2 avril 2026, 04:05

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Quand le romantisme de la chasse éclipse les faits

L'article de taz intitulé « Criez aussi fort que vous le pouvez » décrit une chasse au sanglier en Sardaigne – un récit riche en atmosphère, instructif sur le plan culturel et empreint d'ambition littéraire. Cependant, il contient une affirmation centrale non étayée présentée comme un fait avéré : « Les chasseurs expliquent que le grand nombre de sangliers endommage les champs et les pâturages et que la chasse permet de maintenir l'équilibre des populations. Après tout, il faut bien que quelqu'un s'en occupe. »

L'équipe éditoriale Wild beim Wild — 11 mars 2026

Cette déclaration provient directement du répertoire du lobby de la chasse.

L'article omet de contextualiser, de questionner ou de réfuter cette affirmation. Les avis scientifiques divergent fondamentalement. L'affirmation est la suivante : « La chasse maintient l'équilibre des populations de sangliers. » C'est scientifiquement indéfendable ; bien au contraire.

Une étude à long terme menée par Sabrina Servanty et al. ( Journal of Animal Ecology , 2009) a comparé deux populations de sangliers sur une période de 22 ans : l’une soumise à une chasse intensive en Haute-Marne et l’autre à une chasse modérée dans les Pyrénées. Les résultats ont montré qu’une forte pression de chasse augmente significativement la fertilité des animaux ; les jeunes laies atteignent la maturité sexuelle plus tôt et la taille des portées est plus importante. Ainsi, la chasse de loisir stimule précisément la reproduction qu’elle est censée contrôler.

Le professeur Josef H. Reichholf, zoologiste et écologiste qui a enseigné dans les deux universités de Munich et qui a dirigé le département des vertébrés de la Collection zoologique de l'État de Bavière à Munich, l'affirme clairement : « La chasse ne régule pas. Elle crée des populations excessives et des populations en sous-développement. »

En Allemagne, le nombre de sangliers abattus est passé de moins de 150 000 à plus de 500 000 par an, alors que leur population continue de croître. Ceci réfute empiriquement l'efficacité de la chasse récréative comme moyen de régulation des populations. Le site wildbeimwild.com recense systématiquement les autres idées reçues sur la chasse qui ne résistent pas à l'analyse scientifique.

Sardaigne : Que s'est-il réellement passé pour les sangliers ?

D'après Coldiretti (2024), la Sardaigne compte environ 100 000 sangliers. Ce chiffre, souvent cité par les défenseurs de la chasse comme preuve de la « nécessité de la chasse », est en réalité le fruit de décennies de chasse récréative. Les sangliers de Sardaigne, comme ceux de nombreuses régions d'Italie, présentent des traces génétiques d'hybridation avec des porcs domestiques, ce qui peut affecter leur taux de reproduction.

Un plan de gestion de la province d'Oristano note également que les collisions avec la faune sauvage en Sardaigne augmentent significativement à partir de septembre, précisément au début de la saison de chasse avec chiens. L'article de taz n'évoque ni l'hybridation ni le dérangement des animaux par la chasse comme causes de ces accidents.

Ce que l'article omet : la souffrance animale comme norme.

L'auteur décrit plusieurs scènes cruciales, mais les réinterprète à travers le prisme du relativisme culturel : un chien de chasse est blessé par un sanglier ; son maître examine la plaie et l'animal reste en service. Un renard est abattu « à côté » car il « perturbe la chasse ». Le sanglier abattu agonise lentement, glisse sur la route et son œil sort de son orbite.

L'auteure Carla Farris écrit : « Je ressens de la compassion. Mais ce point de vue est totalement déplacé ici. » Cette autocorrection est révélatrice : la compassion pour l'animal est qualifiée de naïveté civilisée, tandis que la culture de la chasse est reconnue comme la réalité dominante. L'article normalise ainsi la souffrance animale comme une nécessité culturelle sans remettre en question ce fait. La psychologie de la chasse récréative explique pourquoi de tels schémas de justification fonctionnent.

Des voix absentes, un contexte manquant

Un article journalistiquement équilibré sur la chasse au sanglier aurait dû inclure : l’avis de biologistes de la faune sauvage sur la question du contrôle des populations, les perspectives sur le bien-être animal concernant les chiens de chasse utilisés et les risques de blessures, des données sur l’évolution de la population de sangliers sardes malgré une chasse récréative intensive, une référence au statut d’hybridation des animaux sardes et une classification du « mandat social » de la chasse récréative comme une affirmation d’intérêt, et non comme un fait.

Lectures complémentaires : La chasse aux dossiers et le bien-être animal · FAQ : Psychologie des chasseurs amateurs · Mythes sur la chasse aux dossiers ·Exemples de textes pour les initiatives critiques de la chasse · Tous les dossiers

À propos de la chasse de loisir : dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des rapports de fond.

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