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FAQ

Munitions au plomb : des munitions de chasse toxiques et leurs conséquences pour l'homme et l'animal

Rapaces, venaison et le blocage politique contre les munitions sans plomb.

Rédaction Wild beim Wild — 17 avril 2026

Chaque année, les chasseurs amateurs introduisent en Europe environ 14'000 tonnes de plomb dans les écosystèmes terrestres, alors que des alternatives sans plomb sont depuis longtemps disponibles dans tous les calibres courants.

Le plomb issu des projectiles de chasse contamine les sols, les eaux et les carcasses d'animaux sauvages. Des rapaces meurent d'intoxication au plomb parce qu'ils se nourrissent de déchets de dépeçage et d'animaux blessés. La venaison contient souvent des résidus de plomb mesurables. L'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) avertit explicitement que les enfants de moins de sept ans ainsi que les femmes enceintes doivent éviter de consommer de la venaison.

Qu'est-ce que le plomb et pourquoi est-il utilisé dans les munitions de chasse ?

Le plomb est un métal lourd caractérisé par sa haute densité, sa malléabilité et son bas point de fusion. Ces propriétés le rendent techniquement attractif pour la fabrication de projectiles : les balles à base de plomb se déforment à l'impact, transmettent beaucoup d'énergie et tuent idéalement rapidement. Le plomb est depuis des siècles la norme dans les munitions de chasse.

Le problème : le plomb est hautement toxique. Il n'existe pas de concentration seuil biologiquement sûre. Seulement 3,5 microgrammes par décilitre de sang peuvent provoquer des troubles du comportement chez les enfants. Le plomb n'est pas biodégradable, s'accumule dans les sols et est transporté vers les eaux par les eaux de pluie. Le dossier sur les munitions au plomb documente ce lien de manière détaillée.

Quelle quantité de plomb la chasse de loisir introduit-elle dans l'environnement ?

L'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) estime que la seule chasse de loisir entraîne annuellement 14'000 tonnes de plomb dans les milieux terrestres. Au total, en incluant les installations de tir et les plombs de pêche, le taux d'apport annuel en Europe s'élève à environ 44'000 tonnes. Sans réglementation, cela conduirait sur 20 ans à un apport cumulé d'environ 876'000 tonnes.

En Suisse, il n'existe pas d'interdiction nationale des munitions au plomb en dehors des zones humides, où la grenaille de plomb est interdite depuis 1998. En dehors de ces zones protégées, les munitions contenant du plomb peuvent encore être utilisées dans la plupart des cantons. Cela crée des points de concentration dans les zones intensément chassées.

Comment les rapaces meurent-ils d'une intoxication au plomb ?

Les rapaces et charognards tels que l'aigle royal, le gypaète barbu, le milan royal et la buse se nourrissent des entrailles et des restes que les chasseurs amateurs laissent en forêt après l'abattage, ainsi que des animaux blessés et non retrouvés. Les projectiles en plomb se fragmentent à l'impact en centaines de petites particules qui demeurent invisibles dans la chair du gibier et dans les entrailles. Lorsque les rapaces ingèrent ces fragments, l'acide gastrique libère le plomb dans le sang. Les conséquences en sont la perte d'appétit, les convulsions, les paralysies et la mort.

Une étude de l'Institut Leibniz pour la recherche sur les zoos et la faune sauvage (IZW) et de l'Université de Cambridge, publiée en 2022 dans «Science of the Total Environment», a calculé qu'en Europe, au moins 55’000 rapaces adultes disparaissent chaque année du seul fait de l'intoxication au plomb. L'aigle royal perd 14 % de sa population par empoisonnement au plomb, le gypaète barbu 12 % et le milan royal 3 %. En Suisse, l'aigle royal et le gypaète barbu sont directement touchés dans les zones de chasse de haute montagne : des analyses isotopiques de la Station ornithologique de Sempach et des Grisons attestent que le plomb retrouvé dans les os d'aigles morts provient des munitions de chasse.Chasse et biodiversité replace ces pertes dans un contexte écologique plus large.

Les êtres humains sont-ils exposés à un risque en consommant de la venaison ?

Oui. Les autorités suisses et allemandes ont émis des mises en garde explicites concernant la consommation. L'OSAV recommande que les enfants de moins de sept ans, les femmes enceintes, les mères allaitantes et les femmes souhaitant avoir des enfants évitent totalement la venaison provenant de régions chassées avec des munitions plombées, car l'utilisation de munitions au plomb ne peut pas être exclue avec certitude.

Une étude de la SPA réalisée en 2022 a analysé 13 échantillons de venaison provenant de Suisse : 5 sur 13 présentaient des teneurs en plomb supérieures à la valeur limite de 0,05 mg/kg. Les ménages de chasseurs, dans lesquels jusqu'à 90 portions de gibier sont consommées par an, sont particulièrement exposés. Les particules de plomb ne sont pas visibles à l'œil nu, ne sont pas éliminées par la cuisson ou la congélation, et ne sont pas aisément détectables cliniquement, même chez les adultes.La venaison en Suisse traite en détail de la dimension sanitaire.

Quels autres animaux sont concernés ?

Les effets vont au-delà des rapaces. Les renards, les blaireaux, les loups et d'autres charognards absorbent du plomb en se nourrissant d'animaux sauvages morts ou blessés. Dans l'UE, on estime qu'un million d'oiseaux aquatiques et 1,35 milliard d'oiseaux terrestres meurent chaque année des conséquences des apports de plomb issus de la chasse de loisir et du tir sportif.Chasse et maladies de la faune sauvage montre comment de telles charges toxiques affaiblissent le système immunitaire des animaux sauvages et augmentent leur vulnérabilité aux maladies.

Existe-t-il des alternatives sans plomb ?

Oui, et elles fonctionnent. Les projectiles sans plomb en cuivre ou en alliages cuivre-zinc sont disponibles dans tous les calibres courants, éprouvés et démontrent lors de tests pratiques des performances balistiques comparables, voire supérieures. Dans les Grisons, une interdiction des balles en plomb est en vigueur depuis septembre 2021 pour la chasse d'automne en haute altitude alpine. Les résultats : plus de 8 000 tirs analysés n'ont montré aucune différence significative dans les distances de fuite par rapport aux munitions en plomb. 75 % des chasseurs amateurs grisonnais utilisaient déjà des munitions sans plomb avant l'interdiction. Au Danemark, une interdiction totale du plomb pour la chasse est en vigueur depuis avril 2024, sans problèmes documentés.

La Suisse a interdit au niveau fédéral les projectiles en plomb pour les ongulés à partir de février 2025 ; pour les calibres supérieurs à 6 mm, un délai de transition court jusqu'en 2029. C'est un progrès, mais pas une interdiction totale.

Pourquoi la réglementation a-t-elle pris autant de temps ?

Ce retard n'est pas le fruit du hasard. Comment les associations de chasse influencent la politique et le public documente comment JagdSchweiz et les associations de chasse internationales ont pendant des années avancé l'argument que les munitions sans plomb n'étaient « pas encore mûres », provoquaient davantage de ricochets ou étaient moins favorables au bien-être animal. Ces affirmations ont été réfutées par les autorités et des études indépendantes. Les programmes volontaires ont échoué ; seule la pression réglementaire a permis de faire bouger le débat.

Quels sont les chantiers encore ouverts ?

Malgré les progrès partiels, des lacunes considérables subsistent : le plomb de chasse pour le petit gibier (lièvres, perdrix, pigeons ramiers) reste autorisé en dehors des zones humides. Les munitions anciennes et les stocks d'armes plus âgés sont à peine recensés. Les cantons dont l'application de la loi est plus faible restent des zones problématiques. Et la question de la responsabilité pour la contamination résiduelle des sols et des eaux reste juridiquement non résolue.

Chasse et protection des animaux souligne que les munitions en plomb constituent un problème systémique : tant que la chasse de loisir aux animaux sauvages se pratique avec des projectiles toxiques, la contamination est structurellement inévitable.

Conclusion

Les munitions de chasse au plomb constituent un problème environnemental et sanitaire bien documenté et reconnu par les autorités. Des rapaces meurent, les sols sont contaminés, et des personnes ingèrent du plomb à leur insu par le biais de la viande de gibier. Des alternatives sans plomb existent depuis des années et font leurs preuves. Les retards dans la réglementation étaient d'ordre politique, et non technique. L'interdiction partielle suisse de 2025 constitue un pas dans la bonne direction, mais elle ne suffit pas. Une interdiction totale du plomb pour toutes les munitions de chasse est plus que nécessaire.

Sources

  • ECHA (Agence européenne des produits chimiques) : Rapport de restriction sur le plomb dans les grenailles, projectiles et accessoires de pêche, 2023
  • Leibniz-IZW / Université de Cambridge (2022) : Étude sur l'intoxication au plomb chez les rapaces, Science of the Total Environment
  • OSAV (Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires) : Recommandations de consommation pour la viande de gibier
  • PSA (Protection Suisse des Animaux) : Analyse du plomb dans la viande de gibier, 2022
  • Office de la chasse et de la pêche des Grisons : Évaluation des munitions sans plomb lors de la chasse d'automne
  • Station ornithologique suisse de Sempach : Analyses isotopiques sur l'aigle royal
  • LChP, RS 922.0 ; OChP, RS 922.01 (modification de février 2025)

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