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Chasse

Sauvetage des faons et chasse de loisir : qui paie ?

Les images sont émotionnellement puissantes : des bénévoles sillonnent les prairies à l'aube avec des drones et des caméras thermiques, à la recherche de faons de chevreuil, et portent les jeunes animaux apeurés hors des parcelles avant le passage de la faucheuse. Dans les médias, les organisations de chasseurs sont louées pour cela comme des défenseurs altruistes de la nature.

Rédaction Wild beim Wild — 6 décembre 2025

Pourtant, ces mêmes animaux sont libérés à la chasse de loisir quelques mois plus tard.

Parallèlement, dans de nombreuses régions de montagne, les coûts liés à l'entretien des forêts protectrices, aux clôtures de rajeunissement et à la prévention des dégâts causés par le gibier explosent, et sont majoritairement supportés par le public.

Ce qui ressemble à du bénévolat se révèle, à y regarder de plus près, être un loisir coûteux aux lourdes répercussions financières pour les contribuables et les forêts.

Le sauvetage des faons comme parfait décor de relations publiques

Le sauvetage des faons par drone s'est développé en Suisse en un mouvement organisé de façon professionnelle. L'association Rehkitzrettung Schweiz rapporte que plus de 25’000 faons de chevreuil ont déjà été sauvés de la mort par faucheuse ces dernières années grâce à des multicoptères et des caméras thermiques. Lors de la saison 2025, ce sont environ 6’500 jeunes animaux qui ont été sauvés selon les médias, un record absolu.

Dans le même temps, les statistiques officielles font encore état d'environ 1’500 faons tués lors des fauches chaque année, et les spécialistes estiment que le nombre réel est nettement plus élevé.

Les images de ces opérations de sauvetage se prêtent admirablement à une campagne d'image en faveur de la chasse de loisir. Elles donnent l'impression que des personnes s'engagent de manière désintéressée et bénévole pour la faune sauvage. Ce qui disparaît de la perception publique, c'est que ces mêmes chasseurs problématiques chassent précisément cette espèce quelques mois plus tard et en tuent des milliers selon les plans d'abattage fixés par les autorités.

Des dizaines de milliers de chevreuils abattus chaque année

Un regard sur les statistiques fédérales de la chasse révèle l'ampleur du phénomène : lors de l'année de chasse 2024, 42’404 chevreuils ont été abattus en Suisse, sans compter les animaux accidentés et les abattages spéciaux. Ce chiffre inclut également quelque 10’000 faons chaque année. Parallèlement, selon l'Office fédéral de l'environnement, environ 135’000 chevreuils vivent en Suisse.

La chasse de loisir n'est donc pas un phénomène marginal, mais une intervention massive et annuelle dans la population de chevreuils. Les associations de chasseurs font valoir que ces interventions sont nécessaires pour limiter les dégâts causés par le gibier dans les forêts et l'agriculture. Les critiques rétorquent que le système contribue précisément à engendrer les problèmes qu'il prétend résoudre. C'est notamment le cas du conflit croissant entre forêt et gibier dans les forêts protectrices.

Forêt protectrice : une valeur de plusieurs milliards, des coûts de plusieurs millions

Environ la moitié de la forêt suisse est considérée comme forêt protectrice. Elle protège les agglomérations, les voies de communication et les infrastructures contre les avalanches, les chutes de pierres, les glissements de terrain et les laves torrentielles. Les services spécialisés estiment la valeur de cette prestation de protection à environ 4 milliards de francs par an.

Pour que la forêt protectrice puisse remplir cette fonction, elle doit être entretenue et régénérée. Les contributions publiques versées à cet effet par la Confédération et les cantons s'élevaient en 2020 à un peu plus de 160 millions de francs, soit bien moins que la valeur des prestations fournies, mais représentant néanmoins un montant considérable issu des deniers publics.

Des exemples concrets illustrent l'ampleur du phénomène :

  • Dans le canton des Grisons, environ 16 millions de francs par an sont budgétés pour l'entretien de la forêt protectrice.
  • Rien qu'en 2023, les propriétaires forestiers de la forêt protectrice grisonne ont reçu de la Confédération et du canton des contributions d'un montant de 14,54 millions de francs pour l'entretien d'environ 1 750 hectares.

L'entretien de la forêt protectrice est en principe financé par la Confédération, les cantons, les communes et les bénéficiaires. Dans les faits, une grande partie de ces fonds provient des caisses fiscales générales.

Abroutissement en forêt protectrice : quand les cerfs dévorent la forêt de demain

Parallèlement à la crise climatique, les forêts protectrices sont soumises à une pression croissante due à l'abroutissement par le gibier. Une analyse des données d'abroutissement montre que les essences d'arbres particulièrement importantes pour l'avenir des forêts sont les plus touchées.

  • Pour le frêne et l'érable, l'intensité d'abroutissement à l'échelle nationale est respectivement de 14 et 19 pourcent ; dans certaines régions alpines, ces espèces sont abrouties jusqu'à 35 à 47 pourcent.
  • L'Institut fédéral de recherches WSL constate que le chêne, le sorbier des oiseleurs, l'if et le pin sylvestre n'ont guère de chances de se développer sans mesures de protection dans de nombreux endroits.
  • Un aperçu récent de l'influence de la faune sauvage et du renouvellement des arbres, basé sur des données cantonales, montre que dans une partie des forêts suisses, les abroutissements compromettent sérieusement le renouvellement visé.

La situation est particulièrement critique en forêt de montagne. Les forestiers signalent que dans les forêts protectrices, les jeunes pousses sont souvent rares ou composées des mauvaises essences. La conséquence : les forêts protectrices deviennent instables, leur fonction protectrice diminue, et il faut ériger ou renforcer des ouvrages de protection techniques coûteux. Une étude sur les conséquences des dégâts d'abroutissement au Putzer Berg dans le Prättigau montre comment les dégâts causés par le gibier en forêt protectrice peuvent entraîner des surcoûts à long terme pour des ouvrages de protection supplémentaires.

Un article récent sur la forêt protectrice des Grisons résume la situation : les forêts protectrices se régénèrent à peine par endroits, les essences sensibles disparaissent, et des coûts se chiffrant en milliards pour des ouvrages de protection menacent à long terme si l'influence de la faune sauvage n'est pas réduite.

Articles complémentaires

Chasse, densité du gibier et le facteur humain

Le lobby de la chasse et les autorités renvoient régulièrement à la chasse comme solution contre l'abroutissement excessif par le gibier. Là où les populations de cerfs rouges ont fortement augmenté et où les forêts protectrices sont menacées, les quotas d'abattage sont relevés et les chasses d'intervention sont préconisées.

Dans le même temps, la pratique montre :

  • Dans de nombreuses régions, les populations de chevreuils et de cerfs rouges restent élevées malgré la chasse. Plusieurs cantons font état de situations d'abroutissement durablement critiques.
  • Les autorités soulignent que des populations élevées d'ongulés dans les forêts protectrices empêchent la croissance naturelle d'essences importantes et menacent ainsi non seulement la biodiversité, mais explicitement aussi la fonction protectrice de la forêt.

Les détracteurs de la chasse font valoir que le système cynégétique lui-même fait partie du problème. En particulier dans les districts soumis à une forte pression de chasse, les chevreuils et les cerfs déplacent davantage leur activité vers la nuit et se réfugient le jour dans des zones difficiles d'accès et offrant une bonne couverture. C'est précisément là que se trouvent fréquemment les forêts protectrices. Des études et des guides consacrés à la problématique forêt-gibier soulignent à quel point le comportement du gibier est influencé par les dérangements, les régimes de chasse et la structure forestière.

Cela conduit à un tableau paradoxal :

  • La pression de chasse refoule le gibier vers les versants des forêts protectrices inaccessibles, où il se concentre pour brouter.
  • Les dégâts d'abroutissement qui en résultent sont combattus par des clôtures de régénération, des mesures de protection et un entretien coûteux des forêts protectrices.
  • Ces mesures sont financées en grande partie par des fonds publics.

Wild beim Wild critique depuis longtemps le fait que la chasse amateur contribue précisément à engendrer les problèmes forestiers pour la résolution desquels elle se présente ensuite comme un partenaire prétendument indispensable.

Ce que les contribuables financent réellement

Qui suit les flux de financement réalise rapidement à quel point la collectivité paie pour les conséquences du système cynégétique :

  1. Entretien des forêts protectrices et prestations forestières
    Cent millions de contributions de la Confédération et des cantons s'écoulent chaque année dans l'entretien, la régénération, la desserte et la stabilisation des forêts protectrices.
  2. Prévention des dégâts causés par le gibier et clôtures
    Des cantons comme Zurich ou Schwyz encouragent des mesures coûteuses de prévention des dégâts causés par le gibier en forêt, y compris des clôtures de régénération dont la création, l'entretien et le démontage sont partiellement pris en charge par les fonds publics.
  3. Ouvrages de protection techniques résultant de l'abroutissement
    Là où les forêts protectrices ne peuvent plus remplir leur rôle en raison de l'absence de régénération, des pare-avalanches supplémentaires, des digues et d'autres ouvrages doivent être construits ou renforcés. Des études sur les conséquences de l'abroutissement en forêt protectrice montrent que des surcoûts considérables peuvent en découler.
  4. Subventions indirectes au système cynégétique
    Les organisations de chasse profitent des infrastructures, des régimes d'indemnisation des dégâts causés par le gibier, des programmes en faveur des forêts protectrices, de la gestion policière et administrative de la chasse, ainsi que de projets d'image tels que le sauvetage des faons, dont l'acceptation sociale cautionne la chasse de loisir.

La facture est payée par des citoyens qui n'ont souvent que peu d'affinités avec la chasse amateur, mais qui participent aux coûts induits via les impôts, les taxes et les redevances.

L'affirmation selon laquelle les chasseurs amateurs favorisent la biodiversité est pour le moins audacieuse. Dans le meilleur des cas, ils ne la dégradent peut-être pas. Le lièvre des champs, par exemple, est toujours chassé, alors qu'il figure sur la liste rouge des espèces menacées. En quoi cela constitue-t-il un service rendu à la collectivité par la chasseurs amateurs, le bon sens ne parvient pas à le saisir. La densité la plus élevée de lièvres des champs a été mesurée en 2016 avec 17,7/100 ha dans le canton de Genève, là où la chasse est interdite. C'est là que des gardes-chasse professionnels s'occupent de la gestion de la faune sauvage. Il s'agit de la première densité supérieure à 17 lièvres/100 ha depuis 2006 dans toute la Suisse.

En dépit de la loi sur la protection des animaux, les chasseurs amateurs commettent, à l'abri du regard public, d'abominables actes de cruauté envers les animaux, voire des infractions pénales.

Le sauvetage des faons par les chasseurs amateurs n'est pas un service bénévole

Dans ce contexte, le débat sur le prétendu service bénévole des chasseurs amateurs prend une toute autre couleur.

  • Ceux qui sauvent des faons au début de l'été à l'aide de drones se présentent comme des sauveurs.
  • Ceux qui, à l'automne et en hiver, abattent la même espèce par dizaines de milliers pratiquent un loisir soutenu et géré par un système étatique.
  • Ceux qui prétendent ainsi servir gratuitement la collectivité taisent le fait que les coûts liés aux dégâts de gibier, à l'entretien des forêts protectrices, aux ouvrages de protection techniques et à la prévention des dommages causés par le gibier incombent majoritairement aux pouvoirs publics.

Les chasseurs de loisir peuvent facturer leurs interventions lors d'accidents impliquant du gibier, vendre de la venaison, des peaux et des trophées, et s'assurer des territoires de chasse avantageux. Dans ce contexte, parler d'un service bénévole, désintéressé et gratuit est trompeur.

Le système de chasse à l'épreuve

La question n'est pas de savoir si le sauvetage des faons est utile. Il est bien entendu préférable de sauver les faons des faucheuses. La question est plutôt la suivante :

Quelle est la crédibilité d'un système qui commence par sauver des animaux au prix d'efforts considérables, les gère ensuite comme quota d'abattage, met simultanément les forêts sous pression en raison de densités de gibier élevées, et laisse les contribuables assumer les coûts qui en découlent ?

Lorsque les forêts protectrices représentent des milliards, que les dégâts de broutage augmentent et que les cantons alertent déjà sur de possibles coûts milliardaires pour les ouvrages de protection, il est légitime de parler non seulement de davantage de chasse amateur, mais aussi de moins de chasse amateur.

Au lieu de transfigurer la chasse en corvée noble, il est nécessaire d'ouvrir un débat honnête sur ce que devrait être une gestion moderne de la faune sauvage, plaçant au centre la protection des forêts, les intérêts de la société et le bien-être des animaux sauvages. On occulte systématiquement le fait que des prédateurs naturels comme le renard pourraient jouer un rôle important dans la régulation de la population de chevreuils.

Les chasseurs de loisir ne sont depuis des décennies rien d'autre qu'un chantier perpétuellement coûteux, un patchwork et une source de conflits pour la politique, la sylviculture, l'agriculture, les administrations, la justice, les caisses maladie, les assurances, les organisations de protection des animaux, les organisations de protection de l'environnement et de la nature, la police, la Confédération, les médias, etc. Cet effort et ces coûts disparaîtraient en grande partie avec quelques gardes-faune.

Le renard comme régulateur naturel des populations de chevreuils

Des études menées dans différents pays et à différentes périodes montrent que le renard roux exerce une influence significative sur la population de chevreuils. Pour le Moyen-Pays bernois, on estime qu'un renard peut capturer en moyenne jusqu'à onze faons de chevreuil durant les mois de mai à juillet. Les renards remplissent ainsi une fonction de régulation naturelle au sein de l'écosystème, qui est pertinente du point de vue de la biologie de la faune sauvage et qui existe depuis des millénaires.

Pourtant, chaque année en Suisse, des dizaines de milliers de renards en bonne santé sont abattus par des chasseurs de loisir dans le cadre d'un divertissement. Cette persécution systématique ignore aussi bien l'état de la science que les principes de la protection des animaux et de l'écologie. Elle ne sert ni la protection des chevreuils ni la biodiversité, mais avant tout un cliché dépassé et un loisir qui se vend comme de la gestion de la faune.

En présentant le renard comme bouc émissaire des prétendus dégâts causés par la faune et de « trop de chevreuils », la lobby de la chasse occulte les liens naturels. En réalité, le fusil du chasseur de loisir ne remplace pas le rôle écologique du prédateur, mais déplace davantage l'équilibre au détriment des proies : là où les renards sont intensément chassés, les êtres humains interviennent encore plus fortement sur les populations de chevreuils avec leurs armes et leurs plans d'abattage.

Une telle chasse excessive du renard roux n'est pas une corvée, mais un passe-temps écologiquement discutable et éthiquement problématique. Elle contredit les connaissances modernes de la biologie de la faune sauvage, les exigences d'une société éclairée et les objectifs de la protection de l'environnement et des animaux. Parler de service désintéressé à la collectivité, lorsque des prédateurs sont éliminés en masse par plaisir de la chasse de loisir, est trompeur.

Une analyse précise révèle que l'activité des chasseurs de loisir ne saurait nullement être considérée comme une prestation gratuite au service du public ou même de la faune sauvage. Les animaux sauvages n'éprouvent aucune affection pour les chasseurs amateurs. On doit nécessairement employer des termes tout autres que corvée, lorsqu'on peut acheter des régions entières à bail pour une somme dérisoire afin d'y pratiquer un hobby, pour y tuer des animaux sauvages sans bénéfice écologique démontrable ou les faire souffrir par la chasse au terrier, les battues, les chasses en traque, etc. Si les chasseurs de loisir n'avaient pas le droit de tuer, ils ne rendraient aucune «corvée». Cela n'a absolument rien à voir avec l'esprit du service de corvée désintéressé.

La chasse de loisir n'est pas non plus une gestion scientifique, biologiquement pertinente ou professionnelle de la faune sauvage.

En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse nous regroupons des vérifications de faits, des analyses et des reportages de fond.

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