Chasse au renard à Lucerne : 98 pour cent des animaux abattus en bonne santé
L'IG Wild beim Wild appelle le parlement cantonal lucernois, dans une lettre ouverte, à retirer son rapport défavorable sur la pétition concernant le renard, et s'appuie pour cela sur un chiffre dérangeant tiré des statistiques cantonales : plus de 98 pour cent des renards abattus étaient en bonne santé.
Le destinataire de la lettre est Michael Kurmann, président de la commission du Grand Conseil pour l'amenagement du territoire, l'environnement et l'energie (RUEK).
Celle-ci avait traite, le 23 avril 2026, la pétition de Pascal Wolf de novembre 2025 pour la protection du renard roux. Pour l'IG, le rapport ne remplit pas "les exigences minimales d'un examen parlementaire sérieux".
Le principal reproche procédural pèse lourd : le pétitionnaire n'a même pas été entendu, bien que le règlement du Grand Conseil l'aurait permis. La seule instance consultée fut le Département de la construction, de l'environnement et de l'économie, soit précisément l'administration dont la pétition critique le statu quo. Un examen ouvert aurait une tout autre allure.
98 pour cent en bonne santé : le chiffre que le canton lui-même recense
Lucerne est/était le seul canton suisse à recenser systématiquement les maladies chez les renards abattus. Durant l'année cynégétique 2018/19, 2’217 renards ont été tués par balle. 39 d'entre eux étaient malades, soit 1,76 pour cent. Plus de 98 pour cent des animaux tués étaient en bonne santé.
Cela fait s'effondrer l'argument principal du rapport, selon lequel la chasse de loisir au renard servirait à endiguer les maladies. Qui n'abat presque exclusivement que des animaux en bonne santé n'endigue aucune maladie. L'argument ne tient pas davantage pour l'échinococcose du renard, car les renards infectés sont en général d'apparence saine et n'apparaissent même pas dans les statistiques de maladies. Davantage d'informations dans le dossier Le renard en Suisse : prédateur le plus chassé sans lobby.
Critiques venues des propres rangs des chasseurs de loisir
Il est remarquable que l'IG étaye ses doutes par des voix issues des chasseurs de loisir eux-mêmes. Dans le Tagesanzeiger du 26 novembre 2025, le chasseur de loisir zurichois Franz Balmer, actif depuis 13 ans, a reconnu : "Nous nuisons ainsi davantage à l'image de la chasse que nous ne la servons." La biologiste de la faune Sandra Gloor a expliqué que l'abattage d'un renard appartenant à un groupe familial "ne produit absolument rien". Et Robert Brunold, ancien président de l'association des chasseurs de loisir grisons, a affirmé : "La basse chasse n'est pas nécessaire." Trois voix indépendantes les unes des autres parviennent ainsi à la même conclusion : la chasse au renard ne remplit aucun but objectif.
Aucune étude, aucun regard vers le Luxembourg
Le rapport ne cite aucune étude de biologie de la faune. Pourtant, l'état de la recherche est accablant : des dizaines d'études menées en Grande-Bretagne, en Scandinavie, en Allemagne et en Suisse aboutissent depuis des décennies au même résultat. La chasse de loisir ne peut pas réduire la densité de renards sur le territoire, car les pertes sont rapidement compensées par l'immigration d'animaux et l'augmentation des taux de natalité. Lorsque la chasse est intensive, la proportion de jeunes renards augmente, et ce sont précisément eux qui portent de loin la plus grande part du ténia du renard. Plusieurs travaux considèrent donc la chasse comme non seulement inefficace, mais contre-productive pour endiguer le parasite.
La preuve par la pratique est fournie par les espaces sans chasse. Dans des parcs nationaux comme la Forêt bavaroise ou Berchtesgaden, le renard n'est plus chassé depuis des décennies, sans que les populations n'explosent. Au contraire, les renards y mettent en moyenne moins de petits au monde que dans les zones voisines où la chasse est pratiquée. L'interdiction de la chasse au renard au Luxembourg depuis 2015 n'est pas non plus mentionnée dans le rapport, bien que le taux d'infestation par le ténia du renard y soit passé d'environ 40 pour cent en 2014 à moins de 20 pour cent en 2020 après l'interdiction. À quel point la comparaison internationale est gênante se voit jusqu'en France, où des associations de protection de la nature exigent également la protection du renard roux.
Quels dégâts le renard cause-t-il réellement ?
Reste la question de savoir contre quels dégâts l'abattage de milliers de renards en bonne santé est censé protéger. La réponse scientifique est désenchantante. Le renard se nourrit principalement de souris et tient ainsi en échec les rongeurs, qui causent des dégâts bien plus importants à l'agriculture et à la sylviculture. Son influence sur les espèces proies menacées est, selon l'état concordant des études, faible. Là où le lièvre, la perdrix grise ou les oiseaux des prairies régressent, les causes principales sont l'agriculture intensive et la perte d'habitat, et non le renard. Le tir des prédateurs ne contribue manifestement guère à la sauvegarde des espèces menacées.
En revanche, les dommages de l'autre côté sont bien documentés. Selon des études, pour chaque renard abattu, il y a au moins un autre animal qui n'est que blessé et qui meurt sans être retrouvé. Si un parent est tué pendant la période d'accouplement et d'élevage, les chances de survie des petits diminuent drastiquement. Du point de vue du droit de la protection animale, le déterrage remplit à plusieurs égards les éléments constitutifs de la maltraitance animale. Pour le dire de manière percutante : ce n'est pas le renard qui cause les dommages avérés, mais bien sa chasse.
« Surcoûts considérables » sans le moindre chiffre
Le rapport mettrait en garde contre des « surcoûts considérables » en cas de mise sous protection, mais sans avancer le moindre chiffre. L'IG riposte avec le modèle genevois : le canton se passe de chasse de loisir depuis 1974 et dépense pour l'ensemble de la gestion de la faune environ un million de francs par an, soit l'équivalent d'une tasse de café par habitante et habitant. Une affirmation économique sans calcul comparatif n'est tout simplement pas défendable.
Délai au 4 juin et menace d'une initiative populaire
L'IG exige de Kurmann une prise de position publique au plus tard le 4 juin 2026, et en tout état de cause avant le traitement en plénière. En outre, la RUEK doit retirer le rapport et reprendre la procédure, avec audition du pétitionnaire, avec des spécialistes indépendants et avec une divulgation transparente des chiffres relatifs aux maladies et aux coûts. Si cela n'a pas lieu, l'organisation annonce des interventions au Grand Conseil, une pétition élargie et, le cas échéant, une initiative populaire cantonale.
L'IG voit le levier juridique dans la loi sur la protection des animaux : celle-ci interdit d'infliger « sans raison » des souffrances à un animal, raison pour laquelle toute mise à mort doit pouvoir être mesurée à l'aune d'une justification objective. Et l'organisation situe le soutien politique dans l'histoire récente : le 27 septembre 2020, le corps électoral a rejeté la loi révisée sur la chasse avec 51,9 pour cent, ce qui constitue pour l'IG un signal clair en faveur d'une meilleure protection de la faune.
Sources
- Lettre ouverte de l'IG Wild beim Wild au député au Grand Conseil Michael Kurmann, Acquarossa, 21 mai 2026
- Prise de position de la RUEK sur la pétition Pascal Wolf, canton de Lucerne, 23 avril 2026
- Statistique cantonale des maladies de Lucerne, année cynégétique 2018/19
- Tagesanzeiger : « Saison de chasse à Zurich : controverse sur le sens de la chasse au renard », 26 novembre 2025
- Loi sur la protection des animaux (LPA), art. 4 al. 2 et art. 26 (déterrage)
- Votation fédérale sur la loi révisée sur la chasse, 27 septembre 2020
- Donnees sur la prevalence du tenia du renard apres l'interdiction de la chasse au renard au Luxembourg (depuis 2015)
- Frommhold, D. (2016): Der Rotfuchs (Vulpes vulpes), bref resume de la litterature scientifique, fuechse.info
- Dynamique des populations (aucune reduction par la chasse): Baker & Harris (2006); Rushton et al. (2006); Baker et al. (2002, Nature); Hewson (1986)
- Populations stables non chassees: Administration du Parc national de la Foret bavaroise (2009), Wissenschaftliche Schriftenreihe Cahier 18
- Tenia du renard et proportion de jeunes renards: Deplazes et al. (2004); Tackmann et al. (1998); Koenig et al. (2008)
- Faible influence sur les especes proies menacees: Cote & Sutherland (1997); Mooij (1998); Smith et al. (2005)
- Protection animale et taux de blessures: Fox et al. (2003, 2005); Bolliger, Gerritsen & Ruettimann (2010); Vergara (2001)
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