200 renards et blaireaux morts : Chasse de loisir en Autriche
Près de 200 renards, blaireaux et martres morts – étalés sur l'asphalte, transportés en brouette, photographiés et célébrés. Voilà à quoi ressemblait début mars 2026 la « présentation du tableau » après une battue à Uttendorf dans le Salzbourg. Beaucoup des femelles abattues étaient déjà gestantes à ce moment-là. Avec elles sont morts des petits à naître.
Ce que les chasseurs de loisir qualifient de « dernier honneur » et de « recueillement », les défenseurs des animaux l'appellent par son nom : un massacre scientifiquement réfuté avec un soutien politique et une image que le lobby de la chasse de loisir préférerait ne pas voir dans l'espace public.
Ce qui s'est passé à Uttendorf
L'incident s'est produit peu après le début de la période de protection le 1er mars 2026. Les chasseurs de loisir du district de Braunau am Inn ont présenté ensemble le tableau de plusieurs semaines de chasse de loisir. Lutz Molter, vice-président de « Jagd Österreich », a défendu l'action auprès des médias comme un « monitoring » et a souligné que normalement une telle présentation de tableau a lieu dans un pré, comme si le lieu était le véritable problème.
Le président de VGT DDr. Martin Balluch l'a formulé clairement :
Comment peut-on haïr ces animaux au point de les tuer avec plaisir et joie ?
La question reste en suspens et avec elle la revendication d'un changement fondamental de mentalité dans la politique cynégétique autrichienne.
Ce que dit la science et ce qu'affirment les chasseurs de loisir
L'argument de l'échinocoque du renard est le grand classique de la justification cynégétique : Il ne résiste pas à l'examen scientifique. Là où les renards ne sont pas chassés depuis des décennies, dans le canton de Genève, au Luxembourg, dans la ville de Vienne, aucune épidémie ni dégradation mesurable chez les oiseaux nicheurs au sol n'est documentée. Au contraire : la chasse intensive de loisir au renard conduit de manière avérée à des populations plus jeunes, immunodéprimées avec un potentiel de propagation de maladies plus élevé (Comte et al. 2017; Ewald & Eckert 1993; Rushton et al. 2006). Comme le montre l'analyse de la chasse au renard de wildbeimwild.com, la même argumentation de lobby s'applique sans changement en Suisse, en Autriche et en Allemagne, bien que les faits soient univoques.
L'argument des oiseaux nicheurs au sol : La prétendue fonction protectrice pour la perdrix grise, le vanneau et l'alouette des champs ne tient pas non plus. Les populations de ces espèces ne reculent pas à cause du renard, mais à cause de la perte de leurs habitats par l'agriculture intensive. Qui tire le renard ne sauve aucune alouette des champs. Il tire simplement un renard.
Le blaireau bénéficie de la protection de l'Annexe III de la Convention de Berne : une chasse n'est autorisée que tant que la population n'est pas menacée. La population autrichienne de blaireaux ne s'est rétablie qu'avec peine après les gazages généralisés de terriers des années 1970 pour combattre la rage. Un abattage massif comme à Uttendorf est en contradiction directe avec cet esprit de protection et avec les engagements que l'Autriche a pris au niveau international.
La tradition comme prétexte de protection
« Tradition » est l'argument le plus utilisé par le lobby de la chasse de loisir quand les justifications factuelles manquent. Que cette tradition soit célébrée en 2026 sur un parking asphalté avec des brouettes et des photos de téléphone montre à quel point le rituel s'est éloigné de tout contexte écologique.
Face à cela se dresse la réalité juridique : la loi autrichienne sur la protection des animaux exige une « raison valable » pour l'abattage d'animaux. Elle n'existe pas pour la chasse aux prédateurs selon les connaissances scientifiques actuelles. La tradition seule n'est pas une raison valable, les tribunaux l'ont déjà clarifié dans d'autres domaines.
Le problème structurel de l'Autriche
Uttendorf n'est pas un cas isolé, c'est un symptôme d'un système malade. L'Autriche manque, contrairement à la ville de Vienne ou au Luxembourg, d'une régulation cohérente et scientifique de la chasse aux prédateurs. L'Association autrichienne de protection des animaux documente que selon le droit de chasse en vigueur, même les animaux domestiques peuvent être abattus dès qu'ils s'éloignent de plus de 300 mètres de l'habitation.
Une défaillance de contrôle similaire se manifeste aussi lors d'abattages de grand gibier : comme wildbeimwild.com l'a récemment rapporté, un chasseur de loisir a abattu un cerf à St. Wolfgang en pleine période de protection, un cas représentatif d'un déficit structurel d'application dans l'administration cynégétique autrichienne. Le contrôle n'a de facto pas lieu. Les conséquences non plus.
Ce qui serait nécessaire maintenant
Les organisations de protection des animaux exigent une interdiction de la chasse de loisir sur les petits prédateurs. Une revendication qui est systématiquement ignorée depuis des années dans la législation cynégétique des Länder. Ce qui manque, c'est le courage politique : un moratoire scientifique sur la chasse de loisir aux prédateurs, comme Vienne, Genève et le Luxembourg l'ont depuis longtemps montré.
Qui veut comprendre à quel point le problème est ancré dans la structure cynégétique trouvera dans notre dossier « Chasse en Suisse : chiffres, systèmes et la fin d'un narratif » une analyse factuelle. Les mécanismes sont les mêmes en Autriche.
Uttendorf reviendra. Tant que les lois sur la chasse sont co-rédigées par des lobbys et que la «tradition» sert de laissez-passer, ce n'est qu'une question de date.
Dossiers : Le renard en Suisse : Prédateur le plus chassé sans lobby | Chasse au renard sans faits : Comment JagdSchweiz invente des problèmes
Sources :
- Comte, S. et al. (2017) : Echinococcus multilocularis management by fox culling: An inappropriate paradigm, Preventive Veterinary Medicine, 147, 178–185.
- Ewald, D. & Eckert, J. (1993) : Verbreitung und Häufigkeit von E. multilocularis bei Rotfüchsen in der Schweiz, Zeitschrift für Jagdwissenschaften.
- Rushton, S. P. et al. (2006) : Effects of Culling Fox Populations at the Landscape Scale, Journal of Wildlife Management, 70(4), 1102–1110.
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