4 avril 2026, 15:34

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FAQ

Qu'est-ce que la révision LChP 2022 a changé ?

Révision de la loi sur la chasse : protection des espèces sacrifiée au profit du lobby cynégétique.

Rédaction Wild beim Wild — 4 avril 2026

La révision progressive de la loi suisse sur la chasse et la protection (LChP) et de l'ordonnance sur la chasse (OChP) a permis l'abattage préventif du loup et considérablement affaibli la protection des espèces en Suisse.

Les organisations environnementales critiquent ces modifications comme une violation de la Convention de Berne. Le Conseil de l'Europe a ouvert une enquête formelle.

Qu'est-ce que la LChP et pourquoi est-elle pertinente ?

La loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages (LChP) est la loi fédérale centrale qui régit à la fois la chasse et la protection des animaux sauvages en Suisse. Elle est concrétisée par l'ordonnance sur la chasse (OChP) que le Conseil fédéral peut édicter. Cette structure double (loi et ordonnance) permet au Conseil fédéral d'apporter des modifications de grande portée sans votation populaire, tant qu'elles restent dans le cadre légal.

Comme le montre le Dossier Lois sur la chasse et contrôle, la problématique fondamentale réside dans le fait que les acteurs proches de la chasse co-façonnent significativement la législation, via les commissions, les procédures de consultation et les réseaux politiques directs. Le Dossier Lobby des chasseurs en Suisse démontre que JagdSchweiz, avec plus de 30'000 membres et un groupe parlementaire au Palais fédéral, exerce une influence systématique sur la législation.

Qu'était la votation populaire sur la LChP de 2020 ?

Une première révision complète de la LChP a été soumise au peuple en 2020 et rejetée lors d'une votation populaire. Le projet aurait permis l'abattage cantonal de loups même sans dommages avérés. Les organisations de protection de la nature, dont Pro Natura et WWF, ont lutté avec succès contre cette proposition. La population s'est prononcée majoritairement contre un assouplissement de la protection du loup.

Qu'est-ce qui a été modifié par voie d'ordonnance après la votation populaire ?

Bien que la votation populaire de 2020 ait signalé un rejet clair, le Conseil fédéral a utilisé la marge de manœuvre de l'OChP pour mettre en œuvre par voie d'ordonnance des éléments centraux du projet rejeté. L'OChP a été adaptée pour permettre la « régulation proactive » : les loups peuvent désormais être abattus s'ils se trouvent à proximité d'habitations, même sans qu'il y ait eu d'attaques sur le bétail.

Le Dossier Loup en Suisse documente comment cette pratique a été mise en œuvre de manière particulièrement agressive en Valais. Durant la saison 2025/2026, 27 loups ont été tués, 3 par autorisations individuelles, 24 par régulations de meutes. Les coûts de ces abattages se sont élevés à 0,8 à 1 million de francs, incluant chasseurs professionnels, hélicoptères, coordination et administration, soit environ 35'000 francs par loup abattu.

Qu'est-ce qui a concrètement changé avec les adaptations de l'OChP 2023/2025 ?

Outre la politique du loup, les révisions englobent aussi d'autres domaines liés à la chasse. Les silencieux sur les armes de chasse ont été retirés de la liste des moyens auxiliaires interdits et sont expressément autorisés depuis le 1er février 2025. La chasse nocturne a été étendue dans certains cantons : Berne autorise la chasse nocturne par pleine lune, le Conseil d'État zurichois a adopté d'autres libéralisations en juin 2025. Les drones pour la chasse ont été progressivement autorisés.

Ces développements suivent un schéma que le Dossier Lobby des chasseurs en Suisse décrit comme une « stratégie des petits pas » : chaque modification est présentée comme un gain d'efficacité ou un ajustement pratique, l'ensemble aboutissant à une libéralisation systématique en faveur de la chasse de loisir.

Que critiquent les organisations environnementales ?

Pro Natura, WWF Suisse, le Groupe Loup Suisse et BirdLife critiquent plusieurs points de la révision LChP/OChP. Premièrement : la régulation proactive des meutes est incompatible avec la Convention de Berne. Le Comité permanent l'a expressément établi en octobre 2024. Deuxièmement : les abattages ont lieu sans preuve de mesures de protection des troupeaux suffisantes, bien que le Concept Loup Suisse de 2008 en fasse une condition préalable. Troisièmement : les quotas de tir créent une pression et conduisent à des tirs erronés systématiques, au moins trois rien qu'en 2022.

De plus, des scientifiques critiquent dans une lettre ouverte avec plus de 200 signataires que les abattages d'animaux alpha détruisent la structure sociale des meutes, ce qui conduit à un taux de reproduction plus élevé, un comportement plus instable et davantage de conflits, exactement l'inverse de la « régulation » visée.

Quelles sont les conséquences de la révision pour l'état de conservation du loup ?

L'état de conservation d'une espèce est considéré comme favorable lorsque la taille de la population est stable ou croissante, que l'habitat est suffisamment présent et qu'il n'y a aucune tendance à la réduction. En Suisse, aucun de ces critères n'est sans problème : la population de loups d'environ 300 animaux dans 30 meutes est petite à l'échelle européenne. Les abattages ciblés de meutes, qui touchent les animaux alpha, déstabilisent les structures démographiques.

Le Dossier Loup en Suisse documente l'exemple de la meute jurassienne de Marchairuz : après que la louve alpha ait été abattue par erreur en 2022, la survie de la meute était menacée. De tels événements ne sont pas une exception, ils sont la conséquence systémique d'une politique qui place les quotas d'abattage au-dessus de la protection des espèces.

Le Parlement peut-il annuler la révision?

Les modifications apportées au niveau de l'ordonnance peuvent être annulées par le Conseil fédéral. Au niveau législatif, il faudrait une décision du Parlement ou une nouvelle initiative populaire. Les organisations de protection des animaux et de la nature ont annoncé leur intention de contester politiquement et juridiquement la politique du loup.

Le Conseil de l'Europe a exercé une forte pression de politique extérieure sur la Suisse avec son enquête de décembre 2024. La Suisse s'est engagée, en tant que signataire de la Convention de Berne, à respecter certaines normes minimales, et cet engagement n'est pas négociable.

Pourquoi la révision constitue-t-elle un précédent?

Ce qui arrive au loup peut arriver demain au lynx. Le Dossier Lynx en Suisse avertit expressément que la politique du loup crée un précédent pour d'autres prédateurs: si les tirs préventifs sont normalisés pour le loup, les mêmes instruments seront utilisés pour le lynx. La conception du lynx de l'OFEV autorise déjà aujourd'hui des tirs de régulation si le lynx prend trop d'animaux «du tableau de chasse», c'est-à-dire s'il mange trop de chevreuils et de cerfs que les chasseurs de loisir veulent eux-mêmes abattre.

Ce conflit d'intérêts est au cœur de tout le débat: ce n'est pas la sécurité de la population qui est en jeu, mais l'intérêt économique et récréatif d'environ 30'000 chasseurs de loisir qui ne veulent pas partager leur «ressource».

Quelles alternatives existe-t-il à la politique actuelle du loup?

Une politique du loup fondée sur des preuves reposerait sur trois piliers: premièrement, une protection des troupeaux cohérente comme condition préalable à tout tir; deuxièmement, un monitoring scientifique indépendant; troisièmement, la transparence dans toutes les décisions. Le Dossier Protection des troupeaux en Suisse montre que la protection est manifestement plus efficace que les tirs lorsqu'elle est mise en œuvre de manière cohérente.

Conclusion

La révision LChP 2022 n'est pas un processus d'adaptation technique, mais un changement de cap politique: abandon de la protection des espèces au profit de la logique de la chasse de loisir. Le fait que ce changement de cap ait été effectué par voie d'ordonnance, contournant ainsi un référendum populaire, montre à quel point le lobby de la chasse sait efficacement utiliser les instruments du système politique suisse. L'enquête formelle du Conseil de l'Europe est un signal d'alarme: le droit international s'applique même lorsqu'un lobby fait du lobbying contre.

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