Le modèle suédois du loup échoue devant les tribunaux – un signal d'alarme pour Rösti et Regazzi
Un jugement de tribunal et les critiques de Bruxelles mettent la Suède sous pression pour corriger la valeur de référence d'un état de conservation favorable du loup. La chasse sous licence en devient plus difficile. Pour la Suisse, c'est délicat : le conseiller aux États Fabio Regazzi propage précisément ce modèle comme référence pour un plafond de loups et une chasse de loisir contrôlée.
La Suède ne devrait pas être un exemple pour la Suisse, mais un avertissement.
Depuis des années, le pays tente de maintenir à un niveau bas sa population de loups, petite et génétiquement fragilisée, à l'aide de chiffres cibles définis politiquement. Un jugement de tribunal et les critiques de la Commission européenne le montrent désormais : celui qui veut faire abattre régulièrement des loups ne peut pas simplement invoquer un nombre résiduel souhaité. L'état de conservation favorable doit être prouvé scientifiquement.
C'est précisément cette conclusion qui frappe un politicien suisse ayant explicitement érigé la Suède en modèle : le conseiller aux États du Centre Fabio Regazzi, du Tessin. Il réclame pour la Suisse un plafond fixe pour les loups et veut faire prélever les animaux « surnuméraires » par une chasse contrôlée. Son modèle est justement la Suède – ce pays dont la chasse au loup devient désormais de plus en plus difficile en raison de bases juridiques et scientifiques insuffisantes.
La Suède doit corriger la valeur de référence
À la suite des critiques de la Commission européenne, la Suède a relevé de 170 à 220 animaux sa valeur de référence pour l'état de conservation favorable du loup. Auparavant, cette valeur avait été abaissée de 300 à 170 loups. La Commission doutait que cette réduction drastique soit suffisamment justifiée scientifiquement et qu'elle garantisse la conservation à long terme de la population.
L'état de conservation favorable n'est pas, dans le droit européen de la protection de la nature, une valeur politique souhaitée. Il doit garantir qu'une espèce reste viable à long terme, que son aire de répartition ne régresse pas et qu'un habitat approprié soit disponible en quantité suffisante. Une autorité ne peut donc pas déclarer le loup comme préservé uniquement sur la base d'un nombre résiduel politiquement souhaité.
La Suède illustre ainsi la différence entre une protection des espèces fondée scientifiquement et une politique de minimisation des effectifs. Ce qui est déterminant, c'est l'évolution de la population, la diversité génétique, la connectivité, la mortalité naturelle et causée par l'homme, ainsi que les conséquences de tirs supplémentaires – et non la question de savoir combien d'animaux doivent être politiquement tolérés.
| Protection des espèces | Minimisation politique des effectifs |
|---|---|
| Se demande ce dont une population a besoin à long terme | Se demande combien d'animaux doivent être politiquement tolérés |
| Tient compte de la génétique, de la connectivité et de la mortalité | Réduit le loup à un nombre cible |
| Exige des bases scientifiques compréhensibles | S'appuie sur des intérêts, des représentations de conflits et des quotas de chasse |
| Considère les tirs comme une exception strictement limitée | Fait des tirs un instrument de régulation des effectifs |
Un tel nombre n'est pas un concept de protection. C'est une décision politique concernant une population résiduelle.
Le tribunal stoppe la chasse sous licence
La chasse sous licence prévue pour le 2 janvier 2026, portant sur jusqu'à 48 loups dans cinq régions suédoises, a déjà été stoppée en décembre 2025 par des tribunaux administratifs. En janvier 2026, la cour d'appel de Sundsvall a confirmé cette ligne pour le Västmanland. Elle a retenu qu'une base scientifique suffisante faisait défaut pour justifier la chasse sous licence au vu des faibles valeurs d'effectifs prévues.
Cette décision clarifie un principe central : ce ne sont pas les organisations environnementales qui doivent prouver qu'une chasse pourrait être nuisible. Les autorités qui autorisent des tirs doivent démontrer de manière compréhensible que l'état de conservation favorable de la population n'en est pas affecté.
De la prévention des dommages à l'offre de chasse
La pratique suédoise montre encore autre chose : dès que le loup est traité comme une grandeur administrative disponible pour la chasse, l'attention se déplace rapidement d'une protection efficace des troupeaux vers une offre de chasse.
En Scanie, dans le sud de la Suède, une autorité a autorisé une chasse de protection après une attaque, vraisemblablement causée par le même loup, sur un bélier et un poney. En l'espace de trois heures se sont annoncés 53 chasseurs de loisir, pour pouvoir participer à la mise à mort d'un seul loup.
Ce n'est pas une réponse objective à un conflit. La protection des troupeaux aurait dû être au centre : des clôtures sûres, un gardiennage, des enclos nocturnes, un soutien rapide aux éleveurs et une évaluation ciblée de l'incident concret. Au lieu de cela, le tir de protection est devenu une offre de loisir convoitée.
La réaction des chasseurs met en lumière la dynamique qu'engendre une politique d'autorisations de tir. Un loup isolé n'est plus considéré principalement comme un animal impliqué dans un conflit concret, mais comme une rare occasion de chasse.
Le lobby suédois de la chasse travaille lui aussi à une restriction du contrôle public. La présidente de l'association de chasse Jägarnas Riksförbund a qualifié, dans un éditorial, les personnes qui accèdent à des informations sur les chasseurs de loisir et les éleveurs par le biais du principe de transparence de «terroristes des droits des animaux». La direction est claire : les tirs doivent avoir lieu, mais les données sur les autorisations, les personnes impliquées et les conséquences doivent être moins facilement vérifiables.
La protection des espèces sans transparence n'est pas un contrôle. C'est une administration au service de ceux qui profitent de la chasse.
Fabio Regazzi veut importer cette logique
Depuis des années, Fabio Regazzi défend en Suisse une ligne qui, concernant le loup, ne mise pas sur l'examen au cas par cas, la protection des troupeaux et une charge de la preuve stricte, mais sur des plafonds fixés politiquement et des prélèvements simplifiés. Il est conseiller aux États du Centre au Tessin, vice-président de JagdSchweiz, président de l'Union suisse des arts et métiers et lui-même chasseur de loisir.
Déjà en 2022, Regazzi comparait la population de loups suisse au modèle suédois. Il évoquait alors l'intention du gouvernement suédois de réduire une population estimée à 460 loups à un nombre de 170 à 270 animaux au maximum. Transposé à la Suisse, selon Regazzi, les populations de loups devraient à son avis être limitées à 17 à 27 animaux.
Cette comparaison est problématique tant sur le plan technique que politique.
La Suède est presque onze fois plus grande que la Suisse, mais ne possède pas une immense population de loups génétiquement sécurisée. Au contraire : les loups scandinaves sont isolés, affaiblis dans leur diversité génétique et menacés par les mises à mort illégales. Que la Suède prévoie malgré cette situation une réduction radicale des effectifs n'est pas un argument pour adopter cette démarche. C'est la raison pour laquelle les tribunaux et la Commission européenne doivent y regarder de plus près.
Regazzi ne retient de l'exemple suédois que le chiffre : une population aussi réduite que possible. Ce qu'il occulte, ce sont les conditions préalables et les conséquences :
- La fourchette cible de 170 à 270 loups est contestée sur les plans juridique et biologique.
- La chasse sous licence de jusqu'à 48 loups a été bloquée par les tribunaux en 2026.
- Les autorités n'ont pas pu démontrer suffisamment la protection de la population.
- La population de loups suédo-norvégienne est génétiquement fortement affaiblie.
- La chasse légale n'augmente pas automatiquement l'acceptation du loup.
- Les abattages illégaux restent l'un des plus grands dangers pour la population.
L'erreur centrale de son argumentation est simple : on transforme un chiffre issu d'un souhait politique en une prétendue nécessité biologique.
Un plafond n'est pas une protection des espèces
L'initiative actuelle de Regazzi vise un changement de système. En Suisse, seul un nombre déterminé de loups devrait encore être toléré. Si cette limite fixée politiquement est dépassée, des animaux seraient considérés comme «surnuméraires» et pourraient être prélevés.
Cela inverse le sens de la protection des espèces.
Jusqu'à présent, lors d'une intervention concrète, il faut en principe examiner s'il y a un dommage, si la prévention est possible et raisonnablement exigible, s'il existe des alternatives et si un prélèvement ne met pas en danger la population. Un plafond forfaitaire remplace cet examen par des statistiques : ce ne serait plus le comportement d'un loup ou d'une meute déterminés qui serait décisif, mais la question de savoir si sa simple existence dépasse un chiffre cible.
Cela est d'autant plus préoccupant que le Conseil fédéral recommande l'adoption de la motion Regazzi. Selon Regazzi, ce soutien l'a lui-même surpris.
Ainsi menace une évolution que la Suède illustre déjà :
- Un plafond défini politiquement est introduit.
- Du plafond découlent des quotas de tir.
- Des quotas découle un mandat administratif de réduction des effectifs.
- De la réduction naît une offre de chasse.
- La justification scientifique reste lacunaire.
- Les tribunaux doivent intervenir parce que les obligations de protection des espèces ne sont pas remplies.
La Suisse ne devrait pas attendre de devoir faire corriger le même chemin devant les tribunaux.
La Suisse est sous observation à l'échelle internationale
L'évolution suédoise est également pertinente pour la Suisse: la politique du loup menée ici a depuis longtemps suscité des critiques internationales. Le 28 novembre 2023, 158 organisations de protection de l'environnement et des animaux issues de 37 pays ont demandé au conseiller fédéral Albert Rösti, dans une lettre ouverte, d'arrêter le tir préventif alors prévu de jusqu'à 70 pour cent de la population de loups suisse.
Elles ont mis en garde contre les conséquences non seulement pour les loups suisses, mais aussi pour les populations interconnectées des Alpes occidentales et centrales ainsi que du Jura. Les tirs possibles de compagnies entières et de jeunes loups ont été particulièrement critiqués.
Des spécialistes se sont également opposés à cette orientation. Les présidents du IUCN SSC Canid Specialist Group ont qualifié le plan de gestion du loup d'alors de «non scientifique» et incompatible avec les connaissances modernes de la gestion des grands prédateurs. FERUS a souligné qu'il n'existait aucune preuve que les tirs de loups protégeaient efficacement les troupeaux; ce sont les mesures préventives de protection des troupeaux qui sont déterminantes.
La Suède montre désormais où peut mener une politique de populations résiduelles fixées politiquement: à des valeurs de référence contestables, à des chasses sous licence et à des arrêts judiciaires lorsque la preuve scientifique et juridique des interventions fait défaut. La Suisse ne devrait donc pas miser sur des plafonds arbitraires et des quotas de tir, mais financer la protection des troupeaux, examiner les conflits de manière transparente et traiter la population des Alpes et du Jura comme un bien à protéger cohérent.
Les critiques envers Rösti s'intensifient
Les critiques envers Albert Rösti ne se limitent pas à la politique du loup. Au Palais fédéral aussi, la résistance à son orientation en matière de politique environnementale et climatique s'accroît. Les Verts exigent qu'on lui retire le DETEC; leur demande d'un débat urgent sur la chaleur et la sécheresse est soutenue, selon Blick, du PS au PVL.
Cette critique ne concerne pas directement les tirs de loups, mais renvoie à un conflit politique: on reproche à Rösti de reléguer les risques écologiques au second plan au profit d'intérêts à court terme. Dans la politique du loup, cela se manifeste, selon les critiques, par le fait que la prévention, les justifications scientifiques, la protection des populations et les engagements internationaux passent après les quotas de tir et les revendications de politique de chasse.
Ce dont la Suisse a besoin à la place
La cohabitation avec le loup exige une politique honnête et efficace. Elle ne doit pas ignorer les préoccupations des détenteurs d'animaux. Les attaques sur le bétail causent des souffrances et peuvent être lourdes de conséquences pour les exploitations. Mais la réponse doit intervenir là où les conflits sont réellement évités – et non dans l'idée populiste selon laquelle une espèce animale sauvage pourrait être rendue « maîtrisable » par un plafond arbitraire.
Sont nécessaires :
- Une protection des troupeaux entièrement financée et adaptée à la pratique pour toutes les exploitations concernées.
- Une clarification rapide et indépendante des dommages et des événements.
- Des interventions ciblées et strictement limitées sur des loups isolés ou des meutes manifestement problématiques.
- La divulgation de toutes les bases, autorisations de tir, données génétiques et évaluations.
- La protection de la connectivité génétique et des corridors de migration naturels.
- Une séparation claire entre la gestion professionnelle de la faune et la chasse de loisir.
La Suède montre où mène l'autre voie : vers un gouvernement qui prévoit le démantèlement d'une espèce protégée ; vers des quotas de chasse plutôt que des stratégies de protection ; vers des chasseurs de loisir qui postulent par dizaines pour l'abattage d'un seul loup ; et enfin vers des tribunaux qui doivent rappeler aux autorités leur propre charge de la preuve.
La Suède n'est pas un modèle
Fabio Regazzi veut rendre le modèle suédois du loup applicable à la Suisse. Or, c'est justement maintenant que le récit du modèle nordique à succès s'effondre. La valeur de référence plus élevée pour un état de conservation favorable et l'arrêt judiciaire de la chasse sous licence le montrent : une petite population de loups ne peut pas être réduite à volonté, simplement parce que la politique et le lobby de la chasse le souhaitent.
La leçon pour la Suisse n'est pas de copier les chiffres cibles suédois. La leçon est la suivante : La protection des espèces n'est pas un plafond. Quiconque réclame des tirs doit prouver qu'ils sont nécessaires, proportionnés et inoffensifs pour la population. Tant que cette preuve fait défaut, toute revendication de loups « surnuméraires » reste ce qu'elle est : une licence politique pour minimiser les effectifs.
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