Italie : un tribunal autorise l'interdiction de la chasse sur sa propre propriété pour des raisons éthiques
Le TAR de Pescara s'appuie sur la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme.
En Italie, un tribunal administratif a reconnu pour la première fois qu'un propriétaire foncier peut faire interdire la chasse de loisir sur ses propres terres pour des raisons éthiques.
Le Tribunale Amministrativo Regionale (TAR) de Pescara a décidé, par arrêt n° 254/2026, qu'un refus éthique de la chasse constitue un motif recevable pour tenir les chasseurs de loisir à l'écart de sa propre propriété. La région ne peut rejeter une telle demande que si elle démontre objectivement que le retrait de la parcelle concernée empêche la réalisation des objectifs du plan régional de la faune sauvage et de la chasse.
L'Italie s'inscrit ainsi dans une évolution qui produit depuis longtemps ses effets dans plusieurs pays européens et que nous avons déjà signalée sur wildbeimwild.com : le droit de garder ses propres terres exemptes de chasse pour des raisons de conscience.
Cinq ans de procédure pour un bout de terrain
À l'origine, il y avait la demande d'une citoyenne. En 2020, elle a demandé au président de la région des Abruzzes d'interdire l'exercice de la chasse sur sa propre propriété, en se fondant sur l'article 15, alinéa 4, de la loi italienne sur la chasse n° 157/1992. Le département de l'agriculture de la région a refusé. S'en est suivi un litige juridique qui s'est étendu sur environ cinq ans.
Le refus s'appuyait notamment sur l'argument selon lequel, dans la région, plus de 30 pour cent du territoire étaient déjà soustraits à la chasse, ce qui serait considéré comme une limite supérieure intangible. En outre, des motifs éthiques ou scientifiques ne seraient pas de nature à justifier une dérogation au sens de l'article 15. Le tribunal a rejeté ces deux suppositions.
Deux constatations centrales du tribunal
L'arrêt repose sur deux piliers. Premièrement, le tribunal a précisé que la limite de 30 pour cent du territoire régional soustrait à la chasse ne constitue pas une limite supérieure intangible. L'autorité ne peut donc pas invoquer de manière générale le fait que le contingent serait épuisé.
Deuxièmement, et de manière plus fondamentale, le tribunal a reconnu les convictions éthiques et morales comme un motif légitime pour exiger une interdiction d'accès aux chasseurs de loisir sur ses propres terres. Si la région souhaite rejeter une telle demande, elle doit exposer de manière détaillée et objective en quoi précisément cette parcelle est indispensable à la réalisation des objectifs du plan de la faune et de la chasse. Les motivations éthiques doivent être dûment prises en compte.
Commentaire de la rédaction: l'Italie ajoute un point de plus à la carte européenne de la protection de la conscience. Qu'une personne puisse refuser que l'on tue sur ses propres terres n'est pas un cas particulier exotique, mais un standard des droits humains. La Suisse continue de refuser ce droit à ses propriétaires fonciers, alors qu'une seule décision politique suffirait pour le leur accorder.
Le fil rouge: la jurisprudence de Strasbourg
L'élément décisif réside dans ce sur quoi le tribunal italien s'appuie: la jurisprudence établie de la Cour européenne des droits de l'homme. Selon celle-ci, un propriétaire foncier n'est pas tenu de tolérer que d'autres chassent sur ses terres lorsque la chasse contredit ses convictions personnelles et morales. Comme la chasse, de l'avis de la Cour, sert majoritairement à des fins de loisir, elle ne doit pas devenir une ingérence disproportionnée de tiers dans la sphère privée.
C'est exactement la ligne que la Cour a tracée dans les affaires Chassagnou contre la France, Schneider contre le Luxembourg et Herrmann contre l'Allemagne. L'Italie suit désormais sa propre voie: non pas par une modification législative nationale comme l'Allemagne, mais par l'interprétation administrative et judiciaire de la loi sur la chasse existante. Le résultat est le même. Quiconque rejette la chasse de loisir pour des raisons éthiques ne devrait pas avoir à la tolérer sur ses propres terres.
Ce que cela signifie pour la Suisse
La Suisse, en tant qu'État partie, est liée par la même Convention européenne des droits de l'homme que la France, le Luxembourg, l'Allemagne et l'Italie. Le droit de faire interdire la chasse sur ses propres terres pour des raisons éthiques est ancré dans les droits humains. Ce qui manque, c'est uniquement la volonté politique de le mettre en œuvre. Le jugement italien montre qu'il n'est pas nécessairement besoin d'une grande réforme législative pour cela, mais qu'une interprétation cohérente du droit en vigueur peut déjà suffire.
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