La Suède montre où mène la chasse de loisir : 53 candidats en trois heures pour un loup
Réduction des loups par plan gouvernemental, « terroristes du droit animal » dans l'éditorial et PFAS dans la viande de gibier : un regard sur ce pays que le conseiller aux États Fabio Regazzi cite explicitement comme modèle pour la Suisse.
Dans la province de Scanie, au sud de la Suède, un loup avait tué un bélier et blessé si gravement un poney Shetland qu'il a dû être abattu.
La Länsstyrelse a par la suite autorisé la « chasse de protection », car elle soupçonne le même animal d'être à l'origine des deux incidents.
La réaction des chasseurs de loisir suédois est le véritable constat : en trois heures seulement, 53 chasseurs de loisir ont manifesté leur intérêt à participer à cette chasse de protection. C'est ce que rapporte le magazine « Jakt & Jägare », l'organe de l'association de chasse de loisir Jägarnas Riksförbund (JRF), et non comme un problème, mais comme une réussite.
53 candidats pour un seul animal. Ce n'est pas de la prévention des dégâts. La prévention des dégâts nécessite la protection des troupeaux, des clôtures, un gardiennage. Ce qui se passe ici est la mise au concours administrative d'une offre de trophée. Le bélier mort ne fournit que la légitimation.
L'État comme réducteur de population
Le cas isolé de la Scanie n'est pas unique. Sur mandat du gouvernement suédois, le Naturvårdsverket a présenté un nouveau plan national de gestion du loup, valable jusqu'en 2031. Il s'adresse en premier lieu aux administrations provinciales et vise à permettre une réduction progressive de la population de loups, avec la fourchette cible fixée par le gouvernement de 170 à 270 animaux et une référence à une « population minimale viable » de 100 individus.
Relisons cela : l'objectif de planification n'est pas la protection d'une espèce strictement protégée, mais sa réduction ordonnée. Le démantèlement est devenu une tâche administrative.
Parallèlement, la chasse à licence de l'ours brun se poursuit : 394 ours peuvent être abattus cette année dans les sept provinces les plus septentrionales. Là encore, ce n'est pas une mesure d'urgence, mais une routine avec quota.
« Terroristes des droits des animaux » : comment le recul de la transparence est rebaptisé protection des victimes
Le texte le plus révélateur sur jaktojagare.se est l'éditorial de la présidente de la JRF du 2 juillet 2026. Elle y célèbre le fait que l'on mette enfin un terme à la possibilité pour des « terroristes des droits des animaux » d'accéder aux données en invoquant le principe de transparence, afin de menacer et de harceler les chasseurs de loisir et les détenteurs d'animaux.
Traduction : les chiffres des tirs, les autorisations et les données de chasse devront à l'avenir être plus difficilement accessibles au public. Quiconque les réclame est un « terroriste ».
C'est la figure classique. La chasse de loisir prétend agir dans l'intérêt public, mais ne veut pas que le public voie les chiffres. Celui qui recalcule n'est pas réfuté, mais criminalisé. Et cela ne figure pas dans un forum anonyme, mais dans l'éditorial de l'organe de l'association, signé par la présidente de celle-ci.
Une association qui présente l'accès aux données comme du terrorisme a cessé d'être une association d'intérêts. Elle est devenue une machine à cloisonner. Notre dossier consacré aux montre comment l'influence et l'opacité fonctionnent aussi chez nous.campagnes autour de la chasse de loisir.
L'autogoal : les PFAS dans « la viande la plus saine du monde »
Et puis, sur cette même page d'accueil, figure l'information qui démolit toute l'image de soi. Autour de l'aéroport de Landvetter, les sangliers et les chevreuils présentent des taux de PFAS trop élevés. La Länsstyrelse Västra Götaland déconseille de consommer la viande et le foie de ces animaux provenant de la zone située entre l'aéroport et le Västra Ingsjön. La source serait la mousse anti-incendie contenant des PFAS, utilisée lors des exercices d'extinction des pompiers de l'aéroport.
La chasse de loisir vend son produit depuis des années avec l'argument que le gibier serait la viande la plus naturelle, la plus propre et la plus éthique qui soit. L'animal vivait libre, il vivait sainement. Or il s'avère qu'il vivait dans le même paysage contaminé que tout le reste, mais sans contrôle, sans surveillance des valeurs limites, sans traçabilité. Le chevreuil de l'aéroport n'est pas un produit bio. C'est un échantillon.
Le fait que cette information figure précisément dans le magazine de la chasse de loisir lui-même la rend d'autant plus exploitable.
Et la Suisse ? Le modèle s'appelle la Suède, et ce littéralement
Pourquoi cela nous intéresse-t-il à Berne, Coire ou Bellinzone?
Parce que c'est précisément cette logique qui est en train d'être importée ici, et ce par un homme qui cite explicitement la Suède comme référence.
Le conseiller aux États Fabio Regazzi (Le Centre/TI), vice-président de JagdSchweiz, président de l'Union suisse des arts et métiers et lui-même chasseur de loisir, exige avec sa motion un plafond fixe pour la population de loups. Une fois le chiffre politiquement défini atteint, les animaux « excédentaires » sont prélevés. Ce n'est plus le comportement d'une meute concrète qui décide, mais la statistique.
Sa justification s'appuie directement sur la Suède: là-bas, malgré une superficie nettement plus grande, vivrait un nombre de loups comparable à celui de la Suisse, et pourtant la Suède poursuit une régulation active dans le but de réduire la population à environ 170 animaux. Watson le note sans détour: la Suède est « le pays que Regazzi a pris pour modèle ».
David Gerke du groupe Wolf Schweiz s'oppose précisément au fait que l'intervention soit inspirée du modèle scandinave. Son objection est aussi simple qu'accablante: ces pays ont des populations de loups qui ne sont pas viables, et c'est justement pour cette raison que des tribunaux y ont récemment stoppé la chasse au loup.
L'affaire est ainsi claire. Le modèle que Regazzi veut copier vient tout juste d'être arrêté juridiquement dans son pays d'origine. La chasse à permis prévue pour janvier 2026 sur jusqu'à 48 loups a été bloquée par un tribunal administratif suédois, parce que les autorités n'ont pas pu prouver la protection des espèces. Nous l'avons documenté: La Suède stoppe les tirs de loups 2026: signal à la Suisse.
Le Conseil fédéral recommande malgré tout d'accepter la motion Regazzi. Selon les propres dires de Regazzi, cela l'a lui-même surpris.
Qui commande le modèle suédois commande toute la chaîne:
- L'examen au cas par cas devient un quota.
- Le quota devient un plan gouvernemental de réduction de la population jusqu'en 2031.
- Le plan gouvernemental devient une offre de loisir avec 53 candidats en trois heures.
- Quiconque veut consulter les chiffres à ce sujet est un « terroriste ».
- Et au bout du compte, des tribunaux arrêtent tout cela, parce que c'était illégal.
On ne peut pas commander le plafond et décommander la dégénérescence. Regazzi importe la logique, mais pas les leçons. Le schéma est le même depuis des années: la revendication du tir arrive avant l'analyse.
Ce qui en découle
La Suède n'est pas un modèle. La Suède est un avertissement. Elle montre ce qui se passe quand la politique de la faune sauvage est laissée aux intérêts d'un lobby de loisir : le prédateur devient une donnée administrative, l'animal sauvage un chiffre, la transparence un risque de sécurité et la « viande de gibier saine » un avertissement sanitaire officiel de consommation.
La Suisse dispose, avec Genève depuis 1974 et avec le Parc national suisse, de ses propres espaces de référence fonctionnels sans chasse de loisir. Elle n'a pas besoin d'aller chercher son modèle en Scandinavie.
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