24 mai 2026, 08:10

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Chasse

«J'ai tiré et je l'ai immédiatement regretté»: devant le tribunal, la chasse de loisir se révèle être un sport

Un jeune homme se tient en pleurs devant le tribunal de police dans le departement francais de la Loire.

Redaction Wild beim Wild — 24 mai 2026

La vingtaine, employe d'une usine de traitement des eaux a Unieux.

En novembre 2024, il a vu un sanglier sortir d'un bosquet, a saisi le fusil qu'il transporte en permanence dans sa voiture pendant la saison, selon ses propres dires, et a tire. «J'ai tire et je l'ai immediatement regrette», a-t-il declare devant les juges, selon «Le Progres». L'affaire ressemble a un derapage isole. En realite, elle revele quelque chose de bien plus fondamental.

L'association s'inquiete pour «l'image de son sport»

Le journal «Le Progres» a rapporte le 24 mai 2026 toute une serie de cas de chasseurs de loisir qui ont du repondre devant la justice pour appatage, braconnage ou absence de marquage du gibier abattu. Ce qui est remarquable, ce n'est pas l'infraction individuelle, mais la justification avec laquelle l'association de chasse agit fermement contre de tels cas : ils nuiraient «a l'image de leur sport».

Par la, les chasseurs disent eux-memes ce qu'ils contestent habituellement a grands frais. Celui qui parle de son sport pratique un loisir. Or, un loisir ne fonde aucune mission officielle, aucune necessite et encore moins un service rendu a la collectivite. C'est un divertissement de loisir, et rien d'autre.

«Quinze renards par an» : le bilan annuel comme tableau de scores

Dans le meme reportage, une phrase resume tout et donne son titre a l'article : «Je fais quinze renards par an.» Celui qui compte les animaux qu'il a tues comme un score personnel ne decrit pas une gestion ecologique. Il decrit un passe-temps avec objectifs chiffres, une sorte de tableau de saison.

C'est precisement a cet endroit que s'effondre l'argument central de defense de la chasse de loisir. Tant que la mise a mort est presentee comme une tache de service obligatoire, sobre et mal aimee, l'apparence d'une mission publique peut etre maintenue. Mais des qu'un chasseur de loisir annonce fierement ou avec desinvolture son bilan annuel dans une salle d'audience, cette facade tombe. Le droit de chasse en vigueur fournit le cadre approprie en autorisant le tir du renard toute l'annee.

Le mythe de la mission publique

La France fournit l'illustration de ce phenomene a grande echelle. Entre 600’000 et un million de renards y sont tues chaque annee, le predateur est officiellement considere comme une « espece susceptible de causer des degats ». Une base scientifique fait defaut : l'Agence francaise de securite sanitaire de l'alimentation et de l'environnement ANSES a deja conclu en 2023 qu'aucun abattage de renard n'etait justifie pour des raisons sanitaires. Le renard regule les populations de mulots, contient les maladies et stabilise l'equilibre. Il est utile, non nuisible.

Meme le Senat francais se contorsionne pour eviter un classement honnete et ecrit que la chasse ne peut etre « reduite ni a un sport, ni a un loisir, ni a une mission de regulation ». Cette formule est une tentative d'etre tout a la fois sans avoir a rien prouver. Les affaires judiciaires de la Loire montrent combien peu il en reste dans le quotidien. La pretendue mission devient un fusil dans le coffre, degaine a la premiere occasion.

Braconnage la ou « tout le monde sait » que l'on braconne

Le lieu du crime de Pascal n'est pas un hasard. « Tout le monde sait que l'on braconne dans cette zone », cite « Le Progres » l'Office francais de la biodiversite. L'usine de traitement des eaux est connue comme un territoire de sangliers, y compris parmi les employes dont fait partie le jeune homme. La ou l'acte de tuer devient un secret de Polichinelle, la frontiere entre la chasse de loisir legale et le simple braconnage s'efface completement. L'une comme l'autre suivent la meme logique : il y a un animal, donc on tire.

L'impulsion, pas la necessite

« Je n'ai pas reflechi, j'ai saisi mon fusil. Je me suis dit : je peux y arriver. » Le recit de Pascal lui-meme est la description la plus honnete du mecanisme que la psychologie de la chasse nomme depuis longtemps. C'est l'attrait du tir reussi, l'instinct de chasse de l'humain, le plaisir de l'abattage. Ce n'est pas la raison froide d'un gestionnaire qui regule une population sur mandat des autorites.

C'est precisement cette distinction qui est decisive. Une mission publique s'accomplit avec sobriete, controle et transparence. Un loisir vit de l'impulsion. Les larmes de Pascal n'y changent rien. Elles confirment seulement qu'il n'y avait pas la un professionnel a l'oeuvre accomplissant une tache, mais un homme qui a cede a une tentation.

Ce qui reste

Le rapport du département de la Loire vaut donc plus que cent débats. Ce ne sont pas les défenseurs des animaux qui affirment ici que la chasse de loisir est un sport. C'est l'association de chasse de loisir elle-même qui la qualifie ainsi lorsqu'elle craint pour sa réputation. Et les chasseurs de loisir eux-mêmes le confirment lorsqu'ils détaillent leur bilan annuel de renards ou abattent un sanglier parce qu'ils peuvent justement "y arriver".

Une activité qui tire sa satisfaction du fait de tuer et qui comptabilise son taux de réussite ne mérite aucune protection en tant que service d'intérêt général. Elle est ce qu'elle est : un loisir aux dépens des animaux sauvages. Celui qui a compris cela considère toute revendication de davantage de tirs et de dérogations plus longues aux périodes de protection avec un autre regard. Il ne s'agit pas de protection de la nature, il s'agit de la préservation d'un hobby.

Pour en savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse, nous regroupons les vérifications des faits, les analyses et les articles de fond.

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