2 juillet 2026, 13h31

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Faune

Cerf sika invasif dans toute l'UE : la chasse de loisir se rebelle

Les associations de chasse de loisir défendent les intérêts économiques des élevages contre le droit européen de protection des espèces, alors qu'elles réclament l'inverse au sujet du raton laveur.

Rédaction Wild beim Wild — 2 juillet 2026

L'UE classe le cerf sika comme espèce invasive à l'échelle européenne et ordonne la dissolution complète de tous les effectifs en enclos d'ici août 2027. Des milliers d'élevages dans plusieurs États membres sont concernés, dont environ 250 rien qu'en Autriche, et ce sont justement les associations de chasse de loisir qui s'opposent à cette mesure de protection des espèces.

Ce que prévoit le règlement de l'UE

La base est le règlement (UE) n° 1143/2014 relatif à la prévention et à la gestion de l'introduction et de la propagation des espèces exotiques envahissantes, complété par le règlement d'exécution correspondant comprenant la fameuse liste de l'Union. Le cerf sika a été nouvellement inscrit sur cette liste parce qu'il se croise avec le cerf élaphe indigène et peut former des populations hybrides. La réglementation s'applique à l'ensemble de l'Union : la détention, l'élevage, le transport et l'importation de l'espèce seront désormais interdits. Dès août 2026, les animaux mâles et femelles devront être détenus séparément afin d'empêcher toute reproduction ultérieure. D'ici l'été 2027, tous les effectifs devront être entièrement dissous dans l'ensemble de l'espace de l'UE, même si les chiffres concrets et les réactions disponibles à ce jour concernent surtout l'Autriche. Le règlement ne prévoit aucune indemnisation des exploitations.

En Autriche, selon les estimations, environ 7’000 animaux et plus de 250 exploitations sont concernés ; une statistique globale officielle de l'UE portant sur tous les États membres n'est pas encore disponible. Les sources analysées ne fournissent pas encore de chiffres fiables pour d'autres États de l'UE disposant d'élevages de cerfs sika.

Pas de lien direct pour la Suisse, mais des effectifs documentés

La Suisse n'est pas membre de l'UE et n'est donc pas liée par le règlement (UE) n° 1143/2014. Pour les espèces exotiques envahissantes, ce sont l'ordonnance sur la chasse (OChP) ainsi que les compétences d'exécution cantonales qui s'appliquent chez nous ; il n'existe pas d'obligation à l'échelle de l'Union de dissoudre entièrement les effectifs comme dans l'UE.

Cela ne signifie toutefois pas que la Suisse soit épargnée par cette problématique. Comme un rapport du canton de Zurich documenté, il existe des populations permanentes de cerfs sika dans la région frontalière avec l'Allemagne, dans les cantons de Zurich et de Schaffhouse. Celles-ci sont notamment issues d'animaux échappés d'enclos privés. Cela démontre que la détention en enclos clôturé n'offre aucune garantie fiable contre la propagation d'une espèce classée comme invasive dans les populations sauvages en liberté, y compris en dehors de l'UE.

Les associations de chasse de loisir se positionnent contre le droit de la protection de la nature

Il est remarquable de constater qui s'oppose ici à une mesure de l'UE visant à protéger la biodiversité : en premier lieu Jagd Österreich et la Fondation autrichienne pour la faune sauvage. En Autriche, le président de Jagd Österreich, Anton Larcher, et le président de la Fondation autrichienne pour la faune sauvage, Max Mayr Melnhof, se rangent ostensiblement aux côtés des éleveurs de gibier de ferme. Larcher a annoncé qu'il soutiendrait les demandes de dérogation des exploitations concernées, à condition que les animaux soient marqués par des boucles d'oreille.

Ce positionnement correspond à un schéma récurrent : dès que les intérêts économiques des chasseurs de loisir et des exploitations d'élevage et de commercialisation associées sont touchés, le récit habituellement soigné de la «régulation responsable des populations» se retourne soudainement contre la protection des espèces elle-même. La viande du cerf sika est commercialisée par les exploitations d'élevage comme un mets délicat, avec un intérêt économique correspondant élevé pour le maintien des populations. L'association des éleveurs de cerfs sika chiffre le dommage menaçant, rien qu'en Autriche, à environ 16 millions de francs.

Double standard : pour le raton laveur, c'est le contraire qui s'applique

La comparaison avec le raton laveur montre à quel point la position des chasseurs de loisir vis-à-vis des espèces invasives est contradictoire. Lui aussi figure sur la liste de l'Union européenne des espèces invasives, mais ici, le même lobby qui milite pour le maintien des populations dans le cas du cerf sika réclame une chasse aussi intensive que possible. Rien qu'en Allemagne, au cours de l'année de chasse 2024/2025, selon la Fédération allemande de la chasse, 282’499 ratons laveurs ont été tués, avec une tendance à la hausse d'année en année. L'Allemagne ne peut toutefois présenter aucun chiffre fiable concernant les dommages économiques réels causés par le raton laveur.

Des études scientifiques relativisent en outre la dangerosité de l'espèce diffusée par les associations de chasse. Un travail de recherche de plusieurs années mené par la Dre Berit Michler a montré que les ratons laveurs se nourrissent surtout de vers de terre, d'escargots et de fruits, et que les espèces menacées font à peine partie de leur spectre de proies. De plus, des études d'écologie des populations démontrent qu'une forte pression de chasse chez le raton laveur entraîne un taux de reproduction plus élevé, si bien que les pertes dues à la chasse sont ainsi compensées, voire surcompensées.

La différence avec le cerf sika est évidente : chez le raton laveur, le classement comme espèce invasive sert aux chasseurs de loisir de justification pour une chasse de loisir pratiquement illimitée, sans bénéfice avéré pour la protection des espèces. Chez le cerf sika, qui présente un intérêt économique en tant que gibier d'élevage commercialisable, le même classement est soudain critiqué comme «déconnecté de la réalité» et «excessif». Ce qui est déterminant n'est manifestement pas la menace écologique réelle, mais la question de savoir quels intérêts économiques sont concernés dans chaque cas.

Fondement scientifique de la décision de l'UE

L'UE justifie ce classement par le risque d'hybridation entre le cerf sika et le cerf rouge, qui peut conduire à un mélange génétique et, à long terme, à l'éviction des populations pures de cerf rouge. Ce phénomène est documenté dans plusieurs pays européens où des populations de sikas en liberté se sont établies. Certains critiques soulignent certes qu'aucun cas documenté d'éviction du cerf rouge n'est connu à ce jour en Autriche. Cela ne change toutefois rien au fait que le règlement de l'UE suit le principe de précaution du droit européen de la protection des espèces et intervient de manière préventive, avant que des évasions d'enclos ne provoquent un mélange irréversible des populations sauvages, comme cela s'est déjà produit ailleurs, par exemple dans la zone frontalière avec la Suisse.

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