Soleure maintient les chasses battues
Le parlement soleurois a déclaré le 27 janvier 2026 avec une majorité écrasante qu'une motion populaire pour l'abolition des chasses battues était « non recevable ». Avec 83 voix pour, seulement quatre voix contre et cinq abstentions, le Conseil cantonal a suivi la recommandation du gouvernement et des associations de chasse et maintient ainsi inchangée l'une des méthodes de chasse les plus controversées. Cette décision intervient bien que des voix critiques issues des milieux de protection animale signalent à plusieurs reprises des souffrances massives et un stress inutile pour les animaux sauvages.
La motion populaire déposée argumentait expressément que les chasses battues contredisaient la protection animale : le gibier est effrayé par les rabatteurs et les chiens de chasse et poussé devant les fusils des tireurs, mis en panique et sans égard pour le stress, les blessures ou l'angoisse de mort.
Les initiatrices s'appuient sur des principes éthiques et militent pour des alternatives respectueuses de la protection animale. De nombreux animaux sauvages subissent par cette pratique des souffrances qui dépassent largement la simple mort physique.
Malgré ces objections, les représentants des partis établis ont justifié leur décision avec les mots-clés techniques habituels : les battues seraient prétendument « appropriées » et nécessaires pour réguler les populations de chevreuils et de sangliers et maintenir la chasse de loisir comme instrument de l'écosystème. Cette argumentation s'effondre cependant à y regarder de plus près. Dans le canton de Genève il n'existe depuis des décennies aucune chasse de loisir, pourtant la régulation de la faune sauvage fonctionne via la garde-chasse professionnelle et des interventions étatiques sans battues ou chasses en mouvement.
De même, la comparaison fédérale au sein de la Suisse montre que les chasses en mouvement et les battues ne sont nullement sans alternative. Dans 16 cantons avec chasse à patente, la gestion de la faune sauvage s'organise sans battues basées sur les territoires de chasse, tandis que seulement 9 cantons s'accrochent à la chasse par territoires, dans laquelle les battues sont structurellement ancrées. Que les populations de gibier ne s'effondrent pas dans les cantons à chasse à patente et que les dommages écologiques n'escaladent pas réfute le narratif politique selon lequel les battues seraient absolument nécessaires. Les différences sont motivées par la politique cynégétique, pas justifiées écologiquement.
La décision du parlement soleurois n'est donc pas une contrainte factuelle, mais une détermination politique consciente en faveur d'un système cynégétique qui accepte systématiquement stress, pression de fuite et souffrance animale. Que la majorité des cantons se passent de telles formes de chasse a été largement occultée dans le débat parlementaire.
La référence à une prétendue absence d'alternative est donc politiquement commode, mais factuellement fausse. Elle sert principalement à protéger une pratique cynégétique qui est efficace organisationnellement pour les chasseurs de loisir, mais pas conforme à la protection des animaux pour la faune sauvage. Que même ces contre-exemples aient à peine été thématisés au parlement montre à quel point le débat est marqué par les intérêts cynégétiques et combien peu d'espace reçoivent les perspectives scientifiques, éthiques ou de comparaison internationale.
La prise de position du Conseil d'État avait déjà clairement établi que les battues sont considérées comme efficaces et respectueuses du gibier et qu'environ 55 pour cent de tous les chevreuils abattus dans le canton de Soleure proviennent de telles chasses. Cette argumentation se base sur l'efficacité cynégétique et les objectifs chiffrés de populations, mais pas sur une évaluation scientifique du stress, de l'angoisse ou du bien-être animal.
Pour la protection des animaux et la protection de la faune sauvage cette décision est un recul. Les critiques déplorent que le débat soit trop fortement dominé par les traditions cynégétiques et qu'il accorde trop peu de poids aux obligations éthiques envers les animaux sauvages. Les battues génèrent des réactions de stress, une pression de fuite et souvent des blessures au-delà d'une mise à mort rapide et nette. L'argumentation courante des autorités selon laquelle de telles chasses ne sont « pas des chasses à courre » minimise les souffrances réelles que subissent les animaux dans de telles situations.
Pour les lectrices et lecteurs qui souhaitent approfondir les dimensions politiques et éthiques de la législation sur la chasse dans le canton de Soleure, notre article Le gouvernement soleurois défend la maltraitance animale est une ressource complémentaire. Y est montré en détail comment les décisions cynégétiques continuent d'ignorer les intérêts d'éthique animale au profit de l'efficacité cynégétique malgré une large critique sociétale.
La décision du parlement soleurois soulève des questions fondamentales sur la légitimation sociétale des pratiques cynégétiques : jusqu'où un parlement cantonal peut-il aller quand la majorité de la population, représentée par un mandat populaire, juge une pratique contraire à la protection des animaux, mais que les majorités politiques s'y accrochent néanmoins ? Et comment des concepts conformes à la protection des animaux et scientifiquement fondés pour la régulation de la faune sauvage peuvent-ils enfin être sérieusement introduits dans le débat politique ?
Dossier : Chasse et protection des animaux
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