Autriche : sport canin aux dépens du faisan et du canard
Les Field Trials sont considérés par les conducteurs de retrievers comme le point culminant sportif. Ce qui commença jadis en Angleterre comme une épreuve de performance liée à la chasse s'est développé en Autriche en une niche réservée à un milieu restreint et bien connecté. Derrière la façade des juges internationaux, des titres de champion et d'une prétendue tradition se cache cependant une pratique qui soulève des questions de plus en plus pressantes d'éthique et de protection animale.
Le Club autrichien du retriever organise chaque année une série de Field Trials.
Officiellement, il s'agit de concours dans lesquels le travail des chiens de chasse est évalué lors d'une journée de chasse pratique. Les règlements exigent que du gibier vivant et réel soit abattu afin que les chiens puissent le rapporter. Le succès sportif des participants dépend donc directement du fait qu'un nombre suffisant d'animaux soit tué durant les manifestations.
Dans la pratique, ces trials ressemblent à une chasse mise en scène. Le déroulement suit un schéma fixe. Plusieurs dizaines de chiens sont engagés successivement en petits groupes, tandis que des tireurs sélectionnés abattent continuellement des animaux sauvages. La scène évoque moins une pratique cynégétique responsable qu'un spectacle de performance sportive calqué sur des modèles britanniques.
Doutes sur le caractère naturel et la nécessité cynégétique
La notion de journée de chasse est centrale dans la justification de ces manifestations. Or de nombreux indices sèment le doute quant à savoir s'il s'agit de chasses régulières qui seraient nécessaires dans le cadre de la gestion du petit gibier. L'organisation logistique, les tableaux de chasse élevés et récurrents sur de petites surfaces, ainsi que le fait que les épreuves sont liées à des dates de compétition, indiquent plutôt que la chasse de loisir est ici au service du sport canin, et non l'inverse.
Des tableaux de chasse inhabituellement élevés et l'abattage spatialement très concentré de faisans, canards ou cailles ne peuvent guère résulter de conditions naturelles en pleine campagne. Tout indique qu'au moins une partie du gibier provient d'élevages et a été lâchée au préalable. On crée ainsi un processus artificiel offrant aux chiens des situations aussi standardisées que possible. Du point de vue de la protection des animaux et des principes éthiques de la chasse, une telle pratique est problématique.
La question de la nécessité cynégétique se pose avec d'autant plus d'acuité que nombre des conducteurs de chiens actifs ne chassent pas eux-mêmes. L'objectif de la démarche apparaît alors clairement : les chiens doivent remporter des titres. Les animaux en paient le prix.
Un milieu restreint, une consommation élevée de gibier
Bien que les field trials ne soient pratiqués activement que par une minorité de personnes en Autriche, de nombreuses manifestations ont lieu chaque année. Chacune d'elles requiert du gibier en quantités non négligeables. Au fil d'une saison, les chiffres s'accumulent de façon considérable. Cette pression touche en premier lieu les espèces de petit gibier, dont les populations sont déjà sous pression.
Alors que les associations de chasse expriment publiquement leur inquiétude face au déclin du petit gibier, ce sont précisément des compétitions canines qui génèrent une pression supplémentaire sur ces espèces. La contradiction ne saurait être plus grande.
Des entraînements loin du regard public
Les compétitions ne sont que la partie émergée de l'iceberg. Les entraînements se déroulent sur une grande partie de l'année et ont lieu en partie dans des territoires privés loués. Le public n'y a aucun accès. Là aussi, des animaux sauvages morts sont au cœur de la formation. L'approvisionnement s'effectue soit par le biais de gibier d'élevage, soit par des journées de chasse supplémentaires organisées spécifiquement à des fins d'entraînement.
La notion de chasse devient ainsi un instrument technique au service du sport canin. Les animaux qui périssent lors de ces entraînements ne sont pas abattus parce que cela serait nécessaire à la gestion du territoire, mais parce qu'on en a besoin pour la carrière sportive d'un chien.
Les points zéro de l'éthique cynégétique
L'image que renvoient les field trials est en contradiction avec la conception moderne de la chasse et de la protection de la faune. La chasse devrait impliquer responsabilité, durabilité et respect de la vie. Dans les field trials, l'animal se réduit à un simple objet d'évaluation. Cette approche apparaît comme un anachronisme hérité d'une époque où la morgue aristocratique et la mise en scène sociale primaient sur l'écologie de la faune sauvage.
Le fait qu'un style social propre se soit développé autour de cette scène, fortement inspiré des traditions anglaises, renforce l'impression d'un milieu hautain ayant peu à voir avec la réalité de la chasse autrichienne. Beaucoup de choses semblent n'être qu'un cadre décoratif dans lequel l'éthique cynégétique joue à peine un rôle.
Il est temps d'ouvrir un débat
Les field trials recèlent un problème structurel. Ils nécessitent du gibier à tirer, mais leur légitimation cynégétique est mince. Ils revendiquent le couvert de la chasse de loisir, mais servent avant tout le sport canin. Les animaux en sont les grands perdants.
Il faut donc de la transparence, une évaluation juridique claire et la question de savoir si de telles manifestations peuvent être compatibles avec une protection animale contemporaine et une pratique responsable de la chasse.
Tant que des animaux meurent au service d'ambitions sportives, cette forme de sport canin reste éthiquement indéfendable.
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