Le loup est de retour en Suisse, et avec lui un débat passionné où s'entremêlent faits, émotions et intérêts politiques. Si certains responsables politiques privilégieraient le retour d'une chasse généralisée, les chercheurs et les organisations de protection animale mettent en avant les obligations internationales, l'efficacité des modèles de protection des élevages et le rôle écologique crucial du loup.
Ce dossier rassemble des analyses, des études et des recherches issues de wildbeimwild.com et les replace dans le contexte de la politique de chasse suisse, de la Convention de Berne et de la politique européenne relative au loup.
Qu'est-ce qui vous attend ici ?
- Le retour du loup : Population et répartition : Environ 30 meutes et 300 loups en 2023 dans les Alpes, les Préalpes et le Jura, la meute de Calanda comme exemple de réussite, études comportementales sur la timidité envers les humains.
- Lignes de front politiques : Qui chasse le loup ? Bilan du loup dans le Valais 2025/2026, plus de 200 scientifiques contre la classification de la loi sur la chasse, initiative cantonale « Loup fini, amusez-vous ! », Darbellay et Regazzi comme acteurs politiques.
- Protection du bétail : ce qui fonctionne vraiment : le modèle Calanda, les coûts de l'abattage par rapport à la protection du bétail, 4 000 moutons par an en raison de maladies/chutes contre 336 attaques de loups, les modèles internationaux à suivre.
- Cadre juridique : Convention de Berne et droit de la chasse : Concept de la Suisse du Loup 2008, Révision JSG 2020, Convention de Berne octobre 2024, Procédure d'enquête du Conseil de l'Europe décembre 2024, Déclassement de l'UE 2025.
- Incidents de tir, jeunes animaux et éthique : Incidents de tir de Marchairuz/Moesola 2022, réglementation de base comme abattage systématique de jeunes animaux.
- Agriculture de montagne et conflits structurels : le loup comme bouc émissaire pour des problèmes structurels non résolus, les paiements directs, la politique de localisation.
- Lobby de la chasse et manque de transparence : le Valais comme étude de cas : critique de la DJFW 2016, fusion de la chasse de loisir et du mandat souverain, psychologie de la culture de la chasse.
- Perspective internationale : L'Europe dans la guerre contre le loup : la Suède suspend la chasse autorisée, recherche sur le loup « Andrea » en Carinthie, braconnage dans le Val Poschiavo.
- Argumentation : Réponses aux objections les plus courantes concernant la politique de tir.
- Liens rapides : Tous les articles, dossiers et sources externes pertinents.
Le retour du loup : population et répartition
Depuis le milieu des années 1990, le loup revient naturellement en Suisse, principalement via l'Italie et la France. Les données de suivi montrent que la population s'est d'abord étendue lentement, puis beaucoup plus rapidement. En 2023, une trentaine de meutes et environ 300 loups ont été recensés, principalement dans les Alpes, les Préalpes et le Jura.
La répartition des loups varie considérablement d'une région à l'autre. Dans le canton des Grisons, la meute de Calanda est considérée comme la première meute établie des temps modernes. Malgré la présence d'environ 1 500 moutons sur son territoire, la meute n'a tué que 37 animaux d'élevage en cinq ans, grâce à une protection constante du bétail. Les programmes d'abattage, en revanche, sont particulièrement concentrés dans le Valais, où la pression politique et le lobby de la chasse sont très forts. Dans le Jura, seules deux meutes sont établies – Marchairuz et Risoux – dont les loups alpha ont été tués en 2022 lors d'abattages erronés ou transfrontaliers, mettant gravement en danger la population de loups de la région.
Les loups évitent les humains – les recherches sont formelles
Des études comportementales montrent que les loups évitent systématiquement les humains. Des expériences réalisées avec des enregistrements de voix humaines révèlent des réactions de fuite marquées, nettement plus fortes qu'avec des aboiements de chien ou des chants d'oiseaux. Cette timidité persistante contraste fortement avec le discours public entourant le « loup à problèmes » et met en évidence un point essentiel : les conflits surviennent principalement à la croisée de l'élevage non protégé, des intérêts de la chasse et des pressions politiques.
Plus d'informations sur ce sujet : Le loup : fonction écologique et réalité politique , et la chasse spéciale dans les Grisons
Lignes de front politiques : Qui chasse le loup ?
Dans plusieurs cantons, des politiciens et des lobbyistes de la chasse tentent de soustraire le loup à son régime de protection strict et de le soumettre à une réglementation de chasse classique. Le rapport sur la population de loups du Valais pour 2025/2026 en est un exemple frappant : sous couvert de « réglementation proactive », des meutes entières et de nombreux jeunes loups ont été autorisés à l’abattage en l’espace de quelques mois seulement, ce qui revient de fait à un affaiblissement systématique de la population de loups en Suisse. Rien que pour la période réglementaire 2025/2026, le canton du Valais a enregistré 27 loups abattus : trois grâce à des permis d’abattage individuels et 24 dans le cadre de ce qu’on appelle le contrôle des populations de meutes entières.
Science contre droit de la chasse
Plus de 200 scientifiques critiquent, dans une lettre ouverte, l'exclusion des espèces menacées comme le loup de la législation sur la chasse, arguant que celle-ci exacerbe les conflits au lieu de les résoudre. L'article « Pourquoi les espèces menacées ne devraient pas être incluses dans la législation sur la chasse », publié sur wildbeimwild.com, approfondit ce point de désaccord. Le principal reproche : l'abattage sélectif détruit les structures sociales, entraînant une augmentation de la reproduction, de l'immigration et des comportements instables – soit exactement l'inverse de ce qui est présenté comme une « régulation ».
Initiative cantonale « Wolf terminé, drôle ! »
Dès 2016, le canton du Valais, avec son initiative cantonale « Loup fini, amusez-vous ! », réclamait la levée du statut d'espèce protégée du loup et une renégociation de la Convention de Berne. La commission de l'environnement du Conseil national (UREK) approuvait la motion à une courte majorité – Pro Natura la qualifiait d'« initiative d'extermination ». Le Conseil fédéral avait déjà créé, en 2012 et 2013, la possibilité d'abattre des loups isolés en cas de dégâts importants, sans pour autant remettre en cause le régime de protection fondamental.
Christophe Darbellay et Fabio Regazzi
Au cœur de cette chasse aux loups à visée politique se trouvent des politiciens centristes comme Christophe Darbellay (CVP Valais) et Fabio Regazzi (CVP Tessin). Tous deux appartiennent à un parti qui se présente comme le gardien des valeurs chrétiennes, mais en matière de politique relative aux loups, ils mènent une politique intransigeante, guidée par leurs propres intérêts, au service du lobby de la chasse et de l'élevage. Darbellay est non seulement politiquement responsable des programmes d'abattage du Valais, mais il est lui-même chasseur amateur. Dans l'article « La guerre contre les loups de Christophe Darbellay : une polémique contre les faits », wildbeimwild.com démontre comment des incidents individuels, délibérément chargés d'émotion, sont amplifiés et les évaluations scientifiques passées sous silence afin de créer un climat de menace permanente.
Regazzi, ancien président de l'association de chasse du canton du Tessin, promeut le modèle suédois de gestion du loup comme modèle à suivre – ironiquement, ce même modèle qui a été stoppé par les tribunaux pour violation de l'état de droit et des lois sur la protection des espèces. L'article « Fabio Regazzi et la politique précipitée du loup » montre comment les initiatives de Regazzi font systématiquement basculer la politique de gestion de la faune sauvage de la protection à la minimisation.
Deux logiques s'affrontent
Aux niveaux fédéral et cantonal, deux logiques s'affrontent donc : une politique centrée sur la chasse qui traite le loup comme un « individu représentatif de la population », et une perspective axée sur la conservation de la nature qui se concentre sur les structures sociales des meutes, la protection des troupeaux et les obligations internationales en matière de conservation des espèces.
À ce sujet : Statistiques sur le loup du Valais : des chiffres qui révèlent un massacre et le lobby des chasseurs en Suisse : comment opère l'influence.
Protection du bétail : ce qui fonctionne vraiment
La Suisse dispose d'un large éventail de mesures éprouvées pour la protection du bétail : clôtures électriques, enclos nocturnes, chiens de protection des troupeaux, conduite des troupeaux et pratiques de pâturage adaptées. La meute de Calanda, dans les Grisons, démontre l'efficacité de ces mesures, même dans une zone peuplée de loups avec environ 1 500 moutons.
Dans les débats politiques, la protection du bétail est souvent qualifiée de « trop coûteuse », « irréalisable » ou « impossible en terrain alpin escarpé ». Or, la réalité montre que ce n'est pas la protection du bétail en elle-même qui est défaillante, mais plutôt sa mise en œuvre et son financement. Si 3,2 postes à temps plein ont été créés dans le Valais pour soutenir le service compétent, la majorité des 13 390 heures de travail en 2025 ont été consacrées à la gestion et à la réglementation des loups, et non au conseil en matière de protection du bétail. En supposant un coût total prudent de 60 à 80 francs suisses par heure, le massacre des loups dans le seul Valais a englouti entre 0,8 et un peu plus d'un million de francs suisses d'argent public en 2025. L'abattage d'un seul loup coûte environ 35 000 francs suisses au contribuable suisse.
Les loups tuent en relation avec
Pro Natura présente une statistique importante : selon des études, environ 4 000 moutons meurent chaque année dans les montagnes suisses de maladies, de chutes ou d’intempéries, notamment en raison de soins inadéquats. En comparaison, les 336 victimes d’attaques de loups sur le bétail en 2022 (le deuxième chiffre le plus élevé depuis 1998) paraissent modestes. Fait particulièrement révélateur : 174 de ces attaques ont eu lieu dans le Valais et 54 dans le canton d’Uri, la grande majorité étant imputables à un seul individu (le loup M58) qui a depuis migré vers l’Autriche.
Chiens de protection de troupeaux : avantages et effets secondaires
Les chiens de protection des troupeaux sont un élément essentiel de la gestion non létale des loups, mais ils peuvent aussi engendrer des conflits : des rencontres avec des randonneurs surviennent parfois, ce que les défenseurs de la chasse utilisent régulièrement comme argument contre la protection du bétail. Cependant, ces problèmes peuvent être considérablement réduits grâce à une formation professionnelle, une signalisation claire et des stratégies de pâturage adaptées.
Modèles internationaux
Des projets menés dans d'autres pays européens démontrent que la coexistence avec les prédateurs est possible lorsque la volonté politique, les financements et les approches participatives sont réunis. En Italie, des mesures de protection du bétail sont mises en œuvre depuis des décennies, et l'Espagne dispose de programmes efficaces de prévention des conflits. La Suisse pourrait tirer des enseignements de ces expériences au lieu de s'appuyer sur une logique de chasse scientifiquement reconnue comme inefficace.
Pour en savoir plus : Protection du cheptel en Suisse et alternatives à la chasse : ce qui est vraiment efficace sans tuer d’animaux
Cadre juridique : Convention de Berne et droit de la chasse
En Suisse, le loup est protégé par la Convention de Berne (1979). Cette obligation juridique internationale interdit généralement la mise à mort intentionnelle des loups et n'autorise des exceptions que dans des conditions strictes : en l'absence d'autre solution satisfaisante, en cas de menace pour la sécurité publique ou en cas de dommages importants causés au bétail. De plus, il doit être garanti en toutes circonstances que le statut de conservation de l'espèce ne soit pas compromis.
La Convention de Berne a explicitement confirmé en octobre 2024 que l’abattage « proactif » – c’est-à-dire l’abattage préventif sans dommage concret – est illégal. En décembre 2024, le Comité de la Convention de Berne a ouvert une enquête contre la Suisse, son système réglementaire étant jugé incompatible avec la Convention.
Loi suisse sur la chasse et concept du loup
La loi suisse sur la chasse (JSG) classe le loup parmi les espèces protégées, mais autorise depuis 2012 des abattages sélectifs sous certaines conditions. Le Plan de gestion du loup de 2008 pour la Suisse définit le seuil de dommages : 25 têtes de bétail tuées en un mois ou 35 têtes de bétail tuées en quatre mois justifient un ordre d’abattage, à condition toutefois que toutes les mesures de protection techniquement réalisables, pratiques et financièrement viables aient été mises en œuvre.
La révision de 2020 de la loi sur la chasse a encore élargi les possibilités de tir aux loups : sous certaines conditions, les jeunes loups d’une meute peuvent être abattus même s’ils fréquentent régulièrement les abords des habitations. Cette « réglementation proactive » est critiquée car elle ne vise plus à remédier aux dommages spécifiques, mais intervient de manière préventive dans la structure des meutes, contrevenant ainsi directement à la Convention de Berne.
dimension européenne
Au niveau de l'UE, le loup est protégé par la directive Habitats (directive FFH). Les États membres doivent garantir un état de conservation favorable et ne peuvent autoriser l'abattage que sous des conditions strictes. Plusieurs arrêts de la Cour de justice de l'Union européenne ont confirmé que l'abattage n'est légal que si toutes les autres mesures ont été épuisées et que la population n'est pas menacée.
Dégradation du niveau de protection : ce que cela signifie – et ce que cela ne signifie pas
En 2025, le statut de protection du loup au sein de l'UE a été abaissé de « strictement protégé » à « protégé ». Des organisations de conservation, telles que la Large Carnivore Initiative for Europe, ont qualifié cette décision de « prématurée et erronée », et plus de 700 scientifiques ont exprimé leurs inquiétudes dans des lettres ouvertes. Point crucial, l'obligation de garantir un statut de conservation favorable demeure, même après cette rétrogradation. Quiconque interprète cette décision comme un permis pour une chasse au loup à grande échelle méconnaît la loi – ou agit délibérément en conséquence.
Pour en savoir plus sur ce sujet : Le loup en Europe : statut de protection, conflits et pressions politiques , et La chasse illégale au loup en Suisse
Ratés d'allumage : problème systémique, et non dysfonctionnement
En 2022, au moins trois loups ont été abattus par erreur en Suisse. Dans le canton de Vaud, le mâle alpha de la meute de Marchairuz a été abattu par erreur fin novembre, alors qu'un louveteau était visé. En octobre, dans le canton des Grisons, le mâle alpha de la meute de Moesola a été tué à la place d'un louveteau. En mars, dans le Valais, un loup dont l'abattage n'était pas autorisé a été tué.
Le Groupe Suisse du Loup (GWS) a déclaré ces abattages illégaux : des animaux autres que ceux autorisés à être abattus ont été tués. L’abattage des loups dominants a des conséquences bien plus graves que celui des louveteaux, car il peut entraîner la dissolution de meutes entières. Pour les deux meutes de loups du Jura – Marchairuz et Risoux – cela a représenté une menace sérieuse pour l’ensemble de la population de loups de la région, puisque les loups dominants ont été tués dans les deux meutes en 2022.
Ces abattages accidentels ne sont pas le fruit du hasard, mais bien le symptôme d'un système qui privilégie la quantité à la qualité : lorsque des quotas doivent être atteints, que la visibilité est réduite et que la pression politique est forte, ce sont les animaux non ciblés qui sont abattus. La responsabilité en incombe non seulement aux chasseurs individuellement, mais aussi aux structures politiques et administratives qui permettent et légitiment cette pratique.
Plus d'informations sur ce sujet : Lois et contrôles de la chasse : pourquoi l'autosurveillance ne suffit pas et les accidents de chasse en Suisse
Jeunes animaux sous les projecteurs : une éthique bouleversée
Ce qui est particulièrement inquiétant, c'est que les jeunes loups ne sont pas seulement abattus au sein de meutes problématiques ayant commis des attaques répétées, mais aussi, dans le cadre d'un programme de « contrôle de la population de base », au sein de meutes n'ayant causé aucun dommage significatif. Cela signifie que ces jeunes loups sont tués avant même d'avoir eu la possibilité d'apprendre comment leur meute interagit avec le bétail et l'environnement. Or, ces apprentissages sont précisément essentiels pour réduire les conflits à long terme.
Un code de déontologie véritablement éthique définirait la protection des jeunes animaux comme une ligne rouge : ceux qui leur font du mal ne nuisent pas seulement à l’individu, mais aussi à l’avenir de toute la population. La pratique en Valais inverse ce principe : les jeunes animaux deviennent la cible privilégiée car ils sont les plus faciles à atteindre et permettent, statistiquement, d’obtenir un « succès » rapide. Parler de réglementation dans ce cas revient à occulter le fait que le fondement de toute responsabilité morale – la protection des plus vulnérables – est délibérément ignoré.
Le bilan du loup valaisan pour 2025/2026 montre comment la logique de la chasse s'infiltre dans la gestion des animaux sauvages par l'État : les animaux sauvages deviennent des populations, les conflits deviennent des dossiers, la réglementation devient des plans d'abattage.
Pour en savoir plus : Chasse et bien-être animal : conséquences de cette pratique sur les animaux sauvages , peur de la mort et absence d’étourdissement
Loups et agriculture de montagne : conflits structurels
Les conflits entre les loups et l'agriculture de montagne sont bien réels, mais leurs causes sont plus profondes que la simple présence de prédateurs. L'agriculture de montagne suisse subit des pressions structurelles depuis des décennies : fermetures d'exploitations, dépendance aux aides directes, topographie escarpée et concurrence internationale rythment le quotidien de nombreux exploitants. Dans ce contexte, le loup devient le symbole de problèmes structurels non résolus et la cible d'une politique de chasse qui bafoue les normes scientifiques et éthiques minimales.
Ni le rôle des paiements directs et des politiques de localisation, ni la responsabilité des pratiques agricoles dans les conflits avec les prédateurs ne sont sérieusement abordés. Le loup est désigné comme bouc émissaire, éliminé du système au moyen d'un jargon technique : « réglementation de base », « mise en œuvre intégrale ». Au lieu d'investir systématiquement dans la protection du bétail, la gestion des pâturages, les services de conseil et les ajustements structurels, le loup est présenté comme un animal à problèmes qu'il faut « maîtriser » grâce à des abattages sélectifs planifiés et rigoureusement contrôlés.
Les vraies questions – quel type d’agriculture faut-il promouvoir dans les zones montagneuses escarpées, comment adapter l’élevage aux prédateurs et quelle place reste à la chasse récréative dans un État de droit moderne – restent sans réponse.
Lire la suite : Paysage culturel comme mythe et mythes de la chasse : 12 affirmations à examiner de manière critique
Lobby de la chasse et manque de transparence : le Valais comme étude de cas
La politique cynégétique suisse est fortement influencée par les associations de chasse, qui ont un accès direct aux gouvernements cantonaux, aux commissions et aux groupes parlementaires. En Valais, l'imbrication entre chasse, politique et administration est particulièrement étroite : le Département de la chasse, de la pêche et de la faune sauvage (DJFW) a été sévèrement critiqué par la Commission d'audit des entreprises en 2016 pour un manque de leadership, des problèmes d'alcoolisme chez certains gardes-chasse et une administration obsolète.
Avec des gardes-chasse professionnels et des groupes de chasseurs amateurs, le canton met en place une infrastructure cynégétique dont la mission première n'est pas la protection, mais l'abattage sélectif. Lorsque les mandats officiels et la chasse de loisir s'unissent autour d'un objectif commun, cet objectif est le suivant : éliminer le plus grand nombre de loups possible, de la manière la plus discrète et efficace possible.
L’article « Psychologie de la chasse dans le canton du Valais » analyse comment des schémas profondément ancrés de domination, d’identité et de communauté façonnent la culture de la chasse. Le retour du loup est perçu comme une menace pour cet ordre établi, car il remet en cause le contrôle du territoire « propre ». Les campagnes de sensibilisation, qui dramatisent les attaques de loups individuelles en les qualifiant d’« attaques », exploitent des peurs archaïques et occultent les problèmes structurels.
Pour en savoir plus : Comment les associations de chasse influencent la politique et l’opinion publique , et la psychologie de la chasse
Perspective internationale : L'Europe dans la guerre du loup
La politique suisse concernant les loups n'est pas un cas isolé, mais s'inscrit dans un contexte européen où les associations de chasse, le lobby agricole et les politiciens populistes œuvrent de concert pour saper la protection des espèces. En Autriche, le lobby de la chasse se réorganise sous la présidence d'Anton Larcher et promeut « la science plutôt que l'émotion » comme slogan, tandis que les loups, les ours et la législation sur les armes à feu sont soumis à un système de contrôle basé sur la chasse. La louve « Andrea », utilisée pour la recherche et équipée d'un collier GPS par l'Université d'Udine, a été abattue en Carinthie dans la nuit du 3 février 2026. Un projet de 250 000 € s'est ainsi achevé par un seul coup de feu.
Suède : modèle à suivre ou avertissement ?
Depuis des années, Fabio Regazzi vante les mérites du modèle suédois de gestion du loup, le présentant comme un modèle à suivre pour la Suisse. Or, c'est précisément ce modèle qui voit aujourd'hui ses chasses autorisées, assorties d'objectifs de population fixés politiquement, suspendues par les tribunaux pour violation de l'état de droit et des principes de protection des espèces. Dans l'article « Chasse au loup 2026 stoppée : comment les tribunaux protègent mieux le loup que les politiciens », wildbeimwild.com démontre les conséquences pour la politique européenne du loup : la Suède n'illustre pas la réussite d'une gestion efficace du loup, mais plutôt l'échec de la politique de chasse face à l'état de droit.
Le braconnage comme symptôme
Le cas d'un loup abattu illégalement dans le Val Poschiavo (Groise, septembre 2025) n'est pas un cas isolé, mais s'inscrit dans un phénomène plus large à l'échelle alpine. L'article « Plainte pénale : un chasseur amateur abat un loup » explique comment la clémence du droit pénal et le contexte politique encouragent la chasse illégale au loup.
Plus d'informations sur ce sujet : Crise de la chasse en Europe : FACE se bat pour les droits de chasse, la Suisse reste dans l'ombre , et chasse aux trophées : quand tuer devient un symbole de statut social
Pas de gestion de la nature – un massacre politique
La conclusion est sans équivoque : lorsque des meutes entières sont décimées, que de jeunes animaux sont systématiquement abattus et que les chiffres de ces abattages sont présentés comme des réussites, il ne s’agit pas d’une régulation proactive, mais d’un massacre à motivation politique. Le loup devient alors le symbole de problèmes structurels non résolus dans l’agriculture de montagne et la cible d’une politique de chasse qui bafoue les normes scientifiques et éthiques minimales.
Une approche véritablement moderne de la gestion des prédateurs doit impérativement privilégier les mesures non létales : protection maximale des jeunes animaux, promotion de structures de meute stables, investissement dans la protection du bétail, gestion et conseils relatifs aux pâturages, limitation claire du pouvoir de chasse et transparence des décisions d’abattage. Toute autre approche est contraire à l’éthique et revient à légitimer la violence à l’encontre des plus vulnérables.
Pour en savoir plus : Introduction à la critique de la chasse et aux interdictions de chasse en Suisse : possibilités, modèles et limites
Qu'est-ce qui devrait changer ?
- Protection immédiate des jeunes animaux : interdire le tir sur les louveteaux de moins de 12 mois est un minimum éthique et biologique. La réglementation de base qui fait des jeunes animaux la cible privilégiée doit être abolie.
- Protection constante du troupeau comme condition préalable à l'obtention des permis de chasse : aucune chasse ne sera autorisée sans preuve documentée que toutes les mesures raisonnables de protection du troupeau ont été mises en œuvre et évaluées sur au moins une saison de pâturage.
- Suivi indépendant des loups : les recensements de population et les analyses des dégâts doivent être effectués par des institutions scientifiques indépendantes, sans l’implication des associations de chasse ou des agences cantonales liées à la chasse.
- Garantir la conformité légale à la Convention de Berne : l’abattage préventif de meutes entières doit être retiré de la réglementation de chasse révisée (JSV), quel que soit le résultat de l’enquête en cours.
- Transparence des décisions d'abattage : Chaque ordre d'abattage doit être accessible au public, accompagné de l'historique complet des dommages, des documents relatifs à la protection du bétail et de la justification scientifique.
- Réforme structurelle de l'agriculture de montagne : La question de savoir quelles formes d'élevage sont compatibles avec les prédateurs dans les zones montagneuses escarpées doit être abordée politiquement au moyen de paiements directs adaptés et de structures de conseil.
- Exemples de propositions : Exemples de textes pour des propositions critiquant la chasse et exemple de lettre : Appel au changement en Suisse
Argumentation
« Le loup menace la population montagnarde. » Statistiquement, aucune attaque de loup contre un humain n'a été recensée en Suisse. L'agriculture de montagne est confrontée à des défis structurels (fermetures d'exploitations, dépendance aux aides directes, topographie) qui ne peuvent être résolus par l'abattage des loups. Ceux qui accusent le loup de ces problèmes structurels se trompent de bouc émissaire.
« Une réglementation proactive permet de prévenir les dommages avant qu’ils ne surviennent. » La Convention de Berne a stipulé en octobre 2024 que l’abattage préventif sans dommage concret, significatif et répété n’est pas couvert par la Convention et est donc illégal. La procédure d’enquête adoptée à l’unanimité par le Conseil de l’Europe en découle.
« La protection du bétail est inefficace dans les régions alpines escarpées. » Le troupeau de Calanda prouve le contraire : 1 500 moutons, seulement 37 attaques en cinq ans grâce à une protection rigoureuse. Ce n’est pas la protection en elle-même qui fait défaut, mais sa mise en œuvre et son financement. En Valais, entre 0,8 et 1 million de francs suisses ont été alloués en 2025 à des programmes d’abattage sélectif au lieu de conseils en matière de protection du bétail.
L’UE a abaissé le statut de protection du loup, autorisant ainsi sa chasse. Ce passage de « strictement protégé » à « protégé » ne modifie en rien l’obligation de garantir un état de conservation favorable. Plus de 700 scientifiques ont qualifié cette décision de prématurée. Quiconque l’interprète comme un feu vert à la chasse généralisée au loup se méprend sur la loi.
« Les tirs accidentels sont des incidents isolés regrettables. » En 2022, au moins trois loups ont été abattus par erreur : le mâle alpha de Marchairuz, le mâle alpha de Moesola et un loup dont la chasse était interdite en Valais. Lorsque les quotas d’abattage doivent être atteints dans des délais serrés et par faible visibilité, les tirs accidentels sont systémiques, et non aléatoires.
Liens rapides
Articles sur Wild beim Wild :
- Bilan du loup du Valais 2025/2026 : Chiffres d’un massacre
- La guerre des loups de Christophe Darbellay : une polémique contre les faits
- Fabio Regazzi et la politique du loup fondée sur les réactions impulsives
- Pourquoi les espèces menacées ne devraient pas être incluses dans les lois sur la chasse
- La chasse au loup sera interdite en 2026 : comment les tribunaux protègent le loup
- Psychologie de la chasse dans le canton du Valais
- Poursuites pénales engagées : Un chasseur amateur abat un loup (Puschlav)
- Des politiciens à problèmes plutôt que des loups à problèmes
Dossiers connexes :
- Loup : Fonction écologique et réalité politique
- Les loups en Europe : statut de protection, conflits et pressions politiques
- Statistiques sur le loup du Valais : chiffres d’un massacre
- Protection du bétail en Suisse
- Chasse spéciale dans les Grisons
- Le lobby des chasseurs en Suisse : comment fonctionne l'influence
- Comment les associations de chasse influencent la politique et le public
- Lois et contrôle de la chasse : pourquoi l’autosurveillance ne suffit pas
- Mythes de la chasse : 12 affirmations à examiner de manière critique
- Introduction à la critique de la chasse
Sources externes :
- BAFU : Loup en Suisse
- KORA : Surveillance des loups en Suisse
- CHWOLF : Communiqué de presse – Règlement sur les loups 01.03.2025
- Canton du Valais : Rapport sur la population de loups 2025/2026 (rapport officiel)
- Watson : Des abattages de loups suisses contestables – Le Conseil de l'Europe ouvre une enquête
- Pro Natura : Le Conseil fédéral adopte une réglementation de chasse problématique
- Parlement suisse : Initiative cantonale « Wolf a fini, c'est drôle ! »
Notre revendication
Le loup en Suisse n'est pas un problème de gestion. Il constitue un test politique révélateur de la capacité d'un État de droit moderne à faire respecter ses obligations de protection des espèces face aux pressions des groupes de pression. Ce dossier rassemble les analyses, recherches et études d'IG Wild beim Wild sur la politique suisse relative au loup, car une société qui proclame la biodiversité et le bien-être animal comme des valeurs fondamentales se doit de savoir ce qui se fait en son nom : abattages planifiés de meutes, abattage systématique des jeunes et une politique de chasse qui bafoue les normes juridiques internationales.
Toute personne disposant d'informations, de documents ou de dossiers en cours susceptibles d'être inclus dans ce dossier est priée de nous écrire. Une information de qualité est essentielle à toute analyse critique pertinente.
À propos de la chasse de loisir : dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des rapports de fond.