24 mai 2026, 09:33

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Chasse

Chasseurs à patente grisons : Tarzisius Caviezel s'en va, la ligne sur le loup demeure

Avec Tarzisius Caviezel, le chasseur de loisir le plus en vue des Grisons a pris congé de la tête de l'association cantonale des chasseurs à patente lors de l'assemblée des délégués du 23 mai 2026 à Disentis/Mustér ; cependant, ce changement ne devrait guère modifier la ligne favorable aux tirs adoptée par l'association à l'égard du loup.

Rédaction Wild beim Wild — 24 mai 2026

Caviezel a siégé pendant neuf ans au comité de l'Association cantonale des chasseurs à patente des Grisons (BKPJV), d'abord trois ans comme vice-président, puis depuis 2020 comme président central.

La limitation de la durée du mandat le contraint désormais à se retirer. Lors de la 111e assemblée des délégués à Disentis/Mustér, les délégués devaient élire une successeure ou un successeur. Le président sortant a pris congé avec des mots diplomatiques : il a eu «beaucoup de plaisir» dans cette fonction et termine «avec un œil qui pleure et un œil qui rit».

Important pour la mise en contexte : les Grisons organisent la chasse de loisir sous forme de chasse à patente. Les particuliers acquièrent une patente cantonale et peuvent ainsi chasser sur l'ensemble du territoire cantonal, sans assumer de responsabilité territoriale fixe. L'association n'est donc pas une organisation de protection de la nature, mais le porte-parole d'un lobby de loisir armé qui opère en mode d'autosurveillance. Celui qui préside ici façonne la voix cantonale de la chasseurs de loisir organisés.

Un représentant au passé chargé

Celui qui a représenté les chasseurs de loisir des Grisons pendant neuf ans laisse derrière lui plus que des mots d'adieu diplomatiques. Caviezel siège aussi depuis 2010 au comité de la faîtière nationale JagdSchweiz, où il s'occupe du dicastère Communication. Il décrit la chasse elle-même comme «une maladie fébrile dont il ne peut être guéri», et il cite volontiers le bon mot de Bismarck selon lequel on ne ment jamais autant qu'avant une élection, à la guerre et après la chasse. Pour un président d'association, c'est un aveu remarquablement ouvert sur ce qui motive la chasse de loisir. En effet, la chasse de loisir a toujours aussi quelque chose de malsain, où le mensonge est de mise et où les animaux sauvages en font les frais. La violence et le mensonge sont les deux faces d'une même pièce.

Cette fonction de communication est piquante, car la même association faîtière a tenté à plusieurs reprises de faire taire les voix critiques de la chasse par des plaintes pénales. En 2020, JagdSchweiz a échoué devant le tribunal pénal du canton du Tessin dans sa tentative d'empêcher la couverture médiatique de l'IG Wild beim Wild. Le tribunal a acquitté la plateforme et a constaté, avec force de chose jugée, qu'une critique dure et fondée sur des faits à l'égard de la chasse de loisir ne constitue pas une diffamation, mais est couverte par la liberté d'expression. La procédure documente le langage du milieu, où les critiques gênants doivent être « mis au calme » et « disparaître de la circulation », soit la culture de cette association que Caviezel représente vers l'extérieur.

Au-delà des frontières cantonales, Caviezel s'est fait connaître par un incident survenu en février 2019. À Davos-Clavadel, son chien de rouge non tenu en laisse a pourchassé un chevreuil à travers les rues et l'a tué. Des témoins oculaires ont reproché au chasseur de loisir d'avoir ensuite donné plusieurs coups de pied et frappé le chien, ce que Caviezel a contesté. L'Office grison de la chasse et de la pêche a ouvert une procédure pour déterminer si le fait d'avoir laissé le chien braconner violait la loi sur la chasse. L'IG Wild beim Wild a déposé une plainte. Dans sa prise de position sur l'initiative grisonne sur la chasse de 2021, le président s'est également posé en défenseur d'un système qui, dans ce même canton, donne lieu chaque année à plus de 1'000 plaintes et amendes contre des chasseuses et chasseurs de loisir. C'est ce mélange de fonction publique, de rôle de lobbyiste et de questions documentées de protection animale qui fait du président sortant une figure controversée.

Le loup, entre « coexistence » et soutien aux tirs

L'un des deux thèmes récurrents du mandat fut le loup. Caviezel se montre conciliant : « Le loup est arrivé naturellement aux Grisons par migration et n'a pas été relâché. Nous devons apprendre à coexister. » Dans la même phrase, il souligne toutefois que la population ne doit « pas devenir trop importante », raison pour laquelle l'association soutient l'Office cantonal de la chasse et de la pêche dans la régulation.

C'est précisément là que réside la contradiction. « Régulation » signifie, depuis l'entrée en vigueur le 1er février 2025 de la révision de la loi sur la chasse tir preventif, c'est-a-dire l'abattage de loups avant meme qu'un dommage ne soit survenu. Les Grisons font partie des cantons qui recourent le plus offensivement a cette pratique. Dans le cadre de la haute chasse 2025, des chasseurs et chasseuses de loisir autorises ont pu abattre des jeunes issus de huit meutes ainsi qu'un loup solitaire en Haute-Engadine. Le «soutien» de l'association n'est donc pas un geste symbolique : il fournit les tireurs pour le tir proactif.

Les dimensions : fin 2025, le canton comptait environ 12 meutes. A l'echelle suisse, l'Office federal de l'environnement a autorise, pour la periode de regulation 2025/2026, l'abattage d'environ 115 loups, dont 77 ont ete tues. Sur le plan scientifique, l'utilite de cette politique reste contestee : les specialistes qualifient la regulation proactive d'experience couteuse sans base ecologique solide, qui tend a aggraver les conflits qu'elle est censee apaiser. La «cohabitation» conciliante et la participation active au tir «en reserve» sont difficilement conciliables.

Querelle de calibre : la tradition l'emporte sur la majorite

Le deuxieme sujet recurrent etait la querelle autour des calibres de chasse. Les Grisons sont le seul canton a imposer la chasse avec des armes de gros calibre a partir de 10,3 millimetres. Il y a un an, les delegues avaient refuse un assouplissement, decide par la voix preponderante de Caviezel, alors qu'il aurait personnellement ete favorable a un changement : «Le comite etait contre le changement de calibre. Je ne peux donc pas, en tant que president, decider autrement.»

Cet episode illustre un probleme fondamental de la chasse de loisir. Les normes d'equipement, qui ont des consequences directes sur le bien-etre animal, ne sont pas decidees par une autorite technique independante, mais par une organisation d'interets qui se controle elle-meme. La tradition l'emporte sur l'appreciation personnelle de son propre president.

Alcool, surveillance et les lacunes du systeme

Derrière le ton diplomatique se cache un système avec des lacunes concrètes dont l'association porte une part de responsabilité. Pour la chasse de loisir, il n'existe pas de taux d'alcoolémie uniforme à l'échelle suisse : alors que 0,5 pour mille s'applique aux automobilistes, le droit de la chasse reste muet dans la plupart des cantons. C'est précisément là qu'intervenait l'initiative populaire grisonne « Pour une chasse respectueuse de la nature et éthique », qui exigeait des limites d'alcoolémie analogues à celles de la circulation routière ainsi que des examens périodiques d'aptitude et de précision de tir. Les chasseurs de loisir grisons organisés, dont Caviezel faisait partie de la direction, ont combattu cette initiative en la présentant comme une attaque contre la tradition. Seuls Zurich et Neuchâtel ont entre-temps réglementé que celui qui part régulièrement à l'approche en état d'ivresse perd son autorisation de chasse. Aux Grisons, le canton avec la plus forte intensité de chasse, peu de gardes-faune surveillent plus de 7’000 kilomètres carrés, aucun test d'alcoolémie n'est prévu, et l'office cantonal de la chasse et de la pêche enregistre année après année plus de 1’000 dénonciations et amendes contre des chasseuses et chasseurs de loisir. Cela n'a pas grand-chose à voir avec l'image de chasseurs bien formés et responsables que l'association entretient.

Quand on habitue les enfants à tuer

L'attitude apparaît le plus clairement dans la question de la relève. La même initiative exigeait déjà en 2014 que les enfants de moins de douze ans ne soient pas emmenés à la chasse et ne soient pas motivés à la chasse à l'école. Les chasseurs de loisir ont également combattu ce point. La Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant oblige les États, à l'article 19, à protéger les mineurs contre toute forme de violence et à préserver leur intégrité physique et mentale. Celui qui combat une initiative qui veut précisément inscrire cette protection dans le droit de la chasse place la tradition au-dessus de la protection de l'enfance. Transmettre aux enfants et promouvoir dans les écoles un loisir dont le point culminant est la mise à mort d'un animal n'est pas une tradition inoffensive, mais une accoutumance précoce aux armes, à la mise à mort et à la violence gratuite.

Ce qui demeure, et ce que Genève montre

La direction change sur le plan des personnes, mais le cap reste le même sur le fond. L'association continue à se considérer comme partenaire d'exécution d'une politique de tir, et pas seulement à l'égard du loup. Que l'on puisse faire autrement, le canton de Genève le démontre : il a aboli la chasse de loisir en 1974 et confie depuis lors la gestion de la faune sauvage à des gardes-faune formés. Depuis plus de 50 ans, ce Modèle genevois, sans que les populations sauvages ne s'effondrent. Une interdiction de chasse cantonale est possible à tout moment en vertu du droit fédéral, sans qu'une modification législative à Berne ne soit nécessaire.

Pour les Grisons, où des chasseuses et chasseurs de loisir organisés régulent des prédateurs qui s'autoréguleraient largement dans des écosystèmes intacts, la question décisive reste ouverte, indépendamment de qui présidera l'association à l'avenir : qui contrôle en réalité les contrôleurs ?

En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons vérifications de faits, analyses et reportages de fond.

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