Qu'est-ce que la chasse en battue et pourquoi est-elle problématique ?
Taux d'erreur élevé, souffrance animale et problèmes structurels.
Les chasses en battue poussent les animaux sauvages par des chaînes humaines, du bruit et des chiens vers des zones de tir, le taux d'erreur des coups de feu étant structurellement élevé et les recherches d'animaux blessés constituant la norme.
Que sont les chasses en battue ?
Les chasses en battue est le terme générique pour les formes de chasse où les animaux sauvages sont activement délogés de leur environnement naturel et rabattus vers des lignes de tireurs. Les variantes les plus fréquentes sont la chasse au rabat, où une chaîne de rabatteurs pousse les animaux sauvages vers les tireurs en attente, ainsi que la chasse à l'approche, où moins de rabatteurs ou des chiens font avancer le gibier plus lentement. La chasse au barrage est une variante où les animaux sont rabattus vers certains passages ou goulets d'étranglement.
Le principe fondamental commun à toutes ces formes : la fuite, la panique et la pression temporelle ne sont pas des effets secondaires, mais constituent la méthode elle-même. On tire sur des animaux en fuite, souvent avec une visibilité réduite, dans de courts créneaux temporels et sous la pression d'attente du groupe.
Quels animaux sont concernés ?
Les chasses en battue visent principalement les chevreuils, cerfs élaphes, sangliers, renards et lièvres. Particulièrement la chasse d'automne en Suisse comprend régulièrement des chasses au rabat et à l'approche dans les régions montagneuses, où les animaux subissent en automne une pression de chasse massive dans un espace restreint. Dans les Grisons seulement, environ 790 tirs manqués ont été documentés lors de la saison de chasse 2022 pour environ 9'200 animaux abattus, soit un animal sur dix qui n'a pas été tué proprement mais blessé par balle.
Les sangliers ne sont soumis à aucune période de protection en Suisse et peuvent être chassés toute l'année, ce qui permet des chasses en battue sur cette espèce tout au long de l'année.
Que se passe-t-il avec les animaux sous stress ?
Les conséquences de la fuite et du stress de chasse sont graves pour les animaux sauvages. Des études d'Écosse et de Scandinavie démontrent des taux de cortisol élevés chez les cerfs élaphes chassés comparés aux populations non dérangées. Le réflexe de fuite coûte de l'énergie, vitale surtout pendant les mois d'automne et d'hiver. La production de lait et le lien parent-jeune sont interrompus. Les femelles reproductrices tuées lors de chasses au rabat laissent des jeunes sans défense.
La loi suisse sur la protection des animaux (LPA) prescrit explicitement aux articles 3 et 4 d'épargner aux animaux des souffrances, de l'angoisse et des douleurs inutiles. Chasse et protection des animaux se trouvent ainsi en contradiction structurelle : ce que la loi interdit en principe devient méthode lors des chasses en mouvement.
Quel est le taux d'erreur des tirs ?
Les tirs sur des animaux en fuite sont fondamentalement moins sûrs que les tirs sur des animaux au repos ou en train de brouter. Lors des chasses en mouvement, plusieurs facteurs de risque se cumulent : vitesse de cible changeante, conditions d'arrière-plan incertaines, plusieurs tireurs à proximité immédiate et pression sociale d'agir rapidement.
Le taux de recherche, la proportion d'animaux qui doivent être poursuivis après un tir parce qu'ils ne tombent pas morts immédiatement, est considéré dans les milieux spécialisés comme un indicateur du taux de tirs ratés. Dans les Grisons, selon l'Office de la chasse et de la pêche, environ 1'100 recherches par an sont documentées, avec un taux de réussite d'environ 50 pour cent. Cela signifie : chaque année, dans un seul canton, un nombre considérable d'animaux blessés reste sur le terrain et meurt d'une mort lente. Les rapports de l'Association vétérinaire pour la protection des animaux (TVT) estiment que lors des battues, jusqu'à 70 pour cent des animaux ne meurent pas immédiatement.
Quels risques de sécurité émergent pour les humains ?
Les chasses en mouvement ne sont pas dangereuses seulement pour les animaux sauvages. Étant donné que plusieurs tireurs tirent simultanément sur des cibles en mouvement, le risque de ricochets, d'erreurs d'identification et d'accidents augmente considérablement. Des cas documentés montrent comment des chasseurs de loisir ont « arrosé » des villages lors de battues, comment des promeneurs se sont retrouvés dans des lignes de tir ou comment des rabatteurs ont été touchés par des chevrotines. Les accidents de chasse en Suisse montrent que les chasses en mouvement représentent structurellement la forme de chasse la plus accidentogène.
En Carinthie, en octobre 2025, un jeune de 16 ans a été employé comme rabatteur et touché par des chevrotines au torse. De tels événements illustrent ce qui se passe quand des chasseurs de loisir armés opèrent dans des forêts utilisées collectivement, sans que les chemins soient fermés ou les riverains informés.
Quel est le cadre juridique en Suisse ?
La réglementation des battues est fragmentée au niveau cantonal en Suisse. Il n'existe aucune obligation fédérale uniforme d'information de la population, aucune fermeture obligatoire des sentiers de randonnée et aucune statistique centralisée sur les tirs manqués et les recherches.Lois de chasse et contrôle démontrent que l'auto-surveillance de la chasse de loisir échoue systématiquement dans ce domaine : les infractions sont rarement signalées, encore plus rarement sanctionnées.
Le canton des Grisons a enregistré en une seule année plus de 1'000 amendes et 95 plaintes pénales contre des chasseurs et chasseuses de loisir. Les retraits de permis sont pourtant restés largement inexistants. Cela montre que la culture de sanction demeure symbolique tant qu'il manque une surveillance indépendante.
Quel rôle jouent les chiens de chasse ?
Les chiens de chasse sont indispensables lors de nombreuses chasses en mouvement : ils font sortir les animaux sauvages de leur couvert, poursuivent les animaux blessés et aident lors des recherches. Ce faisant, ils sont eux-mêmes exposés à des contraintes considérables.Chiens de chasse : utilisation, souffrance et protection animale montre que les chiens sont poussés dans les champs de tir lors des battues, risquent des blessures et sont parfois même abattus dans des situations extrêmes. L'utilisation de chiens augmente en outre le niveau de stress pour les animaux sauvages, car ils déclenchent des mouvements de fuite conformes à l'espèce qui potentialisent la pression de chasse.
Comment réagit le public ?
L'acceptation sociale des chasses en mouvement est faible. Les sondages montrent qu'une grande partie de la population suisse est critique envers la chasse de loisir. Les battues sont également controversées au sein même des milieux de chasseurs de loisir. Dans des cantons comme Soleure, il y a eu des interventions parlementaires pour l'interdiction des battues, signe que la pression monte aussi politiquement.
Existe-t-il des alternatives ?
Oui. Le modèle des gardes-faune et le modèle genevois montrent que les populations d'animaux sauvages peuvent être régulées sans chasse de loisir et sans chasses en mouvement. Dans le canton de Genève, qui ne connaît plus le droit de chasse de loisir depuis 1974, aucune surpopulation n'a été documentée. Genève enregistre au contraire la plus haute densité de lièvres de Suisse et la dernière population intacte de perdrix grises. Les prédateurs comme le loup et le lynx assument en outre des fonctions de régulation naturelle qui ne nécessitent aucune battue.
Que demandent les organisations de protection des animaux ?
Les revendications sont claires : interdiction des battues et chasses à l'approche près des zones habitées, chemins de randonnée et zones protégées ; fermeture obligatoire des chemins avant les chasses en mouvement ; statistiques uniformes et publiques sur les tirs ratés et les recherches ; supervision indépendante au lieu d'autocontrôle. En outre, les organisations de protection des animaux exigent que les chasses en mouvement soient systématiquement vérifiées quant à leur compatibilité avec la LPA, notamment l'article 4 (souffrance, peur, douleur).
Des textes types pour des interventions critiques de la chasse dans les parlements cantonaux se trouvent sur wildbeimwild.com/mustertexte.
Conclusion
Les chasses en mouvement sont la forme de chasse la plus perturbatrice, la plus accidentogène et la plus problématique du point de vue de la protection des animaux. Le taux d'erreur des tirs est structurellement élevé, les recherches ne sont pas exceptionnelles, et les risques sécuritaires pour le public sont systématiquement sous-estimés. La fragmentation réglementaire cantonale empêche une vue d'ensemble nationale. Tant qu'il n'existe pas de supervision indépendante, de statistiques obligatoires et de normes de sécurité uniformes, la chasse en mouvement reste un risque non réglementé pour les animaux sauvages et les humains à parts égales.
Sources
- LChP (RS 922.0) : Loi fédérale sur la chasse
- LPA (RS 455) : Loi sur la protection des animaux, notamment art. 3 et art. 4
- Lois et ordonnances cantonales sur la chasse
- Office de la chasse et de la pêche des Grisons : rapports de chasse, statistiques de recherches et d'amendes
- Association vétérinaire pour la protection des animaux (TVT) : prises de position sur les battues
- Communiqué de police du district Klagenfurt-Land, 18 octobre 2025 (accident de battue en Carinthie)
Contenus complémentaires
- Battue en Suisse
- Accidents de chasse en Suisse
- Chasse individuelle Suisse
- Chasse et protection des animaux
- Chiens de chasse : utilisation, souffrance et protection des animaux
- Lois sur la chasse et contrôle
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