20 juin 2026, 10h34

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Loi sur la chasse

Le Tessin forme 88 chasseurs de loisir pour des tirs de loups nocturnes

Dans le cadre d'un projet pilote de deux ans, des chasseurs de loisir sélectionnés doivent soutenir les garde-faune dans la régulation des meutes de loups.

Rédaction Wild beim Wild — 20 juin 2026

Le Tessin mise désormais davantage sur les chasseurs de loisir pour la régulation des loups.

Dans le cadre d'un projet pilote de deux ans, 88 chasseurs privés (ci-après «chasseurs de loisir») ont reçu une formation complémentaire afin de soutenir à l'avenir les 22 garde-faune cantonaux dans l'exécution des décisions de tir. Quatre de ces «chasseurs auxiliaires» par garde-faune seront équipés de caméras thermiques et pourront désormais aussi être engagés de nuit et en dehors de la saison de chasse ordinaire. C'est ce qu'a rapporté la radio-télévision de Suisse italienne RSI le 17 juin 2026.

En action dès septembre

Selon Tiziano Putelli, chef de l'office cantonal de la chasse et de la pêche, le risque d'attaques augmente avec la montée du bétail sur les alpages. Une partie des exploitations alpestres est aujourd'hui considérée comme «non protégeable». Les premiers chasseurs de loisir sélectionnés devraient être opérationnels dès septembre, au début de la période de régulation des meutes, qui dure jusqu'en janvier. Le projet pilote s'inspire du modèle valaisan et découle d'une motion de Giovanni Berardi adoptée par le Grand Conseil le 23 mars 2026. Les coûts maximaux s'élèvent à 250’000 francs par an pour les indemnités et l'administration.

En arrière-plan se trouve un bilan jugé insuffisant du point de vue cantonal : en 2025, les garde-faune ont eu besoin d'environ 3’200 heures pour tuer 6 des 24 loups. L'office invoque comme raisons le terrain impraticable, l'absence de routes et le manque de ressources.

Ce que comprend la «formation spéciale»

L'appellation «formation spéciale» se révèle modeste à y regarder de plus près. Le site officiel de l'office de la chasse et de la pêche ne parle que de «momenti formativi», c'est-à-dire de soirées d'information. Deux dates concrètes sont mentionnées : le 23 avril et le 20 mai 2026, chaque fois à 18h30 dans l'aula du bâtiment administratif 3 à Bellinzone. La condition centrale pour participer est de présenter le permis de chasse. La participation est valable sans limite de temps et ne doit pas être renouvelée chaque année.

Selon le rapport du «Corriere del Ticino», les candidats doivent en outre posséder le certificat d'aptitude à la chasse, apporter l'équipement nécessaire, y compris une optique de vision nocturne, et suivre des cours spécifiques sur la sécurité et l'utilisation des moyens auxiliaires ; une partie pratique sur le terrain est également prévue. À titre de comparaison : en Valais, la formation correspondante ne durait, l'an dernier, qu'une demi-journée à peine.

L'historique est révélateur. Dès 2025, les chasseurs de loisir étaient autorisés à prêter main-forte. Sur 20 loups dont le tir avait été autorisé, seuls cinq avaient alors été abattus, tous par des gardes-faune. Les chasseurs de loisir n'ont pas tiré un seul coup de feu, car les risques, y compris juridiques en cas d'erreur, étaient à leurs yeux trop importants.

Efficacité de la régulation contestée

Voilà pour les faits. Du point de vue de la protection de la faune, le fondement scientifique de l'ensemble du projet mérite une appréciation critique, car l'hypothèse selon laquelle davantage de tirs entraîneraient moins d'attaques est tout sauf établie.

Une étude menée sur plus de 25 ans dans l'Idaho, le Montana et le Wyoming (Wielgus & Peebles, PLOS ONE 2014) est parvenue à la conclusion que le tir létal de loups est plutôt associé, l'année suivante, à davantage d'attaques sur un territoire plus vaste. Le mécanisme : l'abattage d'animaux isolés détruit la structure sociale de la meute, ce qui peut conduire à un plus grand nombre de couples reproducteurs et donc à davantage d'attaques. Une réplication ultérieure, critique sur le plan méthodologique (Poudyal, Baral & Asah 2016), a certes relativisé l'effet à long terme, mais a néanmoins constaté ceci : pour chaque loup tué au cours de la même année, le nombre attendu de moutons attaqués augmente de 2,2 pour cent. Une analyse plus ancienne portant sur 923 cas du Minnesota (1979–1998) a également montré que la capture de loups ne réduisait pas substantiellement les attaques de l'année suivante.

En Suisse aussi, la régulation préventive est contestée sur le plan scientifique. Le biologiste et ancien sous-directeur de l'OFEV Willy Geiger la juge probablement contre-productive : de nouvelles lacunes dans le territoire inciteraient les loups à se reproduire encore davantage et faciliteraient l'arrivée d'animaux migrateurs. Même dans les rangs de ceux qui approuvent en principe les tirs, on entend dire que la régulation n'échoue pas en raison d'une protection trop stricte, mais à cause de l'intelligence des animaux ; l'élimination complète d'une meute échoue souvent face aux vieux animaux expérimentés.

La pratique en Valais l'illustre de manière frappante : environ 1’300 chasseurs de loisir y ont suivi la formation spéciale et se sont déployés de septembre à janvier avec des dispositifs de vision nocturne et à imagerie thermique. La meute du Nanztal a néanmoins survécu ; sur neuf loups abattus, seuls trois appartenaient à la meute, et la louve dominante a de nouveau tué un animal en mars. La comparaison montre que, même avec un déploiement massif, l'effet reste limité.

Plusieurs études vont toutes dans la même direction : une protection des troupeaux efficace est préférable au tir. Des synthèses internationales soulignent en outre que le tir létal du loup entre en conflit avec des cadres de protection tels que la directive habitats de l'UE et se heurte, même lorsqu'il s'agit du tir d'animaux nuisibles isolés, à une forte opposition du public. Le fait qu'une population puisse réagir à la chasse par une reproduction accrue s'observe aussi chez d'autres espèces : à Bielefeld par exemple, plus on tue de ratons laveurs, plus il en arrive. Et en Valais, la meute du Chablais documente une double reproduction malgré la pression de régulation. D'autres cantons misent également de plus en plus sur les chasseurs de loisir pour réguler les prédateurs, comme le montre l'exemple de Schwyz. Un projet pilote, qui envoie 88 chasseurs de loisir dans la nuit avec une technologie d'imagerie thermique, mise ainsi sur un moyen dont l'utilité pour la protection de l'économie alpestre est douteuse et dont le préjudice pour un animal sauvage protégé est prévisible.

D'autres articles sur le sujet se trouvent dans nos rubriques Animaux sauvages et Loi sur la chasse.

En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse nous rassemblons des vérifications des faits, des analyses et des reportages de fond.

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