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Chasse

Plomb dans la chasse de loisir : poison, lobby et Suisse

Le plomb n'est pas un matériau nostalgique, c'est un neurotoxique. Pourtant, il reste étonnamment longtemps «normal» dans la chasse de loisir, à travers toute l'Europe et l'Amérique du Nord. Le schéma est partout similaire : les risques pour l'environnement et la santé sont documentés depuis des années, des alternatives existent, mais la réglementation est découpée en étapes, en exceptions et en délais transitoires. Au final, le poison reste dans le cycle, dans le sol, dans les restes de charognes, dans les cours d'eau, parfois aussi dans la venaison.

Rédaction Wild beim Wild — 14 décembre 2025

Pour comprendre pourquoi il en est ainsi, nul besoin d'étudier la balistique.

Il faut lire la mécanique politique.

Les munitions de chasse au plomb dispersent du métal dans le paysage. Les projectiles à balle engendrent en outre des éclats et de l'abrasion. La grenaille, quant à elle, se dépose dans les zones humides, les rives et les prairies, est ingérée par les oiseaux aquatiques ou entre dans la chaîne alimentaire via les carcasses et les viscères. C'est précisément là que la chasse de loisir devient un problème environnemental, et pas seulement une question de bien-être animal.

Et elle devient une question de santé publique. En Suisse, l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) recommande de ne consommer qu'en faibles quantités le gibier abattu avec des munitions au plomb. La recommandation est particulièrement claire pour les enfants jusqu'à l'âge de sept ans, les femmes enceintes, les femmes qui allaitent et celles qui souhaitent avoir des enfants : elles doivent éviter autant que possible de manger du gibier, car il n'est pas possible d'exclure qu'il ait été abattu avec des munitions au plomb.

C'est une phrase remarquable dans une recommandation officielle de la Confédération. Elle signifie concrètement : lors de l'achat et dans l'assiette, une incertitude demeure structurellement intégrée.

UE : un patchwork d'exceptions plutôt qu'une coupure nette

Dans l'UE, les munitions au plomb font l'objet de débats réglementaires depuis des années dans le cadre du droit des substances chimiques. Le litige ne porte plus depuis longtemps sur la question de savoir si le plomb est toxique, mais sur le nombre de cas particuliers que la politique autorise et sur la durée des périodes de transition. C'est précisément là que réside la stratégie du retard : on déplace le problème de la question « Pourquoi un poison peut-il continuer à être utilisé ? » à la question « Comment définissons-nous l'exception ? ».

L'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a à plusieurs reprises attiré l'attention sur l'ampleur des apports de plomb et sur le potentiel d'une restriction étendue. Le conflit est si tenace parce que les exceptions semblent politiquement peu coûteuses, mais sont écologiquement onéreuses : chaque exception maintient des débouchés commerciaux ouverts, empêche une transition propre, prolonge les stocks et crée de nouvelles échappatoires.

Le résultat est un brouillard politique : on s'en « occupe », mais on n'en finit jamais.

Royaume-Uni : quand le volontariat échoue, l'État intervient, puis la prochaine manœuvre de freinage commence

Le Royaume-Uni est l'exemple type illustrant pourquoi l'autorégulation chez les chasseurs de loisir fonctionne souvent comme un tranquillisant. Lorsque les conversions volontaires n'ont pas produit d'effets suffisants, le gouvernement britannique a annoncé en 2025 des restrictions étatiques sur les munitions au plomb, assorties de seuils précis et de délais de transition.

Depuis lors, la contre-campagne habituelle est en marche : disponibilité, coûts, « pas encore prêt ». Il ne s'agit pas seulement d'objections pratiques, mais d'un objectif politique : gagner du temps. Gagner du temps signifie que le poison continue d'être tiré pendant que l'on débat de logistique.

États-Unis : le plomb devient un enjeu culturel, non une question de santé publique

Aux États-Unis, les munitions au plomb deviennent de manière particulièrement marquée une question d'identité. Une analyse conduite par Cornell, communiquée le 10 décembre 2025, décrit pourquoi la transition reste politiquement bloquée malgré les risques connus : méfiance envers les autorités, polarisation idéologique, compétences fédérales, mais aussi des mécanismes simples tels que le prix, la disponibilité et l'habitude.

C'est la variante américaine du retard : non pas principalement par le biais de textes d'exception, mais par la culture. Critiquer le plomb, c'est ne pas s'attaquer aux « munitions », mais à tout un mode de vie. Le résultat est le même : le poison demeure dans le système.

Suisse : transition tardive, périodes de transition cantonales et un office fédéral qui met en garde concernant le gibier

En Suisse, la situation est doublement intéressante, car elle révèle deux niveaux susceptibles de se contredire.

Premièrement : prévention sanitaire. L'OSAV met expressément en garde contre la consommation de venaison, en particulier pour les groupes sensibles. Il s'agit d'une recommandation publique claire.

Deuxièmement : réglementation par étapes. Dans le cadre de la révision de l'ordonnance sur la chasse liée à la révision du droit de la chasse entrant en vigueur le 1er février 2025, une interdiction des munitions à balle contenant du plomb à partir du calibre 6 mm a été intégrée au texte normatif, mais assortie d'une longue logique transitoire. Un rapport explicatif officiel de la Confédération précise : jusqu'au 31.12.2029, les munitions à balle contenant du plomb pour les calibres à partir de 6 mm restent autorisées, afin de laisser aux cantons le temps d'adapter leurs textes réglementaires.

Ce qui ressemble à une mise en œuvre pragmatique revêt une haute portée politique : dans la pratique, cela peut signifier que la Suisse s'oriente certes formellement vers le sans-plomb, mais se retrouve pendant des années dans une situation cantonale en patchwork.

Un autre élément vient s'y ajouter : une motion visant à interdire les munitions contenant du plomb a été rejetée au Parlement. La documentation officielle précise expressément qu'il était possible de renoncer «provisoirement» à une interdiction générale des plombs de chasse contenant du plomb. La motion 22.3641 de la conseillère nationale Martina Munz, intitulée «Interdiction des munitions contenant du plomb», a été rejetée de justesse par le Conseil national lors de la session de printemps 2023 (99 voix contre 94).

Telle est la signature suisse du retardement : on reconnaît ponctuellement le problème, mais on laisse de larges pans ouverts ou on les reporte.

La «machine à exceptions» : comment fonctionne le retardement sans défendre le poison

Quiconque compare les débats menés dans l'UE, au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Suisse identifie trois instruments récurrents :

  1. Les délais transitoires comme tranquillisant politique
    On proclame la transition comme objectif, mais on la programme si loin dans le temps que le présent reste empoisonné. En Suisse, la logique transitoire jusqu'à fin 2029 est expressément consignée dans le rapport explicatif.
  2. Les exceptions comme principe structurel
    Les exceptions ne sont pas traitées comme des cas marginaux, mais comme le moteur du débat. Chaque exception engendre de nouveaux intérêts, de nouveaux conflits de délimitation et de nouveaux retards.
  3. Le transfert de responsabilité sur les consommateurs et consommatrices
    Plutôt que de stopper la source, on recommande de moins consommer ou certains groupes sont invités à y renoncer. C'est précisément ce transfert qui transparaît dans la recommandation de l'OSAV — compréhensible par souci de précaution, mais révélatrice sur le plan politique : le système demeure si impur que l'État doit mettre en garde lors de la consommation.

Une chasse de loisir qui se veut «durable» ne peut pas avoir le poison comme standard

La chasse de loisir aime se présenter comme un instrument de protection de la nature et comme une source de viande «durable». Ces deux affirmations perdent toute crédibilité tant qu'un neurotoxique reste une pratique standard et que des autorités, en Suisse et à l'étranger, mettent en garde contre la consommation.

Pour la Suisse, la question centrale n'est donc pas de savoir si l'abandon du plomb finira par arriver. Mais bien: pourquoi accepte-t-on si longtemps une situation dans laquelle des avertissements officiels s'imposent pour le produit «gibier», tandis que la transition est étalée sur des années?

Le débat est mûr pour une ligne claire: plus de machine à exceptions, plus de délais de transition aux calendes grecques, plus de tour de passe-passe de la «responsabilité individuelle» à la consommation. Mais une sortie rapide et vérifiable, qui protège également l'environnement, la faune sauvage et les êtres humains.

Pour aller plus loin:

En savoir plus sur la chasse de loisir: Dans notre dossier sur la chasse nous rassemblons vérifications des faits, analyses et reportages de fond.

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