Acheter une forêt et la garder libre de chasse : comment la propriété privée devient une zone de protection pour les animaux sauvages
La CEDH a confirmé ce droit depuis longtemps : possible en Allemagne, bloqué en Autriche, en Suisse il ne manque que la volonté politique.
Acheter un bout de forêt, laisser les arbres debout, laisser faire la nature : ce qui ressemble à un rêve coûteux est plus abordable que la plupart ne le pensent.
Un reportage de la Radio Télévision Suisse montre des particuliers qui font exactement cela, par amour de la nature et non par recherche de profit. Pour les personnes critiques de la chasse, une question complémentaire se pose immédiatement : peut-on exclure sur sa propre forêt la chasse dite de loisir — chasse de loisir sans nécessité existentielle — et ainsi créer une véritable zone de tranquillité pour les animaux sauvages ?
Acheter une forêt est possible, mais rarement visible
Quiconque n'a jamais vu une annonce de forêt n'est pas seul dans ce cas. Les parcelles forestières sont rarement mises en vente publiquement ; le commerce se déroule traditionnellement de manière discrète par l'intermédiaire des gardes forestiers locaux, des voisins et des successions. Il existe toutefois désormais des plateformes spécialisées ainsi que des bourses forestières transfrontalières pour l'ensemble de l'espace germanophone. Les prix varient fortement, la demande dépasse nettement l'offre, et depuis la pandémie le désir de posséder sa propre forêt a sensiblement augmenté.
Important à savoir : qui achète une forêt n'acquiert pas un terrain librement disponible. La loi sur les forêts restreint fortement les droits de propriété. Une interdiction de construire s'applique, le droit d'accès pour le public subsiste, et s'y ajoutent des obligations d'exploitation. On ne peut donc pas « privatiser » la forêt. Ce que l'on peut toutefois obtenir, c'est l'exclusion de la chasse de loisir, et c'est précisément là que cela devient politique.
Où acheter forêt et terrain
Comme la forêt n'est que rarement mise en vente ouvertement, une démarche ciblée est payante. Trois voies mènent le plus sûrement au but.
S'adresser au service forestier local. La voie classique et la plus souvent recommandée en Suisse : la garde forestière ou le garde forestier responsable de la commune souhaitée connaît les rapports de propriété locaux et sait souvent qui est prêt à vendre. En Allemagne et en Autriche, les offices forestiers communaux ou régionaux jouent un rôle similaire.
Recourir à des places de marché forestières spécialisées. Il existe désormais des plateformes qui comblent précisément la lacune des annonces publiques :
- Suisse : Wooded.ch (place de marché forestière avec offres et demandes, gratuite pour les deux parties) et TerraWald.ch (médiation discrète hors marché).
- Dans tout l'espace DACH : la Wald-Börse avec des offres et des demandes provenant d'Allemagne, d'Autriche et de Suisse.
- https://my-forest.de/wald-kaufen/
- Portails immobiliers généralistes : Sur les grands portails de recherche, les surfaces forestières n'apparaissent généralement que comme partie de propriétés plus vastes ; une recherche sur « forêt » ou « terrain forestier » avec alerte par e-mail peut toutefois s'avérer payante.
Publier soi-même une annonce. Quiconque a une région particulière en vue peut publier une demande dans le journal local ou dans des revues spécialisées en foresterie. Comme de nombreux propriétaires forestiers ont un lien avec l'agriculture, les feuilles d'annonces agricoles constituent également un endroit judicieux.
Une remarque réaliste : la demande dépasse nettement l'offre, et les parcelles bon marché à quelques francs le mètre carré sont — surtout dans l'espace germanophone — plutôt l'exception que la règle. Quiconque achète devrait s'informer au préalable sur les obligations en tant que propriétaire forestier, car la patience et la connaissance des lieux sont souvent plus importantes que le budget.
La clé : la mise hors chasse pour des raisons éthiques
La base juridique est posée depuis longtemps, et ce non pas par un seul arrêt, mais par une jurisprudence bien établie de la Cour européenne des droits de l'homme. Dans trois procédures contre trois États différents, la Cour est parvenue à la même conclusion : Chassagnou contre France (1999), Schneider contre Luxembourg (2007) et Herrmann contre Allemagne (2012). Le cœur du raisonnement est à chaque fois le même : quiconque rejette la chasse de loisir pour des raisons éthiques ne peut être contraint de la tolérer sur son propre terrain. Une telle obligation de tolérance viole la protection de la propriété selon la Convention européenne des droits de l'homme.
Le garde-fou en matière de droits de l'homme est ainsi posé : selon la jurisprudence de Strasbourg, les États sont tenus de permettre aux propriétaires fonciers une dérogation pour des raisons de conscience — la mise en œuvre précise leur étant laissée. La France, le Luxembourg, l'Allemagne et le Portugal ont adapté leur droit de la chasse en conséquence. Les trois pays germanophones en tirent toutefois encore aujourd'hui des conséquences très différentes.
Allemagne : la voie est ouverte
L'Allemagne a réagi. Depuis fin 2013, les propriétaires fonciers peuvent, en vertu du paragraphe 6a de la loi fédérale sur la chasse, déposer une demande de pacification cynégétique de leurs terrains pour des raisons éthiques. En pratique, le chemin est ardu et souvent long, mais il existe et mène au but, comme le montrent de nombreux cas couronnés de succès.
Italie : les tribunaux ouvrent la voie
Depuis 2026, l'Italie montre une autre voie, qui se passe d'une grande réforme législative. Le tribunal administratif (TAR) de Pescara a décidé, par son arrêt n° 254/2026, qu'un propriétaire foncier peut faire interdire la chasse de loisir sur ses propres terres pour des raisons éthiques. La région ne peut rejeter une telle demande que si elle démontre objectivement que ce terrain précis est indispensable aux objectifs du plan régional de la faune et de la chasse. Le tribunal s'est appuyé expressément sur la même jurisprudence de Strasbourg, déjà rendue contre la France, le Luxembourg et l'Allemagne. La voie est remarquable : non pas par une nouvelle règle légale de pacification comme en Allemagne, mais par l'interprétation cohérente de la loi sur la chasse existante (art. 15 de la loi n° 157/1992). Pour en savoir plus, consultez l'article Italie : un tribunal autorise l'interdiction de chasse sur son propre terrain pour des raisons éthiques.
Autriche : maintien de la situation juridique existante
L'Autriche maintient jusqu'à présent la situation juridique existante. En octobre 2017, la Cour constitutionnelle autrichienne a confirmé que les propriétaires fonciers doivent continuer à tolérer la chasse sur leurs terrains et l'appartenance à une association de chasse, même contre leur conviction éthique. Une sortie de l'association de chasse pour des raisons de conscience n'est pas possible en Autriche. Les propriétaires concernés ont donc déposé un recours auprès de la Cour européenne des droits de l'homme, en s'appuyant précisément sur cette jurisprudence déjà rendue contre la France, le Luxembourg et l'Allemagne.
Suisse : le droit est là, la volonté manque
En tant qu'État partie, la Suisse est liée par la même Convention européenne des droits de l'homme que la France, le Luxembourg et l'Allemagne. Selon l'interprétation actuelle de la CEDH par la Cour, nul ne devrait avoir à tolérer la chasse de loisir sur son propre terrain s'il la rejette pour des raisons éthiques. La Suisse dispose en outre d'un levier particulièrement direct : comme le droit de la chasse est réglé au niveau cantonal et que le droit fédéral n'oblige aucun canton à introduire la chasse de loisir, une décision cantonale a suffi à Genève. Ce qui manque, ce n'est pas le droit, mais la volonté politique d'accorder aux propriétaires de forêts privées le droit de faire pacifier leurs surfaces sur le plan de la chasse pour des raisons éthiques.
Acheter une forêt comme acte silencieux de protection de la faune
La boucle est ainsi bouclée. Quiconque achète une forêt pour la protéger pense d'abord aux arbres, au vieux bois, à la biodiversité. L'étape suivante logique consiste à faire aussi de cette forêt une zone sans chasse. En Allemagne, c'est déjà possible aujourd'hui ; l'Autriche le bloque encore, et en Suisse il ne manque que la volonté politique de mettre en œuvre un droit reconnu de longue date. La propriété oblige, dit-on. Mais elle peut aussi habiliter : à offrir un bout de terre sur lequel les animaux sauvages trouvent enfin la tranquillité.
Commentaire de la rédaction : Qu'un être humain puisse refuser que l'on tue sur son propre terrain, la CEDH l'a établi sans équivoque dans trois arrêts contre trois États. Que l'Autriche continue de contraindre ses citoyennes et citoyens à tolérer la chasse de loisir et que la Suisse refuse ce droit à ses propriétaires fonciers est un anachronisme qui mérite d'être corrigé politiquement.
De la forêt au levier politique
Quiconque possède une forêt en Suisse et souhaite la maintenir libre de chasse ne dépend pas du bon vouloir de certaines autorités, mais peut agir politiquement. L'IG Wild beim Wild met à disposition un texte type prêt à l'emploi, destiné à donner aux propriétaires fonciers le droit d'exclure leurs surfaces de la chasse pour des raisons éthiques, expressément par analogie avec les réglementations en vigueur dans plusieurs États de l'UE et avec le modèle genevois. Ainsi, une question de conscience privée devient une initiative cantonale que les parlementaires, les partis et les personnes privées engagées peuvent déposer directement.
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