Qu'est-ce que la chasse au piège et pourquoi est-elle problématique ?
Souffrances prolongées : La chasse au piège et ses victimes
La chasse au piège compte parmi les méthodes de chasse les plus controversées : les animaux sont capturés dans des dispositifs mécaniques, attendent souvent des heures ou des jours avant d'être tués et sont fréquemment blessés.
Les pièges mortels sont interdits en Suisse au niveau fédéral depuis la révision de l'OChP de 2012. Seuls les pièges-cages pour la capture vivante restent autorisés, mais ceux-ci sont aussi hautement problématiques du point de vue de la protection animale.
Qu'est-ce que la chasse au piège ?
Dans la chasse au piège, les animaux sauvages sont capturés ou tués par des dispositifs mécaniques, sans la présence de la personne chasseuse. Historiquement, on distinguait les pièges à capture vivante, censés capturer l'animal intact, et les pièges mortels, qui tuent l'animal immédiatement. En Suisse, le Conseil fédéral a interdit tous les pièges mortels avec la révision de l'OChP du 15 juillet 2012 (art. 2 al. 1 let. a OChP). Depuis, seuls les pièges-cages pour la capture vivante sont autorisés au niveau fédéral, à condition d'être contrôlés quotidiennement.
Le Dossier chasse au piège fournit un aperçu détaillé des différents types de pièges, de leur base légale et de leur diffusion en Suisse.
Quelles espèces animales sont capturées dans les pièges-cages ?
La chasse au piège avec pièges-cages vise principalement les espèces dites de « petit gibier » : renard, blaireau, martre, putois et vison sont souvent dans le collimateur. Le ragondin et le rat musqué sont aussi chassés avec des pièges-cages. Le caractère aveugle de ces pièges à capture vivante pose problème : ils ne distinguent pas entre espèce cible et prises accessoires. Chats, hérissons, rapaces et autres animaux protégés peuvent également tomber dans le piège.
Le blaireau en Suisse est un exemple particulièrement révélateur : en tant qu'ingénieur d'écosystème, il remplit des fonctions importantes dans le sol forestier, mais est chassé de manière ciblée avec des pièges-cages dans de nombreux cantons.
Le problème du manque de contrôle
L'ordonnance fédérale sur la chasse prescrit que les pièges-cages doivent être contrôlés quotidiennement (art. 2 al. 1 let. a OChP). En pratique, le respect de cet intervalle de contrôle n'est guère vérifiable. Pour un animal capturé, même un jour d'attente signifie un stress énorme, une déshydratation, un risque de blessure par panique et une souffrance psychique. Si le piège n'est pas contrôlé à temps, la capture peut entraîner la mort.
Le Dossier Chasse et protection des animaux analyse dans quelle mesure la loi sur la protection des animaux (LPA) s'applique réellement aux animaux sauvages dans la pratique, et où la législation cynégétique est de facto placée au-dessus du droit de la protection animale.
Contradictions du droit de la protection animale
La loi suisse sur la protection des animaux interdit d'infliger à des animaux, sans motif raisonnable, des douleurs, des maux ou de l'angoisse (art. 4 al. 2 LPA). Pour les animaux domestiques et de rente, cela est interprété strictement. Pour les animaux sauvages pris dans des pièges-cages, la même loi s'applique, mais la lacune d'application est flagrante. Le «motif raisonnable» est assimilé globalement à l'exercice de la chasse, sans que cela doive être justifié factuellement.
Le Dossier «Pourquoi le droit de la protection animale s'arrête à la lisière de la forêt» expose systématiquement cette contradiction : les animaux sauvages jouissent en pratique d'une protection considérablement plus faible que les autres animaux, bien que la loi ne prévoie aucune telle distinction.
Qu'est-ce qui est interdit depuis 2012 et que reste-t-il autorisé ?
Avec la révision de l'OChP du 15 juillet 2012, tous les pièges tuants, pièges à mâchoires, collets, filets, fils métalliques, gluaux et hameçons pour la chasse ont été interdits (art. 2 al. 1 OChP). Auparavant, les pièges tuants pour petits rongeurs, rats musqués et ragondins étaient encore exceptionnellement autorisés. L'interdiction a été édictée notamment pour la protection du castor, car les pièges tuants peuvent tuer de jeunes castors jusqu'à 10 kg et blesser gravement les animaux adultes.
Seuls les pièges-cages pour capture vivante restent autorisés. En outre, selon l'art. 3 al. 1 OChP, les cantons peuvent autoriser dans des cas d'exception justifiés l'usage d'auxiliaires sinon interdits. Cette clause d'exception crée une zone grise juridique dont l'utilisation n'est guère documentée de manière transparente au niveau cantonal.
Le Dossier Lois sur la chasse et contrôle montre comment la surveillance cantonale est organisée dans ce domaine, et pourquoi les mécanismes de contrôle existants sont insuffisants.
Pièges-cages et captures accessoires : le principe de l'arbitraire
Aucun piège-cage ne peut garantir que seule l'espèce cible sera capturée. Les « prises accessoires », c'est-à-dire la capture involontaire d'autres espèces animales, sont structurellement inévitables. Cela vaut particulièrement pour les pièges installés le long des chemins ou à proximité des zones habitées. Les animaux domestiques sont régulièrement concernés, et il n'est pas rare que ce soient des animaux trouvés ou des découvertes de cadavres qui révèlent la présence de pièges installés.
Le principe d'indiscrimination distingue fondamentalement la chasse au piège des autres méthodes de chasse et la rend particulièrement problématique du point de vue de la protection animale.
Situation juridique dans la comparaison cantonale
La réglementation de la chasse au piège-cage relève de la compétence des cantons en Suisse. Le droit fédéral fixe le cadre avec l'interdiction des pièges mortels et l'obligation de contrôle quotidien. Dans ce cadre, les dispositions cantonales varient considérablement. Dans le canton de Zurich par exemple, la chasse au piège avec des pièges-cages est autorisée dans les zones habitées ainsi que dans et autour des bâtiments d'habitation et d'exploitation (§ 24 Ordonnance cantonale sur la chasse de Zurich). Une réglementation nationale uniforme qui établirait en outre des standards minimaux pour la protection animale dans la chasse au piège-cage fait défaut.
Le Dossier Droit de chasse Suisse donne un aperçu de la situation juridique cantonale et de la structure fédérale du système cynégétique suisse.
L'industrie des pièges : un segment de marché sous-estimé
Les pièges-cages pour la chasse de loisir sont un produit commercial. En Suisse et dans les pays voisins, ils sont vendus librement, en partie par le commerce spécialisé de chasse, en partie par des vendeurs par correspondance généralistes. Une obligation d'enregistrement des pièges-cages ou une obligation de justifier d'un permis de chasse lors de l'achat n'existe pas dans de nombreux cantons. Cela crée des accès facilités même pour les personnes qui ne possèdent pas de permis de chasse.
Conclusion
L'interdiction des pièges mortels depuis 2012 était un pas nécessaire depuis longtemps, mais la chasse au piège-cage toujours autorisée reste difficilement justifiable du point de vue du droit de la protection animale. Les pièges-cages capturent de manière non sélective, causent des souffrances considérables aux animaux capturés et sont insuffisamment contrôlés dans la pratique. Le fait que cette méthode continue d'être largement pratiquée en Suisse est l'expression d'une législation cynégétique qui place les intérêts de loisir au-dessus de la protection animale. Des contrôles efficaces et une réglementation minimale nationale seraient le minimum que le législateur doit ici.
Sources
Ordonnance sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages (Ordonnance sur la chasse, OChP ; RS 922.01), art. 2 al. 1 let. a (Interdiction de tous les pièges sauf les cages-pièges pour capture vivante avec obligation de contrôle quotidien), en vigueur depuis le 15 juillet 2012, confirmée dans la version du 1er février 2025
Ordonnance sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages (Ordonnance sur la chasse, OChP ; RS 922.01), art. 2 al. 1 let. b (Interdiction des collets, filets, cordes métalliques, gluaux et hameçons), art. 3 al. 1 (Autorisations d'exception cantonales pour moyens auxiliaires autrement interdits)
Loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages (Loi sur la chasse, LChP ; RS 922.0), art. 17 al. 1 let. i (Disposition pénale en cas d'utilisation de moyens auxiliaires interdits)
Loi fédérale sur la protection des animaux (Loi sur la protection des animaux, LPA ; RS 455), art. 4 al. 2 (Interdiction d'infliger sans motif justifié des douleurs, souffrances ou dommages aux animaux)
Rapport explicatif de l'OFEV sur la révision partielle de l'ordonnance sur la chasse, 2011 (Justification de l'interdiction des pièges à assommoir pour la protection du castor)
Convention de Berne (Convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe ; RS 0.455), Annexe IV (Moyens et méthodes de mise à mort, de capture et autres formes d'exploitation interdits)
Ordonnance cantonale sur la chasse de Zurich, § 24 (Réglementation du piégeage en zone d'habitation)
Contenus complémentaires
- Piégeage
- Chasse et protection des animaux
- Pourquoi le droit de la protection des animaux s'arrête à la lisière de la forêt
- Blaireau Suisse
- Lois sur la chasse et contrôle
- Droit de chasse Suisse
Soutenez notre travail
Avec votre don, vous contribuez à protéger les animaux et à faire entendre leur voix.
Faire un don maintenant →