31 mai 2026, 18h05

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Chasse

Trophées en Bohême, tirs en Alsace, cadavres sur Instagram : Dominik Feusi et la chasse de loisir comme vision du monde

Le scandale de plagiat entourant le vice-rédacteur en chef du «Nebelspalter» Dominik Feusi a atteint un public plus large. Mais celui qui veut comprendre ce que cet homme représente réellement n'a pas besoin de s'attarder sur le commentaire volé sur le Proche-Orient. La véritable histoire se trouve sur son profil Instagram public. Là, Feusi documente depuis des années que la chasse de loisir n'est pas pour lui une coutume locale, mais un mode de vie international aux dépens de la faune.

Rédaction Wild beim Wild — 31 mai 2026

Un post du 4 octobre 2023 montre un brocard mort gisant au sol à côté d'un fusil.

Les yeux vides de l'animal fixent le néant. Feusi écrit à ce sujet : «I am always thankful when everything was right and I had the chance to shoot an animal. It is like becoming part of this huge cicle of nature.» Hashtags : #jagd #hunting #nature #chasse #switzerland.

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Photo : Instagram @Feusl

Ce n'est pas de la modestie. C'est l'idéologie classique de la chasse de loisir à l'état pur : embellir son propre acte de mise à mort comme une communion spirituelle avec la nature, mettre en scène la mort d'un animal comme un accomplissement personnel et ennoblir le tout avec l'aura du «cycle de la nature». Ce qui manque dans cette vision du monde, c'est l'animal lui-même. Il existe comme surface de projection pour les besoins du tireur, et non comme un être vivant doté de sensibilité.

Le tourisme de chasse comme programme

Feusi ne chasse pas seulement chez lui. Son profil montre une étendue géographique qui rend le mot «touriste de chasse» tout simplement approprié.

En mai 2024, il poste depuis Mašovice, dans la région de Plzeň, en Bohême occidentale, en Tchéquie. Feusi sourit à côté d'un brocard abattu dans un champ de céréales. Légende : «Mon premier brocard en Bohême, approché à travers le champ ouvert.» Hashtags : #jagd #bohemia #hunting #pirsch.

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Photo : Instagram @Feusl

En novembre 2023, il publie depuis l'Alsace et les Vosges, en France. Gilet de chasse orange, chapeau, selfie devant une forêt automnale. «Salutations de la forêt. Toujours agréable d'être à la #chasse.» #chasse #hunting #deerhunting #alsace.

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Photo: Instagram @Feusl

En Suisse, il chasse régulièrement, documentant le tout avec des gros plans de fusil, des perspectives à la première personne depuis l'affût et des photos de trophées. En octobre 2024, il publie l'ouverture de la chasse au chevreuil avec une vue par-dessus le canon du fusil dans les sous-bois: «Ouverture de la chasse au chevreuil.» #meateater. En novembre 2024, il immortalise en noir et blanc son avant-dernier jour de chasse: «Salutations de la forêt, avant-dernier jour de chasse.»

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Photo: Instagram @Feusl

Il ne s'agit pas d'un chasseur de loisir local qui connaît et entretient sa forêt. Il s'agit de tourisme de chasse par-delà les frontières, où la réserve sert de décor pour le prochain tir.

«Ready for the next deer»: l'arme comme objet de lifestyle

Un post du 6 novembre 2024 montre un fusil à deux coups gravé et ouvert en gros plan, deux cartouches insérées (RWS Rottweil 12/70), un sol forestier automnal en arrière-plan. Légende: «Ready for the next deer.» Hashtags: #hunting #stalking #outdoors #nature #arms.

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Photo: Instagram @Feusl

«The next deer». Pas «un chevreuil», pas «du gibier» comme partie d'un écosystème. «The next deer», comme le prochain article sur une liste. Le langage trahit l'attitude: l'animal comme prochaine cible d'une série, l'arme comme accessoire dans une image soigneusement composée. Ce n'est pas de la culture de la chasse. C'est la chasse comme symbole de statut.

«Reconnaissant envers la nature» et ce que cela signifie

En octobre 2024, Feusi publie une photo de trophée prise en Suisse. Tenue de chasse, flanc de montagne brumeux, à ses côtés un chevreuil fraîchement abattu. Il sourit. Légende: «Reconnaissant envers la nature.» #jagd #hunting #meat #nature. 93 likes.

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Photo: Instagram @Feusl

«Reconnaissant envers la nature» est, dans le langage de la chasse de loisir, une formule toute faite servant à se décharger moralement: celui qui est reconnaissant a de bonnes intentions. Celui qui dit «nature» la protège. Ce que montre l'image contredit le texte: un corps mort, un tireur souriant, une arme. La nature apparaît comme un décor de fond, et non comme un système digne de protection.

Un post du 15 juin 2025 rend ce rapport à la nature encore plus visible: un mur de béton densément occupé, flanqué d'étagères à vin, rangée après rangée de crânes de cerfs et de chevreuils montés avec leurs bois. Le commentaire de Feusi: «Hunting trophies arranged at the wall.» Hashtags: #hunting #trophies #deer #switzerland.

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Photo: Instagram @Feusl

Le jour où tout s'effondre

Il existe un détail qui relie indissociablement l'histoire de la chasse et celle du plagiat, et qui n'a jusqu'ici été mis en évidence aussi clairement nulle part.

Le 2 octobre 2024, Feusi publie une perspective subjective depuis la forêt suisse, fusil en joue, regard plongé dans le sous-bois. Légende : « Ouverture de la chasse au chevreuil. » Le 3 octobre 2024, un jour plus tard, paraît dans le « Nebelspalter » cet article qu'il a copié à environ 90 pour cent du « Telegraph » britannique.

Trophées en Bohême, tirs en Alsace Dominik Feusi et la chasse de loisir comme vision du monde
Photo : Instagram @Feusl

Feusi a lui-même expliqué au « Blick » comment cela s'est produit : ce jour-là, le « Nebelspalter » avait encore besoin d'urgence d'un article, et il était seul responsable du site web. Il a donc traduit un texte étranger, supprimé les indications de source et l'a publié sous son propre nom.

Ce que Feusi n'a pas dit, mais que son Instagram montre : il était vraisemblablement à la chasse. Pas au Palais fédéral. Pas à son bureau. Dans la forêt, avec le fusil.

C'est là le véritable nœud de cette histoire. Non pas le plagiat comme erreur isolée d'un journaliste surmené, mais un chasseur de loisir qui accorde plus d'importance à sa journée de chasse qu'à sa profession, qui glisse rapidement une histoire volée pour combler le vide, et qui commet ce faisant une fraude journalistique fondamentale. La chasse de loisir a évincé le journalisme. Pas une seule fois, mais de manière structurelle.

3’513 publications, un seul thème : la mise en scène de la mise à mort et de la consommation

Le profil Instagram de Dominik Feusi compte plus de 3’500 publications. Un fil rouge traverse les années : la documentation systématique d'animaux abattus et de leur consommation ultérieure. Chevreuils fraîchement tirés, cuisses de chevreuil crues sur la planche à découper, côtes de chevreuil grillées avec le hashtag #eatyourmeat, murs de trophées remplis de crânes, entre cela du fromage de tête, des saucisses Käsekrainer, du Culatello di Zibello, du jambon salé, des charcuteries de toutes sortes.

Ce n'est pas un compte de cuisine occasionnel. C'est une mise en scène de soi entretenue durant des années, dans laquelle la mise à mort et la consommation d'animaux sont placées au centre d'une identité publique. Les hashtags sont révélateurs : #hunting #eatyourmeat #venison #jagd #meat #trophies. Pas un mot sur la durabilité, l'écologie ou le bien-être animal. Tuer comme style de vie, manger comme déclaration.

Ce que Feusi consomme et documente ainsi est medicalement clairement classe. L'OMS/CIRC classe la viande transformee, c'est-a-dire la viande salee, fumee et fermentee comme les saucisses et le jambon, comme cancerogene du groupe 1 : cancerogene pour l'etre humain. C'est la meme categorie de preuve que la fumee de tabac et l'amiante.

Le lobby de la chasse de loisir vend depuis des annees la viande de gibier comme une alternative saine et naturelle a la viande industrielle. Ce que montre le profil de Feusi est le contraire de ce recit : une consommation massive de viande transformee et de gibier rouge, combinee a la mise a mort d'animaux comme loisir, documentee avec le hashtag #eatyourmeat. Non pas un lien avec la nature. La consommation comme identite.

Valoriser l'habitat ? C'est le contraire qui est vrai

Le lobby de la chasse de loisir repete inlassablement que la chasse de loisir protege l'habitat et est necessaire a l'« equilibre » des populations d'animaux sauvages. Le profil Instagram de Feusi montre ce qui se cache derriere.

Un homme qui tire en Tchequie son « premier chevreuil en Boheme », qui chasse a l'affut le cerf en Alsace et qui « ouvre » la chasse au chevreuil en Suisse ne s'interesse pas a la valorisation de l'habitat. Il s'interesse au prochain tir. La reserve de chasse n'est pas un pays qu'il connait et protege, mais une ressource qu'il moissonne, et ce de maniere transfrontaliere.

Le tourisme de chasse est le contraire de la protection de l'habitat. Il amene des tireurs etrangers a la region dans des reserves de chasse qu'ils ne connaissent pas et dont ils n'assument pas la responsabilite a long terme. Il ne reduit pas les populations d'animaux sauvages selon des criteres ecologiques, mais selon le critere de la meilleure experience de tir. Davantage sur la classification scientifique de ces mythes se trouve dans notre dossier sur la chasse de loisir.

« Chasseur de gibier » : le profil d'auteur comme document

Tout cela serait une affaire privee si cela ne figurait pas sur la page d'auteur officielle de son employeur. Le « Nebelspalter » decrit publiquement Feusi comme « historien, Schwyzois et chasseur, aussi bien de gibier que de bonnes histoires ». Son identite de chasseur de loisir n'etait pas un secret. Elle faisait partie de sa presentation professionnelle en tant que journaliste au Palais federal, mentionnee au meme titre que sa formation academique.

Dominik Feusi
Capture d'ecran Nebelspalter

Un journaliste au Palais federal, dont l'editeur le commercialise comme chasseur de loisir actif et touriste de chasse international, n'est pas un observateur independant de la politique federale. Il est un representant d'interets muni d'une carte de presse. Le conflit d'interets n'etait pas cache. Il etait au programme.

Un milieu qui se démasque lui-même

L'affaire Feusi n'est pas un accident de parcours. Elle est le résultat logique d'un milieu qui place l'opinion au-dessus du métier, l'idéologie au-dessus de l'intégrité et le réseautage au-dessus de l'indépendance. Ce que son profil Instagram documente depuis des années, c'est l'idéologie de la chasse de loisir dans sa forme la plus crue : tuer des animaux comme accomplissement spirituel, des cadavres comme contenu lifestyle, des réserves internationales comme bien de consommation, et le risque cancérigène classé par l'OMS mis en scène fièrement au menu.

Qui comprend cela comprend aussi le «Nebelspalter». Et qui comprend le «Nebelspalter» comprend pourquoi un journaliste sérieux du Palais fédéral comme Fabian Schäfer a quitté la maison avant même que Feusi n'y ait travaillé un seul jour.

Plus sur le thème de la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des reportages de fond.

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