3 avril 2026, 20:56

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Lois de chasse et contrôle : Pourquoi l'autocontrôle ne suffit pas

La chasse est un domaine réglementé. Il y a des lois, des ordonnances, des périodes de chasse, des périodes de protection et des plans d'abattage. Cela ressemble à un système clair. Mais réglementation n'est pas automatiquement contrôle. Ce qui compte, c'est de savoir à quel point la surveillance est indépendante, à quel point les données sont transparentes et à quel point les infractions sont poursuivies de manière conséquente. Ce dossier montre où le système échoue – et ce qu'un droit de chasse moderne nécessite à la place.

Ce qui t'attend ici :

  • La promesse de régulation et la réalité.Pourquoi le conflit d'intérêts structurel dans le système de chasse suisse est problématique d'un point de vue démocratique.
  • Conflits d'intérêts dans le système de chasse.Comment les acteurs proches de la chasse conseillent les autorités qui sont censées les contrôler, et ce que cela signifie pour la politique du loup.
  • Le contrôle échoue par manque de ressources.Pourquoi 7'000 kilomètres carrés de surface de contrôle avec une fraction du personnel nécessaire ne constitue pas un système de surveillance fonctionnel.
  • Manque de transparence des données.Pourquoi la Suisse n'a pas de registre de chasse accessible au public et ce que cela signifie pour l'évaluation démocratique de la chasse de loisir.
  • Technologie sans adaptation réglementaire.Comment les caméras thermiques, les silencieux et les drones étendent la pratique de la chasse avant que le législateur ne s'adapte.
  • Ce qu'un système de contrôle moderne nécessite.Cinq éléments structurels : surveillance indépendante, obligations de rapport, données ouvertes, sanctions sévères et évaluation des conséquences technologiques.
  • Ce qui devrait changer.Revendications politiques concrètes pour un système de surveillance de la chasse conforme à l'État de droit.
  • Argumentaire.Réponses aux objections les plus fréquentes contre le contrôle indépendant de la chasse et la transparence des données.
  • Liens rapides.Tous les articles pertinents, lois, dossiers et sources externes.

La promesse de régulation et la réalité

Le droit de chasse est complexe et fragmenté au niveau cantonal. La Suisse connaît deux systèmes de chasse fondamentaux : la chasse au permis dans 19 cantons et la chasse en revière dans 7 cantons ainsi que dans des parties d'autres cantons. S'ajoutent le droit fédéral – la loi sur la chasse (LChP) et l'ordonnance sur la chasse (OChP) –, les dispositions d'exécution cantonales, les plans d'abattage, les périodes de protection et les prescriptions techniques. Sur le papier se forme ainsi un ensemble réglementaire dense. Dans la pratique, il existe des lacunes graves entre ce qui est écrit et ce qui s'applique.

Le noyau structurel du problème : le droit de chasse en Suisse est largement façonné par des acteurs proches de la chasse. Dans les commissions cantonales de chasse, les organes consultatifs et les procédures de consultation, les associations de chasse et les corporations de chasseurs sont solidement ancrés. Ce n'est pas un cas d'exception dans un État fédéral de milice – c'est la normalité. Cela devient problématique lorsque d'autres perspectives font systématiquement défaut : la recherche sur la faune sauvage, les organisations de protection des animaux et le grand public sont structurellement sous-représentés dans ces processus. Ce qui en résulte n'est pas un système de régulation équilibré, mais un cercle largement fermé.

Plus d'informations : La chasse en Suisse : chiffres, systèmes et la fin d'un narratif et Lobby des chasseurs en Suisse : comment fonctionne l'influence

Conflits d'intérêts dans le système de chasse

Dans des cantons comme les Grisons, le Valais et Uri, les frontières entre autorité de chasse, commission de chasse et association de chasse sont floues. Les membres d'associations de chasseurs conseillent les autorités qui sont censées contrôler ces mêmes associations. C'est un conflit d'intérêts classique. Le résultat consiste en des réglementations qui créent des marges de manœuvre en faveur de la chasse de loisir : autorisations exceptionnelles, périodes de chasse prolongées, listes d'abattage élargies.

Un exemple concret est la régulation des prédateurs. Le loup est protégé par le droit fédéral et les accords internationaux. Parallèlement, les prélèvements de loups sont autorisés avec une fréquence que les organisations de protection des espèces évaluent régulièrement comme incompatible avec le mandat de protection. Les autorités compétentes s'appuient sur des plans d'abattage et des rapports de dommages élaborés par des instances cantonales proches de la chasse. Une évaluation scientifique indépendante n'a pas lieu de manière systématique. Le résultat est une régulation qui paraît neutre à l'extérieur et met en pratique la position du lobby de la chasse.

Dans le canton des Grisons, environ 1’000 dénonciations et amendes sont prononcées annuellement contre les chasseurs de loisir. Cela prouve que les infractions sont fréquentes et que le système les administre au lieu de les réduire.

Plus d'informations : Le loup en Suisse et Surveillance indépendante de la chasse : contrôle externe au lieu d'autocontrôle (intervention type)

Le contrôle échoue faute de ressources

Les revières sont vastes. La surveillance est limitée. Les preuves sont difficiles à sécuriser. Les infractions se produisent en forêt, non sur une scène publique. Cela crée un espace où les règles existent mais sont faiblement appliquées. L'Office de la chasse et de la pêche d'un canton comme les Grisons supervise une superficie de plus de 7’000 kilomètres carrés avec une fraction du personnel qu'exigerait une tâche comparable dans un domaine de régulation urbain.

Un système qui mise sur la responsabilité individuelle peut fonctionner si le contrôle externe est possible et réel. Là où le contrôle externe est chroniquement sous-financé et doté d'un personnel restreint, la responsabilité individuelle devient une formule creuse. Les tirs manqués ne sont pas systématiquement recensés. Les poursuites ne sont pas documentées de manière exhaustive. Les infractions à la protection des animaux en rapport avec les pièges, la chasse en terrier et la chasse en battue sont rarement dénoncées et encore plus rarement poursuivies. L'argument « il y a bien des règles » ne convainc pas dans un système de contrôle qui repose de facto sur l'autodéclaration.

Plus d'informations : La haute chasse en Suisse : rituel traditionnel, zone de violence et test de stress et Chasse de loisir et criminalité : contrôles d'aptitude, obligations d'annonce et conséquences (intervention type)

Manque de transparence des données

Chiffres d'abattage, taux de blessures, recherches, tirs ratés, accidents de faune en lien avec la pression de chasse, conflits avec la population : ces informations existent sous forme fragmentée cantonale, sont publiées de manière sélective et ne sont pas systématiquement regroupées. Une base de données nationale, accessible au public, qui rende compte de la pratique de la chasse et de ses effets, fait défaut.

Cela a des conséquences. Le public ne peut pas évaluer sérieusement la chasse, car on lui refuse la base pour le faire. Le parlement et les médias ne peuvent exercer une surveillance fondée sur des preuves. Les organisations de protection des animaux et la recherche sur la faune sauvage ne peuvent créer d'analyses indépendantes, car les données brutes ne sont pas accessibles. La transparence des données n'est pas une attaque contre la chasse. Elle est une condition démocratique minimale pour tout domaine qui est régulé publiquement et revendique l'espace public – forêts, animaux sauvages, cours d'eau.

Un registre de chasse moderne devrait au minimum contenir : chiffres d'abattage par espèce, lieu et méthode, tirs ratés et recherches avec issue, blessures de chiens de chasse, signalements d'erreurs de capture au piégeage et plaintes contre les chasseurs de loisir avec issue de procédure. Le tout public, uniformisé au niveau cantonal et mis à jour annuellement.

En savoir plus : JagdSchweiz : population mal informée et Argumentaire contre la chasse de loisir et pour les gardes-faune

Technique sans adaptation réglementaire

Les nouvelles techniques modifient la pratique de la chasse. Les caméras thermiques et les dispositifs de vision nocturne permettent de chasser dans l'obscurité avec une précision qui n'était pas possible auparavant. Les drones sont utilisés pour la recherche d'animaux et l'observation de la faune. Les silencieux modifient la perceptibilité acoustique et donc la contrôlabilité. Les appeaux électroniques attirent les animaux sauvages de manière ciblée. Ce qui était considéré comme une exception devient routine, avant que le législateur ait adapté ses règles.

Le problème n'est pas la technique elle-même, mais l'absence d'une évaluation d'accompagnement. Lorsque de nouveaux moyens augmentent la pression de chasse, cela modifie l'effet sur les populations de faune sauvage, sur l'intensité des dérangements et sur les standards de protection des animaux. Cela doit être saisi scientifiquement, débattu publiquement et encadré par des règles claires. Sinon, « ce qui est possible » devient « ce qui est normal » – sans que la société n'ait jamais été consultée pour savoir si elle le veut.

En Suisse, il manque un organisme indépendant qui évalue les développements technologiques dans la chasse et lie leur autorisation à des conditions. Cette lacune n'est pas un oubli, mais le résultat d'un système dans lequel les régulés participent de manière déterminante à la régulation.

En savoir plus : Chasse de nuit et technologie de chasse et Chasse et armes : risques, accidents et dangers des chasseurs de loisir armés

Ce qu'un système de contrôle moderne nécessite

Un système qui mérite son nom nécessite cinq éléments structurels :

Surveillance indépendante : Les commissions de chasse et les groupes consultatifs doivent être composés de manière paritaire – avec des représentants et représentantes de la recherche sur la faune sauvage, de la protection des animaux, de la protection de la nature et de la population non chasseuse. Les acteurs proches de la chasse sont des participants légitimes, mais pas les seuls.

Obligations de rapport claires : Les chasseurs de loisir doivent signaler les tirs ratés, les recherches avec résultat et les événements de piégeage de manière obligatoire et uniforme. Pas volontairement. Obligatoirement.

Données ouvertes : Toutes les données pertinentes pour la chasse doivent être accessibles au public – sous forme lisible par machine, uniformisées au niveau cantonal et mises à jour annuellement. Cela vaut pour les chiffres d'abattage comme pour les infractions et sanctions.

Sanctions sévères : Quiconque dissimule des tirs ratés, viole les périodes de protection ou ignore les prescriptions de protection des animaux doit s'attendre au retrait définitif du droit de chasse – pas à une amende qui peut être calculée d'avance.

Évaluation des conséquences technologiques : Chaque nouvelle méthode et technologie de chasse doit être soumise avant son autorisation à une évaluation indépendante qui inclut la protection des animaux, l'impact écologique et l'acceptabilité sociale.

En savoir plus : Textes-modèles pour interventions critiques de la chasse dans les parlements cantonaux et Genève et l'interdiction de chasse

Ce qui devrait changer

  • Moratoire pour les nouvelles technologies de chasse jusqu'à évaluation : Avant que les caméras thermiques, silencieux ou drones soient normalisés juridiquement pour la chasse, il faut une évaluation indépendante de leur impact sur la protection animale, l'écologie et la société. Intervention-modèle : Textes-modèles pour interventions critiques de la chasse
  • Commissions de chasse indépendantes et paritaires au niveau fédéral : La recherche sur la faune, la protection animale et la protection de la nature doivent être représentées à égalité. Un organe composé exclusivement d'acteurs proches de la chasse n'est pas une surveillance, mais une autogestion. Intervention-modèle : Surveillance indépendante de la chasse : contrôle externe au lieu d'autocontrôle
  • Obligation de droit fédéral de publication publique des données : Tous les cantons doivent publier annuellement des données de chasse uniformes : abattages, tirs manqués, recherches, infractions, sanctions. Les données qui ne sont pas publiques n'existent pas démocratiquement.
  • Obligation uniforme de signalement des tirs manqués et incidents de protection animale : Le signalement volontaire a échoué. Il faut un système obligatoire avec des conséquences claires en cas d'omission, analogue à l'obligation de signalement dans d'autres domaines d'activité réglementés. Intervention-modèle : Chasse de loisir et criminalité : contrôles d'aptitude, obligations de signalement et conséquences
  • Retrait de l'autorisation de chasse comme sanction régulière : Les amendes ne suffisent pas. Les infractions graves et répétées doivent mener au retrait permanent de l'autorisation. Il n'en va pas autrement dans aucun autre domaine réglementé avec armes et espace public.

Argumentaire

« Le système de chasse est déjà bien réglementé. »
Réglementation et contrôle ne sont pas la même chose. Un système avec beaucoup de règles, une application faible et un manque de transparence des données n'est pas un système de contrôle fonctionnel. Environ 1'000 dénonciations et amendes annuelles rien que dans le canton des Grisons montrent : les infractions sont fréquentes. Le contraire de « bien réglementé ».

« Les chasseurs sont des personnes responsables qui n'ont pas besoin de contrôle externe. »
Aucun autre domaine avec armes létales dans l'espace public ne renonce au contrôle externe avec cet argument. Police, armée, services de sécurité : tous connaissent la surveillance externe. La responsabilité individuelle sans possibilité de contrôle n'est pas un modèle, mais un privilège.

« La transparence des données placerait les chasseurs sous suspicion générale. »
La transparence ne place personne sous suspicion générale. Elle permet à la société de juger si un domaine qui utilise des ressources publiques respecte les règles qui y sont liées. Cela vaut pour les banques, les entreprises pharmaceutiques et les usines à animaux. Cela vaut aussi pour la chasse.

« Les nouvelles technologies rendent la chasse plus précise et conforme à la protection animale. »
Cela peut être le cas. L'inverse peut aussi être le cas. Les deux ne peuvent être clarifiés qu'avec des données. Une autorisation sans évaluation n'est pas un argument de protection animale, mais un souhait. Qui appelle une technologie conforme à la protection animale doit le prouver.

« Les différences cantonales sont une force, pas une faiblesse. »
L'autonomie cantonale est un principe légitime. Mais quand des standards différents signifient que dans un canton des périodes de protection s'appliquent et pas dans le canton voisin, ou que la même espèce animale est protégée ici et abattue là-bas, ce n'est pas une force. C'est un patchwork sans logique écologique.

Contributions sur Wild beim Wild :

Dossiers apparentés

Notre exigence

Un système de chasse qui n'est pas transparent, qui n'est pas contrôlé de manière indépendante et qui ne sanctionne pas les infractions de manière conséquente, n'est pas un système de régulation conforme à l'État de droit. C'est un privilège qui s'administre lui-même. IG Wild beim Wild exige que la chasse de loisir soit soumise aux mêmes standards que toute autre activité qui utilise l'espace public, emploie des armes à feu et concerne la vie d'êtres sensibles. Cela signifie : supervision indépendante, données ouvertes, obligations claires et sanctions sévères.

Nous documentons ce qu'est le système aujourd'hui, afin qu'il devienne clair ce qu'il devrait être. Ce dossier est mis à jour en permanence lorsque de nouveaux cas, des décisions de justice ou des développements politiques l'exigent. Tu sais ce qui doit changer dans ton canton ? Envoie-nous ton information, nous l'intégrerons dans la documentation : wildbeimwild.com/kontakt

Plus sur le sujet de la chasse de loisir : Dans notre Dossier sur la chasse nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des reportages d'investigation.