effet inverse : la pression de chasse peut entraîner une reproduction accélérée et déstabiliser les populations plutôt que de les réguler.

Cet effet est bien documenté chez le sanglier. Bien que le sanglier figure parmi les animaux les plus chassés de Suisse, les effectifs n’ont pas diminué au cours des dernières décennies. Le sanglier en Suisse montre comment la pression de chasse modifie la dynamique des populations et aggrave le problème plutôt qu’elle ne le résout.

Mythe 2 : « Les chasseurs sont les véritables protecteurs de la nature »

Ce mythe associe la chasse de loisir à la protection de la nature et présente les chasseurs amateurs comme les véritables gardiens de la faune sauvage. Il est efficace parce qu’il véhicule un message émotionnel tout en contestant le terrain aux critiques de la chasse de loisir : s’opposer à la chasse de loisir semble alors revenir à s’opposer à la protection de la nature.

La réalité est plus complexe. La protection de la nature est une pratique scientifiquement fondée, axée sur la préservation des habitats, la biodiversité et les processus écologiques. La chasse de loisir a pour objectif premier le divertissement avec une arme. Il est indéniable que certains chasseurs amateurs s'engagent personnellement pour la protection de la nature, mais cela ne fait pas de la chasse de loisir une contribution structurelle à la conservation de la nature.

Le dossier sur la chasse et la biodiversité montre que la chasse de loisir influence négativement la biodiversité dans de nombreux cas : par les dérangements pendant les périodes de nidification et de mise bas, par les tirs sélectifs et par la concurrence pour les habitats avec des espèces méritant protection.

Mythe 3 : «Sans la chasse, l'écosystème s'effondre»

Ce mythe est la version la plus dramatique de l'argument de la régulation. Il suggère que la nature dépend de l'être humain comme gestionnaire et qu'elle s'effondrerait sans la chasse de loisir. L'exemple de Genève le réfute de la manière la plus claire.

Le canton de Genève a aboli la chasse de loisir en 1974. Plutôt qu'un effondrement écologique, la nature s'est redressée dans de nombreux endroits, et des gardes-faune professionnels gèrent les interventions nécessaires avec compétence et indépendance. Genève et l'interdiction de la chasse documente ce qui s'est passé depuis lors : les surpopulations redoutées ne se sont pas produites, et la gestion de la faune sauvage fonctionne sans chasseurs amateurs. Les alternatives à la chasse de loisir montrent également qu'il existe des modèles fonctionnels qui se passent de la chasse de loisir.

Mythe 4 : «Les néozoaires doivent être combattus, c'est pourquoi la chasse de loisir est nécessaire»

Les espèces animales exotiques, appelées néozoaires, sont instrumentalisées par le lobby de la chasse comme argument en faveur de la nécessité de la chasse de loisir. Le raton laveur, le vison ou le ragondin sont considérés comme des problèmes invasifs que les chasseurs amateurs auraient à éliminer.

Le dossier sur les néozoaires et la chasse de loisir en Suisse montre à quel point cette argumentation est limitée. Premièrement : de nombreux néozoaires ont été naturalisés ou introduits par des interventions humaines. Le problème est causé par l'être humain. Deuxièmement : la chasse de loisir aux néozoaires n'est pas un concept de lutte scientifiquement étayé, mais une mesure politico-populaire dont l'efficacité est souvent douteuse. Troisièmement : l'argument des néozoaires sert avant tout à présenter la chasse de loisir comme nécessaire, et non à résoudre réellement le problème écologique.

Mythe 5 : «La forêt souffre du gibier, il faut donc davantage d'abattages»

Le conflit forêt-faune est réel : l'abroutissement par le chevreuil et le cerf peut entraver le renouvellement forestier. Le lobby de la chasse présente cela comme la preuve de la nécessité d'une chasse amateur intensive. Le dossier sur le conflit forêt-faune révèle comment ce narratif fonctionne et en quoi il est réducteur.

L'abroutissement est un phénomène écologique complexe qui dépend de la qualité des habitats, des corridors faunistiques, de la présence de prédateurs et des pratiques de chasse elles-mêmes. La chasse amateur intensive peut provoquer des déplacements incessants chez les animaux sauvages, ce qui augmente la pression d'abroutissement. La formule simpliste « plus d'abattages règlent le problème d'abroutissement » n'est pas scientifiquement défendable. Des mesures sylvicoles et écologiques globales sont plus efficaces.

Mythe 6 : « La venaison est durable et écologique »

JagdSchweiz fait la promotion de la venaison comme alternative durable et écologique à la viande issue de l'élevage industriel. Le dossier sur la venaison en Suisse examine cette affirmation. Le résultat : si la venaison peut être moins problématique que la viande industrielle sous certains aspects, le bilan écologique global de la chasse amateur — incluant le carburant, l'équipement, la contamination au plomb des munitions et les dommages causés par la pratique de la chasse elle-même — s'avère moins favorable que ce que le lobby laisse entendre.

De plus, la part de la venaison dans l'alimentation globale en Suisse est marginale. L'argument de durabilité ne saurait compenser les problèmes structurels de la chasse amateur.

Comment fonctionnent les mythes : les mécanismes du lobbying

La force de ces mythes ne réside pas dans leur substance scientifique, mais dans leur efficacité communicationnelle. Ils sont simples, intuitivement plausibles et font appel à des valeurs répandues comme le lien à la nature, la tradition et le pragmatisme. Ils sont si bien ancrés dans les médias, les écoles et les débats politiques qu'ils ne sont presque plus remis en question.

Le lobby des chasseurs en Suisse et le dossier sur l'influence des associations de chasse mettent en lumière les mécanismes structurels de cette stratégie de communication : ancrage institutionnel, réseaux médiatiques et connexions politiques qui font en sorte que les narratifs du lobby sont traités comme des faits.

Ce que dit la science à la place

La biologie de la faune sauvage, l'écologie et la recherche en protection animale offrent un tableau cohérent : les populations d'animaux sauvages se régulent d'elles-mêmes lorsque les habitats sont intacts et que des prédateurs naturels sont présents. La chasse de loisir en tant qu'activité récréative n'est pas une prestation de protection de la nature. Et les écosystèmes ne s'effondrent pas sans chasseurs amateurs, comme le modèle genevois le démontre de manière éloquente depuis 50 ans.

Conclusion : nommer les mythes, renforcer les preuves

Les mythes du lobby de la chasse ne sont pas apparus par hasard. Ils sont le résultat d'une stratégie de communication à long terme visant à faire apparaître la chasse de loisir comme nécessaire, naturelle et orientée vers le bien commun. Quiconque nomme ces mythes et les confronte aux données scientifiques contribue à un débat social mieux informé. Car tant que les mythes dictent la politique, la gestion de la faune sauvage fondée sur les preuves reste une exception.

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