1er juillet 2026, 16h39

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Moratoire sur les tirs de lynx en cas de population génétiquement menacée

Plutôt que des demandes de tir, il faut mettre l'accent sur le renforcement génétique, une lutte conséquente contre le braconnage et un travail scientifique de fond.

1. Motion

Le Conseil d'État est chargé de soumettre au parlement cantonal un projet de modification de la loi sur la chasse et la protection des animaux sauvages (………) ainsi que de l'ordonnance sur la chasse (…………), qui réglemente à nouveau la gestion du lynx dans le canton (………). La révision de la loi doit notamment garantir que

  • aucune demande de régulation ou de tir de lynx ne soit déposée ou autorisée tant que la population partielle cantonale ou régionale est génétiquement appauvrie ou dépend d'un apport génétique externe, selon les services spécialisés KORA et FIWI
  • avant chaque demande de régulation, une analyse de population indépendante et publiée doit être disponible, laquelle établit la diversité génétique, les indicateurs de consanguinité ainsi que l'influence du braconnage et des accidents de la route sur la population locale
  • une preuve scientifique doit être apportée qu'un recul des populations d'ongulés est effectivement dû à la présence du lynx, avant qu'une régulation puisse être demandée, en tenant compte des tirs de chasse comme explication alternative
  • le canton (………) lutte activement et avec des moyens suffisants contre le braconnage des lynx, notamment par un contrôle systématique des corridors de migration connus, une poursuite pénale conséquente et l'analyse du monitoring par pièges photographiques à la recherche d'indices d'interventions illégales
  • les titulaires de fonctions officielles ainsi que les membres des commissions cantonales de la chasse et de la faune sauvage doivent divulguer leur activité personnelle en tant que chasseuse ou chasseur de loisir avant de participer aux décisions relatives à la régulation du lynx, et se récuser en cas de conflit d'intérêts
  • le canton (………) s'engage auprès de la Confédération pour que les demandes de régulation du lynx ne soient autorisées par l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) que sur la base d'une preuve scientifique complète d'une atteinte grave à la régale de la chasse, ainsi qu'en tenant compte de l'état génétique de la population
  • le Conseil d'État expose dans le message
    • quelle était la part des décès illégaux (braconnage) dans la mortalité totale du lynx dans le canton (………) au cours des dix dernières années
    • quelles mesures d'apport génétique à la population cantonale ou régionale de lynx ont déjà été examinées ou mises en œuvre
    • quels moyens financiers et humains supplémentaires seraient nécessaires pour une lutte efficace contre le braconnage

Dans son projet, le Conseil d'État tient compte des compétences de la Confédération selon la loi sur la chasse (JSG) ainsi que du classement du lynx comme espèce prioritaire au niveau national sur la Liste rouge.

2. Brève justification

Le lynx eurasien est considéré en Suisse comme une espèce strictement protégée et prioritaire au niveau national. La population actuelle remonte à un petit nombre d'individus fondateurs issus des Carpates slovaques, réintroduits dans les années 1970. Selon le service spécialisé en écologie des prédateurs KORA, les lynx des Alpes ont perdu 46 pour cent de la diversité génétique par rapport à leurs ancêtres, et les lynx du Jura 30 pour cent. Des conséquences de la consanguinité, comme la fréquence accrue de souffles cardiaques, sont déjà documentées. KORA et l'Institut pour la santé des poissons et des animaux sauvages (FIWI) soulignent qu'à moyen terme, la population doit être renouvelée génétiquement et non réduite.

Les demandes de régulation sont régulièrement justifiées par le recul des populations d'ongulés, sans qu'il existe de preuve scientifique de causalité. Dans le même temps, des études, comme une recherche évaluée par les pairs publiée en 2021 dans « Frontiers in Conservation Science » par une équipe de recherche internationale dirigée par le professeur Raphaël Arlettaz (Université de Berne), montrent que de faibles populations de lynx dans certaines régions peuvent s'expliquer par un braconnage systématique et non par un manque de proies ou des conditions d'habitat défavorables. Une demande de régulation pour une population dont le faible effectif est démontrablement causé par des interventions illégales inverse la logique scientifique.

S'y ajoute la question du conflit d'intérêts : lorsqu'un fonctionnaire qui pratique lui-même la chasse de loisir décide ou participe à une demande de régulation, il en résulte un conflit d'intérêts structurel vis-à-vis d'une population à laquelle les animaux sauvages appartiennent en tant que bien commun. La transparence et les obligations de récusation créent ici la confiance dans l'objectivité de la politique cantonale de la faune.

Selon le droit fédéral, aucun canton de Suisse n'est tenu de prévoir la chasse de loisir. Il appartient aux cantons de décider si et comment la chasse aux espèces protégées est réglementée. Depuis plus de 50 ans, le canton de Genève démontre comment une gestion professionnelle et étatique de la faune peut fonctionner sans conflit d'intérêts et sans pression de régulation sur des espèces génétiquement appauvries.

Un moratoire sur les régulations du lynx en cas d'état génétique manifestement menacé permet de gagner du temps pour établir une base scientifiquement fondée, priorise la lutte contre le braconnage plutôt que les tirs et positionne le canton (………) comme pionnier d'une approche factuelle et fondée sur des preuves à l'égard des prédateurs.

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