Le chasseur amateur Franz Balmer sur la chasse au renard inutile
À quoi sert la chasse au renard ? Un vieux réflexe face aux faits d'aujourd'hui.
La scène se répète pratiquement chaque jour : des chasseurs amateurs sortent à l'aube pour abattre des renards.
Pour justifier cette pratique, on répète depuis des décennies qu'il faut réguler les populations, endiguer les maladies de la faune sauvage et protéger les oiseaux nichant au sol. Mais que reste-t-il de ces arguments quand on les confronte aux connaissances actuelles ?
Le renard roux est l'un des mammifères les plus prospères d'Europe. Il vit dans les forêts, dans les paysages cultivés et, depuis longtemps, dans les villes. Des études menées dans plusieurs pays montrent que les populations de renards sont déterminées avant tout par la disponibilité en nourriture, la disponibilité des territoires et les maladies — et non par l'intensité de la chasse. Lorsque des animaux sont abattus, les renards réagissent par des portées plus nombreuses, une maturité sexuelle plus précoce et une immigration accrue en provenance des zones environnantes.
La chasse amateur provoque ainsi exactement l'inverse de ce qu'elle prétend accomplir : elle stabilise ou augmente les effectifs, au lieu de les réduire à long terme. Cela s'explique fort bien d'un point de vue biologique, mais s'avère gênant sur le plan de la politique cynégétique.
Le cas de Franz Balmer illustre à quel point les arguments du lobby de la chasse sont devenus fragiles. Chasseur amateur dans le canton de Zurich depuis 13 ans, il connaît la pratique de la chasse au renard par expérience personnelle.
Lorsque son association de chasse a défendu la chasse au renard dans une newsletter zurichoise en recourant aux slogans habituels, Balmer a pris la plume et écrit une lettre indignée à la rédaction. Il y critiquait le fait que l'association s'accroche à des affirmations dépassées en ignorant les résultats scientifiques. Au lieu de débattre ouvertement du bien-fondé ou de l'absurdité de la chasse au renard, on défendrait une tradition à tout prix.
Sa critique est soutenue dans le même article par la biologiste de la faune Sandra Gloor, qui affirme clairement que tirer un mâle ou une femelle dans un groupe familial ne sert «absolument à rien». Si même des chasseurs amateurs expérimentés et des spécialistes en arrivent à cette conclusion, cela montre à quel point une réévaluation honnête de la chasse au renard s'impose. Les commentaires sous l'article du Tages-Anzeiger sont également très intéressants.
Ingérence dans des structures sociales complexes
Les renards ne vivent pas en solitaires chaotiques, mais en groupes familiaux dotés d'une hiérarchie claire. Lorsqu'un parent ou un individu dominant est abattu au sein du groupe, la structure sociale s'effondre. Il ne reste que des jeunes inexpérimentés, qui exploitent de plus vastes territoires, s'approchent plus fréquemment des zones habitées et prennent davantage de risques pour trouver de la nourriture.
Ce sont précisément ces jeunes qui sont les plus susceptibles de repérer les poulaillers ou de fouiller les tas de compost. Du point de vue de la gestion des conflits, il est donc contre-productif de tirer dans des groupes familiaux qui fonctionnent bien. On aggrave ainsi les problèmes que l'on prétend vouloir résoudre.
La rage, le ténia du renard et autres épouvantails
La peur des maladies est encore souvent invoquée. Historiquement, la rage a joué un rôle majeur, mais en Suisse, elle n'a pas été éradiquée par les canons des fusils, mais grâce aux programmes d'appâts vaccinants. La chasse seule n'a jamais pu enrayer l'épizootie.
La situation est similaire pour le ténia du renard : le parasite est principalement contrôlé par des mesures d'hygiène, la sensibilisation et une surveillance ciblée. Une chasse au renard à grande échelle ne touche jamais tous les porteurs potentiels, tandis que la population se reconstitue simultanément par compensation. La chasse est peu utile pour la santé humaine, mais engendre beaucoup de souffrance animale.
La protection des oiseaux nichant au sol – un argument fallacieux
Lorsque les oiseaux des prairies, les perdrix ou les lièvres disparaissent, le renard devient un bouc émissaire commode. Sur le plan scientifique, il ne fait pourtant plus aucun doute que le facteur déterminant est la destruction de leurs habitats : surfaces agricoles exploitées intensivement, pesticides, fauche précoce, drainage et cultures monotones.
Même des études proches des milieux cynégétiques concluent que la chasse aux prédateurs n'a tout au plus que des effets locaux et à court terme mesurables sur certaines espèces. Sans changements fondamentaux dans l'agriculture et l'aménagement du territoire, ces effets restent insignifiants. Au lieu de combattre les renards, il faudrait planter des haies, restaurer les zones humides, adapter les dates de fauche et réduire les pesticides.
Éthique plutôt que folklore
La chasse au renard est souvent défendue au nom de la tradition. Mais la tradition ne justifie pas automatiquement la souffrance. La chasse en terrier, les battues et l'affût nocturne signifient pour les animaux stress, peur et souvent une mort lente due à des tirs manqués ou à la recherche du gibier blessé. Les peaux de renard ne trouvent presque plus preneurs, et de nombreux animaux tués sont simplement jetés.
Cela soulève une question fondamentale : est-il permis de tirer sur un animal sauvage hautement social par pure habitude et occupation de loisir, lorsque les contraintes invoquées ne sont scientifiquement pas soutenables ?
Ce qui aiderait vraiment
Quiconque souhaite réellement réduire les conflits avec les renards dispose de moyens efficaces et conformes à la protection des animaux :
- Équiper les poulaillers et enclos de petits animaux de clôtures sécurisées contre les renards et de quartiers nocturnes fermés
- Sécuriser les déchets, le compost et la nourriture pour animaux afin qu'ils ne servent pas de buffet gratuit
- Former les villes et communes à la gestion des animaux sauvages, plutôt que de saisir le fusil
- Financer le suivi, la recherche et la sensibilisation, plutôt que de célébrer les tableaux de chasse
De telles mesures sont plus durables, plus prévisibles et plus facilement communicables à la société que les campagnes de tir hivernales.
Il est temps de changer de cap
La question « À quoi sert la chasse au renard ? » peut recevoir une réponse sobre : elle sert avant tout à maintenir une certaine image de soi chez les chasseurs. Sa contribution à l'écologie, à la protection des espèces, à la santé et à l'agriculture est marginale, voire négative.
À une époque où la biodiversité décline de manière dramatique et où le rapport de l'être humain à la nature est en cours de renégociation, la chasse traditionnelle au renard apparaît comme un vestige d'une autre époque. Quiconque souhaite véritablement assumer ses responsabilités devrait avoir le courage de se défaire de rituels sans effet.
L'avenir appartient à une relation aux animaux sauvages qui place le savoir, l'éthique et le respect envers les autres créatures au centre. Pour le renard, cela signifierait : protéger ses habitats, prévenir les conflits plutôt que d'abattre, et admettre que nous devons vivre avec lui, et non contre lui.
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