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Texte type : Chasse de loisir et criminalité dans le canton

Le nombre élevé de plaintes, d'amendes d'ordre et de tirs ratés dans le contexte de la chasse de loisir montre qu'il ne s'agit pas de dérapages isolés, mais d'un problème structurel. Quiconque porte des armes et tire sur des animaux au nom de l'État doit être soumis à des contrôles plus stricts qu'une association ordinaire.

1. Motion

Le Conseil d'État est chargé de soumettre au Grand Conseil un projet de modification de la loi sur la chasse et la protection de la faune (………) ainsi que de l'ordonnance sur la chasse (…………) et éventuellement d'autres bases légales pertinentes (notamment loi de police, lois d'application du droit pénal). L'objectif est de saisir, rendre transparent et sanctionner efficacement la criminalité et les violations systématiques du droit dans le contexte de la chasse de loisir.

La révision de la loi doit notamment garantir que :

  • que le canton tienne une statistique centrale, à publier annuellement, sur les procédures pénales, les amendes d'ordre et les mesures disciplinaires dans le contexte de la chasse. Cette statistique contient au minimum :
    • Nombre et type des procédures et amendes
    • Domaines délictuels (notamment droit de la chasse, droit de la protection des animaux, droit des armes, circulation routière, délits de violence et contre les biens)
    • Montant des amendes et peines prononcées
    • Nombre de permis de chasse et détenteurs de territoires de chasse concernés.
  • que lors de l'acquisition et de chaque renouvellement d'un permis de chasse, un extrait de casier judiciaire actuel et élargi doit être présenté. Les personnes ayant commis certains délits dans le domaine :
    • violence contre des personnes ou des animaux
    • délits sexuels
    • délits graves contre le patrimoine, criminalité organisée ou criminalité liée à la drogue qualifiée
    • violations répétées du droit de la protection des animaux, de la chasse ou des armes
      ne reçoivent pas de permis de chasse ou perdent obligatoirement un permis existant.
  • que l'office de la chasse et les autorités de sécurité compétentes échangent régulièrement et systématiquement des données sur les procédures pénales en cours ou terminées contre les détenteurs de permis de chasse dans le domaine délictuel pertinent. L'aptitude au regard du droit de la chasse doit être vérifiée d'office dans de tels cas.
  • qu'en cas de violations répétées ou particulièrement graves de la part de chasseurs individuels, notamment en cas de :
    • tir sur des espèces non-cibles et des espèces protégées
    • tirs manqués répétés et tirs illégaux
    • violations graves des obligations de sécurité, interdictions d'alcool ou dispositions de protection des animaux
      un retrait temporaire ou permanent du permis de chasse soit prévu.
  • que les sociétés de chasse, clubs de chasse ou territoires de chasse, dans lesquels s'accumulent pendant des années un nombre disproportionné de dénonciations, amendes et violations, aient à supporter non seulement des conséquences individuelles, mais aussi collectives, par exemple :
    • retrait temporaire ou permanent de la concession de territoire
    • exclusion des organes ayant un mandat étatique
    • retrait de contributions ou privilèges liés à une position de confiance particulière.
  • que le Conseil d'État soit obligé d'examiner à intervalles réguliers et d'exposer dans un rapport :
    • si l'ampleur et la nature des délits enregistrés dans l'environnement de la chasse de loisir sont encore compatibles avec l'image d'un milieu associatif normal ou
    • si les structures présentent dans certains cas des caractéristiques qui pourraient être qualifiées pénalement d'organisation organisée ou criminelle. À cette fin, le Conseil d'État fait appel le cas échéant aux autorités de poursuite pénale compétentes.
  • que le public soit informé de manière appropriée des résultats de ces examens, sans divulguer de données personnelles, mais avec une présentation transparente de l'évolution des dénonciations, amendes et sanctions dans le domaine de la chasse.

Le Conseil d'État expose dans son message :

  • quelles données sur les dénonciations, amendes et autres procédures dans le domaine de la chasse sont déjà collectées aujourd'hui et où existent des lacunes
  • comment les réglementations proposées contribuent concrètement à la prévention et à l'endiguement de la criminalité dans l'environnement de la chasse de loisir
  • quelles conséquences organisationnelles et financières sont à prévoir pour le canton, les communes et les milieux concernés.

2. Justification succincte

Dans la présentation publique, la chasse de loisir est volontiers présentée comme une tradition, une coutume ou une utilisation responsable du gibier. Parallèlement, les chiffres disponibles documentent depuis des années une forte densité de dénonciations, amendes d'ordre et tirs manqués.

Pour le canton des Grisons, il est établi que rien que pendant la chasse, bien plus de mille dénonciations et amendes sont prononcées annuellement. Des évaluations rendues publiques montrent en outre que pendant la haute chasse, sur plusieurs années, jusqu'à environ mille animaux par saison étaient considérés comme des tirs manqués et que les chasseurs ont payé en quelques années des sommes élevées à six chiffres en amendes d'ordre. Extrapolé à la Suisse et en relation avec le nombre de détenteurs de permis de chasse, cela signifie :

  • Il ne s'agit pas de manquements isolés, mais d'un niveau durablement élevé de violations du droit dans l'environnement d'une activité de loisir privilégiée par l'État.
  • L'éventail s'étend des délits de chasse et de protection des animaux aux violations des dispositions de sécurité jusqu'aux délits dans lesquels les armes peuvent jouer un rôle.

Dans d'autres domaines, une densité si élevée d'amendes et de poursuites dans un milieu relativement restreint et socialement interconnecté provoquerait de vives réactions politiques. Si dans une fédération sportive, un club de jeunes ou une organisation ecclésiastique, des centaines à des milliers de poursuites et d'amendes liées aux activités associatives s'accumulaient année après année, la suspicion de problèmes structurels s'installerait rapidement, jusqu'à la question de savoir si le seuil des formes d'organisation criminelle est atteint.

Lorsque des personnes se déplacent dans les forêts avec des armes à feu dans le cadre d'une activité de loisir, tirent sur des animaux sauvages et décident au nom de l'État de la vie et de la mort d'animaux, un tel niveau d'infractions au droit est particulièrement préoccupant. Il s'agit de :

  • Protection des animaux et prévention de la maltraitance animale
  • Sécurité des personnes en quête de détente et des riverains
  • l'usage responsable des armes
  • la confiance du public dans la surveillance étatique de la chasse et la justice.

Les contrôles actuels concernant l'aptitude et la sécurité des chasseurs de loisir ne suffisent pas. Il faut des expertises médico-psychologiques annuelles pour les chasseurs de loisir sur le modèle hollandais ainsi qu'une limitation d'âge claire vers le haut. La classe d'âge la plus importante chez les chasseurs de loisir est celle des 65+, celle présentant des faiblesses liées à l'âge, de réflexion, de vue, de concentration et de réaction ainsi que des déficits de formation et d'entraînement. À partir de 45 ans, le nombre d'accidents pour les humains et les animaux augmente dramatiquement. Les rapports alarmants sur les accidents de chasse et les crimes mortels avec des armes de chasseurs montrent de ce point de vue : il est grand temps d'abolir la chasse de loisir. Les armes à feu mortelles n'ont pas leur place entre les mains de chasseurs de loisir qui peuvent les utiliser de manière totalement incontrôlée jusqu'à un âge avancé.

D'un point de vue critique de la chasse, la chasse de loisir représente en outre une vision du monde qui place les intérêts des humains au-dessus des intérêts vitaux élémentaires d'autres animaux. Les chasseurs de loisir vivent le spécisme. Le spécisme est comparable au racisme et au sexisme, et ce n'est pas une culture ou une tradition, mais une idéologie de l'inégalité.

Concernant la chasse de loisir en particulier, il est donc élémentaire d'observer très attentivement. Nulle part ailleurs on ne manipule autant avec des contrevérités, des euphémismes et des fake news. Violence et mensonges appartiennent à la même monnaie. Un milieu qui se distingue de manière supérieure à la moyenne par des poursuites, amendes, tirs manqués, trafic d'armes et de nombreuses autres activités criminelles, mais qui diffuse simultanément une image embellie de lui-même, ne peut être traité comme un club de loisir sans problème.

La pratique habituelle actuelle, qui consiste à sanctionner les infractions mais à tirer à peine de conséquences structurelles, conduit selon la motionnaire à ce qu'un climat d'impunité factuelle ou de banalisation se consolide. Le milieu ne se régule manifestement pas lui-même, bien qu'il aime précisément l'affirmer.

Dans ce contexte, il est objectivement justifié de traiter juridiquement la chasse de loisir différemment d'une activité associative ordinaire :

  • Quiconque demande ou renouvelle un permis de chasse doit prouver son aptitude personnelle et psychique, comme c'est depuis longtemps la pratique dans d'autres domaines à haut risque comme la police ou l'armée.
  • Quiconque enfreint de manière répétée ou grave la protection des animaux, le droit de la chasse ou les prescriptions de sécurité ne devrait plus circuler dans la forêt comme personne légitimée par l'État avec un fusil.
  • Là où se concentrent dans certaines sociétés de chasse ou territoires un nombre supérieur à la moyenne d'infractions, il faut non seulement des conséquences individuelles, mais aussi structurelles.

La motion proposée n'exige pas une condamnation pénale générale de tous les chasseurs. Elle vise plutôt à rendre visible pour la première fois de manière systématique l'ampleur réelle de la criminalité et des infractions dans le milieu de la chasse, à renforcer considérablement les contrôles d'aptitude et à donner aux autorités cantonales les instruments nécessaires pour agir de manière conséquente en cas de problème. Cela renforce la sécurité publique, prend au sérieux la protection des animaux et corrige l'image répandue d'une zone de non-droit de facto qu'est la chasse de loisir.