4 avril 2026, 18h53

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Chasse

Grisons : L'arrêt de la réintroduction des lynx

Lorsque trois lynx strictement protégés ont été « confondus » et abattus par un garde-chasse dans le canton des Grisons en novembre 2024, l'affaire semblait claire : un tir manqué, un scandale, un aveu de culpabilité. L'homme s'est dénoncé lui-même, a été amendé et exclu de la chasse au loup. Ce qui a été vendu comme une exception se révèle aujourd'hui comme le symptôme d'un système qui place les intérêts de la chasse de loisir au-dessus de ceux de la protection des espèces.

Rédaction Wild beim Wild — 12 février 2026

Le 16 novembre 2024, trois lynx sont abattus dans les Grisons dans le cadre d'une régulation des loups, un animal adulte et deux juvéniles.

Officiellement, le garde-chasse aurait confondu les animaux avec des loups dans son viseur nocturne. Qu'un professionnel formé « rate » trois fois de suite et touche à chaque fois une espèce strictement protégée en dit plus sur la pratique de la chasse aux prédateurs que sur une erreur individuelle.

Le canton et la Confédération réagissent d'abord par une gestion des dommages classiquement administrative : l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) autorise les Grisons en décembre 2025 à relâcher deux lynx pour compenser la perte et soutenir la diversité génétique de la population. Un lynx doit être capturé dans le Jura, un second importé de la population des Carpates. Il s'agit d'une sorte de réparation technocratique : on abat des lynx indigènes et on fait venir des étrangers en compensation.

Mais quelques mois seulement plus tard, le vent tourne. En février 2026, le journal régional des Grisons annonce : « Pas de relâcher de lynx dans les Grisons pour l'instant. » Le canton met le projet en suspens, bien que l'autorisation fédérale reste valide. Non pas parce que l'abattage erroné serait soudain moins grave, mais parce qu'au Parlement, des cercles d'obédience paysanne, proches de l'UDC, dans lesquels les intérêts cynégétiques jouent un rôle important, mobilisent leurs forces.

Pression politique au lieu de responsabilité envers une espèce protégée

La raison de la suspension est remarquable : le canton veut attendre deux interventions pendantes au Grand Conseil avant de relâcher les lynx. Au moins l'une de ces interventions émane de l'UDC des Grisons autour du premier signataire Reto Rauch, qui exige une réévaluation du relâcher de lynx et s'oppose par principe à l'installation d'autres prédateurs. L'autre intervention est un mandat du conseiller du Centre de Lugnez Gian Andris Derungs.

Lors des prochaines élections, l'électorat peut corriger cette erreur et affaiblir ces forces qui bloquent systématiquement la protection des prédateurs.

Dans leur mandat de fraction et la communication qui l'accompagne, l'UDC dessine un tableau bien connu : les prédateurs comme problème, comme menace pour l'agriculture, l'économie alpestre, le tourisme et « l'entretien du paysage ». Elle se réfère à un baromètre des préoccupations selon lequel une forte proportion de la population perçoit les prédateurs comme un problème urgent, et exige que le canton demande à l'OFEV un nouvel examen du projet et renonce provisoirement à des prédateurs supplémentaires.

Ainsi, l'abattage erroné de trois lynx est politiquement réinterprété : ce ne sont pas les structures cynégétiques, la formation ou les pratiques d'intervention qui sont mises au centre, mais les animaux eux-mêmes. Au lieu de devoir se demander si l'administration cynégétique grisonne et ses hommes armés sont en mesure de traiter de manière responsable les espèces protégées, on déplace le débat vers l'ancienne image de l'ennemi « prédateur ».

L'inversion des rôles : du coupable à la victime

Particulièrement typique de la mise en scène de la politique cynégétique est l'inversion des rôles : le garde-chasse qui abat trois lynx devient un égaré tragique qui se dénonce « de manière exemplaire ». Les lynx, une espèce strictement protégée, deviennent des dommages collatéraux d'une régulation du loup prétendument nécessaire. Les structures cynégétiques elles-mêmes, les ordres d'abattage, la technologie de vision nocturne, la pression politique à la « régulation », restent largement intactes.

La sanction juridique reste modérée en conséquence : une amende pour infractions multiples à la loi sur la chasse et exclusion de la chasse au loup. C'est à peu près le signal : trois lynx morts sont une erreur, mais pas une erreur de système.

Simultanément, le projet de correction, le relâcher de deux lynx, n'est pas remis en question pour des raisons écologiques, mais pour des motifs politico-cynégétiques. Le message à l'administration est clair : qui veut compenser des prédateurs perdus par des abattages erronés doit s'attendre à des vents contraires.

Une protection des espèces qui ne vaut que sur le papier

Sur le papier, le lynx est strictement protégé en Suisse. Dans la réalité, sa protection est manifestement relativisable selon ce que permet le consensus de politique cynégétique du moment. Le cas des Grisons révèle une série de contradictions : les autorités se montrent favorables à la protection des espèces en planifiant des lynx de remplacement, mais reculent devant une mise en œuvre conséquente dès que le lobby se mobilise. La décision cantonale d'arrêter les lâchers ne découle pas d'une réévaluation technique, mais de pressions politiques partisanes. L'autorisation fédérale demeure, mais l'exécution au niveau cantonal est bloquée. La protection des espèces comme exercice facultatif, non comme obligation contraignante.

Entre-temps, la question centrale demeure sans réponse : que signifie-t-il pour une population que trois animaux, dont des jeunes, soient exterminés lors d'une seule intervention par l'organisation cynégétique étatique ? La discussion préfère tourner autour des « problèmes d'acceptation » et des « préoccupations de la population », plutôt qu'autour de la responsabilité, de la culture de l'erreur et des conséquences structurelles dans le système cynégétique.

Un cas d'école sur le pouvoir, non sur la protection

Le plan de lâcher de lynx stoppé dans les Grisons est moins une histoire de protection des espèces qu'une histoire de rapports de force. Un canton qui, après un tir raté massif, veut d'abord corriger symboliquement, abandonne ce projet correctif dès que le lobby fait pression.

La question de savoir si la motion de l'UDC a déjà été formellement traitée ou adoptée est presque secondaire. Ce qui est décisif, c'est que sa seule existence suffit à pousser le canton au freinage. C'est le véritable signal envoyé à tous ceux qui ont affaire aux espèces protégées : ce n'est pas le statut de protection qui décide, mais le pouvoir de persuasion politique de ceux qui se sentent dérangés par le lynx et le loup.

Quiconque parle aujourd'hui des lynx dans les Grisons devrait donc non seulement parler de populations, de génétique et de lâchers, mais d'un système cynégétique qui, malgré des dispositions de protection claires, conduit à ce que trois lynx meurent et qu'au final le correctif à ces tueries soit politiquement bloqué.

Chasse de loisir dans les Grisons : Un risque sécuritaire pour les animaux et les humains

Dans les Grisons, plus de 1'000 amendes d'ordre et dénonciations sont prononcées chaque année contre les chasseurs de loisir parce qu'ils contreviennent au droit de la chasse et des armes. Avec environ 5'800 chasseurs brevetés dans les Grisons, pratiquement une personne sur cinq est donc délinquante par année, le chiffre noir demeurant inconnu. Cela montre que les infractions à la loi ne sont pas des phénomènes marginaux, mais font partie du fonctionnement normal de la chasse de loisir dans ce canton.

Des recherches sur la chasse d'automne grisonne indiquent en outre qu'en cinq ans, jusqu'à 1'000 animaux ont été classifiés comme tirs ratés, bien que l'ordonnance sur la chasse soit considérée comme « restrictive ». Des études sur les balles perdues et les recherches documentent des centaines d'animaux sauvages avec des blessures par balle, retrouvés comme gibier mort, et cela n'est que la pointe visible de l'iceberg. Les analyses d'organisations de protection des animaux et de la faune sauvage partent du principe qu'une part significative des animaux touchés n'est d'abord que blessée et n'est trouvée que des jours plus tard ou meurt quelque part sur le terrain. La chasse de loisir produit ainsi systématiquement de la souffrance animale incompatible avec l'image d'une chasse de loisir prétendument « conforme à l'éthique cynégétique » et « respectueuse de la protection animale ».

S'ajoute le danger réel pour les humains, les animaux de rente et les animaux domestiques. Des cas documentés montrent que les chasseurs de loisir blessent gravement ou tuent régulièrement des personnes en tirant sur des cibles mal identifiées. Les rapports des médias et de la police recensent des tirs sur des véhicules agricoles comme des moissonneuses-batteuses et des tracteurs, où les conducteurs ont été manqués de peu. Régulièrement, des animaux de rente et des animaux domestiques comme des vaches, des chèvres, des chiens et des chats sont aussi pris pour cible, parce que les chasseuses et chasseurs de loisir tirent au crépuscule ou par mauvaise visibilité sur du « prétendu gibier ». Ainsi, non seulement les animaux sauvages, mais aussi les personnes actives dans l'agriculture et le reste de la population sont concrètement mis en danger, tandis que le lobby de la chasse aime se mettre en scène comme partenaire fiable de l'agriculture.

Parallèlement, la chasse de loisir va à l'encontre d'une protection moderne des animaux sauvages et des habitats. Dans les Grisons et d'autres cantons, des prédateurs comme le lynx et le loup sont régulièrement tués « par erreur », l'abattage des trois lynx par un garde-chasse n'en est que l'exemple visible.

Les comparaisons avec des cantons sans chasse de loisir traditionnelle, comme Genève, montrent qu'avec une gestion professionnelle de la faune, une régulation du trafic, une revalorisation des habitats et des modèles d'indemnisation équitables, on peut tuer nettement moins d'animaux tout en contrôlant les dégâts causés par la faune.

Les chiffres d'abattage annuels sont énormes : rien qu'en ongulés, des dizaines de milliers de chevreuils, cerfs, chamois et sangliers sont abattus en Suisse, auxquels s'ajoutent des dizaines de milliers de renards et autres prédateurs, bien que nombre de ces formes de chasse soient écologiquement très controversées. Un système qui produit chaque année des milliers de violations de la loi, des centaines de tirs ratés, de graves accidents et la mise à mort répétée de prédateurs protégés n'est donc pas un instrument de politique moderne de la faune, mais un problème de sécurité et de protection des animaux.

Plus sur le thème de la chasse de loisir : Dans notre Dossier sur la chasse nous rassemblons vérifications des faits, analyses et reportages de fond.

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