Combien d'accidents de chasse se produisent en Suisse ?
En Suisse, environ 300 accidents de chasse de loisir reconnus par la LAA sont enregistrés chaque année. Depuis l'an 2000, selon le Bureau de prévention des accidents (BPA), plus de 75 personnes ont été tuées dans le contexte de la chasse de loisir.
Statistiquement, un accident de chasse se produit toutes les 29 heures. Pourtant, il n'existe toujours pas d'obligation de signalement centralisée et complète – et le nombre de cas non signalés est considérable.
Que disent les données du BPA depuis l'an 2000 ?
Le Bureau de prévention des accidents (BPA) documente les accidents de chasse depuis des décennies. Les analyses depuis l'an 2000 montrent un tableau constamment préoccupant : sur une période d'environ 25 ans, plus de 75 accidents de chasse mortels ont été recensés. Cela correspond en moyenne à trois morts par an rien que dans les catégories répertoriées. S'ajoutent chaque année des dizaines de blessés graves avec des dommages permanents.
Le BPA fait une distinction entre les accidents d'armes à feu, les chutes et autres accidents dans l'exploitation cynégétique. Les accidents d'armes à feu représentent une part considérable des accidents graves et mortels – contrairement au narratif parfois cité par le lobby cynégétique selon lequel la chasse de loisir serait « plus sûre que le golf ». Source :BPA – Bureau de prévention des accidents.
Données SUVA 2006–2015 et 2016–2020 : ce que montrent les chiffres
La SUVA (Caisse nationale suisse d'assurance en cas d'accidents) recense les accidents de chasse comme accidents de loisir dans le cadre de la loi sur l'assurance-accidents (LAA). L'évaluation pour la période 2006–2015 montre annuellement environ 300 accidents reconnus dans le domaine de la chasse de loisir, environ 2 décès par an ainsi qu'environ 2 nouvelles rentes d'invalidité par an.
La période suivante 2016–2020 confirme ces chiffres et fournit une dimension de coûts importante : toujours environ 300 accidents par an, environ 1 décès par an (dans le collectif recensé), environ 2 nouvelles rentes d'invalidité par an et des coûts d'assurance annuels d'environ 3,6 millions de francs.
Ces 3,6 millions de francs par an couvrent exclusivement les coûts pour le collectif assuré – c'est-à-dire les gardes-chasse employés, les gardes-faune et groupes professionnels similaires ainsi que les chasseurs de loisir qui, en tant qu'actifs, sont soumis à l'obligation LAA. Les coûts économiques totaux incluant les non-assurés sont bien plus élevés.
Le chiffre noir : qui n'est pas recensé
La statistique SUVA présente une lacune fondamentale : elle ne recense que les personnes obligatoirement assurées selon la loi sur l'assurance-accidents (LAA). Les chasseurs de loisir retraités – statistiquement un groupe particulièrement exposé aux accidents, car les classes d'âge plus élevées sont représentées de manière disproportionnée dans la chasse – échappent complètement à la statistique. Il en va de même pour les indépendants sans couverture LAA volontaire, les femmes et hommes au foyer, les étudiants ainsi que les chasseurs invités étrangers qui chassent en Suisse.
Étant donné que les chasseurs de loisir en Suisse sont nettement plus âgés que la moyenne de la population – beaucoup ont 55 ans et plus, une part considérable est déjà retraitée –, le chiffre noir est structurellement important. Une statistique complète des accidents de chasse à l'échelle nationale n'existe pas à ce jour.
Répartition cantonale : où se produisent le plus d'accidents ?
La répartition régionale des accidents de chasse suit l'intensité de la chasse et le caractère du terrain. Selon les évaluations du BPA, 28 % de tous les accidents de chasse recensés reviennent aux Grisons. Suivent les accidents à l'étranger (chasseurs de loisir suisses en voyage de chasse) avec 16 %, le Tessin avec 7 %, l'Argovie avec 6 % et le Valais avec 5 %. Les autres cantons se partagent les 38 % restants.
La forte proportion du canton des Grisons s'explique par le terrain alpin, la chasse en haute montagne (qui envoie annuellement des milliers de chasseurs de loisir dans un terrain montagneux difficile) et la taille même du territoire de chasse. Les 16 % d'accidents à l'étranger montrent que les chasseurs de loisir suisses prennent également des risques d'accident considérables lors de voyages de chasse à l'étranger.
Cas concret : l'accident mortel dans le canton de Vaud, décembre 2024
En décembre 2024, à Oulens-sous-Echallens dans le canton de Vaud, un chasseur de loisir de 64 ans a été abattu par un collègue. Un groupe tentait de faire sortir des sangliers d'un fourré dense. Dans la confusion de la situation, un autre chasseur de loisir a ouvert le feu et a touché mortellement le sexagénaire. Ce cas illustre de manière exemplaire la combinaison dangereuse de chasse en groupe, de mauvaise visibilité et de niveau de stress élevé, typique des battues et des chasses à courre.
De tels cas ne sont pas des événements isolés. Les années précédentes aussi, il y a eu dans différents cantons suisses des accidents mortels de chasse par confusion entre animal et humain ou par des tirs mal dirigés dans des groupes. Le manque de documentation publique empêche un traitement systématique de ces cas.
L'alcool à la chasse de loisir
Un facteur qui n'est guère thématisé dans la discussion publique est la consommation d'alcool. Lors de nombreuses chasses – en particulier lors de battues conviviales et de chasses en société –, la consommation commune d'alcool fait partie de la culture de chasse. Affût et battue s'alternent avec des pauses durant lesquelles eau-de-vie et vin sont servis.
En Suisse, il n'existe pas d'interdictions légales contraignantes et généralisées de consommation d'alcool pour les chasseurs de loisir pendant l'activité de chasse. Certains cantons ont des recommandations ou des règlements dans les ordonnances sur la chasse, mais une limite claire de 0,5 pour mille comparable au droit de la circulation routière avec contrôle systématique n'est pas établie pour la chasse. Qui boit de l'alcool au volant risque son permis de conduire ; qui consomme de l'alcool à la chasse avec son fusil risque – outre la vie d'autrui – peu de conséquences juridiques.
Le conflit d'intérêts de JagdSchweiz avec ses propres statistiques
JagdSchweiz, l'organisation faîtière des chasseurs de loisir suisses, collecte et publie elle-même les données sur les accidents de chasse. Il existe là un conflit d'intérêts structurel évident : l'association qui fait du lobbying pour les intérêts des chasseurs de loisir et veut présenter la chasse sous le jour le plus positif possible produit simultanément les statistiques sur lesquelles se basent les débats publics et les autorités.
Les statistiques de JagdSchweiz ne couvrent pas la même population de base que la SUVA ou le bpa, ce qui complique les comparaisons directes. L'association a intérêt à présenter les chiffres d'accidents de manière aussi basse que possible. Il n'y a pas de vérification externe indépendante de la collecte de données propre à JagdSchweiz. Les cantons qui doivent signaler les accidents de chasse le font à différents endroits et selon différents critères.
Absence d'obligation de déclaration centralisée : un problème structurel
Contrairement à d'autres domaines de loisirs dangereux, il n'existe pas d'obligation de déclaration centralisée et complète pour tous les accidents dans la chasse de loisir en Suisse. Les cantons gèrent la saisie différemment, certains pas du tout de manière systématique.
Le contraste avec d'autres pays de l'UE est frappant : en France, où la chasse est particulièrement intensive et socialement controversée, le gouvernement a introduit une base de données publique pour les accidents de chasse après une série d'accidents mortels et ancré légalement des distances minimales avec les zones d'habitation. En Suisse, on est loin de mesures de transparence comparables. Des informations supplémentaires sur les comparaisons européennes sont disponibles dans notre dossier sur les victimes de la chasse en Europe.
Ce que ne contiennent pas les 3,6 millions de francs
Les coûts annuels SUVA de 3,6 millions de francs pour les accidents de chasse ne saisissent que les prestations d'assurance directes pour le collectif soumis à la LAA. Ne sont pas inclus : les coûts pour les accidents de retraités et d'indépendants ; les coûts pour le traitement psychologique post-traumatique des victimes d'accidents et des témoins ; les coûts pour les poursuites pénales et les procédures judiciaires après les accidents de chasse ; les coûts pour les opérations de recherche et de sauvetage (hélicoptères, sauvetage en montagne) ; les pertes de production dues à l'invalidité ; les coûts pour les accidents à l'étranger. Les coûts économiques totaux réels sont ainsi considérablement plus élevés. Plus d'informations dans le dossier « Ce que coûte vraiment la chasse de loisir à la Suisse ».
Accidents de chasse et braconnage : la dimension criminelle
Tous les incidents d'armes à feu dans le contexte de la chasse ne sont pas des accidents. Une partie des cas signalés concerne des tirs illégaux, le braconnage et le tir intentionnel sur des animaux sauvages en dehors des temps, zones ou espèces autorisés. Ces cas sont catégorisés différemment dans les statistiques d'accidents de chasse, mais font partie du tableau d'ensemble. Notre dossier sur le braconnage et la criminalité liée à la chasse éclaire cette dimension.
Revendications politiques : ce qui serait nécessaire
D'un point de vue critique de la chasse, il faut urgemment : une obligation de déclaration centralisée et indépendante pour tous les accidents de chasse indépendamment du statut d'assurance ; une saisie complète de tous les groupes de victimes y compris les touristes chasseurs retraités et étrangers ; une interdiction d'alcool et de drogues à la chasse analogue au droit de la circulation routière ; des distances de sécurité avec les agglomérations, sentiers de randonnée et zones de loisirs ; et un contrôle indépendant des statistiques de JagdSchweiz. Des informations contextuelles supplémentaires sont disponibles dans notre dossier sur la chasse de loisir et les armes.
Conclusion : transparence plutôt que statistiques d'association
Les accidents de chasse en Suisse ne sont pas un phénomène marginal. Environ 300 accidents recensés par an, 3,6 millions de francs de coûts d'assurance directs, un chiffre noir massif dû au manque d'enregistrement des retraités et des indépendants – et un lobby qui détient la souveraineté des données sur ses propres statistiques d'accidents. Ce n'est pas un hasard, mais le résultat d'une structure de lobby qui empêche la transparence. Tant qu'il n'existe pas de statistique indépendante, complète et obligatoire des accidents de chasse, l'ampleur du problème reste dans l'ombre.
Contenus complémentaires sur wildbeimwild.com :
- Dossier : Accidents de chasse Suisse
- Dossier : Victimes de la chasse en Europe – Morts, blessés et un continent sans statistique
- Dossier : Chasse de loisir et armes
- Dossier : Braconnage et criminalité cynégétique en Suisse
Plus de contexte sur la politique cynégétique actuelle en Suisse dans notre Dossier sur wildbeimwild.com.
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