La RUEK lucernoise à Wild beim Wild : « Modérez votre ton » au lieu de répondre
Quatre jours après l'échéance du délai, le président de la RUEK lucernoise Michael Kurmann répond à sept questions de fond par une invitation à modérer le ton. Dans le canton de Zoug, la même pétition a déclenché une étude SWILD et trois mesures concrètes.
Dans le canton de Zoug, la pétition du juriste lucernois Pascal Wolf a déclenché une étude SWILD de 25 pages, dont les conclusions ont conduit la commission de la chasse, le 16 juin 2026, à trois mesures concrètes, dont l'arrêt de la promotion proactive de la chasse au renard.
Dans le canton de Lucerne, la même pétition a conduit à un vote en plénière de 105 contre 0 contre la protection du renard, à un refus systématique d'entendre le pétitionnaire et, en dernier lieu, le 8 juin 2026, à une lettre de réponse de deux pages du président de la RUEK Michael Kurmann, qui, sur sept questions de fond de l'IG Wild beim Wild, n'en répond à aucune, mais recommande en revanche de « modérer quelque peu le ton ».
Entre les deux cantons de Suisse centrale se dessine une différence politique qui se lit à un seul et même acte : la démarche de Wolf auprès de la Chancellerie d'État. Les unes des autorités ont commandé à la suite une étude scientifique en biologie de la faune, les autres ont finalement envoyé un rappel au ton mesuré. Qui répond à la même pétition par deux réponses aussi opposées répond du même coup à une question qui ne figurait même pas dans la pétition elle-même : quel sérieux une administration cantonale accorde-t-elle à son propre mandat d'une politique de la faune fondée scientifiquement ?
Acte I : 11 mai 2026, la plénière lucernoise vote 105 contre 0
Le 11 mai 2026, le Grand Conseil lucernois, sous la présidence de Gisela Widmer Reichlin, a examiné la pétition de Pascal Wolf pour la protection du renard roux. Michael Kurmann, président de la Commission de l'aménagement du territoire, de l'environnement et de l'énergie (RUEK), s'est exprimé au nom de celle-ci. Il a présenté les six arguments du rapport de la commission du 23 avril 2026 : le renard roux serait une espèce chassable au niveau fédéral, la régulation servirait à éviter les dégâts et à endiguer les maladies, la situation lucernoise serait marquée par l'agriculture et l'élevage, les sociétés de chasse lucernoises apporteraient une «contribution centrale dans l'intérêt public», une mise sous protection affaiblirait les structures éprouvées, et même les espèces protégées devraient être «activement gérées». Conclusion : «ni objectivement fondé ni économiquement judicieux».
Le seul discours d'opposition de la séance était remarquable. La conseillère au Grand Conseil Sabine Heselhaus a démonté le contenu du rapport de la commission en plaçant l'approche One Health au centre. Elle a renvoyé à l'Office fédéral de la santé, qui estime à environ 10’000 le nombre de cas de borréliose par an en Suisse. Elle a cité les travaux d'Erik K. Hofmeister et de ses collègues, selon lesquels les zones à plus forte activité de renards présentent nettement moins de tiques infectées, parce que les renards modifient le comportement des petits mammifères et interrompent ainsi la chaîne de transmission vers les principaux hôtes réservoirs. Et elle a mentionné une étude française à long terme sur le ténia du renard, selon laquelle une chasse intensive n'a pas fait baisser la prévalence d'Echinococcus multilocularis, mais l'a fait augmenter d'environ 40 à 45 pour cent, car la pression de la chasse déstabilise les structures sociales des renards et les jeunes individus migrants propagent davantage le parasite.
Sa phrase de conclusion aurait été, dans tout organe ouvert au résultat, la conséquence logique : «La politique de santé ne doit pas commencer seulement là où les personnes sont déjà malades. Elle doit aussi prendre au sérieux les interdépendances écologiques.» Ensuite, le Conseil a approuvé par 105 voix contre 0 la proposition de «prendre acte de la pétition dans le sens de son rapport». Heselhaus a voté avec la majorité.
Un plénum où une conseillère au Grand Conseil présente la réfutation scientifique du rapport de la commission et approuve ensuite à l'unanimité ce même rapport documente ce qui, dans le régime lucernois de la faune sauvage, semble déjà faire consensus : que les arguments et le comportement de vote peuvent être deux processus indépendants l'un de l'autre.
Acte II : 21 mai 2026, sept questions au président de la RUEK
Dix jours plus tard, le 21 mai 2026, l'IG Wild beim Wild a adressé une lettre ouverte à Michael Kurmann. Le courrier formulait sept questions précises, étayées par des sources, concernant la conduite de la procédure, les statistiques lucernoises sur les maladies, les voix internes à la chasse provenant de Zurich et des Grisons, les prétendus « coûts supplémentaires considérables », l'absence de fondement scientifique, l'affirmation selon laquelle la protection du renard n'apporterait « aucun bénéfice identifiable, pas même pour le renard roux lui-même », et la prise en compte de la volonté populaire exprimée le 27 septembre 2020.
La lettre fixait un délai : une prise de position publique jusqu'au jeudi 4 juin 2026, en tout cas avant le traitement en plénière. Cette dernière était déjà terminée à ce moment-là. L'attente formulée à l'égard de Kurmann était la suivante : retrait du rapport, tenue de l'audition manquante, divulgation transparente des statistiques sur les maladies et les coûts. À défaut, d'autres interventions, une pétition élargie et, le cas échéant, une initiative populaire cantonale étaient annoncées. L'argumentation s'appuyait sur des données qui n'avaient pas trouvé leur place dans le rapport de la RUEK : la statistique propre au canton, selon laquelle, durant l'année de chasse 2018/19, sur 2’217 renards tirés, 39 étaient malades, soit 1,76 pour cent. Plus de 98 pour cent des renards tirés étaient en bonne santé. Une chasse qui ne touche presque que des animaux sains ne peut endiguer aucune maladie. Pour en savoir plus, voir l'article Chasse au renard à Lucerne : 98 pour cent des animaux tirés en bonne santé et l'analyse détaillée Lucerne et le renard roux : quand la politique ignore les faits.
Acte III : 8 juin 2026, la réponse du président de la RUEK
Quatre jours après l'échéance du délai, datée du 8 juin 2026, une réponse de deux pages est parvenue à Acquarossa, signée par Michael Kurmann, président de la RUEK. Numéro d'affaire 2001KR.2022-0379. La lettre ne répond à aucune des sept questions de fond posées. À la place, on trouve un mélange d'indication procédurale, de refus d'argumenter et de leçon.
Indication procédurale : conformément au § 82 du règlement du Grand Conseil, le Conseil traite une pétition par simple prise de connaissance, toute suite plus poussée étant « impossible ». Ce n'est formellement pas faux, mais cela ne répond à aucune question de fond, car les sept points de la lettre ouverte ne concernaient pas l'issue de la procédure, mais l'absence de profondeur de contenu et de fondement scientifique du rapport.
Justification de l'absence d'audition : « Une audition est possible, mais pas obligatoire. La commission y a renoncé en l'espèce. Les critères sont entre autres la documentation et la clarté de la requête ainsi que le nombre de requérants. La pétition était claire sur le fond et documentée en conséquence. Elle émanait d'une personne isolée. Du point de vue de la commission, une audition n'aurait apporté aucun élément supplémentaire, raison pour laquelle il y a été renoncé. » En d'autres termes : celui qui, en tant que personne isolée, dépose une pétition claire sur le fond a un moindre droit à être entendu par le parlement qu'une pétition collective mal documentée. Une justification qui fait dépendre le droit d'audition du nombre de personnes inverse la logique du droit de pétition.
Refus d'argumenter : « Il ne sera pas entré plus en détail sur vos développements sur le fond. L'argumentation dans le rapport mentionné est tout à fait plus nuancée. » Une phrase qui se réfute elle-même. Celui qui affirme qu'une argumentation est plus nuancée, sans montrer cette nuance, se soustrait à la charge de la preuve que lui impose la requête critique.
Leçon de morale : « Il va de soi qu'il vous reste loisible de poursuivre cette préoccupation avec tous les instruments politiques à disposition. Nous vous recommandons toutefois de modérer quelque peu votre ton. » C'est la seule allusion concrète au contenu de la lettre ouverte. Un président de commission à qui ne vient à l'esprit rien concernant la statistique des maladies lucernoise, le modèle genevois, le Luxembourg, les voix internes à la chasse, la volonté populaire de 2020 et la question d'une justification objective au sens de la loi sur la protection animale, admoneste l'expéditeur sur son ton.
Acte IV : 19 juin 2026, Zoug montre ce qui aurait été possible
Huit jours après la lettre de réponse de Kurmann, le 19 juin 2026, le landamman Andreas Hostettler a confirmé par écrit au pétitionnaire Pascal Wolf, au nom de la Direction de l'intérieur zougoise, que la commission cantonale de la chasse avait tiré, lors de sa séance du 16 juin 2026, les premières conséquences de sa pétition. Elle se fondait sur une étude spécialisée que l'Office des forêts et de la faune avait commandée à SWILD : 25 pages, rédigées par la Dre Claudia Kistler et le Dr Fabio Bontadina, mai 2026.
L'étude aboutit à la conclusion que la RUEK de Lucerne aurait pu prendre en compte dans son propre rapport, si elle avait voulu l'entendre : la chasse à patente au renard pratiquée dans le canton de Zoug ne réduit ni durablement la taille de la population ni n'endigue les maladies de la faune. Les populations chassées compensent les pertes par une fécondité accrue des femelles, par des taux de survie améliorés et par l'immigration depuis les zones voisines. Dans le canton de Zoug, environ 308 renards ont été abattus chaque année entre 2000 et 2025, avec une tendance à la forte baisse qui, selon l'étude, ne s'explique pas par un recul des populations, mais par une diminution de la propension à tirer chez les chasseurs de loisir. À titre d'illustration, l'étude présente deux études de cas : le modèle genevois sans chasse de milice depuis 1974 et les expériences du Luxembourg, où la présence du ténia du renard est passée d'environ 40 pour cent à moins de 10 pour cent après l'interdiction de chasse de 2015.
La commission de chasse de Zoug a alors décidé trois mesures. Premièrement, les relevés de données seront désormais systématiquement analysés en distinguant chasse, défense contre les dommages, tirs spéciaux et animaux trouvés morts. Deuxièmement, la chasse au renard ne sera plus encouragée de manière proactive. Troisièmement, l'Office des forêts et de la faune informe la population sur les effets négatifs du nourrissage des animaux sauvages sur la population de renards. Ce n'est pas un revirement complet ni une interdiction, mais bien le premier pas documenté d'un canton suisse visant à adapter sa propre gestion du renard à l'état de la recherche en biologie de la faune. Plus de contexte dans l'article Le canton de Zoug met fin à la promotion de la chasse au renard et sur la page de campagne En finir avec la chasse au renard.
Deux cantons, une pétition, un test de maturité politique
Pascal Wolf a déposé des pétitions dans plus de douze cantons pour un examen scientifique de la chasse au renard. Zoug a examiné. Lucerne a refusé. Glaris s'est tu, comme le documente l'article Arrêter la chasse au renard, écrire au parlement de Glaris. Bâle-Campagne a répondu sans citer une seule étude, comme le prouve l'analyse Écrire au parlement de Bâle-Campagne. La comparaison fédérale le montre : ce n'est pas que les cantons suisses se trouveraient face à une situation uniforme sur cette question. Ils réagissent différemment parce qu'ils décident différemment de ce qu'ils veulent voir.
Dans la comparaison entre Zoug et Lucerne, on peut relever trois différences. Premièrement, la disposition à un examen par un tiers : Zoug a commandé un examen externe pour ce qu'il ne peut évaluer lui-même de manière concluante ; Lucerne a exclusivement consulté sa propre administration cantonale, dont le statu quo était critiqué dans la pétition. Deuxièmement, le rapport à l'audition du pétitionnaire : Zoug a remis sa réponse personnellement au pétitionnaire et l'a fondée sur une étude ; Lucerne a refusé une audition au motif que le pétitionnaire était une personne isolée. Troisièmement, la manière de traiter les questions critiques : Zoug informe sur les mesures prises ; Lucerne recommande un autre ton.
Ce que la réponse lucernoise montre réellement, c'est le seuil auquel se trouve aujourd'hui la politique cantonale relative aux animaux sauvages en Suisse. D'un côté, un nombre croissant de données, d'études, de voix internes à la chasse et de décisions populaires qui pointent toutes dans la même direction : la chasse de loisir au renard ne régule aucune population, n'endigue aucune maladie, ne ménage aucune espèce-proie et est plutôt contre-productive du point de vue de la santé publique. Pour en savoir plus, voir le dossier « Le renard en Suisse ». De l'autre côté, un appareil administratif qui prend acte de ces données sans en admettre les conséquences. Un rapport de la RUEK qui ne cite pas une seule étude. Un plénum qui vote par 105 voix contre 0 après avoir entendu, dans la même salle, une contre-argumentation scientifique. Un président de commission qui répond à sept questions de fond par un rappel à l'ordre sur le ton.
La tâche que la Direction de l'intérieur de Zoug voyait dans une étude SWILD, la RUEK lucernoise la voit dans une critique de style. C'est la différence qu'a laissée le 8 juin 2026.
Sources
- Procès-verbal du Grand Conseil de Lucerne, séance du 11 mai 2026, « Pétition pour la protection du renard roux dans le canton de Lucerne / Chancellerie d'État »
- Prise de position de la Commission de l'aménagement du territoire, de l'environnement et de l'énergie (RUEK) sur la pétition Pascal Wolf, 23 avril 2026
- Lettre ouverte de l'IG Wild beim Wild à Michael Kurmann, Acquarossa, 21 mai 2026
- Lettre de réponse de Michael Kurmann, président de la RUEK, à l'IG Wild beim Wild, Lucerne, 8 juin 2026, numéro d'affaire 2001KR.2022-0379
- Rapport spécialisé SWILD : Claudia Kistler, Fabio Bontadina, « Gestion du renard dans le canton de Zoug », mai 2026, sur mandat de l'Office des forêts et de la faune du canton de Zoug
- Lettre du landamman Andreas Hostettler, Direction de l'intérieur du canton de Zoug, à Pascal Wolf, 19 juin 2026, projet n° 4032.1, référence DI DIS 58479-05
- Erik K. Hofmeister et al., sur l'effet de l'activité du renard sur le comportement des souris et les tiques infectées
- Comte et al. (2017): «Echinococcus multilocularis management by fox culling: an inappropriate paradigm»
- Office fédéral de la santé publique (OFSP), valeurs estimatives sur la borréliose de Lyme en Suisse
- Statistique cantonale des maladies de Lucerne, année de chasse 2018/19
- Votation fédérale sur la loi révisée sur la chasse, 27 septembre 2020
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