25 août 2026, 14:14

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Chasse

Le modele suedois du loup echoue devant la justice – un signal d'alarme pour Rösti et Regazzi

Un jugement et les critiques de Bruxelles poussent la Suede a corriger la valeur de reference pour un etat de conservation favorable du loup. La chasse sous licence en devient plus difficile. Pour la Suisse, c'est explosif : le conseiller aux Etats Fabio Regazzi vante justement ce modele comme reference pour un plafond de loups et une chasse de loisir controlee.

Redaction Wild beim Wild — 25 aout 2026

La Suede ne devrait pas etre un modele pour la Suisse, mais un avertissement.

Depuis des annees, le pays tente de maintenir a un niveau bas sa population de loups, petite et genetiquement fragilisee, au moyen d'objectifs chiffres definis politiquement. Un jugement et les critiques de la Commission europeenne le montrent desormais : celui qui veut faire abattre regulierement des loups ne peut pas simplement se referer a un effectif residuel souhaite. L'etat de conservation favorable doit etre scientifiquement demontre.

C'est precisement ce constat qui touche un politicien suisse ayant explicitement erige la Suede en modele : le conseiller aux Etats du Centre Fabio Regazzi, du Tessin. Il exige pour la Suisse un plafond fixe pour les loups et veut faire prelever les animaux « en surnombre » par une chasse controlee. Sa reference est justement la Suede – ce pays dont la chasse au loup devient aujourd'hui de plus en plus difficile en raison de bases juridiques et scientifiques insuffisantes.

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Pas de tirs de lynx en Valais

Le lynx est genetiquement a la limite, et pourtant le Valais devrait etre le premier canton de Suisse a autoriser son tir.

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La Suede doit corriger la valeur de reference

Apres les critiques de la Commission europeenne, la Suede a releve sa valeur de reference pour l'etat de conservation favorable du loup, la faisant passer de 170 a 220 animaux. Auparavant, cette valeur avait ete abaissee de 300 a 170 loups. La Commission doutait que cette baisse drastique soit suffisamment justifiee scientifiquement et qu'elle garantisse le maintien a long terme de la population.

Dans le droit européen de la protection de la nature, l'état de conservation favorable n'est pas une valeur politique souhaitée. Il doit garantir qu'une espèce reste viable à long terme, que son aire de répartition ne régresse pas et qu'un habitat approprié soit disponible en suffisance. Une autorité ne peut donc pas déclarer le loup comme assuré uniquement sur la base d'un effectif résiduel politiquement souhaité.

La Suède illustre ainsi la différence entre une protection des espèces fondée sur des critères scientifiques et une politique de minimisation des effectifs. Ce qui est déterminant, c'est l'évolution de la population, la diversité génétique, la connectivité, la mortalité naturelle et d'origine humaine, ainsi que les conséquences de tirs supplémentaires – et non la question de savoir combien d'animaux devraient être politiquement tolérés.

Protection des espècesMinimisation politique des effectifs
Demande ce dont une population a besoin à long termeDemande combien d'animaux devraient être politiquement tolérés
Prend en compte la génétique, la connectivité et la mortalitéRéduit le loup à un chiffre cible
Exige des bases scientifiques compréhensiblesS'appuie sur des intérêts, des images de conflit et des quotas de chasse
Considère les tirs comme une exception strictement limitéeFait des tirs un instrument de régulation des effectifs

Un tel chiffre n'est pas un concept de protection. C'est une décision politique concernant une population résiduelle.

Le tribunal arrête la chasse sous licence

La chasse sous licence prévue pour le 2 janvier 2026, visant jusqu'à 48 loups dans cinq régions suédoises, a déjà été stoppée en décembre 2025 par des tribunaux administratifs. En janvier 2026, la cour d'appel de Sundsvall a confirmé cette position pour le Västmanland. Elle a retenu qu'il manquait une base scientifique suffisante pour justifier la chasse sous licence compte tenu des faibles effectifs prévus.

La décision clarifie un principe central : ce ne sont pas les organisations environnementales qui doivent prouver qu'une chasse pourrait être nuisible. Les autorités qui autorisent des tirs doivent démontrer de manière compréhensible que l'état de conservation favorable de la population n'en est pas affecté.

De la prévention des dommages à l'offre de chasse

La pratique suédoise montre encore autre chose : dès que le loup est traité comme une grandeur administrative disponible pour la chasse, l'attention se déplace rapidement d'une protection efficace des troupeaux vers une offre de chasse.

Dans la province de Scanie, au sud de la Suède, une autorité a autorisé une chasse de protection après une attaque supposément causée par le même loup contre un bélier et un poney. En l'espace de trois heures, 53 chasseurs de loisir se sont annoncés pour pouvoir participer à l'abattage d'un seul loup.

Ce n'est pas une réponse objective à un conflit. La protection des troupeaux aurait dû être au centre des préoccupations: clôtures sûres, gardiennage, parcs de nuit, soutien rapide aux détenteurs d'animaux et évaluation ciblée de l'incident concret. Au lieu de cela, la chasse de protection est devenue une offre de loisir prisée.

La réaction des chasseurs met en évidence la dynamique qu'engendre une politique d'autorisations de tir. Un loup isolé n'est plus considéré avant tout comme un animal dans un conflit concret, mais comme une rare occasion de chasse.

Le lobby de la chasse suédois travaille lui aussi à restreindre le contrôle public. La présidente de l'association de chasse Jägarnas Riksförbund a qualifié, dans un éditorial, de «terroristes du droit animal» les personnes qui, en s'appuyant sur le principe de transparence, obtiennent l'accès à des informations concernant les chasseurs de loisir et les détenteurs d'animaux. La direction est claire: les tirs doivent avoir lieu, mais les données sur les autorisations, les personnes impliquées et les conséquences doivent être moins facilement vérifiables.

La protection des espèces sans transparence n'est pas un contrôle. C'est une administration au service de ceux qui profitent de la chasse.

Fabio Regazzi veut importer cette logique

En Suisse, Fabio Regazzi défend depuis des années une ligne qui, en ce qui concerne le loup, ne mise pas sur l'examen au cas par cas, la protection des troupeaux et une charge de la preuve stricte, mais sur des plafonds fixés politiquement et des prélèvements simplifiés. Il est conseiller aux États du Centre au Tessin, vice-président de JagdSchweiz, président de l'Union suisse des arts et métiers et lui-même chasseur de loisir.

Dès 2022, Regazzi a opposé la population de loups suisse au modèle suédois. Il faisait alors référence à l'intention du gouvernement suédois de réduire une population estimée à 460 loups à un effectif de 170 à 270 animaux au maximum. Transposé à la Suisse, selon Regazzi, les populations de loups devraient à son avis être limitées à 17 à 27 animaux.

Cette comparaison est problématique sur le plan technique et politique.

La Suède est presque onze fois plus grande que la Suisse, mais ne possède pas une immense population de loups génétiquement assurée. Au contraire : les loups scandinaves sont isolés, affaiblis dans leur diversité génétique et menacés par les tirs illégaux. Le fait que la Suède prévoie une réduction radicale des effectifs malgré cette situation n'est pas un argument pour reprendre cette démarche. C'est précisément la raison pour laquelle les tribunaux et la Commission européenne doivent y regarder de plus près.

Regazzi ne retient de l'exemple suédois qu'un seul chiffre : une population aussi petite que possible. Ce qu'il occulte, ce sont les conditions et les conséquences :

  • La fourchette cible de 170 à 270 loups est contestée sur le plan juridique et biologique.
  • La chasse sous licence portant sur jusqu'à 48 loups a été bloquée par la justice en 2026.
  • Les autorités n'ont pas pu démontrer suffisamment la protection de la population.
  • La population de loups suédo-norvégienne est génétiquement fortement affectée.
  • La chasse légale n'augmente pas automatiquement l'acceptation du loup.
  • Les tirs illégaux restent l'un des plus grands dangers pour la population.

L'erreur centrale de son argumentation est simple : on transforme un chiffre politiquement souhaité en une prétendue nécessité biologique.

Un plafond n'est pas une protection des espèces

L'intervention actuelle de Regazzi vise un changement de système. En Suisse, seul un nombre déterminé de loups devrait encore être toléré. Si cette limite fixée politiquement est dépassée, les animaux devraient être considérés comme « surnuméraires » et pouvoir être prélevés.

Cela inverse le sens de la protection des espèces.

Jusqu'à présent, lors d'une intervention concrète, il faut en principe examiner s'il y a un dommage, si la prévention est possible et raisonnable, s'il existe des alternatives et si un prélèvement ne met pas en danger la population. Un plafond forfaitaire remplace cet examen par des statistiques : ce ne serait plus le comportement d'un loup ou d'une meute déterminée qui serait décisif, mais la question de savoir si sa simple existence dépasse un chiffre cible.

Cela est particulièrement préoccupant, car le Conseil fédéral recommande l'adoption de la motion Regazzi. Selon Regazzi, ce soutien l'a lui-même surpris.

On risque ainsi une évolution que la Suède illustre déjà :

  1. Un plafond défini politiquement est introduit.
  2. Du plafond découlent des quotas de tir.
  3. Des quotas naît un mandat administratif de réduction des effectifs.
  4. De la réduction naît une offre de chasse.
  5. La justification scientifique reste lacunaire.
  6. Les tribunaux doivent intervenir parce que les obligations de protection des espèces ne sont pas remplies.

La Suisse ne devrait pas attendre de devoir corriger la même voie devant les tribunaux.

La Suisse est sous observation internationale

L'évolution suédoise est également pertinente pour la Suisse: la politique locale en matière de loup suscite depuis longtemps des critiques internationales. Le 28 novembre 2023, 158 organisations de protection de l'environnement et des animaux de 37 pays ont appelé le conseiller fédéral Albert Rösti, dans une lettre ouverte, à stopper le tir préventif alors prévu de jusqu'à 70 pour cent de la population suisse de loups.

Elles ont mis en garde contre des conséquences non seulement pour les loups suisses, mais aussi pour les populations interconnectées des Alpes occidentales et centrales ainsi que du Jura. Les tirs possibles de meutes entières et de jeunes loups ont été particulièrement critiqués.

Des spécialistes ont également contesté cette orientation. Les responsables du IUCN SSC Canid Specialist Group ont qualifié le plan de gestion du loup d'alors de «non scientifique» et incompatible avec les connaissances modernes en matière de gestion des grands prédateurs. FERUS a souligné qu'il n'existait aucune preuve que les tirs de loups protégeaient efficacement les troupeaux; ce sont les mesures préventives de protection des troupeaux qui sont décisives.

La Suède montre désormais où peut mener une politique de populations résiduelles fixées politiquement: à des valeurs de référence discutables, à des chasses sous licence et à des arrêts judiciaires, lorsque la justification scientifique et juridique des interventions fait défaut. La Suisse ne devrait donc pas miser sur des plafonds et des quotas de tir arbitraires, mais financer la protection des troupeaux, étudier les conflits de manière transparente et traiter la population des Alpes et du Jura comme un bien à protéger cohérent.

Les critiques envers Rösti s'intensifient

Les critiques envers Albert Rösti ne se limitent pas à la politique en matière de loup. Au Palais fédéral aussi, la résistance grandit contre son orientation en matière de politique environnementale et climatique. Les Verts exigent qu'on lui retire le DETEC; leur demande d'un débat urgent sur la chaleur et la sécheresse est, selon Blick, soutenue du PS aux Vert'libéraux.

Cette critique ne concerne pas directement les tirs de loups, mais renvoie à un conflit politique: on reproche à Rösti de reléguer les risques écologiques au profit d'intérêts à court terme. Dans la politique en matière de loup, cela se manifeste, selon les critiques, par le fait que la prévention, les justifications scientifiques, la protection des populations et les obligations internationales passent après les quotas de tir et les revendications de politique de chasse.

Ce dont la Suisse a besoin à la place

La cohabitation avec le loup nécessite une politique honnête et efficace. Elle ne doit pas ignorer les préoccupations des éleveurs. Les attaques sur le bétail causent de la souffrance et peuvent être lourdes de conséquences pour les exploitations. Mais la réponse doit s'attaquer là où les conflits peuvent réellement être évités – et non se fonder sur l'idée populiste selon laquelle une espèce sauvage pourrait être rendue « maîtrisable » au moyen d'un plafond arbitraire.

Il faut :

  • Une protection des troupeaux entièrement financée et adaptée à la pratique pour toutes les exploitations concernées.
  • Une évaluation rapide et indépendante des dommages et des événements.
  • Des interventions ciblées et strictement limitées sur des loups isolés ou des meutes dont le caractère problématique est avéré.
  • La divulgation de tous les fondements, autorisations de tir, données génétiques et évaluations.
  • La protection de la connectivité génétique et des corridors de migration naturels.
  • Une séparation claire entre la gestion professionnelle de la faune et la chasse de loisir.

La Suède montre où mène l'autre voie : un gouvernement qui prévoit de réduire une espèce protégée ; des quotas de chasse au lieu de stratégies de protection ; des chasseurs de loisir qui se portent candidats par dizaines pour tuer un seul loup ; et enfin des tribunaux qui doivent rappeler aux autorités leur propre charge de la preuve.

La Suède n'est pas un modèle

Fabio Regazzi veut rendre le modèle suédois du loup applicable à la Suisse. Mais c'est précisément maintenant que le récit du modèle nordique à succès s'effondre. La valeur de référence plus élevée pour un état de conservation favorable et l'arrêt judiciaire de la chasse à licence le montrent : une petite population de loups ne peut pas être réduite à volonté, simplement parce que la politique et le lobby de la chasse le souhaitent.

La leçon pour la Suisse n'est pas de copier les objectifs chiffrés suédois. La leçon est la suivante : La protection des espèces n'est pas un plafond. Quiconque réclame des tirs doit prouver qu'ils sont nécessaires, proportionnés et sans dommage pour la population. Tant que cette preuve fait défaut, toute revendication concernant des loups « en surnombre » reste ce qu'elle est : une licence politique pour minimiser les effectifs.

En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des reportages de fond.

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