Qu'est-ce que la loi sur la chasse en Suisse?
La loi fédérale suisse sur la chasse (LChP) est le fondement juridique de la chasse en Suisse. Elle règle au niveau fédéral quels animaux peuvent être chassés, lesquels sont protégés, comment fonctionnent les périodes de protection et les méthodes de chasse et comment procéder avec les animaux sauvages qui causent des dommages.
Ce qui ressemble à un règlement technique est en réalité un document hautement politique – marqué par des décennies de politique d'intérêts, un référendum populaire perdu de justesse et une révision controversée entrée en vigueur en 2025.
L'histoire de la loi sur la chasse: de 1876 à 2025
La première loi fédérale sur la chasse date de 1876. Elle faisait partie d'une vague réglementaire complète dans le sillage de la fondation de l'État fédéral et mettait fin à l'émiettement cantonal précédent des droits de chasse. En 1925 suivit une première révision qui introduisit les périodes de protection et plaça certaines espèces sous protection.
La refonte fondamentale eut lieu en 1986: la loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages (LChP) encore en vigueur aujourd'hui entra en vigueur. Elle établit au niveau fédéral les espèces chassables et protégées, définit les conditions cadres pour les lois cantonales sur la chasse et créa pour la première fois des instruments pour la régulation des espèces qui causent des dommages économiques.
En 2020, le Parlement a tenté de réviser la LChP. La révision prévoyait notamment des tirs facilités de loups – et a échoué au référendum. Le 27 septembre 2020, 51,9 pour cent des votants ont rejeté la révision de la LChP. Ce fut une défaite serrée pour le lobby de la chasse et un signal clair de la population : la majorité ne voulait pas de tirs de loups facilités sans seuil de dommage prouvé. Le Dossier Introduction à la critique de la chasse décrit le contexte politique.
En 2022, le Parlement a présenté une nouvelle révision. Celle-ci a été mise en œuvre sans votation référendaire – un artifice vivement critiqué par les opposants. Le Conseil fédéral a mis en vigueur les modifications le 13 décembre 2024 pour le 1er février 2025.
Ce que la LChP réglemente concrètement
La Loi fédérale sur la chasse définit les domaines clés suivants :
- Espèces chassables : La LChP établit au niveau fédéral quelles espèces animales sont chassables. Cela comprend actuellement le cerf rouge, le chamois, le bouquetin, le chevreuil, le sanglier, la marmotte, le lièvre des Alpes, le lièvre variable, le renard roux, le blaireau, la fouine, la martre, l'hermine ainsi que divers oiseaux d'eau et oiseaux forestiers.
- Espèces protégées : Tous les animaux sauvages non chassables sont en principe protégés. Cela comprend tous les rapaces, tous les oiseaux chanteurs, le castor, la loutre, le lynx (sauf dans des mesures de régulation approuvées), l'ours, tous les amphibiens et reptiles ainsi que de nombreuses autres espèces.
- Périodes de protection : La LChP établit des périodes de protection minimales. Les cantons peuvent ordonner des périodes de protection plus longues, mais pas plus courtes.
- Zones protégées : La LChP permet à la Confédération et aux cantons de délimiter des zones protégées sans chasse.
- Régulation des nuisibles : La LChP réglemente dans quelles conditions les espèces protégées comme le loup, le lynx ou le castor peuvent être régulées (abattues) si elles causent des dommages considérables.
- Protection des troupeaux et corridors faunistiques : La révision 2025 a ancré plus fermement dans la loi la protection des troupeaux et les corridors faunistiques.
26 lois cantonales de chasse : un patchwork
La LChP est une loi-cadre – elle fixe des standards minimaux. La mise en œuvre s'effectue dans 26 lois cantonales de chasse différentes, ce qui conduit à un patchwork considérable. Quelques exemples :
- Chasse à bail vs. chasse à permis : Dans 18 cantons s'applique le système de chasse à bail – le canton afferme des territoires de chasse à des sociétés de chasse privées. Dans 8 cantons s'applique le système de permis (GR, GL, AI, AR, SG, TG, SH, GE) – qui possède un permis de chasse (« patent ») peut chasser dans certaines zones. Genève a remplacé les deux par son interdiction de chasse.
- Périodes de chasse : La haute chasse dans les Grisons dure trois semaines en septembre – l'un des événements de chasse les plus intensifs de Suisse. D'autres cantons ont d'autres saisons.
- Interdictions de méthodes particulières : La chasse au terrier (chasse avec des chiens dans les terriers de renards et blaireaux) est interdite à Zurich, Berne et Vaud, autorisée dans d'autres cantons.
- Listes cantonales de protection : Certains cantons placent sous protection d'autres espèces qui seraient encore chassables au niveau fédéral.
Cette fragmentation rend presque impossible une politique cohérente de la faune sauvage et permet au lobby de la chasse d'exploiter les faiblesses spécifiques aux cantons. Le Dossier La chasse en Suisse – chiffres, systèmes et la fin d'un narratif analyse les problèmes structurels du système.
La révision LChP 2025 en détail
La révision de la LChP entrée en vigueur le 1er février 2025 contient plusieurs modifications centrales :
- Régulation préventive des loups : L'élément sans doute le plus controversé. Les cantons peuvent désormais réguler les loups de manière préventive – c'est-à-dire les abattre avant que des dommages concrets ne surviennent. La condition préalable est la présence d'au moins deux meutes de loups dans le canton. Les critiques parlent de « chasse aux loups de réserve ».
- Quotas de tir augmentés : Le nombre maximal autorisé de loups abattus par saison a été augmenté. Pour la saison 2024/25, des autorisations de tir ont été accordées pour jusqu'à 92 loups.
- Renforcement des corridors faunistiques : La loi oblige les cantons à désigner et préserver les corridors fauniques d'importance nationale. C'est un véritable progrès – mais il est en contradiction avec les facilitations simultanées d'abattage.
- Réglementation simplifiée d'autres espèces : Outre le loup, les possibilités de régulation du castor, de la loutre et de certaines espèces de rapaces ont également été facilitées.
Le Dossier Jagdverbot Schweiz discute quels leviers politiques existeraient pour inverser cette évolution et établir un droit de protection de la faune plus cohérent.
Critiques de BirdLife, Pro Natura et WWF
De prestigieuses organisations de protection de la nature ont vivement critiqué la révision 2025 :
- BirdLife Schweiz a notamment critiqué la régulation facilitée des rapaces et cormorans qui fait partie de la révision.
- Pro Natura a parlé d'un « recul pour la protection des carnivores » et a déploré que le référendum populaire de 2020 ait été factuellement contourné par la révision de 2022.
- WWF Schweiz a qualifié la régulation préventive du loup d'écologiquement non justifiée et a exigé d'établir la protection des troupeaux comme première et unique mesure avant même d'envisager des abattages.
- Groupe Wolf Schweiz a déposé un recours en argumentant que les quotas d'abattage étaient incompatibles avec le droit international de protection des espèces.
Le référendum 2020 : un signal serré
Le référendum du 27 septembre 2020 est politiquement significatif : 51,9 pour cent des votants ont rejeté la révision LChP de l'époque. Le vote a montré que la population suisse n'a pas de majorité pour faciliter les abattages de loups. La majorité parlementaire subséquente composée de l'UDC, du PLR et d'une partie du Centre a fait passer avec la révision 2022 un paquet largement similaire sur le fond – cette fois sans votation populaire. Il est controversé de savoir si cette stratégie correspond à la culture politique de la Suisse.
L'initiative cantonale Regazzi et le lobby de la chasse
Outre la LChP elle-même, l'activité politique du lobby de la chasse est un facteur important. Le conseiller national Fabio Regazzi (Le Centre, TI) a déposé à plusieurs reprises des interventions visant un assouplissement supplémentaire du droit de chasse. Les initiatives cantonales de cantons favorables à la chasse comme les Grisons et le Valais revendiquent régulièrement plus d'autonomie cantonale – ce qui en pratique signifie souvent moins de protection.
Le lobby de la chasse est bien représenté au Parlement : JagdSchweiz et l'Association suisse des chasseurs patentés entretiennent des liens étroits avec plusieurs parlementaires fédéraux. Le Dossier Wie Jagdverbände Politik und Öffentlichkeit beeinflussen documente ces structures.
Genève comme exception : ce que permet le droit fédéral
Un détail juridique important : le droit fédéral de chasse n'oblige pas les cantons à introduire un système de chasseurs de loisir. Il définit les espèces chassables et les conditions-cadres – mais les cantons peuvent aussi, dans le cadre du droit fédéral, renoncer complètement aux chasseurs de loisir et introduire une gestion professionnelle de la faune. Genève le fait depuis 50 ans.
Cela signifie : une interdiction cantonale de la chasse est juridiquement possible sans qu'une modification de la loi fédérale soit nécessaire. D'autres cantons pourraient suivre le modèle genevois si la volonté politique existait. Plus d'informations dans le Dossier Jagdverbot Schweiz.
La chasse et le droit de protection des animaux : un champ de tension structurel
La LChP se trouve dans un champ de tension structurel avec la loi sur la protection des animaux (LPA). La LPA oblige toutes les personnes qui s'occupent d'animaux à respecter leur dignité et à ne leur causer aucune souffrance inutile. La chasse est factuellement exemptée de la LPA par la LChP – une réglementation spéciale qui ne figure nulle part explicitement dans la loi, mais qui s'est imposée dans la pratique.
Au lieu du droit de protection des animaux, c'est le droit de chasse qui s'applique à la chasse. Cela signifie : animaux blessés par balle, cadavres d'animaux sauvages non retrouvés, groupes paniqués par la chasse battue – tout cela n'est soumis à aucune surveillance de protection des animaux comme c'est le cas pour l'élevage agricole. Le Dossier Warum Tierschutzrecht an der Waldgrenze endet éclaire cette lacune réglementaire.
Contrôle de la chasse : Ce que le public ne sait pas
Qui surveille la chasse en Suisse ? En théorie : les inspecteurs de chasse cantonaux et les gardes-faune. En pratique : pratiquement personne. Le nombre de gardes-faune étatiques est minimal dans la plupart des cantons. La capacité de contrôle ne suffit pas pour vérifier régulièrement tous les territoires de chasse. Tirs manqués, braconnage, méthodes illégales – beaucoup de choses restent inaperçues.
La LChP prescrit des obligations de rendre compte pour les chasseurs de loisir : déclarations de tir, listes de prélèvements, contrôle du gibier. Mais ces données ne sont pas évaluées systématiquement et rendues publiques. Quiconque souhaite savoir en tant que citoyenne ou citoyen ce qui se chasse dans son canton trouve rarement des chiffres complets, actuels et compréhensibles. Le Dossier Lois sur la chasse et contrôle révèle le retard de contrôle.
Ce qu'une loi sur la chasse moderne devrait contenir
Les organisations critiques de la chasse et les associations de protection des animaux ont formulé des exigences concrètes pour une réforme d'avenir de la LChP :
- Priorité de la protection des troupeaux sur l'abattage pour toutes les espèces génératrices de conflits
- Interdiction des battues et autres méthodes à fort impact de stress
- Ancrage légal de zones de tranquillité pour la faune dans tous les cantons
- Monitoring indépendant et financé par l'État de la faune comme tâche obligatoire
- Réduction des espèces chassables à celles pour lesquelles un vrai besoin de régulation écologique est prouvé
- Possibilité pour tous les cantons d'adopter le modèle genevois
Ces exigences sont politiquement loin de la majorité du parlement actuel. Mais elles sont juridiquement possibles, écologiquement justifiées et éthiquement cohérentes. Et elles trouvent auprès de la population suisse – comme le montre le référendum 2020 – plus de soutien que ne le laisse croire le discours cynégétique.
Conclusion : Une loi dans le jeu de forces des intérêts
La loi suisse sur la chasse n'est pas un règlement neutre – elle est le résultat de décennies de politique d'intérêts dans laquelle le lobby de la chasse avait des avantages structurels. Le référendum 2020 a montré que la population ne soutient pas inconditionnellement la politique cynégétique du parlement. La révision 2025 a été imposée contre la volonté des organisations de protection de la nature et probablement d'une majorité de la population.
Une politique suisse de la faune viable nécessite une LChP qui prend au sérieux la protection des animaux sauvages, protège les prédateurs et favorise une gestion professionnelle de la faune plutôt que la chasse de loisir. Les bases légales pour cela seraient disponibles – si la volonté politique existait.
Contenus complémentaires sur wildbeimwild.com :
- Dossier : Interdiction de chasse Suisse – ce qui serait juridiquement possible
- Dossier : Introduction à la critique de la chasse
- Dossier : Chasse en Suisse – chiffres, systèmes et la fin d'un narratif
- Dossier : Comment les associations de chasse influencent la politique et l'opinion publique
- Dossier : Droit de chasse Suisse en aperçu
- Dossier : Le loup en Suisse
Plus de contexte sur la politique cynégétique actuelle en Suisse dans notre Dossier sur wildbeimwild.com.
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