Critique du modèle augsbourgeois de protection des pigeons
Depuis des années, les biologistes soulignent que les pigeonniers ne réduisent la population que si une grande partie des pigeons urbains niche effectivement dans le pigeonnier. Pour Munich, on a calculé à titre d'exemple que des centaines de pigeonniers seraient nécessaires. Sinon, l'effet s'évapore, car la plupart des animaux continuent de nicher à l'extérieur et de se reproduire.
Selon le modèle augsbourgeois, les pigeonniers sont régulièrement approvisionnés en nourriture et les œufs sont remplacés par des leurres afin de réguler la population de pigeons.
Toutefois, dans la plupart des cas sans mesures d'accompagnement, avec un succès mitigé. Cela s'explique surtout par le fait que des particuliers répandent de grandes quantités de nourriture pour les pigeons domestiques retournés à l'état sauvage, écrit la Ville de Zurich. Les pigeons nourris dans l'espace urbain ne se laissent pas si facilement rattacher à un pigeonnier.
En biologie de la faune sauvage, il existe un consensus selon lequel, chez les animaux sauvages, un bon approvisionnement en nourriture peut augmenter le taux de reproduction, c'est-à-dire le nombre de descendants. Bâle a fermé ses anciens pigeonniers il y a des années, car ils n'auraient guère servi à rien, indique la porte-parole Anne Tschudin. «Nous ne pouvions prendre en charge qu'environ dix pour cent de la population de pigeons.» L'utilité était donc faible, tandis que les coûts étaient élevés.
Le principal problème dans l'application de la méthode des pigeonniers ne réside pas tant dans les pigeonniers eux-mêmes – ils partent d'une bonne intention, mais sans grand effet –, mais dans l'apport supplémentaire de nourriture qui y est lié. De l'avis de tous les spécialistes, une réduction des populations de pigeons trop nombreuses n'est possible que par une réduction de la quantité de nourriture. – Richard Köhler
De plus, tous les pigeons ne pondent pas leurs œufs dans les pigeonniers. Il est nécessaire que ceux-ci soient placés au bon endroit et acceptés par les animaux.
Les pigeons sont très fidèles à leur territoire. C'est pourquoi le système des pigeonniers gérés (modèle d'Augsbourg) ne fonctionne pas partout, notamment parce qu'on ne trouve pas d'emplacement approprié ou de personnel, comme par exemple dans les gares. C'est pourquoi la contraception peut y constituer une pièce supplémentaire du puzzle, dans la gestion des pigeons.
Le modèle de protection des pigeons d'Augsbourg a suscité diverses réactions ces dernières années et a conduit à de nombreuses fermetures ou à une nouvelle évaluation des pigeonniers dans de nombreuses villes. Voici quelques-uns des principaux points de critique :
- Efficacité des mesures
Les critiques doutent de l'efficacité réelle du modèle. On fait valoir que les mesures introduites ne suffisent pas à réduire significativement la population de pigeons ou à résoudre durablement les défis que représentent ces oiseaux. Dans les grandes villes, le concept serait inadapté pour des raisons pratiques, car il faudrait construire et exploiter des centaines de tels pigeonniers avec des coûts financiers et un personnel considérables. - Qualité de vie des riverains
Certains riverains font état de problèmes persistants avec les pigeons, malgré les mesures mises en œuvre. Les salissures et le bruit demeurent un problème majeur, ce qui porte atteinte à la qualité de vie. - Aspects financiers
Les coûts liés à la mise en œuvre et à la surveillance du modèle sont également critiqués. On craint que les moyens financiers soient utilisés de manière inefficace et que des alternatives soient éventuellement plus économiques et plus efficaces. - Préoccupations relatives à la protection animale
Le modèle est soupçonné de ne pas offrir de solutions suffisamment respectueuses des animaux. Les critiques craignent que certaines mesures ne tiennent pas assez compte de l'idée de protection animale et puissent ainsi causer des souffrances disproportionnées. Est-il vraiment éthique, équitable et efficace de voler continuellement leurs petits aux pigeons parents ? Après plusieurs couvées et à cause du vol des œufs, les pigeons peuvent remarquer que quelque chose ne va pas et cherchent à nouveau de nouveaux/anciens sites de nidification autour du pigeonnier surveillé. La reproduction est un besoin fondamental des animaux. Sans reproduction ni élevage, on les prive de l'une de leurs pulsions évolutives les plus importantes, affirment des chercheurs de l'Université de Zurich. C'est pourquoi les couples de pigeons ont besoin d'une couvée réussie. Un approvisionnement régulier en nourriture maintient l'activité de reproduction en continu, ce qui conduit à un épuisement des parents et finalement à une détérioration de leur état de santé, écrit la Protection animale des deux Bâle. Chez les éleveurs de pigeons, cet effet est bien connu et désigné par l'expression « pondre à mort ». Concrètement, cela signifie que la nourriture non naturelle, disponible en abondance, finit par nuire aux pigeons. Quelle est la différence entre cette méthode selon le modèle de protection des pigeons d'Augsbourg et celle des éleveurs, qui ont sélectionné chez les pigeons leur forte activité de reproduction ? - Manque d'implication du public
Un autre point de critique est l'implication insuffisante des citoyens dans les processus de décision. Beaucoup de gens ne se sentent pas suffisamment informés ou intégrés aux mesures. - Stratégies à long terme
On constate que le modèle offre par nature plutôt des solutions à court terme. Les stratégies à long terme, qui s'attaquent aussi aux causes de la problématique des pigeons, font souvent défaut. Il faudrait agir rigoureusement contre les éleveurs de pigeons incontrôlés, qui sont à l'origine de tout le mal, et leur faire payer l'addition. Les éleveurs sont responsables de souffrances animales à grande échelle et provoquent aussi, dans l'élevage de chats ou de chiens, des refuges surpeuplés.
Pour ces raisons et d'autres, les villes cherchent des alternatives : médicaments de contrôle des naissances, stérilisation, interdictions de nourrissage, chasse, etc.
Le médicament nous semble être un moyen approprié pour lutter contre la population de pigeons devenue trop importante, avec tous ses effets secondaires. Ce que nous avons fait jusqu'à présent, nourrir les pigeons, remplacer les œufs, n'a finalement pas été très efficace. Martin Adamski, responsable de l'environnement de Bielefeld
De nouvelles données de Catalogne confirment l'alternative
Depuis la première version de cet article, la situation des données concernant la contraception s'est nettement améliorée. Une analyse réalisée en Catalogne en 2024 a étudié jusqu'à huit ans d'utilisation de la nicarbazine dans 24 villes et communes. Les populations de pigeons ont diminué en moyenne d'environ douze pour cent par an. Dans 68 pour cent des communes, les coûts totaux annuels ont été divisés par deux après trois ans, car moins de pigeons signifient aussi moins de nourriture et moins de frais d'encadrement. Des espèces non ciblées n'ont été observées que ponctuellement en train de se nourrir, et en quantités ne laissant présager aucune influence significative sur leur reproduction.
La Belgique dispose désormais aussi de chiffres concrets. Dans la commune bruxelloise d'Ixelles, le nombre de pigeons a baissé d'environ 40 pour cent après trois ans d'utilisation de distributeurs contraceptifs. À Zaventem, la commune a signalé un recul de dix pour cent déjà après sept mois. Des analyses antérieures menées à Gênes avec huit ans d'utilisation d'Ovistop et à Barcelone montraient la même tendance.
La comparaison avec le modèle d'Augsbourg est ainsi encore plus nette. La contraception via des points de nourrissage atteint toute la colonie, indépendamment du lieu où les animaux couvent. Le remplacement des œufs ne concerne que la partie de la population qui peut être structurellement intégrée dans un pigeonnier, et c'est précisément là que le modèle échoue dans les grandes villes. À cela s'ajoute l'évolution des coûts: tandis que les pigeonniers encadrés mobilisent durablement du personnel et des infrastructures, les frais de la contraception diminuent avec la réduction de la population.
Un second point mérite l'attention, notamment au regard de Lucerne. La ville attribue explicitement le recul local d'environ 7’000 à quelque 2’500 pigeons depuis 2001 non pas aux deux pigeonniers, mais à la réduction conséquente de l'offre de nourriture. Dans les pigeonniers lucernois, on ne nourrit pas. Celui qui exige aujourd'hui, dans un même souffle, des pigeonniers encadrés et un nourrissage respectueux de l'espèce argumente ainsi contre le seul facteur qui a démontré son efficacité dans cette ville.
Depuis 2011, le parc animalier de Berne officiellement les pigeons urbains de Berne. Dans le cadre de cette mission, des pigeons sont régulièrement capturés, examinés par un vétérinaire au parc animalier et les mâles sont stérilisés.
Avec le projet «Pigeons urbains de Lucerne», la ville travaille depuis 2001 à faire en sorte qu'il y ait à Lucerne moins de pigeons, mais en meilleure santé. Avec succès : aujourd'hui, environ 2’500 pigeons vivent à Lucerne, alors qu'en 2001 la ville en comptait près de 7’000.
La mesure la plus importante du projet consiste à rappeler sans cesse aux gens de ne pas nourrir les pigeons. Car la quantité de nourriture détermine de manière décisive le nombre de pigeons qui vivent dans une ville.
Dans le cadre du projet, deux pigeonniers avec des conditions de couvaison contrôlées ont été créés. Le préposé aux pigeons peut évacuer chaque année environ 300 kg d'excréments de ces deux pigeonniers. On ne nourrit pas les pigeons dans les pigeonniers.
Justement, les défenseurs des animaux avertis ne contestent pas qu'il soit nécessaire de contrôler et de réduire les populations de pigeons.
Le modèle d'Augsbourg est présenté dans de nombreuses villes comme une solution moderne au problème des pigeons urbains. Mais à y regarder de plus près, on constate à quel point son effet est limité et contradictoire. Les pigeonniers avec échange d'œufs ne peuvent réellement réduire les effectifs que si une grande partie de la population couve effectivement dans le pigeonnier. Dans la pratique, il n'y a toutefois généralement que quelques pigeonniers, tandis que la majorité des pigeons continue de couver de manière incontrôlée dans des niches, des combles et des façades. De nombreuses communes adoptent le modèle sur le plan politique, mais ne mettent à disposition ni suffisamment d'emplacements appropriés ni un encadrement financé durablement. Le travail quotidien repose sur quelques bénévoles qui connaissent les dysfonctionnements sur place et finissent par s'épuiser, tandis que la ville présente le tout comme un succès.
Du point de vue de la politique de protection animale, le modèle d'Augsbourg reste un compromis : les animaux sont repoussés du centre-ville vers des «ghettos à pigeons» spécialisés, leur reproduction est systématiquement contrôlée et les œufs sont remplacés de manière routinière. Le statut juridique et social des pigeons urbains en tant que «nuisibles» indésirables reste intact. La situation devient critique lorsque le modèle sert de cache-sexe pour continuer à légitimer des interdictions de nourrissage, l'effarouchement et des actions d'abattage dissimulées. Au lieu de reconnaître la population d'animaux domestiques créée par l'homme comme des créatures ayant droit à la protection et aux soins, on déplace le problème sur le plan spatial et cosmétique. Un concept de protection des pigeons urbains véritablement moderne, critique à l'égard de la chasse et de la souffrance animale, devrait aller plus loin : à grande échelle, transparent et accompagné scientifiquement, avec une gestion claire du nourrissage, de la sensibilisation et une prise de responsabilité honnête pour la population de pigeons urbains créée par l'homme.
Dans l'ensemble, le modèle de protection des pigeons d'Augsbourg reste un sujet controversé, qui compte aussi bien des partisans que des opposants. Un débat ouvert sur les avantages et les inconvénients ainsi que sur les approches alternatives est nécessaire pour trouver des solutions efficaces et durables au bien-être des animaux.
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