3 avril 2026, 17:34

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Lynx Suisse : espèce clé et objet de controverse politique

En Suisse vivent environ 340 lynx d'Eurasie. Ils descendent d'environ 20 individus qui ont été réintroduits dans les années 1970 en provenance des Carpates. La Suisse abrite ainsi la plus grande population de lynx de tout l'espace alpin et porte une responsabilité particulière au niveau européen pour la conservation de cette espèce strictement protégée. En même temps, le patrimoine génétique des deux sous-populations – Alpes et Jura – est dangereusement restreint. La consanguinité, l'appauvrissement génétique, les accidents de la circulation et le braconnage par des chasseurs de loisir menacent l'avenir du lynx.

Quelle contradiction : un pays qui se met en scène comme nation de protection de la nature protège sur le papier son plus grand prédateur félin indigène – et le laisse disparaître dans la pratique entre les intérêts de lobby, les tirs par erreur et le blocage politique. En novembre 2024, un garde-chasse des Grisons a abattu trois lynx – un mâle adulte et deux jeunes – parce qu'il les avait confondus avec des loups. Le projet de compensation prévu, le relâcher de deux lynx de remplacement, a été suspendu quelques mois plus tard sous la pression du lobby des chasseurs de loisir. Dans le Jura, un lynx sans oreilles montre ce que signifie concrètement l'appauvrissement génétique : souffle cardiaque, faible poids de naissance, fertilité en chute drastique.

Ce dossier rassemble les faits les plus importants sur le lynx en Suisse : son rôle écologique en tant qu'espèce clé, les blocages politiques qui empêchent son expansion, les menaces liées aux chasseurs de loisir, au braconnage et à la fragmentation de l'habitat – et la question de savoir pourquoi une espèce légalement protégée ne bénéficie pas dans la réalité d'une protection fiable.

Ce qui vous attend ici

  • Biologie et mode de vie : Qui est le lynx, comment il chasse, pourquoi il est indispensable à la biodiversité en tant qu'espèce clé.
  • Importance écologique : Comment le lynx régule les populations de chevreuils, favorise le rajeunissement forestier et stabilise les écosystèmes – mieux que tout chasseur de loisir.
  • Population et crise génétique : Pourquoi 340 lynx issus de 20 fondateurs ne sont pas rassurants – et ce que signifient la consanguinité, l'isolement et l'absence de connexion.
  • Menaces : Braconnage, tirs par confusion, circulation, fragmentation de l'habitat et l'entretien systématique de l'image d'ennemi par le lobby des chasseurs de loisir.
  • L'affaire des Grisons 2024 : Trois lynx abattus, une compensation arrêtée et un système qui traite les prédateurs comme des dommages collatéraux.
  • Politique et lobby : Comment les associations de chasse bloquent la protection du lynx et pourquoi le lynx jouit politiquement de moins de protection qu'il n'en a sur le papier.
  • «Le saviez-vous ?» – 25 faits sur le lynx qui réfutent le narratif de la chasse.
  • Alternatives : Ce qui peut sauver le lynx.
  • Ce qui devrait changer : Revendications politiques concrètes.
  • Argumentaire : Réponses aux affirmations les plus fréquentes du lobby des chasseurs de loisir concernant le lynx.
  • Liens rapides : Tous les articles, études et dossiers pertinents.

Biologie et mode de vie : le plus grand félin sauvage d'Europe

Le lynx eurasien (Lynx lynx) est le plus grand félin sauvage d'Europe. Les animaux adultes atteignent une longueur corporelle de 70 à 110 centimètres, une hauteur au garrot de 50 à 75 centimètres et un poids de 15 à 38 kilogrammes. Les pinceaux auriculaires caractéristiques, les favoris prononcés et la queue courte terminée de noir le rendent unique. Les pinceaux de poils aux oreilles renforcent l'ouïe : les lynx peuvent percevoir des chevreuils qui passent à 500 mètres de distance.

Les lynx sont solitaires avec de grands territoires. Un mâle revendique un territoire de 100 à 300 kilomètres carrés, une femelle de 50 à 150 kilomètres carrés. Ces exigences d'espace expliquent pourquoi le lynx dépend de vastes zones forestières continues – et pourquoi la fragmentation de l'habitat par les routes, les habitations et les autoroutes représente l'une des plus grandes menaces.

En tant que chasseur à l'affût et par surprise, le lynx frappe ses proies sur les passages de gibier régulièrement fréquentés. Son spectre de proies comprend principalement les chevreuils et les chamois, ainsi que les renards, les martres, les lièvres, les jeunes sangliers, les marmottes et occasionnellement les oiseaux. Contrairement au loup, le lynx retourne à sa prise et l'utilise pendant plusieurs jours. Il ne mange de charogne qu'en période de nécessité absolue. Les grandes pattes empêchent le lynx de s'enfoncer profondément dans la neige en hiver – un avantage décisif par rapport à ses proies.

En savoir plus : Le lynx – Portrait d'animal et L'importance du lynx pour la préservation de la biodiversité

Écologie : pourquoi le lynx fait plus pour la forêt que tout chasseur de loisir

Le lynx est une espèce clé. Sa présence ou son absence a des impacts directs et indirects sur une multitude d'autres espèces et sur l'ensemble de l'écosystème. En régulant les populations de chevreuils et de chamois de manière spatiale et socialement compatible, il empêche le surpâturage et favorise le rajeunissement naturel de la forêt. Là où le lynx est présent, la pression d'abroutissement sur les jeunes arbres diminue de façon mesurable – non pas parce qu'il capture tous les chevreuils, mais parce que sa simple présence modifie le comportement spatial des proies.

Ce principe du « paysage de la peur » est bien documenté en écologie comportementale : les chevreuils et les chamois évitent certaines zones lorsqu'ils savent qu'un prédateur se trouve à proximité. La végétation de ces régions obtient une chance de se régénérer. Des forêts riches en structures avec des arbres anciens et jeunes émergent – des habitats pour une multitude d'autres espèces animales, des pics aux insectes.

La chasse de loisir ne peut pas remplacer cet effet. Les chasseurs de loisir sont présents de manière limitée dans le territoire, suivent des horaires humains et sélectionnent selon la taille des trophées, non selon la fonction biologique. Le lynx en revanche est présent toute l'année, capture avec une précision bien supérieure les animaux malades et faibles et stabilise durablement les populations. Le résultat : moins d'abroutissement, des populations de gibier plus saines, un meilleur rajeunissement forestier – sans un seul coup de feu.

Le lynx sert en outre d'espèce indicatrice : sa présence indique qu'un écosystème est intact et que les conditions environnementales suffisent pour une population durable. Son absence est un signal d'alarme. La promotion du lynx n'est donc pas seulement de la protection d'espèce – c'est de la protection d'écosystème.

En savoir plus : Pourquoi la chasse de loisir échoue comme contrôle de population et Argumentaire pour des gardes-chasse professionnels

Population et crise génétique : 340 lynx, 20 animaux fondateurs, un pool génétique fragile

En Suisse, le lynx fut exterminé au 19e siècle par une persécution intensive. Depuis 1962, il est protégé par la loi sur la chasse. Le 23 avril 1971, dans le canton d'Obwald, dans le district fédéral de protection « Hutstock » dans la vallée de Melchtal, les premiers lynx furent relâchés – des captures sauvages des Carpates slovaques. Dans les années suivantes, un total de 25 à 30 individus furent relâchés dans l'espace alpin et le Jura.

Les estimations actuelles de la Fondation KORA tablent sur un nombre total d'environ 343 lynx indépendants en Suisse. Parmi ceux-ci, environ 261 appartiennent à la population alpine et 81 à la population jurassienne. Depuis 2010, une légère augmentation de l'effectif se dessine. Cela sonne comme une success story – mais ce n'est qu'en surface.

Le problème central est génétique : tous les lynx suisses descendent d'environ 20 animaux fondateurs. Tant la population alpine que la population jurassienne sont considérées comme fortement menacées, car le pool génétique est beaucoup trop petit et donc fragile. Dans le Jura, la consanguinité montre déjà des conséquences visibles : souffles cardiaques chez les jeunes, faible poids à la naissance, chute drastique de la fertilité. Un lynx photographié en 2024 sans oreilles dans le massif jurassien franco-suisse est devenu le symbole de cet appauvrissement génétique.

La population de lynx jurassienne est particulièrement menacée car elle vit isolée – sans échange génétique avec la population alpine. Des barrières naturelles comme les autoroutes, les agglomérations et l'absence de corridors faunistiques empêchent la migration. Entre 2001 et 2008, dans le cadre du projet LUNO, plusieurs lynx du Jura et des Alpes du Nord-Ouest furent déplacés vers la Suisse du Nord-Est. Là s'est établie une troisième population qui s'étend vers la Suisse centrale et l'Autriche. Mais cette mesure ne résout pas non plus le problème génétique fondamental.

En savoir plus : Les lynx suisses en grand danger et Lynx sans oreilles – conséquence de l'appauvrissement génétique ?

Menaces : braconnage, confusion, circulation et lobby

Le lynx est protégé par le droit fédéral et considéré comme espèce de très haute priorité nationale. En réalité, le lynx se trouve exposé en Suisse à tout un faisceau de menaces qui sapent pratiquement son statut de protection.

Braconnage par les chasseurs de loisir : Les espèces protégées de la Liste rouge – dont le lynx – sont régulièrement abattues illégalement. Pro Natura a documenté dans une analyse très remarquée des cas systématiques de braconnage de lynx en Suisse. Le chiffre noir est élevé car les lynx vivent dans des zones forestières reculées et les tirs illégaux sont difficilement détectables.

Tirs par confusion : Le 16 novembre 2024, un garde-chasse de Surselva dans le canton des Grisons a abattu trois lynx – un mâle adulte et deux jeunes – lors d'une intervention de régulation des loups. L'homme a identifié les animaux de nuit au moyen d'une technologie d'imagerie thermique et était « fermement convaincu » de tirer sur de jeunes loups autorisés à l'abattage. L'affaire montre à quel point un système qui tire sur les prédateurs de nuit avec une technologie de vision nocturne est sujet aux erreurs.

Accidents de la circulation : La mort sur les routes est l'une des causes de mortalité non naturelle les plus fréquentes pour les lynx en Suisse. Le réseau routier dense fragmente les habitats et les corridors de migration. En particulier sur le Plateau, où les lynx devraient migrer entre le Jura et les Alpes, les corridors fonctionnels pour la faune font défaut.

Fragmentation de l'habitat : Les autoroutes, les zones d'habitation et l'agriculture intensive empêchent l'expansion naturelle et l'échange génétique entre les sous-populations. En particulier dans les Préalpes et Alpes du sud-est ainsi que dans les Alpes du Sud, de vastes habitats encore non colonisés sont disponibles – que le lynx ne peut atteindre par ses propres moyens.

Lobby des chasseurs de loisir : Les associations de chasse mènent depuis des décennies des campagnes systématiques contre les prédateurs. Le lynx est présenté comme un concurrent pour le gibier chassable – comme une menace pour les populations de chevreuils et de chamois et donc pour la régale de chasse des cantons. Le concept lynx de l'OFEV prévoit explicitement que des interventions régulatrices sur les populations de lynx sont possibles en cas de « pertes élevées dans l'utilisation de la régale de chasse ». Le statut de protection du lynx est ainsi subordonné aux intérêts économiques d'un lobby de chasseurs de loisir.

Plus d'informations : L'Office grison de la chasse et de l'absurdité abat trois lynx protégés et Corridors faunistiques et mise en réseau des habitats

Le cas des Grisons : confusion, compensation, blocage

Le 16 novembre 2024, trois lynx sont abattus aux Grisons dans le cadre d'une régulation des loups : un animal adulte et deux jeunes. La version officielle : confusion d'un garde-chasse de nuit. L'incident provoque un scandale. Le garde-chasse se dénonce lui-même, est amendé et exclu de la chasse au loup. En décembre 2025, l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) autorise le canton des Grisons à relâcher deux lynx en compensation – un du Jura, un des Carpates.

Mais en février 2026, le canton stoppe le projet. Non pour des raisons techniques, mais parce qu'au Parlement, des cercles d'obédience paysanne, proches de l'UDC, dans lesquels les intérêts des chasseurs de loisir jouent un rôle important, exercent des pressions. L'autorisation fédérale demeure, l'exécution cantonale est bloquée. La protection des espèces comme exercice facultatif, non comme tâche obligatoire.

La sanction juridique pour la mort de trois lynx strictement protégés : une amende pour violation multiple de la loi sur la chasse. Trois lynx morts sont considérés comme une erreur, mais pas comme une erreur systémique. Le signal : qui veut compenser des prédateurs perdus par des tirs erronés doit s'attendre à la résistance du lobby des chasseurs de loisir. Ce qui se passe aujourd'hui avec le loup – abattages politiquement motivés, destruction des groupes familiaux, déclassement du statut de protection –, peut être exigé demain pour le lynx.

Plus d'informations : Grisons : le relâcher des lynx est stoppé et Le loup en Europe – comment la politique et les chasseurs de loisir sapent la protection des espèces

Politique et lobby : protection sur le papier, intérêts cynégétiques dans la pratique

Le lynx est protégé en Suisse par la loi sur la chasse (LChP) et l'ordonnance sur la chasse (OChP). Il ne peut pas être chassé. L'OFEV a élaboré un concept lynx Suisse comme aide à l'exécution. La Suisse participe à des projets internationaux de réintroduction et a transféré des lynx vers l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie. Sur le papier, cela semble bien.

Dans la pratique, la protection du lynx entre systématiquement en collision avec les intérêts du lobby de la chasse de loisir. Le concept lynx de l'OFEV prévoit des tirs de régulation lorsque les lynx causent « d'importants dommages aux cheptels » ou « de fortes pertes dans l'exploitation du droit de chasse ». Ce dernier point est décisif : le lynx peut être régulé s'il capture trop de chevreuils et de chamois – donc s'il fait exactement ce pour quoi il existe écologiquement. Le lobby de la chasse de loisir dispose ainsi d'un instrument pour saper systématiquement la protection du lynx.

Les fédérations de chasse des cantons de Vaud, Neuchâtel et de Franche-Comté exigent des interventions sur les effectifs malgré le recul manifeste du lynx dans le Jura. En Grisons, la pression politique bloque la réintroduction de lynx de compensation. Le plafond pour le loup, actuellement débattu au Parlement, crée un précédent : ce qui s'applique aujourd'hui au loup pourra être exigé demain pour le lynx. Les prédateurs ne sont pas traités comme des composantes d'écosystèmes fonctionnels dans le système politique suisse, mais comme des facteurs perturbateurs dont la présence est politiquement négociable.

Plus d'informations : Interdiction de la chasse Suisse et Textes types pour des interventions critiques de la chasse dans les parlements cantonaux

« Le saviez-vous ? » – 25 faits sur le lynx

  • Environ 340 lynx vivent en Suisse – la plus importante population de tout l'arc alpin. La Suisse porte ainsi une responsabilité particulière à l'échelle européenne.
  • Tous les lynx suisses descendent d'environ 20 animaux fondateurs seulement, réintroduits dans les années 1970 depuis les Carpates. Le patrimoine génétique est dangereusement restreint.
  • Dans le Jura, la consanguinité montre déjà des conséquences visibles : souffles cardiaques, faible poids à la naissance et fertilité en chute drastique.
  • Un lynx photographié en 2024 sans oreilles dans le Jura franco-suisse est un symbole de l'appauvrissement génétique.
  • Le 16 novembre 2024, un garde-chasse des Grisons a abattu trois lynx protégés parce qu'il les avait confondus avec des loups dans l'obscurité.
  • La compensation prévue – la réintroduction de deux lynx – a été stoppée sous la pression politique du lobby des chasseurs de loisir.
  • La sanction juridique pour la mort de trois lynx strictement protégés : une amende.
  • Le concept lynx de l'OFEV autorise des tirs de régulation si le lynx cause « de fortes pertes dans l'exploitation du droit de chasse » – donc s'il mange trop de chevreuils.
  • Le lynx régule les populations de chevreuils de manière spatiale et socialement compatible. Là où il est présent, la pression d'abroutissement sur les jeunes arbres diminue de façon mesurable.
  • Le lynx capture de préférence les animaux malades et faibles – et stabilise ainsi les populations de manière plus durable que tout chasseur de loisir.
  • Les lynx peuvent entendre des chevreuils à 500 mètres de distance. Leurs pinceaux de poils aux oreilles amplifient leur capacité auditive.
  • Un lynx mâle revendique un territoire pouvant atteindre 300 kilomètres carrés. La fragmentation de l'habitat par les routes et les zones urbanisées constitue l'une des plus grandes menaces.
  • La population du Jura vit isolée sans échange génétique avec la population alpine. Les autoroutes et les zones urbanisées bloquent la migration.
  • La mortalité routière est l'une des causes de décès non naturelles les plus fréquentes pour les lynx en Suisse.
  • Le braconnage par les chasseurs de loisir est documenté et le chiffre noir élevé. Pro Natura a analysé systématiquement des cas de braconnage de lynx.
  • Les fédérations de chasseurs de loisir mettent en scène le lynx comme concurrent pour le gibier chassable – et exigent des interventions sur les effectifs bien que l'espèce soit strictement protégée.
  • La Suisse transfère des lynx à l'étranger pour y constituer des populations – alors qu'elle ne sécurise pas les conditions-cadres pour sa propre population à l'intérieur du pays.
  • Dans le canton de Genève, qui ne connaît plus de chasse milicienne depuis 1974, les prédateurs comme le lynx et le renard sont les bienvenus et leurs effectifs sont stables.
  • Le lynx est une espèce indicatrice : sa présence indique qu'un écosystème est intact. Son absence est un signal d'alarme.
  • Le tribunal suédois a stoppé en 2025/2026 la chasse au loup, car l'objectif de population politiquement abaissé n'était pas scientifiquement viable. La même logique s'applique au lynx.
  • La Suisse possède la plus faible proportion de zones protégées d'Europe – environ 10 pour cent du territoire national. Les associations de chasseurs de loisir bloquent depuis des décennies la création de parcs nationaux.
  • Ce qui est imposé politiquement aujourd'hui pour le loup – quotas d'abattage, plafonds de population, destruction des structures familiales – crée des précédents pour le lynx.
  • Dans le canton de Schwyz, aucun dommage causé par l'ours, le loup ou le lynx au bétail n'a été enregistré durant toute une saison d'estivage. Malgré cela, le canton durcit sa politique envers les prédateurs.
  • Les chasseurs de loisir déciment les prédateurs et produisent ainsi le problème d'abroutissement, pour la résolution duquel ils se présentent ensuite comme irremplaçables.
  • Seuls 0,3 pour cent de la population suisse sont des chasseurs de loisir. 99,7 pour cent n'ont aucun intérêt à tuer des animaux sauvages – pourtant les 0,3 pour cent déterminent l'agenda politique.

Alternatives : Ce qui peut sauver le lynx

La protection du lynx ne nécessite pas de mesures révolutionnaires. Elle nécessite la mise en œuvre conséquente de ce qui s'applique déjà juridiquement – et qui est bloqué politiquement.

Rafraîchissement génétique : L'introduction de lynx issus de populations génétiquement différentes – par exemple des Carpates – est la mesure la plus urgente, particulièrement pour la population du Jura. La Suisse dispose de l'infrastructure et de l'expertise nécessaires. Ce qui manque, c'est la volonté politique de l'imposer contre la résistance du lobby de la chasse de loisir.

Corridors fauniques et mise en réseau des habitats : La connexion entre les populations du Jura et des Alpes doit être établie par des corridors fauniques fonctionnels. Passages à faune au-dessus des autoroutes, renaturation des cours d'eau, démantèlement d'obstacles – des mesures qui profitent non seulement au lynx, mais à l'ensemble de la biodiversité.

Structures professionnelles de garde-faune : Selon le modèle genevois, des professionnels employés par l'État remplacent la milice armée. La gestion de la faune suit des critères écologiques clairs, transparents, contrôlables et sans logique de trophée. Le lynx est promu comme composant de l'écosystème, non combattu comme concurrent.

Protection des troupeaux au lieu d'abattage : Là où les lynx attaquent occasionnellement le bétail, les mesures préventives sont la réponse – pas les abattages. La Confédération et les cantons prennent en charge les coûts d'indemnisation pour les attaques de lynx et financent jusqu'à 100 pour cent des coûts des mesures de protection. Le système fonctionne – s'il est appliqué de manière conséquente.

En savoir plus : Alternatives à la chasse : Ce qui aide vraiment, sans tuer d'animaux et Corridors fauniques et mise en réseau des habitats et Genève et l'interdiction de chasse

Ce qui devrait changer

  • Rafraîchissement génétique immédiat des deux sous-populations : L'introduction de lynx des Carpates dans le Jura et en Suisse orientale doit être imposée politiquement – sans veto du lobby de la chasse de loisir. L'autorisation OFEV pour les Grisons doit être mise en œuvre, non bloquée.
  • Suppression du droit de chasse comme motif de régulation : Le concept lynx de l'OFEV ne peut plus accepter les « pertes dans l'utilisation du droit de chasse » comme motif d'interventions sur les populations de lynx. Le lynx fait ce qu'il doit faire écologiquement. Le punir pour cela est absurde.
  • Interdiction de la technologie de vision nocturne dans la régulation des prédateurs : Le cas des Grisons le montre : qui tire la nuit sur des prédateurs avec des dispositifs d'imagerie thermique confond lynx et loups. La technologie est sujette à erreur, et les conséquences sont irréversibles.
  • Extension conséquente des corridors fauniques : La connexion entre les populations du Jura et des Alpes est vitale pour l'avenir génétique du lynx. La Confédération et les cantons doivent mettre en œuvre en priorité les corridors déjà identifiés. Initiative modèle : Corridors fauniques et mise en réseau des habitats
  • Conséquences pénales pour les tirs par confusion : Trois lynx morts ne doivent pas être réglés par une amende. Quiconque tue des espèces strictement protégées doit s'attendre à des conséquences correspondant au statut de protection de l'espèce.
  • Extension des zones protégées à au moins 30 pour cent de la surface du pays : La Suisse doit prendre au sérieux l'objectif mondial de 30 pour cent. La résistance du lobby de la chasse de loisir contre les parcs nationaux ne doit plus constituer un veto contraignant.

Argumentaire

« Le lynx mange trop de chevreuils – il nuit au régale de chasse. » Le lynx régule les populations de chevreuils d'une manière qu'aucun chasseur de loisir ne peut remplacer : toute l'année, sur toute la surface, sélectivement et sans la dynamique de reproduction compensatoire que déclenchent les tirs. Ce que le lobby de la chasse de loisir déplore comme « dommage au régale de chasse » est la fonction écologique du lynx. Quiconque veut punir le lynx de faire ce qu'il doit faire biologiquement n'a pas un problème écologique, mais économique.

« Les lynx tuent des animaux de rente. » Les lynx tuent occasionnellement des moutons et des chèvres. Ce n'est pas une bagatelle pour les détenteurs concernés. Mais : la Confédération et les cantons indemnisent entièrement les dégâts causés par les lynx et financent les mesures de prévention jusqu'à 100 pour cent. Le montant des dégâts est minimal par rapport aux prestations écologiques du lynx. Quiconque pratique l'élevage dans des territoires de prédateurs doit mettre en œuvre la protection des troupeaux – et non éliminer le prédateur.

« Il y a suffisamment de lynx en Suisse – l'effectif est stable. » 340 lynx paraissent stables. Génétiquement, c'est l'inverse. Tous les animaux descendent d'environ 20 animaux fondateurs. La population du Jura montre une dépression consanguine : souffles cardiaques, fertilité décroissante, jeunes sans oreilles. Sans rafraîchissement génétique et mise en réseau des sous-populations, le lynx n'a pas de population viable à long terme en Suisse.

« La confusion en Grisons était un cas isolé regrettable. » Le cas isolé révèle un problème systémique : technique de vision nocturne, pression politique de tir, connaissances insuffisantes des espèces et une structure de chasse optimisée pour l'efficacité de tir plutôt que pour la protection des espèces. Si un garde-chasse formé ne peut pas distinguer les lynx des loups, ce n'est pas un échec individuel, mais structurel.

« Le lynx n'a pas besoin de protection supplémentaire – il est protégé. » La protection sur le papier ne sert à rien si l'application fait défaut. En Grisons, trois lynx sont abattus et la compensation est bloquée politiquement. Dans le Jura, les associations de chasseurs de loisir exigent des interventions sur l'effectif malgré la crise génétique. Dans le concept lynx de l'OFEV, le régale de chasse figure comme motif de régulation. Le statut de protection sans application est une coquille vide.

« Sans la chasse de loisir, il y aurait trop de chevreuils et de dégâts de gibier. » Dans le canton de Genève, il n'y a pas de chasse milicienne depuis 50 ans. Effectifs de gibier stables, biodiversité plus élevée, moins de pression de chasse. Là où des prédateurs comme le lynx et le loup sont présents, ils régulent les effectifs de faune sauvage plus efficacement que les chasseurs de loisir. Le problème « trop de chevreuils » est en grande partie un produit de la chasse de loisir elle-même : elle élimine les prédateurs et génère par la pression de chasse le problème d'abroutissement, pour la solution duquel elle se présente comme irremplaçable.

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Notre exigence

Le lynx est un prédateur, une espèce clé et un indicateur de l'état de nos écosystèmes. Il régule les populations d'animaux sauvages de manière plus efficace, durable et respectueuse du bien-être animal que toute chasse de loisir. Il favorise le rajeunissement forestier, stabilise les populations et indique où la nature fonctionne encore. Sa protection n'est pas une revendication sentimentale – c'est du bon sens écologique.

La Suisse abrite la plus grande population de lynx de l'arc alpin. Elle a une responsabilité européenne. Elle ne sera à la hauteur de cette responsabilité que si elle cesse de traiter le statut de protection du lynx comme une monnaie d'échange politique, si elle met en œuvre de manière conséquente le brassage génétique, construit des corridors fauniques et empêche le lobby des chasseurs de loisir de saper la protection des espèces.

IG Wild beim Wild documente la réalité de la protection du lynx en Suisse – avec des chiffres, des sources et une analyse politique. Nous le faisons parce que le lynx n'a pas de voix. Et parce qu'une société qui se targue de protection de la nature ne peut pas se permettre de perdre son plus grand félin sauvage indigène entre les intérêts de la chasse de loisir, les abattages par erreur et le blocage politique.

Ce dossier est mis à jour en continu lorsque de nouvelles études, chiffres ou évolutions politiques l'exigent.

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